- il y a 2 jours
Chaque année, près de 3 millions de personnes dans le monde trouvent la mort au travail. En Europe, le nombre de morts est à nouveau en augmentation dans la moitié des pays après plusieurs années de baisse. En France, depuis janvier 2023, 92 décès au travail ont été recensés.
Que faire pour arrêter cette hécatombe ? Entretien avec la députée européenne Marina Mesure, du groupe La Gauche, qui lance aujourd'hui un cri d'alarme pour que des mesures soient prises par l'Union européenne contre le fléau de la mort au travail.
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NewsTranscription
00:00Bonjour et bienvenue dans cette rencontre au Parlement européen de Strasbourg.
00:03Chaque année, près de 3 millions de personnes trouvent la mort au travail dans le monde, en Europe et en
00:08France.
00:09Également, une hécatombe invisible contre laquelle rien n'est suffisamment fait.
00:14Le groupe La Gauche au Parlement européen lance un cri d'alarme et exige que des mesures soient prises contre
00:20ce fléau.
00:21Marina Mesur, bonjour.
00:22Bonjour.
00:22Vous êtes à l'initiative de cette alerte sur les morts au travail dans le groupe.
00:27Bonjour à vous et merci d'être sur ce plateau.
00:29Je rappelle que vous êtes députée européenne du groupe La Gauche au Parlement européen.
00:33Alors, l'Europe, on le disait il y a quelques instants, directement concernée par ce fléau,
00:37les accidents du travail entraînant la mort, puisque le nombre de morts au travail en Europe
00:43augmente dans la moitié des pays européens.
00:46Est-ce que vous pourriez nous rappeler un petit peu l'ampleur globale de ce phénomène des morts au travail
00:51?
00:51Oui, déjà, effectivement, ce qu'il faut comprendre, c'est que l'Union européenne a très peu de leviers pour
00:56agir sur les questions sociales,
00:57mais sur la question de la santé et sécurité au travail, elle a une compétence.
01:02Sur les morts au travail, ça se compte par dizaines de milliers au niveau européen.
01:08Comme vous le disiez, 3 millions au niveau international, 400 millions d'accidents du travail chaque année.
01:16Donc, c'est un phénomène d'ampleur majeure.
01:18Et un phénomène, effectivement, qui, s'il y a un temps, il y a 10 ans, commençait à décroître,
01:23maintenant, on retrouve de plus en plus de morts au travail au sein de tous les pays de l'Union
01:27européenne.
01:27C'est la tendance.
01:28Nous avions, effectivement, invité des Italiens qui nous disaient 3 morts par jour au travail.
01:32Nous sommes à peu près sur la même proportion en France, de 2 à 3 morts.
01:36C'est de savoir si on intègre aussi les accidents du travail et les maladies professionnelles,
01:40puisqu'ils doivent être inclus.
01:42Donc, effectivement, la situation est catastrophique au sein de l'Union européenne.
01:45Et de voir qu'on n'arrive plus à faire baisser les morts au travail, mais encore plus,
01:49on a une accélération, c'est-à-dire de ces décès sur les lieux de travail, c'est catastrophique.
01:55Alors, ces morts au travail sont documentés avec une relative précision.
02:00D'abord, puisqu'il y a des associations de familles, il y a les organisations syndicales,
02:06internationales, il y a l'OIT, l'Organisation internationale du travail.
02:08C'est le gros du travail.
02:09J'allais dire à quelle cause, quels sont les secteurs déjà d'activité qui sont les plus concernés à l
02:14'heure actuelle ?
02:15Alors, l'un des principaux secteurs touchés, c'est le BTP.
02:19Donc, tout ce qui est secteur construction, mais on peut voir aussi beaucoup de décès dans l'agriculture, notamment.
02:27Donc, BTP, agriculture, industrie, les marins, la pêche font aussi partie des secteurs particulièrement touchés.
02:35Et là, de plus en plus, on retrouve aussi tout ce qui est travailleurs des plateformes aussi, des jeunes qui
02:41ont des accidents en vélo, notamment.
