- il y a 7 minutes
Tous les mois, Cemil Şanlı vous propose sa chronique reportage "Contrechamp" dans "Ça ira !" Ce 28 mai, il s'attaque aux défis de l'IA !
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NewsTranscription
00:01Bonsoir à toutes et à tous, je suis content de vous retrouver encore une fois.
00:03Bah ouais, nous aussi tous les mois, on est tous content de se retrouver.
00:06Vraiment, c'est sûr.
00:06Ouais, mais comme on se voit qu'une fois par mois, c'est pour ça qu'on est content de
00:09se retrouver.
00:09On vivait qu'une fois par mois, on se taperait dessus.
00:11Si ouais, si vous ne se voyiez plus, je pense que ça...
00:12Les relations à distance et espacées, c'est ça qui dure.
00:15Le manque, le manque.
00:16Le manque auquel manque et tout ça.
00:18En tout cas, salut à tous les trois, salut à vous chez vous.
00:21Ce soir, je viens de vous parler de ce qu'on nomme généralement aveuglément
00:25intelligence artificielle.
00:25Vous connaissez le sujet ou peut-être pas, on va l'apprendre ce soir.
00:30Que ce soit pour s'enthousiasmer, des progrès réels ou espérés ou à l'inverse,
00:34pour nourrir un scepticisme ou voire un rejet, un total.
00:38Mais spoiler alert, la peur n'évite pas le danger et l'IA est déjà là.
00:41Dans les labos, les start-up, les ministères, mais aussi les entreprises, les écoles, les hôpitaux,
00:45jusque dans nos poches, dans notre intimité, c'est très sérieux.
00:48Emmanuel Macron l'a même martelé, la France doit devenir une championne de l'IA
00:52et pour le président, il n'y a pas assez d'éloge pour cette révolution.
00:55Regardez.
00:56On vit une révolution technologique et scientifique et donc c'est un moment d'opportunité pour l'humanité.
01:03Moi, je le vis avec beaucoup d'intérêt, de volonté de faire et la conviction que cette nouvelle ère de
01:08progrès,
01:09la France, l'Europe doivent la saisir parce que ces progrès vont nous permettre de mieux vivre,
01:14de mieux apprendre, de mieux travailler, de mieux soigner.
01:17Et que c'est à nous de mettre cette intelligence artificielle au service de l'humain.
01:21Alors justement, il y en a tout pour réussir.
01:23Et pour ce faire, il promet des investissements massifs, on parle de 109 milliards d'euros,
01:27des plans de formation, etc.
01:29Ça doit aller vite, ça doit aller fort, mais de quoi parlons-nous plus haut juste quand on parle de
01:32l'IA ?
01:33L'IA, ce n'est pas juste des algorithmes qui génèrent des images rigolotes sur Internet
01:36ou qui aident très sérieusement à détecter un cancer.
01:39C'est aussi des logiciels qui surveillent les salariés, qui trient les candidatures à un poste,
01:43qui notent les élèves ou qui décident d'un titre de séjour.
01:45Et dans l'ombre de ces outils, il y a toujours moins d'humains et beaucoup d'opacité
01:49avec un pouvoir immense échappant aux États au profit de géants privés de la tech,
01:54quasi-exclusivement étrangers.
01:56Alors, sommes-nous en train de construire une société plus libre, plus efficace,
01:59émancipée du labeur, du travail, on en rêve ?
02:02Ou bien le contraire, un cauchemar algorithmique
02:04où les décisions sont prises sans qu'on ne sache vraiment par qui et comment ?
02:07Pour répondre à cette question, un brin polarisé,
02:10et on va voir que c'est une grosse partie du problème,
02:12j'ai interrogé pas mal de monde.
02:13Alors déjà, une actu, le dernier rapport de l'ANSES.
02:17Qu'est-ce que c'est l'ANSES ?
