00:00Vous insistez dans votre livre Ma France sur la nécessité d'une confrontation projet contre projet avec la droite.
00:06Que retenez-vous de ce premier échange que vous venez d'avoir avec Valérie Pécresse ?
00:10Mais c'est absolument passionnant. On a des projets tellement différents aux antipodes,
00:14que ce soit sur les impôts, sur la sécurité sociale, sur la réforme de l'assurance chômage.
00:20Et donc il faut que les Français aient connaissance de ces débats et de ces différences
00:24pour que quand ils auront à choisir, qu'ils puissent se dire qu'il y a vraiment deux projets de
00:28société différents.
00:29Celui porté par les libéraux, la droite, et puis le nôtre, celui porté par la gauche authentique, sincère, celle que
00:37je porte.
00:38Alors justement, on a beaucoup parlé pendant ce débat de l'industrie, des services publics.
00:42Quel est le message que vous envoyez à l'occasion de cette présidentielle sur ces questions ?
00:47On a un gros enjeu de réindustrialisation du pays. Tout le monde en parle, y compris Valérie Pécresse.
00:54Il faut produire en France. Tout le monde le dit. Tant mieux. Mais il faut le faire.
00:58Et c'est pour ça que j'ai mis tout de suite une proposition sur la table.
01:02C'est de voter un moratoire sur toutes les délocalisations et celles qui sont en cours aujourd'hui.
01:06Tous ceux qui disent qu'ils veulent réindustrialiser le pays,
01:09eh bien qui commencent déjà par empêcher les usines aujourd'hui de partir à l'étranger.
01:14Et puis on a eu ce débat intéressant sur le dumping social, sur le libre-échange,
01:19et sur cette Europe et ces traités européens qui, tant qu'ils seront là,
01:24feront toujours du mal à notre industrie.
01:26Et donc on doit aussi s'attaquer à ces traités européens.
01:29On a vu que là-dessus, on n'était pas d'accord.
01:31On a aussi beaucoup parlé de dépenses publiques et financements.
01:35Valérie Pécresse plaidant pour la réduction de la dépense publique
01:38et voir des suppressions d'emplois dans les services publics.
01:42Reprochant qu'il y a en gros de l'argent et qu'il faut bien aller le chercher quelque part.
01:47Vous, vous proposez d'aller le chercher où, cet argent ?
01:50Alors d'abord, je trouve très courageux de la part de Valérie Pécresse
01:53de dire et d'assumer qu'il faudra réduire la dépense publique
01:57et donc toujours faire supporter des efforts à nos services publics et à nos collectivités.
02:03Puis nous, nous pensons tout l'inverse.
02:05Il faut augmenter la dépense publique, il faut augmenter le budget de l'État.
02:08Il faut retrouver justement un budget de la nation qui permette de répondre aux besoins du pays.
02:13Et pour ça, il y a deux axes.
02:15C'est d'abord arrêter de distribuer de l'argent public à des entreprises qui n'en ont pas besoin,
02:21et notamment les plus grosses, qui distribuent des dividendes, par exemple.
02:25Et enfin, il faut avoir un impôt plus juste
02:28et faire en sorte que les multinationales, notamment, elles payent un juste impôt.
02:33Or, aujourd'hui, on sait qu'à cause de l'optimisation fiscale,
02:36elles payent en moyenne entre 4 à 8 % quand les PME en payent 15 %.
02:40Et donc, il faut faire le prélèvement à la source des bénéfices des multinationales.
02:44C'est ce que je propose, ça c'est révolutionnaire.
02:46Mais c'est tout autre chose.
02:48Et effectivement, avec ça, on aura des ressources nouvelles pour répondre aux besoins du pays.
02:52Alors, vous avez accepté de venir débattre ici.
02:55D'abord, un petit mot sur le sens de votre présence à la fête de l'humanité.
02:59Quand on est candidat à l'élection présidentielle, c'est pour rassembler les Français.
03:02Et même si on a des désaccords profonds entre communistes et gaullistes,
03:07on a aussi des terrains sur lesquels on se retrouve.
03:10Et c'est historique, que ce soit sur la défense de l'industrie, la défense du nucléaire,
03:15que ce soit aussi sur la défense de la promotion sociale, de l'ascenseur social.
03:20Donc voilà, moi, j'appartiens à une droite sociale.