02:44Donc, il y a des nouveaux métiers qui n'étaient pas présents il y a quelques années et où on
02:48retrouve beaucoup de décès liés au travail.
02:51Alors, il y a des causes, évidemment, à chaque fois, qui sont ponctuelles par nature.
02:54Mais j'allais dire, qu'est-ce que vous dites des causes structurelles qui mènent à cette situation que vous
02:59décrivez là,
02:59qui est une situation dont il faut bien voir la tendance ?
03:03Je pense que vous insistez là-dessus et c'est extrêmement important, puisque ça augmente, effectivement.
03:07J'allais dire, quelles sont les causes structurelles, finalement, puisque vous avez travaillé sur ces questions-là ?
03:12Les premières causes, moi, je viens du BTP, donc, effectivement, le sujet m'intéresse à titre personnel,
03:19parce que pendant des années, on s'est battu dans le secteur de la construction sur les morts au travail.
03:24Et le fait de rendre visible cette hécatombe, parce que, et vous le disiez bien en introduction,
03:29c'est que ces morts au travail sont traitées à 99% du temps comme des faits divers.
03:36Et ce ne sont pas des faits divers.
03:38C'est un phénomène social lié à des conditions de travail qui entraînent à un moment donné une chute qui
03:44peut être mortelle.
03:45Je dis une chute parce que, par exemple, dans les accidents du travail dans le BTP, la majorité sont liées
03:49à des chutes.
03:50Et les chutes, c'est quoi ? Eh bien, quand vous n'avez pas le harnais, le harnais parce que
03:53votre employeur vous dit
03:55« il faut aller plus vite, il faut faire avec moins de personnes »,
03:59eh bien, à un moment donné, vous mettez votre vie en danger et ça peut être fatal.
04:03Donc, les conditions, évidemment, les conditions de travail sont un des principaux facteurs des morts au travail aujourd'hui.
04:10Le fait d'avoir moins d'inspection du travail aussi.
04:13Ça fait, sur les dix dernières années, on a diminué de 6% en France le nombre d'inspecteurs du
04:18travail.
04:19Ce qui fait que, par rapport justement à l'Organisation internationale du travail,
04:24on est en dessous de ce qu'elle préconise, c'est-à-dire un inspecteur pour 10 000 salariés.
04:29Aujourd'hui, en France, on est un inspecteur sur 11 000 salariés, ce qui est totalement hallucinant.
04:33Donc, ça veut dire que vous avez de moins en moins d'inspecteurs du travail,
04:36donc de moins en moins de personnes qui viennent veiller à ce que les règles soient respectées sur les chantiers,
04:40sur les chantiers ou dans d'autres, évidemment, dans l'industrie et dans d'autres secteurs.
04:46Donc, conditions du travail qui sont déplorables et qui continuent effectivement à être de plus en plus problématiques,
04:54les inspections du travail et le manque de contrôle,
04:56et aussi toutes les nouvelles maladies professionnelles aussi.
05:01C'est-à-dire qu'on a eu pendant des années, moi j'étais rapporteur notamment sur le secteur de
05:05la miante,
05:05donc on a eu là une directive qui est passée récemment au Parlement,
05:09où il y a encore 90 000 morts par an au travail, et notamment des travailleurs,
05:13qui sont empoisonnés par cette fibre mortelle.
05:17Et bien maintenant, vous avez de nouvelles substances cancérigènes
05:21auxquelles les travailleurs sont exposés au quotidien
05:23et qui vont provoquer leur mort dans quelques années.
05:25Donc, il y a aussi tous ces facteurs-là nouveaux qu'il faut reconnaître,
05:29toutes ces substances nouvelles qu'il va falloir reconnaître.
05:32Nous, par exemple, on s'était battus pendant de nombreuses années pour faire reconnaître le bitume,
05:36le bitume comme cancérigène, ce qu'on peut comprendre.
05:38Quand vous passez à côté de personnes qui sont en train de refaire les routes,
05:42vous sentez quand même l'odeur, vous sentez l'agressivité du subitume.