02:20L'Agence Nationale de la Sécurité Sanitaire de l'Alimentation, de l'Environnement et du Travail.
02:27Ah, l'ANSES !
02:27Oui, on connaît tout le monde, on connaît tout le monde.
02:28Voilà, bien sûr, c'est de ma faute.
02:30Alors évidemment, sorti du coup ce rapport, fin mars,
02:32pointe du doigt les conséquences sur la santé des travailleurs et travailleuses
02:35soumises déjà, et depuis des années, à un management algorithmique.
02:39Des travailleurs, comme dans quel milieu, par exemple ?
02:43Je pouvais participer un petit peu aux travailleurs qui sont soumis.
02:44Tu nous poses des questions, tu ne nous préviens pas.
02:46Ah bah, c'est ça la spontanéité.
02:47Ça veut dire qu'il faut qu'on écoute ses chroniques en même temps.
02:48Mais exactement, oui, c'est ça, mon cher Théo.
02:51Il a cru qu'on écoute ses chroniques.
02:55J'ai le droit de lire tes notes ?
02:56Non, pas du tout, mais tu sais, par exemple, les livreurs, par exemple.
02:59Oui, c'est ce que j'allais dire, les livreurs.
03:00Les livreurs, effectivement, et les VTC, ces personnes qui sont des purs produits,
03:04vous le savez, de l'ubérisation.
03:06Donc le rapport souligne qu'il y a une pression constante sur ces travailleurs,
03:10un isolement social, un travail parfois de 7 jours sur 7 avec un salaire de misère.
03:14Le rapport, du coup, est accablant.
03:16J'imagine que vous ne l'avez pas lu, puisque vous ne connaissez pas l'ANSES,
03:19mais vous allez voir que vous n'êtes pas les seuls.
03:20La porte-parole du gouvernement non plus, c'était vendredi à l'Élysée.
03:24Je n'ai pas vu ce rapport.
03:25Moi, je pense qu'il ne faut pas confondre l'utilisation des plateformes et l'intelligence artificielle.
03:31L'un va travailler pour l'autre.
03:34Je pense à la livraison de repas, par exemple,
03:37amener une forme de précarité et de modèle social
03:40qui n'est pas conforme, de mon point de vue,
03:42au modèle social français de protection sociale, notamment de nos travailleurs.
03:46Vous dites là, vous critiquez l'ubérisation.
03:48Je l'entends, je pense qu'à l'humanité, on est un peu sur cette même ligne.
03:51Pourtant, on se rappelle que c'est bien le président français
03:53qui est au cœur de cette ubérisation avec Uber Pop avant qu'il soit président.
03:56Et en 2022, il y avait Uber Files qui a montré son rôle.
03:59Vous me permettrez de ne pas critiquer l'action du président de la République
04:02comme porte-parole du gouvernement ?
04:04Moi, je peux vous poser une question.
04:05Est-ce qu'il est possible d'attendre, avec un président qui a joué ce rôle-là au sein de
04:10notre État,
04:11que la situation sur ce terrain-là s'améliore pour les travailleurs et les travailleuses
04:15puisqu'il a joué un rôle contraire ?
04:17Écoutez, je ne vais pas répondre à cette question
04:18parce qu'elle n'était pas à l'ordre du jour ni du Conseil des ministres.
04:21– Ce n'est pas une raison.
04:22– Ni, ce n'est pas une raison.
04:24Et je ne l'ai pas dans le calendrier d'action du gouvernement.
04:28Je regarderai avec attention, je reviendrai vers vous sur ce sujet.
04:31– Merci.
04:33– C'était une séquence intéressante.
04:34En tout cas, la ministre, vous l'avez vu, se défile face à ma question
04:36avec une excuse bidon, car la plupart des questions
04:39qu'on pose à ce moment-là à la porte-parole
04:41n'ont aucun lien avec le Conseil des ministres,
04:44du moins ce qu'ils mettent à l'ordre du jour.
