Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 11 heures
Depuis 31 ans, Marie-France, infirmière, travaille dans le même Ehpad, à Boulogne-Billancourt. Elle est mère célibataire avec deux enfants à charge. À plus de 10 ans de la retraite, elle s’inquiète déjà de son dos qui l’empêche de s’occuper des patients comme elle le voudrait. Et pourtant elle ne compte pas ses heures, elle aime son métier et ne voudrait en changer pour rien au monde.

Un lundi, nous l’avons retrouvée à 5 heures du matin à son domicile pour aller embaucher avec elle. « On aimerait bien profiter de nos enfants et de nos petits-enfants quand même, parce qu’il y en a qui meurt avant l’âge de la retraite : j’ai eu des collègues à qui s’est arrivé, malheureusement... » raconte-t-elle.

Abonnez-vous à l'Humanité 👉 https://abo.humanite.fr/2243

📣 SUIVEZ L'HUMANITÉ !
Retrouvez tous nos articles sur 👉 https://www.humanite.fr/
Notre page Facebook 👉 https://fr-fr.facebook.com/humanite.fr/
L'Humanité est aussi sur Twitter 👉 https://twitter.com/humanite_fr

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Alors travailler jusqu'à 65 ans en sachant ce que j'ai vécu, la charge de travail, ça va être
00:06très compliqué.
00:07On aimerait bien profiter de nos enfants et nos petits-enfants quand même.
00:10Parce qu'il y en a certains qui décèdent avant l'âge.
00:16Salut !
00:18On va passer par la cuisine parce que mes enfants d'un emploi.
00:25Là j'ai juste me brossé les dents.
00:26Ok, merci.
00:27Je n'ai pas brossé les dents encore.
00:29Je m'appelle Marie-France, j'habite à Boisemont dans l'Heure.
00:32Alors je suis infirmière depuis 2006 à Boulogne-Biancourt.
00:36Et j'ai travaillé dans l'établissement depuis 1991, un établissement gériatrique.
00:41Quand je commence à 7h, je me lève vers 5h moins 10 à peu près.
00:45C'est à 1h10 à peu près d'ici Boulogne-Biancourt.
00:48Donc il ne faut pas que j'arrive trop en retard parce que là à 13h, ça bouge beaucoup.
00:56La vie sur Boulogne est très chère, le loyer est très cher.
01:01L'alimentation aussi, là-bas, moi je n'avais pas de chambre, donc pas d'intimité.
01:05Il fallait compter, comme on dit, jusqu'aux petits centimes pour pouvoir survivre.
01:09Je n'ai plus que deux enfants à charge, mais j'en ai quatre.
01:11Et donc ici, on a tous une chambre.
01:14Je gagne à peu près 2500 euros par mois, c'est en fonction des dimanches et des jours fériés qu
01:19'on travaille.
01:19Là, c'est mon réveil qui sonne pour me dire « Marie, il est 5h15, il faut y aller !
01:24»
01:24J'ai une petite lampe le matin parce que notre mairesse respecte l'économie d'énergie.
01:29Donc la lumière est éteinte jusqu'à 5h30 du matin.
01:40Plus on roule vite, plus on consomme.
01:42Donc moi, je roule très doucement.
01:44C'est quand on voit le prix de l'essence.
01:45Alors, je mets énergie parce qu'au moins, ils parlent, ils discutent, ils plaisantent, ils font beaucoup de choses.
01:51Tout pour la vanne en même temps.
01:52Le matin, je prends mon bol de fourrir et je pars avec la patate.
02:00Depuis mes 18h30, je travaille dans cet établissement.
02:02Il y a aussi une qualité de connaître son équipe.
02:05Et je me sens bien dans l'établissement aussi, c'est ça, ça fait aussi longtemps que j'y suis.
02:09Donc c'est pour ça que je ne change pas.
02:10On travaille non-stop de 7h du matin à 19h le soir.
02:14Même la pause pipi, c'est compliqué des fois.
02:16Des fois, ça m'arrive de partir à 20h30, voire 21h.
02:19Quand je vois que j'ai une patiente le soir qui ne va pas bien à 19h, alors que c
02:24'est mon heure de départ.