05:46Et pourtant, les travailleurs qui, 8 heures par jour, sont exposés,
05:50lorsqu'ils déclaraient un cancer, ils n'étaient pas reconnus comme maladie professionnelle.
05:55Pareil dans le bois, dans le secteur du bois aussi.
05:58Vous voyez, il y a vraiment beaucoup de secteurs,
06:00mais donc ces substances aussi cancérigènes doivent être reconnues.
06:03Et aujourd'hui, sur les 50, on caractérise à peu près 50 substances
06:08qui sont reconnues comme cancérigènes,
06:09mais l'Union européenne avance seulement sur 27 qui sont reconnues comme...
06:14Alors, dans certains secteurs particuliers, on en parle, c'est vrai,
06:17mais globalement, on en parle très peu.
06:19Mais pour quelles raisons ?
06:20Alors que c'est un problème social extrêmement important, finalement.
06:23Pour lequel, pour l'instant, on ne voit pas qui s'en sort bien.
06:27J'allais dire, quel pays s'en sortirait bien ?
06:29Eh bien, je trouve que c'est en ça que l'initiative que nous avons prise le 2 mai était
06:33importante,
06:33parce que nous avons réuni les collectifs des victimes,
06:37donc les familles des victimes.
06:39Et je pense que c'était un point important,
06:41parce qu'en fait, lorsqu'il y a un décès,
06:45la personne, sa famille, ses proches se retrouvent isolées.
06:48C'est-à-dire que vous avez d'un seul coup énormément de paperasse,
06:52de choses à faire, les procès qui peuvent durer plusieurs années.
06:56Donc, c'est une situation terrible à vivre,
06:58au-delà de perdre, évidemment, un être cher, un être aimé,
07:01et qui fait que vous vous isolez.
07:03Et le collectif, c'est-à-dire le fait d'avoir réussi à fédérer toutes ces familles
07:09qui, dans le deuil, la souffrance, ont dit,
07:11on va se battre pour qu'il n'y ait plus aucun mort au travail,
07:15fait en sorte qu'on arrive à visibiliser un peu ce phénomène
07:18qui, de fait, par le fait qu'il soit singulier au quotidien,
07:23le rendait, effectivement, le reléguer aux faits divers, ceux qu'ils ne sont pas.
07:27Donc, je pense qu'il y a un peu de ça.
07:30Et dans le discours quotidien, c'est-à-dire, c'est la fatalité,
07:34c'est-à-dire, c'est un accident, c'est malheureux.
07:36Non, ce n'est pas malheureux.
07:37Il y a des causes à cet accident,
07:38et c'est ces causes qui ne sont jamais questionnées.
07:41Et c'est pour ça que le collectif est déterminant dans cette problématique,
07:45parce que ça montre l'ampleur du phénomène
07:47et que les solutions sont aussi à une échelle globale
07:51et pas locales au niveau d'une entreprise.
07:54Phénomène actuel en plein développement aussi,
07:56la sous-traitance, par exemple,
07:59qui met les travailleurs en concurrence entre eux.
08:02On le voit dans de nombreux domaines,
08:04de grands domaines économiques à l'heure actuelle.
08:06Est-ce que ça accentue aussi ce phénomène ?
08:08Est-ce que c'est une des causes structurelles qu'on peut avancer ?
08:10Évidemment.
08:11Et un exemple très concret qui m'avait beaucoup marquée,
08:14en Belgique, à Anvers,
08:17sur un marché public, une école s'est écroulée.
08:21Au moment de l'effondrement,
08:24on s'était alors réjouis que les 400 étudiants n'étaient pas encore présents,
08:29sauf qu'il y avait des travailleurs.
08:31Et 8 d'entre eux ont perdu la vie lors de cet effondrement.
08:34Et on s'est rendu compte que sur ce chantier,
08:36donc un marché public,
08:37il y avait 22 niveaux de sous-traitance.
08:4022 niveaux de sous-traitance.