04:45Et heureusement que ce n'est pas le gouvernement qui dessine de l'une éditoriale,
04:47on serait bien sortis de l'auberge.
04:49En tout cas, Mme Sophie Prima semble embêtée, vous le voyez,
04:51par le sujet qu'elle préfère zapper.
04:53Pourtant, déjà fin 2024, la défenseur des droits alertait
04:56du nombre croissant de décisions administratives,
04:58pour le coup, ce n'est pas dans le privé, dans le public,
05:00prises sur la base de résultats livrés par des algorithmes
05:03ou des systèmes d'IA, comme par exemple le traitement
05:05des demandes de titres de séjour.
05:07Il y a donc là un risque, évident, de bascule dans l'émission de l'État,
05:10comme ça a déjà basculé, commencé à basculer dans le privé.
05:13Par exemple, les travailleurs du site d'e-commerce Mano-Mano,
05:16dont on vous a déjà parlé dans les colonnes de l'UMA,
05:18via les papiers de Pierrick Marissal,
05:20donc des travailleurs chez eux qui ont été dans un premier temps
05:22remplacés par des, donc ubérisés, par des indépendants,
05:27des travailleurs indépendants, qui c'est à peu près 500,
05:29ont eux-mêmes participé à entraîner l'IA pendant des mois
05:32avant d'être tous virés, récemment, par mail groupé,
05:35pour être totalement remplacés par l'outil intelligent.
05:38Est-ce ce qui attend aussi les fonctionnaires ?
05:40C'est une question.
05:41Mercredi, à l'Assemblée nationale, je profite des questions
05:43au gouvernement pour aller tenter d'interviewer les macronistes
05:46Gabriel Attal et Prisca Thévenot.
05:48Alors, j'en ai un peu bavé, vous allez le voir.
05:50C'est toute une gymnastique, vous le savez,
05:51pour obtenir quelques instants au micro.
05:53Je l'ai dit que t'aimes bien.
05:55Oui, il y a quelqu'un qui dit, donc,
05:56Tchémiel peut de nouveau poser des questions
05:58en groupe de presse du gouvernement.
05:59Bonne nouvelle.
05:59Oui, mais j'avais été intéressant.
06:00Il y a eu quelques petits trucs.
06:02Effectivement, il y a eu quelques petits trucs.
06:03Effectivement, c'était un peu houleux.
06:05Mais j'y suis, bien évidemment.
06:06Et donc là, je croise dans les couloirs de l'Assemblée
06:08Prisca Thévenot, l'ex-porte-parole du gouvernement,
06:10que j'avais donc pu croiser à l'Élysée à l'époque,
06:14qui a été jusqu'à même faire diversion
06:16avec un député d'extrême droite, merci bien,
06:18qui sort d'un couloir dans lequel elle disparaît.
06:20Regardez.
06:21Vraiment, c'est sûr, la question de l'IA,
06:22c'est hyper intéressant, hyper important pour nous.
06:25Madame Thévenot, juste une petite minute.
06:26Monsieur Oudoul, pour vous.
06:27Non, mais...
06:29C'est super vache.
06:30Ah, c'est super vache, franchement.
06:33Alors, celui qui travaille, je vous l'ai dit,
06:34ce n'est pas moi, c'est Aurélien Lopez.
06:35Effectivement, si l'IA peut avoir de très bons côtés
06:37et qu'on doit évidemment faire confiance
06:39et faire avec cette intelligence artificielle qui arrive
06:41et dont on ne peut pas faire comme si elle n'existait pas,
06:44il n'empêche que oui, non, nous sommes attachés.
06:46Et je vous l'ai dit, moi, en tant que mère de famille,
06:47typiquement, quand je suis dans une grande surface,
06:49je ne vais pas à la caisse automatique.
06:50Je préfère aller là où il y a une caissière ou un caissier
06:53en chair et un os,
06:54parce que je respecte ce travail.
