00:00Bonjour Julien Melaoui, vous êtes chef du service politique de l'humanité.
00:05Alors quels sont les principaux points à retenir du discours d'Emmanuel Macron au Mureau sur la lutte contre les
00:10séparatismes ?
00:11Et d'ailleurs, était-ce un discours sur les séparatismes ?
00:13Alors effectivement c'est l'un des premiers points qu'on peut noter sur ce discours,
00:19puisqu'on attendait effectivement un discours sur les séparatismes avec un S,
00:24c'est ce qui avait été annoncé pendant l'été par le gouvernement.
00:27Évidemment, on ne s'attendait pas, comme nous le disions dans notre édition de ce vendredi dans l'Humanité,
00:32à ce que le président aborde le séparatisme des riches, qui est pourtant l'un de ceux qui sont effectivement
00:40entretenus.
00:41Mais le S d'ajouter à la présentation du projet de loi, laissait supposer qu'il aborderait à différents champs.
00:50On évoquait notamment la question de certains discours d'extrême droite par exemple.
00:55En l'occurrence, il a recentré dès le début de son propos son discours sur la question de l'islamisme
01:03radical.
01:04Et c'est bien un discours de lutte contre l'islamisme radical que s'est livré Emmanuel Macron ce matin
01:11au Mureau.
01:12D'accord. Alors les principaux points de ce discours et donc de ses engagements dans la lutte contre l'islamisme
01:19radical ?
01:20Il a développé cinq piliers pour ce projet qu'il appelle « patriotisme républicain » et qui doit être présenté
01:32à la mi-octobre plus précisément,
01:35décliné par les ministres qui feront comme d'habitude le service après-vente, pour une présentation au Conseil des ministres
01:40le 9 décembre prochain.
01:43Bien. Le premier pilier, celui de la neutralité du service public.
01:48La principale mesure de ce point de vue-là annoncée, c'est que l'extension de l'obligation de neutralité
01:54des agents de service public
01:56aux salariés des entreprises publiques en général ou de celles qui assument des missions de service public.
02:03et la possibilité pour les préfets de revenir sur des décisions municipales, par exemple, en termes de menus dits confessionnels,
02:14mais qui proposent pour certains des alternatives à ceux qui ne mangeraient pas ce qui est proposé par la cantine.
02:24Il y a aussi évoqué la question notamment des piscines et des horaires spécifiques hommes-femmes.
02:30Donc les préfets auront le pouvoir d'intervenir en se substituant au maire autoritairement,
02:37donc pour revenir sur ces décisions, quitte, si ça n'était pas appliqué, à prendre la main sur la collectivité.
02:46Le deuxième point, c'est les associations.
02:51Puisque sur les associations, le président de la République a évoqué ces associations qui proposent des activités sportives, culturelles, artistiques,
03:04et qui en profitent pour avoir une stratégie d'endoctrinement, a-t-il dit.
03:11Alors c'est un phénomène évidemment qui existe, mais j'en profite pour dire quand même que même sa ministre
03:15des Sports, Roxana Maristin-Nahou,
03:19a dit récemment que c'était difficilement chiffrable et que le phénomène était parfois survalorisé par rapport à l'existant.
03:29Une fois qu'on a dit ça, ce que propose le président ce matin à la matière, c'est un,
03:36l'extension des motifs de dissolution des associations.
03:39Aujourd'hui, c'est racisme notamment, incitation à la haine, de l'étendre aux questions d'atteinte aux dignités de
03:46la personne
03:46et à celle un peu plus floue, il faudra voir ce que ça donne, de pression psychologique.
03:53Voilà. Ensuite, avec le deuxième volet, c'est un contrôle accru.
03:58Et comme c'était attendu, la question des contrats passés entre les collectivités et les associations,
04:06d'engagement, en fait, de respect d'un certain nombre de valeurs, sous peine de se voir supprimer les financements
04:13publics.
04:14Troisième pilier.
04:15Le troisième pilier, c'est celui de l'école. Et là, Emmanuel Macron annonce un changement de paradigme.
04:25Et effectivement, il y a quand même une proposition assez forte de ce point de vue-là,
04:32puisque Emmanuel Macron a annoncé qu'à partir de la rentrée de 2021, l'instruction serait obligatoire à l'école
04:39dès 3 ans.