08:41Donc vous imaginez le travailleur qui se retrouve au 21e ou au 22e niveau de sous-traitance,
08:46quelles sont ses conditions de travail ?
08:47Quelle est la responsabilité ?
08:49Qui est responsable ?
08:50C'était un exemple que j'ai trouvé très marquant
08:55pour voir justement l'ampleur du dégât,
08:58parce que c'est vrai que la sous-traitance dans certains métiers
09:00est un danger imminent pour les travailleurs.
09:03Et c'est pour ça d'ailleurs que certains pays ont décidé de réduire
09:06ou d'interdire la sous-traitance.
09:07Je pense notamment à l'Espagne,
09:09qui a diminué à 2 le niveau de sous-traitance dans le BTP.
09:12À l'Allemagne, qui au moment du Covid a décidé de supprimer la sous-traitance dans les abattoirs,
09:17pour que justement il y ait une plus grande responsabilité des donneurs d'ordre avec leurs salariés.
09:22Donc la sous-traitance est un véritable combat.
09:24Il doit être interdit dans certains cas de figure, dans certains secteurs.
09:28Et la responsabilité du donneur d'ordre doit être totale.
09:31C'est-à-dire qu'à partir du moment où on commence un chantier,
09:35le donneur d'ordre doit être responsable de toutes les personnes qui font intervenir sur son chantier.
09:40En 2021, je crois que la Commission européenne avait lancé un objectif zéro mort,
09:45zéro blessé au travail à l'horizon 2030, si je ne me trompe.
09:49Exactement, oui, 2030.
09:50Ce n'est pas dans longtemps.
09:52Quel est le résultat de ce qui a été lancé, de cet objectif zéro mort,
09:57lancé par la Commission européenne en deux ans ?
10:01Pour l'instant, le compte n'y est pas.
10:03C'est la vision zéro mort au travail qui aujourd'hui ne prend pas en considération,
10:11notamment les maladies professionnelles.
10:13Par exemple, parce que j'en parlais récemment,
10:15tout ce qui est substances toxiques qui empoisonnent les travailleurs au quotidien,
10:19ce n'est même pas dans la proposition de la Commission.
10:22Aujourd'hui, les risques, notamment psychosociaux, ne sont pas pris en considération.
10:30Les températures extrêmes ne sont pas prises en considération.
10:32Il y avait un vrai débat.
10:33D'ailleurs, cet été, la Commission européenne nous parlait de la plus grosse sécheresse
10:38depuis les 500 dernières années,
10:39donc avec des températures aussi qui ont été des températures records et extrêmes.
10:44Là, on a vu des travailleurs qui sont morts du fait des températures extrêmes
10:47et qui vont s'accentuer avec le changement climatique.
10:50Et là encore, rien n'est proposé par la Commission européenne en ce sens.
10:55C'est-à-dire à quel moment un travailleur peut se retirer
10:58parce que la température ne lui permet pas de travailler en toute sécurité.
11:02Donc la Commission a présenté un plan.
11:05C'était une campagne aussi, notamment la CES avait lancée depuis plusieurs années,
11:10donc c'est la Confédération européenne des syndicats,
11:12avait présenté une campagne justement zéro mort au travail.
11:16Beaucoup de syndicats nationaux l'ont fait aussi.
11:18Mais là, aujourd'hui, ce qui est sur la table n'est pas satisfaisant.
11:21Et surtout, ce n'est pas seulement les morts au travail,
11:24c'est zéro accident grave, zéro maladie professionnelle.
11:28Et donc on prend une partie de la problématique alors qu'elle est globale.
11:33Qu'est-ce que vous proposez, vous, aujourd'hui, avec la gauche ?
11:36Les propositions sont au niveau national et aussi au niveau européen.
11:42Au niveau national, ce que je disais en priorité,
11:45il y a quand même la question de la santé, de l'inspection du travail.
11:50Parce que si vous voulez, les règles, déjà, on peut discuter si les règles sont suffisantes,
11:55mais il faut absolument qu'il y ait un contrôle de ces règles.