06:57Si déjà le président de la République pense qu'on est champion sur l'IA...
07:00Il souhaite que la France le soit.
07:01D'accord, c'est exactement comme sur le rapport sur les frères musulmans.
07:04Il a aussi pris une claque.
07:05On ne leur en parle jamais.
07:06On ne prépare pas non plus les citoyens.
07:08Donc l'IA ou les frères musulmans ?
07:09Ce n'est pas le sujet quand même ?
07:10Non, non, mais sur l'IA,
07:12tous les autres pays du monde ont bien compris
07:13qu'il y avait un défi avec l'intelligence artificielle
07:15et je pense que l'éducation nationale passe à côté de ce défi-là.
07:19On ne parle pas de l'IA des frères musulmans.
07:21Je me demandais quand est-ce que ça allait arriver
07:23que c'était la faute des musulmans ?
07:24Ah oui, c'est étonnant.
07:25Vous le voyez, Laure Lavalette,
07:27une des porte-paroles d'un parti qui aime
07:30rappeler que le premier parti de France
07:31et qui défend les salariés, etc.,
07:33se rattrape aux branches.
07:34Là, comme vous voyez,
07:35alors qu'elle me parle des frères musulmans,
07:37du rapport des frères musulmans
07:37qui n'a aucun lien avec l'IA.
07:38Bon, voilà, une parodie quelque part.
07:40Les frères musulmans qui tiennent les supermarchés maintenant.
07:42C'est une nouvelle enquête pour l'humanité.
07:44On va travailler pour vous, vous allez voir.
07:45C'est assez fou.
07:46Mais bon, ça a eu lieu.
07:47Il n'y a pas l'IA qui a travaillé sur cette séquence,
07:50elle est bien réelle.
07:50En tout cas, c'est à Bruxelles,
07:51depuis chez moi, via la vidéo à distance,
07:53que j'ai réussi à avoir
07:54les premières réponses intéressantes.
07:55Écoutons, pour commencer,
07:56Leila Shaibi, eurodéputée insoumise
07:58qui travaille sérieusement
07:59depuis des années sur cette question.
08:01Moi, un exemple auquel je pense souvent,
08:04c'est Brian Banali,
08:05qui est chauffeur VTC,
08:06qui me dit, moi,
08:07j'ai l'impression d'être un Pokémon,
08:09en quelque sorte,
08:10comme dans le jeu Pokémon Go,
08:12et que je suis Uber,
08:13comme ça, ils sont derrière l'ordinateur
08:15et puis ils s'amusent à me donner à manger
08:17à un moment donné,
08:18de m'orienter vers telle course,
08:20en gros, d'être les marionnettes,
08:21en quelque sorte, d'Uber.
08:22Moi, je n'ai que des petites courses,
08:24des courses à 12 euros,
08:26tandis que mon voisin,
08:27il a tout le temps des courses à 40 euros,
08:2950 euros.
08:29Est-ce que c'est parce que je refuse
08:31tout le temps les petites courses
08:32quand on me les propose
08:33que du coup, pour me sanctionner,
08:35on me propose des petites courses ?
08:36Ou, à l'inverse,
08:37est-ce que mon voisin,
08:38parce qu'il refuse les petites courses,
08:40on va lui proposer des grosses
08:41parce qu'on va dire que c'est ça
08:42qui lui correspond ?
08:43C'est l'opacité,
08:43je n'ai pas un interlocuteur
08:44avec qui parler pour m'expliquer.
08:46En fait, ça bafoue les droits des travailleurs
08:48et ça revient même
08:49sous les droits qui ont été arrachés
08:51par les travailleurs.
08:52L'insoumise regrette ici,
08:54vous l'entendez,
08:54que l'IA aussi ne soit pas développée
08:56pour, par exemple,
08:59et c'est possible.