03:22Alors oui, on a des vraies différences sur la dépense publique,
03:26sur le financement de la protection sociale, sur les impôts,
03:31comment on doit lever les impôts ou pas.
03:35Mais la vérité, c'est qu'il y a aussi sur certains sujets des points d'accord.
03:40Et c'est suffisant pour pouvoir nouer le dialogue.
03:44On ne sera pas d'accord à la fin, mais on noue le dialogue.
03:47Et puis moi, j'ai besoin aussi d'entraîner le pays, de convaincre.
03:49Emmanuel Macron a trop clivé. Et nous, aujourd'hui, il faut qu'on rassemble.
03:53Alors vous avez débattu pendant plus d'une heure à l'instant avec Fabien Roussel,
03:57le candidat du PCF.
04:00Quel point de désaccord en particulier vous retenez de cette confrontation ?
04:04Quel temps fort est parmi les propositions, celles que vous avez mises en avant ?
04:07Moi, je ne crois pas à l'ivresse de la dépense publique.
04:11Aujourd'hui, on est le pays qui paye le plus d'impôts pratiquement au monde.
04:15Et pourtant, nos services publics se sont dégradés.
04:19Donc il va falloir tout remettre à plat.
04:21Et il va falloir, si on veut, des meilleurs services publics,
04:23si on veut de la meilleure santé, une meilleure éducation,
04:26si on veut une meilleure justice,
04:28eh bien il va falloir tout revoir.
04:30Et ça supposera de prendre des décisions courageuses et difficiles.
04:33Et ce jour-là, je reviendrai voir les syndicats.
04:36Courageuses et difficiles,
04:37parce qu'il va falloir réduire la bureaucratie,
04:40réduire l'administration administrante.
04:42Ça ne se fera pas facilement,
04:43mais il faut le faire pour pouvoir réinvestir.
04:45Et l'État devra se recentrer sur ces missions les plus importantes.
04:50Vous savez, dans ma région, j'ai fait ça.
04:51J'ai supprimé plein de structures.
04:53Ça n'a pas fait plaisir.
04:56J'ai supprimé plein de structures.
04:57J'ai supprimé pas mal de postes dans l'administration administrante.
05:00Mais je les ai remis dans les lycées.
05:02Je les ai remis dans les transports.
05:03Je les ai remis dans des priorités.
05:04Sinon, je n'aurais pas pu.
05:05Je n'avais pas de pouvoir d'augmenter les impôts.
05:07Donc, je n'aurais pas pu financer tout ça.
05:09Vous parlez de réduction de la dépense publique.
05:12Au total, ça veut dire des suppressions d'emplois ?
05:14Ça veut dire des suppressions d'emplois dans la bureaucratie.
05:17Oui, sans doute à peu près 10%.
05:19Des suppressions d'emplois dans les doublons.
05:22Ce que j'ai fait à la région.
05:23J'ai supprimé à peu près 10%,
05:25plus de 10% de mes emplois au siège.
05:28Mais, même plus.
05:29Mais qu'est-ce que j'ai fait ?
05:30J'ai réembauché dans les lycées.
05:32Parce que j'avais besoin d'agents d'entretien.
05:33J'avais besoin d'agents de cantine.
05:34C'était la crise Covid.
05:35Il fallait ouvrir des lycées neufs.
05:37Donc, c'est aussi pour pouvoir avoir plus de soignants,
05:41plus d'enseignants, plus de policiers, plus de juges.
05:45Donc, au total, vous ne réduisez pas le nombre d'agents publics ?
05:48Si, on le réduira.
05:49Parce qu'on va transférer aussi une partie des compétences de l'État
05:51aux collectivités locales.
05:52Moi, je n'accepte pas qu'on fasse deux fois la même chose.
05:55Et aujourd'hui, dans notre pays,
05:57il y a des administrations qui font deux ou trois fois la même chose.
06:00Avec les mêmes compétences.
06:01Donc, oui, il y aura des suppressions de postes.
06:03Mais on exercera mieux les missions.
06:06On aura un responsable clair.
06:08Et ce responsable, il aura toute la compétence.
06:10Parce que ce n'est plus possible.
06:11Vous voyez, en matière d'emploi, en matière d'aide économique.
06:14Tout le monde, tous ceux qui font des choses sont en doublon tout le temps.
06:19Et ça ne marche pas.