04:42C'est-à-dire que les 50 000 enfants, selon les chiffres qu'il a évoqués, qui sont aujourd'hui
04:50à domicile, enfin qui suivent aujourd'hui un enseignement à domicile,
04:53eh bien il y aura une obligation d'aller à l'école.
04:59Cependant, Emmanuel Macron n'en oublie pas sa droite.
05:01Il ne veut pas réveiller, il le dit lui-même, de vieilles passions.
05:05On se souvient des mobilisations dans les années 80 qui avaient animé la droite contre ce qu'ils avaient qualifié
05:15d'attaque,
05:16contre la liberté d'enseignement.
05:19Et donc, pour ce qui est des écoles hors contrat, il ne s'agit pas de revenir dessus.
05:25Il s'agit de contrôles accrus dont les dispositions ne sont pas très détaillées pour le moment.
05:34Mais voilà, Emmanuel Macron ne s'attaque pas à ce pilier-là.
05:40J'en viens au quatrième pilier de cette stratégie, qui est celle directement de l'islam en France, à Tilly,
05:49non pas l'islam de France.
05:53L'expression employée, c'est l'islam des Lumières, par le président de la République.
05:58Alors il prend la précaution de dire, puisque c'était une critique qu'on avait préalablement entendue
06:04et qui pourrait se justifier au regard de ce qu'est notre droit sur la laïcité,
06:10il prend la précaution de dire donc que ce n'est pas l'État lui-même qui va s'occuper
06:15de religion et de bâtir,
06:16mais qu'il va se positionner en accompagnement, notamment du Conseil français du culte musulman,
06:21pour structurer l'islam et modifier son financement.
06:26Il y a plusieurs mesures qui sont annoncées.
06:29D'abord, la fin de l'islam consulaire, c'est-à-dire de ces imams, de ces prédicateurs
06:37qui étaient envoyés depuis l'étranger en France,
06:42et donc avec une obligation finalement de formation en France
06:47et de labellisation de cette formation par le CFCM, de ces imams et de ces prédicateurs.
06:55Le deuxième volet, évidemment, c'est la question du financement.
06:59Il y a déjà des dispositifs qui existent pour contrôler un certain nombre de choses.
07:06Là, il y a une incitation, l'une des principales mesures, c'est une incitation pour les mosquées
07:13qui beaucoup, c'est le cas de la grande mosquée de Paris, par exemple, il me semble,
07:18qui beaucoup sont sous statut de loi 1901, donc qui régit la vie associative,
07:23à passer sous le statut de la loi de 1905,
07:28qui régit en fait les associations culturelles,
07:31et qui impliquent un contrôle plus important.
07:35L'incitation, c'est qu'en fait, il y a une fiscalité plus favorable
07:43et que les contrôles, de toute façon, seront les mêmes.
07:46Donc voilà, il y a aussi des mesures de financement
07:49qui viendront d'une structuration des pèlerinages à la Mecque,
07:54a-t-il été dites ?
07:56Et le deuxième point important sur cette question, me semble-t-il,
08:04c'est ce qu'il annonce vis-à-vis du travail scientifique de recherche
08:11sur la question à la fois de l'islam,
08:13et puis des civilisations, enfin, le travail historique
08:19sur le rapport de la France à son histoire coloniale,
08:24qui a d'ailleurs été entamée, c'est vrai, par Benjamin Stora,
08:27qui a été missionné par Emmanuel Macron.
08:30Alors de ce point de vue, il annonce des postes supplémentaires.
08:34Ça doit prêter à sourire chez certains de nos auditeurs,
08:38vu les mouvements, effectivement, dans l'enseignement supérieur
08:41et les dénonciations de ce manque de moyens
08:47dans toute l'université,
08:49mais parce que c'est aussi quand même une spécialité,
08:52on annonce quelques moyens.
08:55En réalité, quand on regarde, pareil,
08:57pour les dédoublements de classes en CP,
09:00quand on regarde globalement la politique,
09:03bon, on s'aperçoit que finalement,
09:06c'est plus compliqué que ça.