09:01L'eurodéputé fait partie
09:02de ceux et de celles
09:02qui ont travaillé à des directives
09:04venant donner des droits
09:05aux travailleurs des plateformes,
09:06par exemple, avec la reconnaissance,
09:08la présomption de salariat.
09:09Mais de son aveu,
09:10c'est encore loin d'être satisfaisant.
09:11Alors que l'IA dépasse désormais
09:13le cas des plateformes,
09:15elle concerne toute la société.
09:16C'est dans ce sens
09:17que l'IA Acte est adoptée
09:19le 21 mai 2024
09:20avec une entrée en vigueur
09:21progressive depuis l'été dernier.
09:23Un texte tardif pour certains
09:25qui vise à encadrer
09:26le développement des IA en Europe,
09:28notamment en les classant
09:29en trois catégories.
09:30Celles interdites directement
09:32car trop dangereuses,
09:33par exemple,
09:33celles qui manipulent
09:34les émotions des êtres humains,
09:35qui contrôlent les citoyens,
09:37celles qui sont régulées,
09:38qui doivent être régulées,
09:39voilà,
09:40et aussi celles qui sont considérées
09:41comme sans risque
09:42et donc c'est OK.
09:43Est-ce que ce texte est suffisant
09:44pour nous protéger
09:45des dérives de l'IA ?
09:46J'ai posé la question telle qu'elle
09:48à David Cormand,
09:49eurodéputé vert,
09:49toujours à Bruxelles.
09:51Alors non,
09:52pour plusieurs raisons.
09:53La première raison,
09:54on vient de la mentionner,
09:55c'est qu'y compris
09:56pour les IA décrites
09:58comme à risque,
09:59il y a quand même
10:00des exceptions
10:01pour que de fait,
10:02des technologies problématiques
10:03d'IA soient développées.
10:06On ne va pas empêcher
10:08des entreprises
10:09d'IA européennes
10:10de développer
10:11des technologies interdites
10:12dans l'Union européenne
10:14pour les vendre ailleurs.
10:15au nom de la compétitivité,
10:17on va juste empêcher
10:19l'usage dans l'Union européenne,
10:21ce qui est quand même
10:21un problème.
10:22Ensuite,
10:23ça va être aussi
10:24de l'usage des IA
10:25ou des algorithmes
10:26dans les services publics.
10:28Après,
10:28il faut des moyens
10:29d'investigation
10:30pour pouvoir vérifier
10:32que l'usage,
10:33la loi,
10:34soit bien respectée,
10:35ce dont on n'est pas
10:36aujourd'hui sûr.
10:38Le tableau n'est donc
10:39pas très réjouissant
10:40et c'est sans aborder
10:41la question environnementale
10:42tragique sur l'aspect
10:43consommation énergétique de l'IA.
10:44David Cormand
10:45dénonce aussi
10:46la position française
10:46politiquement
10:47qui a basculé
10:48de la protection
10:48de nos acteurs économiques
10:50via la régulation
10:51au soutien sans frein
10:52à l'innovation
10:53et donc de facto
10:54à la soumission
10:55aux géants états-uniens
10:56et chinois.
10:57Pour justifier
10:58cette course quasi aveugle,
10:59le président Macron
10:59décrivait il y a quelques jours
11:00à l'issue du sommet
11:01Choose France,
11:02je cite,
11:02un risque de désynchronisation
11:04avec le reste du monde,
11:06lui permettant alors
11:07de taper sur le lieu régulatrice
11:08qui ne l'est même pas tant
11:10comme on l'a vu.
11:10Quittons Bruxelles
11:11pour revenir à Paris
11:12où vendredi,
11:13j'ai pu m'entretenir
11:14avec le vice-président du Sénat,
11:15le communiste Pierre Ouzoulias,
11:17ici avec Aliénor Lyons
11:18à la caméra.
11:19Est-ce que vous vous sentez
11:21puissant ou impuissant
11:23face à ces puissances
11:24supranationales
11:25que vous décrivez là ?