11:57Donc on a besoin d'inspecteurs du travail.
11:59Et ça, c'est au niveau de la Commission européenne, par exemple.
12:03Elle le dit dans sa proposition qu'il faut inverser la tendance,
12:08c'est-à-dire avoir un peu plus d'inspection du travail que d'habitude,
12:11mais sans fixer aucun objectif.
12:12Nous, on dit qu'il faut des objectifs chiffrés.
12:14Il faut qu'on peut se fier notamment aux objectifs qui sont aujourd'hui déterminés
12:20par l'Organisation internationale du travail, comme je le citais tout à l'heure.
12:23Donc il faut des objectifs chiffrés du nombre d'inspecteurs du travail
12:26qu'on doit avoir par salarié dans chaque pays de l'Union européenne.
12:29Il nous faut des moyens financiers et des moyens humains.
12:32Ça, c'est la première chose.
12:34La deuxième chose, c'est évidemment les conditions de travail.
12:36C'est-à-dire que qu'est-ce qu'on impulse au niveau européen
12:39pour avoir de meilleures conditions de travail ?
12:42Et ça, c'est évidemment pas en allant sur toujours plus de dumping social,
12:47c'est-à-dire toujours plus de concurrence des uns envers les autres,
12:49qu'on va avoir de meilleures conditions de travail et qu'on va avoir des travailleurs protégés
12:53et un environnement de travail sain et sûr.
12:55Sachant que l'environnement de travail sain et sûr,
12:57et on ne l'a pas encore mentionné dans la discussion,
12:59mais c'est un droit fondamental qui a été reconnu le 10 juin 2022
13:03par l'Organisation internationale du travail.
13:05Donc ça doit être garanti à tout.
13:08Et donc à partir du moment où c'est un droit fondamental,
13:10on doit mettre tous les moyens pour qu'il soit garanti.
13:14Et donc les conditions de travail, évidemment, en font partie.
13:16C'est de la Convention des droits de l'homme, on le rappelle.
13:18Aussi, les socles européens des droits sociaux.
13:20Dont le Conseil de l'Europe est garant et dont tous les pays européens sont signataires.
13:24Alors, à la suite de ce que vous disiez,
13:27on entend revenir aujourd'hui en Europe l'exigence d'un retour à la rigueur budgétaire.
13:32Est-ce que ça n'a pas de quoi vous alerter en se disant que ce retour,
13:37qui va être exigé avec un déficit annuel, on le rappelle,
13:40des États qui ne doivent pas dépasser le 3% des PIB,
13:42c'est ce qu'on est en train de voir revenir après qu'il y ait eu un lâcher prise
13:47à cause de la crise du Covid ?
13:48Est-ce que ce n'est pas, justement, ça incompatible avec les améliorations
13:53des conditions de travail dont vous êtes en train de parler ?
13:55Bien sûr.
13:57D'abord parce que l'austérité budgétaire, ça va toucher directement aussi
14:01à toute l'administration publique.
14:03On l'a vu à chaque fois qu'il y a eu des cures d'austérité.
14:05Et donc, justement, aux moyens de contrôle, directement.
14:10Et évidemment, si l'objectif est toujours de faire le moins-disant social,
14:16c'est-à-dire toujours aller chercher les économies sur les dos des travailleurs,
14:20de fait, on va avoir des accidents de plus en plus nombreux.
14:25Et on parle, encore une fois, on parle des accidents du travail mortel.
14:30En France, on est à plus de 40 000 incapacités permanentes aussi.
14:34Il y a des accidents.
14:35Je veux dire, la problématique est là.
14:36Tout ça pour dire qu'au niveau conditions de travail,
14:40ça ne va pas s'améliorer lorsqu'on va remettre des règles budgétaires
14:43qui font en sorte qu'on aille sur l'austérité
14:46et sur la concurrence des uns envers les autres.
14:48Donc moi, je suis convaincue que si on veut porter un projet ambitieux
14:53sur ces questions de santé et sécurité,
14:55il faut les remettre au cœur de notre dispositif,
14:58au cœur de nos politiques.