09:09Ça me fait atterrir sur le cinquième pilier,
09:11qui est celui, je suis un peu longue,
09:13qui est celui de faire aimer la République,
09:16pour citer Emmanuel Macron.
09:18Alors, on cite toujours les mêmes dispositifs,
09:20dans ces cas-là, dans les discours gouvernementaux.
09:22Je l'évoquais à l'instant,
09:23le premier qui est cité,
09:25c'est celui du dédoublement des classes de CP et CE1
09:28dans les quartiers populaires,
09:33enfin, dans les écoles,
09:34Réplus notamment.
09:36Il y a aussi eu cet été, par exemple,
09:39les quartiers d'été,
09:40il y a les microfolies,
09:41enfin, tout un tas de micro-projets
09:42qui relèvent de la politique de la ville
09:44qui sont développés.
09:48Il promet, de ce point de vue-là,
09:50sur ces dispositifs spécifiques
09:52des moyens supplémentaires,
09:53on sait les problèmes composés,
09:55enfin, l'aspect positif d'avoir des classes dédoublées,
09:57mais les problèmes derrière de moyens
09:59que ça a posés,
10:00puisqu'on se retrouve parfois
10:01avec des enseignants
10:02qui ont deux demi-classes,
10:04mais dans une même espèce physique,
10:07ce qui complique, effectivement, les choses.
10:11Et puis, surtout, de ce point de vue-là,
10:15comme pour le concept
10:17qu'il adore manier d'égalité des chances,
10:21qui est, en fait, finalement,
10:23juste une petite incise sur ce concept,
10:25parce qu'il est régulièrement utilisé,
10:29même au-delà des cercles libéraux.
10:32Cependant, in fine, dans sa philosophie,
10:34il permet de justifier les inégalités,
10:36en tout cas, de les renvoyer à la fin,
10:37puisqu'on aurait tout fait
10:38pour les faire disparaître
10:40à ceux qui en sont les victimes.
10:44Et concrètement, là,
10:47alors qu'il pointe à juste titre
10:49le fait que l'islamisme radical
10:53prospère aussi sur un défaut de service public,
10:58sur des missions qui ont été abandonnées
11:00dans ces quartiers-là par la République,
11:03dont un certain nombre de structures se saisissent
11:05pour faire vivre une forme de solidarité,
11:08mais avec, bien sûr, des arrières-pensées.
11:10Donc, il pointe cela à juste titre.
11:14Mais en revanche,
11:15les mesures sont renvoyées à plus tard.
11:17Il promet des mesures
11:18pour l'égalité des chances
11:19dans les semaines à venir,
11:22sans parler, évidemment,
11:23du problème que pose ce concept.
11:26Et en plus,
11:27on sait qu'un certain nombre
11:30de ces dispositifs sont très utiles,
11:33évidemment,
11:34il ne s'agit pas de dire le contraire.
11:35Néanmoins,
11:36ce que réclament un certain nombre
11:37de ces territoires aujourd'hui,
11:38à l'instar, je pense, par exemple,
11:40à la Seine-Saint-Ni,
11:41où un rapport a montré le déficit d'État,
11:44la faillite de l'État
11:46dans ce département
11:48en termes d'écoles, de justice
11:50et de police aussi,
11:52et notamment,
11:52c'est tout simplement
11:53le retour au droit commun,
11:55c'est-à-dire que les mêmes moyens
11:57soient accordés dans ces territoires-là
12:01que dans le reste de la République.
12:03Et ça, pour l'heure,
12:05il ne semble pas qu'il en soit question.
12:07D'accord.
12:08Merci.
12:09Deuxième question.
12:10Ce discours sur la lutte
12:12contre les séparatismes,
12:13qui est devenu le discours
12:15contre l'islam radical,
12:18était annoncé depuis longtemps.
12:20On voit là qu'il y a une accélération,
12:22notamment dans le calendrier législatif,
12:24qui doit suivre le discours prononcé.
12:27Alors, quel est l'objectif,
12:28selon vous, d'Emmanuel Macron
12:29avec ce tempo
12:32et avec cette accélération des choses ?
12:35Alors, c'est vrai que ce discours
12:37est annoncé depuis longtemps.
