00:00On a vu du pic à brochettes, on a vu du bac à fleurs, on a vu du rocher,
00:05une belle palette de mobilier urbain anti-SDF, déjà rien que le nom est assez fou.
00:09Ça rajoute du sordide au sordide, c'est intéressant.
00:11La Fondation Abbé Pierre, qui va changer de nom mais pas de combat,
00:15a organisé ce lundi 18 novembre sa troisième cérémonie des pics d'or au Théâtre de l'Atelier à Paris.
00:21La cérémonie des pics d'or, elle vise à dénoncer, avec un peu d'humour,
00:24les pires dispositifs urbains anti-SDF, les pics, les grilles, les arrêtés anti-mondicité, etc.
00:31Mais on le fait avec un peu d'humour, c'est-à-dire qu'on essaie de trouver les plus
00:34ingénieux,
00:35les plus cruels, les plus absurdes aussi, dans le but de mettre un peu les rieurs de notre côté,
00:39pour que tout le monde voit à quel point chasser les SDF de leur bout de trottoir,
00:42de tout ce qui leur reste, c'est non seulement cruel, mais en plus c'est totalement ridicule,
00:46et donc il vaut mieux en rire pour le dénoncer.
00:47On sait qu'on récompense des salopards, des gens qui ont l'idée de faire ça,
00:52moi je me demande même, d'ailleurs les gens qui conçoivent ça,
00:54évidemment il y a ceux qui l'installent et qui ont l'idée de l'installer,
00:57mais il y a ceux qui le conçoivent.
00:58Il y a quand même des bureaux d'études qui sont chargés de ça,
01:00c'est quand même complètement dingo quand on y pense.
01:03Donc c'est tellement loin dans la perversion humaine
01:06qu'il ne reste plus tellement d'autres choix que de s'en marrer.
01:09En organisant les pics d'or, la Fondation veut alerter sur ce phénomène
01:13qui repose toujours plus loin des centres-villes,
01:16les personnes sans domicile, tout en cherchant à les rendre invisibles.
01:20Elle appelle à contester cette négation du droit à la ville,
01:23du droit à une ville hospitalière.
01:25Nous voulons rappeler avec cette initiative
01:27qu'il ne faut pas se tromper de combat,
01:30que le vrai combat à mener, c'est celui qui permettra
01:32de mettre fin à la pauvreté et à l'exclusion.
01:34Blanche Gardin, la marraine de l'événement,
01:37est revenue également avec humour sur le scandale de l'affaire Abbé Pierre.
01:41Bonsoir le théâtre de l'atelier.
01:45Alors, eh bien, quand Christophe Robert m'a proposé d'être marraine de cet événement,
01:52je me suis dit, mais oui, bien sûr,
01:54après ce que vient de traverser la Fondation Hum Hum,
01:59je crois que c'est un bon move pour relancer ma carrière.
02:04Et le gagnant est le pot pourri.
02:11Comme a dit Blanche Gardin,
02:12ce n'est pas simplement le mobilier urbain anti-SDF,
02:15évidemment, c'est la précarité en règle générale
02:17et donc c'est une lutte politique.
02:19Là, c'est vrai que nous, on fait une soirée
02:20pour essayer d'alerter.
02:23On est humoriste, donc voilà,
02:24on se dit, on est un peu...
02:26On ne sait pas trop faire d'autres choses que des blagues,
02:28donc voilà, on essaye de mobiliser un maximum de gens.
02:30Je tiens quand même à rappeler qu'un SDF, c'est pénible.
02:33Voilà, on ne le dit pas dans cette cérémonie,
02:35mais c'est pénible.
02:36Ça tient des propos incohérents, c'est amorphe,
02:38ça sent le pipi.
02:40Un SDF, c'est comme Michel Barnier,
02:41mais sans logement.
02:45Et quelques personnes de droite, quand même,
02:47je me demandais, mais d'accord.
02:48Mais la lutte, elle est avant tout politique.
02:50Donc, tant que ça ne sera pas réglé
02:53à des niveaux de décision
02:54qui sont de l'ordre national
02:56ou, on va dire, départementaux
02:58ou des grosses mairies,
03:00ça n'avancera pas.
03:03Donc, voilà, il faut des lois.
03:05Pour des lois, il faut des militants,
03:06donc il faut des gens qui se mobilisent
03:08dans la Fondation Abbé Pierre,
03:09mais il ne faut surtout pas que ça ne soit que de la charité.
03:10Bah si, à un moment donné,
03:11il faut prendre conscience
03:13qu'il y a des artistes en France
03:15qui font ces merveilleuses œuvres,
03:17il faut les soutenir.
03:18Changer un peu de politique,
03:20ce n'est pas très compliqué
03:21de trouver un logement pour 330 000 personnes.
03:22C'est 150 000 logements.
03:24On est un pays qui a des outils pour ça.
03:26Depuis des décennies,
03:27on a 5 millions de logements sociaux,
03:29on a 16 milliards d'euros d'APL.
03:30Si on les réoriente un petit peu
03:32vers les personnes qui en ont le plus besoin,
03:34si on fait un petit effort collectivement,
03:36tout le monde peut avoir un logement.
03:37Sandrine, qui a passé 4 ans dans la rue
03:39avant de devenir bénévole engagée à la Fondation,
03:41nous rappelle comment le basculement
03:43dans la grande précarité peut arriver très vite.
03:46Ça peut toucher vraiment tout le monde.
03:47Il n'y a pas de milieu social,
03:48c'est pas parce qu'on est sorti de l'AZEU,
03:51forcément,
03:51ou parce qu'on est d'une famille
03:53issue de violences ou autre.
03:55Ça touche vraiment toutes les couches sociales.
03:57Moi, ça a commencé par une suspension de permis
03:59qui a fait que j'habitais dans un village
04:00et ma suspension de permis dit
04:02« ne peux pas rouler en voiture,
04:03ne peux pas aller travailler »
04:04et qui dit « plus de travail,
04:05plus de salaire ».
04:05Donc, c'est fait,
04:06en fait, c'est un engrenage.
04:07C'est juste un engrenage
04:08et ça peut arriver à n'importe qui.
04:09J'ai rencontré des avocats,
04:11j'ai rencontré des anciens comptables,
04:13j'ai rencontré tellement de gens
04:14de milieux sociaux
04:15qui avaient des maisons,
04:16une famille, une voiture
04:17et qui se sont retrouvés là où je suis.