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  • il y a 8 heures
Les médias traditionnels sont-ils à la hauteur concernant la couverture de la guerre en Iran et au Liban ? Samedi 28 février, Israël et les États-Unis ont déclaré la guerre à l’Iran et tous les médias, particulièrement les chaînes d'infos, en parlent en continu. Entretien avec Quentin Muller, reporter indépendant et auteur de la publication Instagram : “Nous reporters, nous ne nous reconnaissons pas globalement dans la couverture médiatique” de cette guerre.

0:00 Pourquoi les médias ne sont pas à la hauteur
4:26 Iran, Israël, Liban... la propagande de guerre dans les médias
9:52 La méconnaissance dans les sujet internationales
13:58 Le manque de moyen et d'expertise
21:53 Le précédent de Gaza
24:26 Pourquoi Quentin a quitté Marianne 
29:45 De plus en plus de mauvaises pratiques
34:16 La vie de reporter

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Transcription
00:01Les médias traditionnels sont-ils à la hauteur concernant la couverture de la guerre en Iran et au Liban ?
00:07Ça ne vous aura pas échappé, samedi 28 février, Israël et les Etats-Unis ont déclaré la guerre contre l
00:12'Iran.
00:12Et tous les médias en parlent. Donc, Quentin Muller, bonjour.
00:16Bonjour.
00:16Tu es reporter indépendant. Sur Instagram, tu as fait un post dans lequel tu expliques, nous, reporters,
00:24nous ne nous reconnaissons pas globalement dans la couverture médiatique de cette guerre.
00:34En quoi les médias traditionnels sont défaillants dans leur couverture médiatique de cette guerre ?
00:41Ils sont défaillants pour plusieurs motifs. C'est-à-dire que je mets un peu plus de côté la presse
00:48papier,
00:49même si la presse papier est concernée aussi. Il n'y a pas que la télé et la radio.
00:54Mais quand on regarde la couverture globale, parce que je ne vais pas généraliser tous les médias non plus,
01:02mais sur les plateaux, on a plutôt des gens qui recrachent un narratif.
01:10C'est-à-dire un narratif proche de celui avancé par les Etats-Unis et Israël.
01:15C'est en présentant l'Iran comme le pays agresseur, comme finalement quelque chose de très binaire,
01:23avec un méchant et des gentils.
01:25C'est-à-dire que l'Iran jouant le rôle du méchant, et je pense qu'on est tous unanimes
01:31ici pour dire que l'Iran n'est pas un pays démocratique
01:36et la République islamique a du sang sur les mains depuis 1979.
01:41Ça, il n'y a aucun conteste là-dessus.
01:43Mais la réalité est toujours plus complexe, surtout pour des gens comme nous.
01:49Parce que moi, j'ai signé... Enfin, j'ai signé...
01:51J'ai fait ce poste en parlant de nous, reporters de terrain.
01:54On sait pertinemment que la réalité n'est jamais binaire.
01:58Il n'y a jamais de méchant et de gentil.
02:00Donc présenter les Américains et les Israéliens comme des puissances du bien,
02:05voulant délivrer la puissance du mal et libérer le peuple iranien en bombardant,
02:12franchement, le narratif, il est proche du zéro en termes journalistiques.
02:16Donc généralement, on a des intervenants, des éditorialistes, des journalistes, des chercheurs qui sont invités.
02:26Pourquoi tu m'avais guiné ?
02:28Parce que pour moi, ce ne sont ni des journalistes ni des chercheurs.
02:30Après, attention, je répète, il y a parfois des très bons journalistes et des très bons chercheurs et chercheuses
02:35qui sont invités sur ces plateaux.
02:37Ça arrive heureusement, encore heureux.
02:39Mais la plupart du temps, ce sont des gens qui sont là en mission.