11:26Le problème,
11:26c'est que l'Europe a capitulé.
11:29Avec l'IA,
11:30ça a capitulé ?
11:30Bien sûr, bien sûr.
11:32Aujourd'hui,
11:32le mot d'ordre,
11:33c'est on permet l'innovation
11:35et on viendra réguler après.
11:37C'est-à-dire qu'il faut laisser faire.
11:39Il y a une forme de capitalisme
11:41de la rapine,
11:42un changement radical,
11:44sans doute,
11:44dans le mode de fonctionnement
11:46du capitalisme
11:48où les GAFAM,
11:50qui sont des entités
11:51supranationales,
11:53qui considèrent qu'aujourd'hui
11:55ils n'ont pas respecté les lois,
11:56viennent se servir
11:57là où il y a de la donnée.
11:59Il n'y a pas de solution nationale.
12:01On n'y arrivera pas.
12:02Et face aux GAFAM,
12:03aujourd'hui,
12:04il n'y a pas de coordination européenne.
12:06Il n'y a pas volonté
12:07de les arrêter
12:08pour mettre en place
12:09des solutions souveraines européennes.
12:12Bien qu'il sache,
12:13lui aussi,
12:13souligner de son côté,
12:14comme beaucoup de monde,
12:15l'aspect progrès utile des IA
12:17dans certains cas précis,
12:18le vice-président du Sénat
12:19non plus n'est pas très rassurant
12:20dans l'ensemble.
12:21Un message diamétralement opposé
12:23au sourire convaincu
12:24de notre président,
12:25le président Macron
12:26qui s'est encore réjoui
12:27il y a quelques jours,
12:28annonçant sur X
12:28comme vous le voyez à l'écran,
12:29la prochaine création
12:30d'un campus IA
12:32en Ile-de-France
12:33avec notamment MGX,
12:35Mistral AI et Nvidia,
12:36c'est-à-dire
12:36les Émirats Arabes Unis
12:38et les USA.
12:39Même Mistral AI,
12:41censé être français,
12:42est détenu en grande partie
12:43par Microsoft.
12:44On a là la sensation
12:45d'avancer à marche forcée
12:47vers un nouvel ordre mondial
12:48redéfini
12:48à l'aune des nouvelles technologies
12:49et de leur gouvernance surtout.
12:52On va finir sur ça.
12:53Tout va extrêmement vite,
12:54pour le meilleur
12:54comme pour le pire,
12:55mais la balance est-elle
12:56à l'équilibre ?
12:57Manifestement peu,
12:58mais l'innovation n'attend pas.
12:59À Lyon, en avril,
13:01des IA ont été testées
13:02pour corriger les copies
13:03d'élèves avec brio
13:03à la place des professeurs.
13:05La police française
13:06utilise parfois,
13:07en dehors du cadre légal,
13:08la reconnaissance faciale,
13:09biométrique.
13:10Gérald Darmanin, d'ailleurs,
13:11pousse de son côté
13:12ces derniers jours
13:13pour son usage étendu
13:14et pour la suppression
13:15de l'argent liquide,
13:16officiellement,
13:17pour des raisons de sécurité.
13:18C'est toujours
13:19la même rengaine.
13:20On séduit l'opinion
13:21avec une fonctionnalité mignonne
13:23comme la tendance
13:24Ghibli, souvenez-vous,
13:25ou des promesses
13:26de guérison du cancer
13:27pour en réalité
13:27surtout appuyer
13:28sur le champignon
13:29de la répression
13:29ou de l'industrie,
13:31du business industriel gras.
13:32Pour ma dernière intervenante,
13:34elle aussi très consciente
13:35des dangers et des dérives
13:36de l'IA,
13:36mais aussi,
13:37je la cite,
13:37de la guerre géopolitique
13:38dans laquelle on se trouve,
13:40il y a aussi
13:40un immense champ des possibles.