14:59C'est pour ça que, quand je reparlais de droits fondamentaux,
15:01ça doit être notre objectif fixé pour les politiques européennes et nationales.
15:06On ne peut plus avoir, je crois que c'était Olivier Dussault qui a dit encore il y a un
15:10mois,
15:12je trouve dommage qu'au XXIe siècle, il y ait encore des morts au travail.
15:16Très bien.
15:17Donc ce qu'il demande, c'est qu'on lui signale qu'il y a un mort au travail en
15:22France à chaque instant.
15:24Non, non, mais le même gouvernement qui, il y a trois ans avant, quatre ans avant,
15:30remettait en cause la pénibilité au travail en disant « le travail n'est pas pénible »,
15:34justement en sucrant des facteurs de pénibilité 4 sur 10 au niveau des retraites.
15:41Donc vous voyez, c'est-à-dire le discours,
15:43on s'inquiète d'un seul coup des morts au travail,
15:45mais on n'a rien fait et on a saccagé les CHSCT,
15:48on a fait en sorte qu'il y ait moins d'inspections du travail,
15:50on a fait en sorte que le travail ne soit plus reconnu comme pénible.
15:54Donc vous voyez un peu le discours quand même qui est totalement hallucinant
15:57par rapport à la réalité et les drames, parce que c'est les drames.
16:01Ici, au Parlement européen, ces familles sont venues avec le portrait de leurs enfants,
16:05c'est des drames des enfants qui décèdent alors qu'ils avaient 27 ans, 20 ans, 18 ans,
16:12des apprentis aussi, de plus en plus d'apprentis qui décèdent parce qu'ils n'ont pas reçu une formation
16:16et qu'ils se retrouvent à partir le matin au travail et ne jamais revenir.
16:19Ce sont des drames terribles.
16:22Donc tous nos efforts doivent être mis en place pour pallier à ce phénomène,
16:27c'est un phénomène social, donc il faut un environnement de travail sain et sûr
16:31qui doit être garanti à tous et toutes.
16:33Une question à remettre aussi au centre des questions sociales,
16:37vous prononciez le mot de retraite il y a quelques instants,
16:40les questions sociales sont sur le devant de la scène, en France par exemple.
16:44Est-ce qu'il vous semble que ça peut avoir une influence au niveau européen ?
16:48Est-ce que c'est important, cette remontée quand même, ne serait-ce qu'au niveau d'un pays ?
16:52On va parler peut-être des autres pays européens,
16:54puisque vous êtes bien sûr en lien avec vos collègues ici, des autres pays européens.
16:59Est-ce que remettre en avant ces questions sociales,
17:02comme on le fait en France depuis plusieurs mois avec les luttes sur les retraites,
17:08mais sur d'autres points annexes qu'on voit émerger dans les manifestations,
17:11les revendications, est-ce que c'est important ?
17:13Est-ce que vous sentez que ça pèse quelque part ou pas encore ou pas vraiment ?
17:17Moi je pense effectivement que ça pèse et ça a commencé avec la question énergétique,
17:23puisque les premiers mouvements qu'on a vu apparaître dès le mois d'octobre,
17:27dans toute l'Union européenne, et encore une fois plusieurs experts nous ont dit
17:30que c'était les plus grands mouvements sociaux des 30 dernières années
17:34dans l'ensemble des pays de l'Union européenne.
17:36Donc c'était la question énergétique.
17:38La question énergétique c'est la question des salaires,
17:41parce que derrière vous avez la question de l'inflation, de la vie chère,
17:45et ce qu'on demande c'est l'augmentation des salaires.
17:48Donc c'est une question sociale.
17:50Donc oui il y a la question sociale au cœur des mobilisations aujourd'hui en Europe.
17:55La question de la santé aussi,
17:56qui a été le lieu d'une manifestation monstre à Madrid,
18:00plus de 600 000 personnes qui se sont mobilisées.
18:03Donc tout ceci sont des questions sociales qui sont au cœur des mobilisations.