02:26Non, je ne pars pas.
02:27Je n'ai pas ma collègue de nuit.
02:28Elle a quand même 110 patients la nuit pour elle toute seule.
02:31Non, je n'ai pas ma collègue toute seule.
02:32J'ai été l'un des services le plus touchés au niveau du Covid.
02:36Il faut savoir qu'en trois semaines, sur 36 de mes patients, j'en ai perdu 21.
02:44Il y a même un jour où j'ai craqué parce que ce jour-là, malheureusement, j'ai eu trois
02:48décès en même temps.
02:49Ça a été la goutte de trop.
02:52Donc j'ai craqué.
02:52Pendant une heure, je suis partie du service.
02:54Travailler jusqu'à 65 ans en sachant ce que j'ai vécu, le manque d'effectifs, la charge de travail,
03:01ça va être très compliqué.
03:03On va être de plus en plus fatigué et donc, on va être des soignants de plus en plus en
03:08arrêt, de plus en plus absents.
03:11J'ai connu des collègues qui sont décédés avant l'âge de la retraite.
03:16Malheureusement, ça arrive.
03:17Ça fait mal.
03:18Je me souviens d'une ASH, un matin, elle vient me voir.
03:21Elle me dit, Marie, je ne suis pas très bien, je ne suis pas en forme.
03:25Cette dame est décédée une semaine plus tard d'un cancer foudroyant.
03:28Elle avait une cinquantaine d'années.
03:39J'ai été arrêtée trois mois parce que j'ai un patient qui tombait de son lit et en voulant
03:45l'entraper, je me suis fait très très mal au dos.
03:48Donc on m'a interdit de porter les patients et tout.
03:52Mais bon, quand il faut redresser les patients dans le lit, je n'ai pas toujours appelé.
03:56Donc je le fais et de temps en temps, la douleur, elle est là, elle revient.
03:59Donc c'est compliqué.
04:00On prend sur soi, on ne dit rien.
04:02Quand j'ai des douleurs, oui, j'hésite à me mettre en arrêt maladie parce que je me dis, si
04:07je me mets en arrêt maladie, c'est mes collègues qui vont être en difficulté.
04:10On pense plutôt à ses collègues et à ses patients avant de penser à soi.
04:13On mêle toujours le travail avant sa santé.
04:16Beaucoup.
04:16J'ai déjà essayé de m'imaginer dans un autre métier et j'ai dit non, non, je ne pourrais
04:20pas.
04:21C'est ce côté humain, ce côté relationnel, ce côté, c'est toute ma vie ce métier.
04:27Là, on arrive, on est à à peu près 800 mètres du travail.
04:31Là, c'est mon service qu'on voit.
04:33Les deux ailes qui sont là, c'est mon service.
04:37Donc on a un badge pour pouvoir ouvrir.
04:52On est arrivés à Bonport.
04:54J'ai ma collègue qui habite de Chartres.
04:55Je vois sa voiture qui est là, donc elle est déjà arrivée.
04:57Elle est arrivée avant moi.
04:58J'ai beaucoup de collègues qui habitent très loin, oui.
04:59On est plusieurs à partager cette galère de route tous les matins.
05:03Je vais aller au vestiaire, me changer.
05:04Il y a des patients qui n'ont pas été très bien dans la nuit, donc aller les voir en
05:07priorité.
05:08Ensuite, je vais commencer la distribution des traitements.
05:11À quel âge on peut faire bien mon métier ?
05:13Je pense 60 ans, voire 62 ans, grand grand maxi.
05:17Il faut réfléchir, il faut toujours être attentif dans notre métier.
05:20Parce que comme je disais, on a des vies humaines dans les mains.
05:22On injecte des médicaments quand même qui peuvent être létals.
05:25Notre vie de famille, on la met quand même de côté depuis toute notre carrière.
05:29Donc on aimerait bien profiter de nos enfants et nos petits-enfants quand même.
05:32Parce qu'il y en a certains qui décèdent avant l'âge.
05:36Bonne journée.
05:36Oui, bonjour.
05:37Merci.
05:37Au revoir.
05:39Sous-titrage Société Radio-Canada
05:47Sous-titrage Société Radio-Canada

Recommandations