13:42Valentine Godard
13:43est avocate,
13:44membre du Conseil consultatif
13:45sur l'intelligence artificielle
13:46du Canada
13:47et experte des Nations unies
13:49en matière de politique
13:50et de gouvernance de l'IA.
13:51Elle nous répond
13:52depuis Montréal.
13:53Le plus gros problème
13:55actuellement,
13:56c'est le manque
13:56de représentation
13:59d'une diversité,
14:00d'un manque
14:01de représentation
14:02de femmes
14:02dans les équipes
14:03de recherche
14:04et de développement
14:05des IA
14:06elles-mêmes.
14:08Ça a un impact
14:09sur le type d'IA
14:11qu'on produit
14:12comment on les produit.
14:13L'IA, en soi,
14:14c'est un apprentissage machine.
14:17On prend des informations
14:18qu'on appelle des données
14:19et on enseigne à la machine
14:21qu'est-ce qu'on veut
14:22en faire finalement.
14:24On peut décider
14:25à quelle entreprise
14:28on accepte
14:29de donner nos informations.
14:32Je pense qu'on va souvent
14:34simplement accepter
14:35les cookies,
14:36accepter sans intervenir.
14:39On zappe trop souvent,
14:41vite,
14:41le pouvoir citoyen
14:42par fatalisme
14:43ou par naïveté.
14:45Est-ce que d'ailleurs,
14:46je vous pose la question
14:47pour finir,
14:47vous saviez que depuis hier,
14:49le 27 mai,
14:50toutes les données,
14:50toutes nos données personnelles,
14:52que ce soit des photos,
14:52des vidéos,
14:53des commentaires,
14:53des stories
14:54publiées par des adultes européens
14:56sur Instagram et Facebook
14:57ont commencé
14:58à être récupérées par Meta.
14:59Vous le saviez ?
15:00Oui,
15:00il y a eu pas mal d'articles.
15:02Moi, j'ai vu pas mal
15:02de posts Insta
15:03qui disaient
15:03voilà comment faire
15:04pour refuser et tout.
15:05Donc, il y avait des petits tutos
15:05genre...
15:06Sauf qu'on s'est fait avoir
15:07tellement de fois
15:07de leur poste ça
15:08sur ton compte Facebook.
15:09Moi, j'y ai pas du tout
15:10prêt d'attention
15:11et que moi,
15:11il y avait deux clics à faire.
15:13Mais c'est efficace ça ?
15:15Oui, efficace.
15:16C'est ta question en vérité.
15:17Comme Osudas nous le disait,
15:18pour savoir si ça se met en place,
15:19c'est compliqué à savoir.
15:20Mais en tout cas,
15:21c'était une possibilité
15:22qui était rendue donc possible
15:23grâce notamment au travail
15:24des législateurs
15:25qui ont permis cette solution
15:27pour nous donner
15:27un peu de contrôle.
15:29Alors, est-ce que c'est efficace ?
15:30Est-ce que c'est suffisant ?
15:30Ça ne l'est pas.
15:31C'est bien pour cela
15:32que Valentin Godard
15:32insiste sur l'intervention citoyenne.
15:34Ce n'est pas un 20 mots
15:35une forme de lobbyisme
15:36citoyen éclairé, informé,
15:39contrairement à beaucoup d'élus
15:39qui ne le sont pas,
15:40si peu informés,
15:41pour leur demander à nos élus
15:42de nous rendre des comptes,
15:43de le faire agir
15:44dans l'intérêt général.
15:45Je veux avoir confiance
15:47en l'humanité,
15:48en l'humain,
15:49en notre intelligence collective.
15:52Par contre,
15:52il faut demander
15:53à nos gouvernements,
15:55à nos élus
15:56de financer
15:57la participation citoyenne.