18:07Nous effectivement, comme vous l'avez dit,
18:09on a été mobilisés pendant de nombreux mois sur les retraites.
18:12Là j'étais à Marseille samedi,
18:15on a fait converger les luttes en disant
18:17il faut faire converger toutes les colères,
18:19c'est-à-dire que ce soit la colère par rapport à cette réforme cruelle et injuste du gouvernement,
18:25mais aussi celle de l'augmentation des prix de l'électricité,
18:29que ce soit celle de l'augmentation des denrées alimentaires.
18:32Quand on sait que dans le même temps,
18:34vous avez en France une augmentation de 22% des bénéficiaires de l'aide alimentaire en 2023.
18:39Donc vous voyez que ce sont les questions fondamentales et les questions sociales
18:43qui sont au cœur aujourd'hui de l'agenda européen dans les mouvements sociaux, je veux dire.
18:48Parce qu'ici, effectivement, il manque à l'agenda.
18:50C'est ça.
18:51On a entendu ce matin le chancelier allemand, Lofscholz, qui était ici.
18:54Je ne me souviens pas, moi, avoir entendu parler.
18:57Il accorde une grande importance à cette question.
18:59Non, non, effectivement, il a balayé d'un revers de la main.
19:02On a entendu politique commerciale, on a entendu armement par rapport à la guerre en Ukraine.
19:09Mais par contre, la question sociale était totalement la grande absente du discours.
19:13Donc non, ce n'est pas à la hauteur des enjeux.
19:15Nous avons en ce moment en Europe une telle situation, une telle précarité, une telle pauvreté,
19:21une telle augmentation des prix qui prennent à la gorge des millions de ménages.
19:26Et derrière, l'Union européenne ne fait rien, ne propose rien qui puisse aider à la dignité.
19:34C'était une question de dignité humaine.
19:36Vous lancez un appel, on l'a dit au début, avec le groupe, la gauche au Parlement européen.
19:42Qu'est-ce que vous en attendez dans l'immédiat ?
19:44Quelles vont être les prochaines étapes, j'allais dire ?
19:46Alors, l'appel que nous lançons est en lien avec le collectif, justement, des familles des victimes des morts au
19:53travail.
19:54Ce que nous avons fait, c'est que nous avons lancé cet appel à travers des questions écrites,
19:58notamment à la Commission européenne et une question orale qui va suivre.
20:00L'idée, c'est évidemment de questionner par rapport à la stratégie, à ce qui a été proposé,
20:04cette vision zéro où l'Union européenne ne s'engage en 2021 à plus aucun mort au travail.
20:11Qu'est-ce qu'elle a mis en place depuis 2021 pour faire en sorte que ça devienne une réalité
20:16et que ça ne soit pas seulement encore un exercice de communication ?
20:20Donc, les questions sont précises.
20:22C'est qu'est-ce que vous mettez sur la table aujourd'hui pour faire en sorte qu'il n
20:25'y ait plus un mort au travail au sein de l'Union européenne ?
20:29Dans les groupes de gauche au Parlement européen, vous réussissez à mobiliser sur ce thème ?
20:36Sur ce sujet, oui. C'est un sujet quand même fédérateur dans le sens où tout le monde comprend qu
20:41'il y a une terrible réalité et qu'il faut s'y atteler.
20:44Donc, oui, les différents groupes de gauche sont très sensibles sur la question.
20:49Et c'est pour ça que j'espère qu'on va pouvoir faire un débat au sein de l'hémicycle
20:53sur cette question-là.
20:54C'est l'idée de la question orale, puisque, effectivement, je ne l'ai pas précisé,
20:56mais c'est de faire un débat au sein de l'hémicycle sur cette question-là
21:00et surtout trouver les solutions pour pouvoir pallier à ce fléau.
21:03Merci, Marina Mesuron.
21:05On continuera, bien sûr, avec vous à suivre ce dossier extrêmement important.
21:09Merci à vous qui nous avez suivis et au revoir à bientôt.