12:40Il a été évoqué pour la première fois
12:41il y a un an après l'attaque
12:44qui avait lieu au sein de la préfecture de Paris.
12:47Ensuite, il est revenu à Mulhouse
12:49en février,
12:51ce thème du séparatisme.
12:53Il devait donner lieu à débat
12:55et à projet de loi
12:56dès le printemps initialement.
12:57Je rappelle que,
12:59petite insise là encore,
13:00mais que ce moment-là,
13:01c'est celui où on sort,
13:03enfin on sort en tout cas,
13:05on est dans le moment
13:08de la mobilisation
13:09de la réforme historique
13:10contre les retraites.
13:12Donc, un moment
13:15fort désagréable
13:16socialement parlant
13:17pour Emmanuel Macron.
13:18Et on recentre le débat
13:21sur ces questions-là.
13:25Là,
13:27Emmanuel Macron
13:28essaie par anticipation
13:30de se dégager
13:31de cette critique
13:33en disant
13:34il faut regarder
13:34la réalité en face.
13:36Bien entendu,
13:36il ne s'agit pas
13:37de stigmatiser.
13:39Mon discours
13:40n'est pas celui
13:42pour aller vite
13:43qui consisterait
13:44à pointer
13:45l'ensemble
13:45des musulmans
13:47du doigt.
13:49Mais,
13:50effectivement,
13:51il y a un problème
13:52qu'il faut traiter.
13:54et ça,
13:55c'est ce qu'il dit.
13:56Son gouvernement
13:57a, lui,
13:58préparé le terrain
13:58sur une toute autre tonalité.
14:03Gérald Darmanin,
14:04le ministre de l'Intérieur,
14:06allant jusqu'à évoquer
14:08un risque de guerre civile,
14:10quand même.
14:11Enfin,
14:12vous voyez la tonalité
14:13qu'on a voulu installer
14:14avec l'annonce
14:17de ce projet de loi
14:20parce qu'il y a un enjeu
14:23pour les macronistes
14:25aujourd'hui
14:25à solidifier
14:28leur emprise
14:30sur l'électorat
14:32de droite
14:33après des difficultés
14:34qu'ils ont rencontrées,
14:35notamment au moment
14:35des municipales
14:38et puis qui se sont
14:39en plus là concrétisées
14:40ces dernières semaines
14:41dans les législatives
14:42partielles.
14:43Et puis à remettre
14:44en selle
14:45des débats
14:48où Emmanuel Macron,
14:49comme il a fait ce matin,
14:50peut se présenter
14:53en rempart
14:54du Rassemblement
14:56national.
14:57En fait,
14:57on joue sur les deux tableaux
14:58avec des ministres
15:00de l'Intérieur,
15:01parce qu'il y a aussi
15:02Marlène Schiappa
15:04qui relève
15:05de ce ministère-là,
15:07qui joue la carte
15:09de l'autorité,
15:09de l'autoritarisme,
15:11de la lutte
15:12contre la guerre civile,
15:13etc.,
15:14qui crée un climat
15:15quand même
15:16quelque peu délétère.
15:17Et puis la carte
15:19du rempart
15:20à l'extrême droite
15:21avec une remise en selle
15:22aussi de ce duel,
15:24puisqu'on est
15:26désormais
15:27quand même
15:27à 18 mois
15:28de la présidentielle
15:29de 2022
15:30et qu'il s'agit
15:31dès à présent
15:33de se poser
15:34dans le cadre
15:34de ce débat.
15:35D'ailleurs,
15:37Aurélien Taché
15:38n'avait pas manqué
15:39de le relever
15:40ex-député
15:41à l'AREM
15:41dès hier,
15:43puisqu'il disait
15:44que longtemps
15:45Emmanuel Macron
15:46a dénoncé
15:47les amalgames,
15:48aujourd'hui
15:48il les fabrique.
15:51Son discours
15:52essaye de se licencier
15:53par rapport à ça.
15:54Il n'en demeure
15:55pas moins comptable
15:56dès sorties
15:57de ses ministres
15:59pendant l'été.
16:01Merci Julien Mlaoui
16:02et bonne journée.
16:03Bonne journée à tous.
16:04Merci beaucoup.
16:05Sous-titrage Société Radio-Canada