15:59Je suis très contente
16:00de tous ces enjeux-là
16:00et du manque de financement,
16:02je trouve,
16:02envers la capacité
16:03des artistes
16:04de travailler
16:04avec les citoyens
16:05et de dégager un temps
16:07et un espace
16:08où les citoyens
16:09sont capables
16:10de participer
16:10dans les choix politiques
16:12qu'on a à faire
16:13par rapport
16:13à l'intelligence artificielle,
16:15son adoption dans la société,
16:17son déploiement
16:17dans la société.
16:18Valentin Godard
16:19est passionnante sur le sujet.
16:20Je vous invite
16:20à aller écouter
16:21l'entretien intégral
16:22sur ma chaîne YouTube.
16:23Bref, pour conclure,
16:24vous l'avez compris,
16:24la question IA
16:25est profondément politique,
16:27démocratique surtout,
16:28et de fait,
16:29concerne absolument
16:29toute la société
16:30et exigeant
16:31la participation
16:32de tous ces acteurs.
16:33Allez, osons pour finir.
16:34Et si l'avènement des IA
16:36venait accompagné
16:36d'une révolution profonde
16:38de notre rapport
16:39au travail,
16:39au temps libre,
16:40aux autres,
16:41évidemment,
16:41entre les GAFAM,
16:42élargis désormais
16:43aux nouveaux acteurs
16:44de la tech,
16:45évidemment,
16:46les États tentés
16:47par l'autoritarisme
16:48et la société civile
16:49dans sa grande diversité,
16:50les rapports de force
16:51sont inégaux
16:51et asymétriques,
16:52mais ils sont là,
16:53il ne reste plus
16:54qu'à s'organiser
16:55pour intervenir.
16:58Merci beaucoup,
16:59Jim Miller.
16:59Je ne sais pas
17:00si c'est très réjouissant,
17:01quand même,
17:01c'est assez inquiétant,
17:02la manière dont tu termines,
17:03mais effectivement...
17:04Justement,
17:05il ne reste plus qu'à s'organiser.
17:06Oui,
17:06la solution est facile.
17:08Avec un appel
17:09à la mobilisation.
17:10Il y a beaucoup de choses,
17:11en vérité,
17:11et puis il y a même
17:11une actu récente,
17:13vous avez tous vu
17:14cette gifle
17:16sur le président de la République
17:17et la première réaction
17:18de l'Elysée
17:18qui était,
17:18regardez,
17:19c'est une IA,
17:20c'est une ingérence,
17:21etc.
17:21Ça montre que,
17:22même dans le discours politique,
17:24d'ailleurs,
17:24c'est grave en soi...
17:25C'est un mensonge
17:26qu'ils ont admis
17:27que c'est écrit au loup
17:28parce que c'est possible.
17:29La nouvelle technologie
17:30de Google
17:31permet maintenant,
17:32en trois,
17:32enfin que ce n'est pas encore
17:32accessible pour le grand public,
17:33mais en trois lignes,
17:34de créer ce qu'on est en train
17:35de faire avec des humains ici,
17:36vous voyez,
17:36en quelques mots.
17:37Donc, il y a un vrai sujet,
17:38mais voilà,
17:39on peut très bien s'en sortir
17:40en rapprochant le pouvoir.
17:41Vous avez les dérives aussi
17:42de l'utilisation de l'IA
17:44pour l'armement,
17:45la police, etc.
17:46Plus, comme vous disiez,
17:47la reconnaissance faciale.
17:48Bref, c'est très flippant
17:50quand même.
17:51C'est très flippant.
17:51On peut très largement,
17:52effectivement,
17:54subir cette IA.
17:56Merci beaucoup,
17:57en tout cas,
17:57Jimil,
17:58d'être venu.
18:00D'être venu !
18:01D'avoir répondu à l'appel,
18:02d'avoir fait ton travail.
18:04Je suis de venir.
18:05Merci à tous les trois
18:06et merci chez vous.
18:07Bonne soirée.
18:07Salut, Jimil,
18:08à plus.