02:44Ils sont là avec une mission idéologique, dogmatique, c'est-à-dire ils sont là soit pour prendre la défense
02:50d'Israël
02:51et donc aller dans la Hasbara, c'est-à-dire l'espèce de propagande gouvernementale israélienne
02:56pour protéger l'image d'Israël à l'international,
03:00soit ce sont des gens qui ont des biais, des biais idéologiques.
03:03C'est-à-dire qu'on a une grande partie des médias conservateurs qui, leurs intervenants, vont défendre l'intervention
03:14américaine et israélienne
03:15parce qu'ils détestent l'islam et considèrent que la République islamique fait partie de l'islamisme mondial.
03:20Voilà, en mettant ça dans un espèce de boogie-boulga.
03:23Parfois même en associant la République islamique aux frères musulmans, alors que les deux n'ont rien à voir.
03:29D'un point de vue historique, d'un point de vue idéologique, enfin voilà, même s'il peut y avoir
03:33eu des alliances de circonstances,
03:36les deux n'ont rien à voir globalement.
03:38Et puis de toute façon, ces journalistes-là ou ces éditorialistes ne maîtrisent pas ces notions,
03:44ne connaissent pas l'histoire de la République islamique, l'histoire de l'Iran, ce que c'est un frère
03:49musulman, ils ne maîtrisent pas ça.
03:50Donc ils présentent des notions sans les connaître et puis en les présentant,
03:58de manière hyper simpliste et simplifiée, donnant le sentiment aux auditeurs et aux éditrices, aux téléspectateurs,
04:06que finalement, ce qui se passe en Iran, c'est pour le bien de la population iranienne et c'est
04:13pour le bien globalement de l'humanité.
04:16Ce qui, je trouve, est une atteinte à ce qu'est le journalisme, parce que le journalisme va normalement chercher
04:23dans la nuance et dans la complexité.
04:26Est-ce que tu as des exemples précis de moments qui t'ont marqué sur des plateaux de télévision ?
04:30Par exemple, on donne la parole constamment encore aujourd'hui. On est pourtant en 2026. Il y a eu presque
04:37trois ans de génocide à Gaza.
04:40On le dit depuis un moment. On donne encore aujourd'hui la parole à des commandants de l'armée israélienne.
04:45C'est-à-dire Olivier Raffovitch, par exemple, on est un exemple, mais il y en a d'autres à
04:52qui on donne la parole.
04:53Et ce monsieur a multiplié les outrances et les appels au meurtre, ainsi que les fake news.
05:02Et son narratif a développé constamment son narratif de propagande pour défendre l'armée israélienne.
05:09Et bien ça, malgré ça, on continue de l'inviter. Pareil pour l'ambassadeur israélien. On continue de l'inviter,
05:18y compris sur le service public, sur France Inter.
05:20Lui, je ne vois pas, en fait, je pense qu'il faut le dire à celles et ceux qui nous
05:26écoutent.
05:27Quand un journaliste interview un officiel, on ne peut pas prendre pour argent comptant tout ce que dit l'officiel.
05:35Parce que l'officiel, il va défendre sa paroisse. Et évidemment, il va cacher tout ce qui est bavure, tout
05:41ce qui est...
05:42Ou alors sinon, c'est un whistleblower, c'est un lanceur d'alerte. Ou alors c'est un dissident.
05:48Mais c'est... Voilà. Donc sa valeur a peu de poids. C'est ce qu'on nous a appris. Enfin
05:53c'est la base du journalisme de dire ça.
05:55Donc quand on interview, par exemple, en un seul invité ou alors sur le plateau un ambassadeur,
06:02que ça soit l'ambassadeur israélien ou l'ambassadeur iranien, parce que je l'ai vu inviter aussi l'ambassadeur
06:07iranien,
06:08sa parole n'a que très peu de poids parce que c'est l'un des belligérants.
06:12Donc pareil pour un chef de l'armée israélienne.
06:16Sa parole n'a aucune valeur journalistique.
06:19Vous pouvez le mettre dans un papier parce que c'est bien d'interviewer la partie d'en face.
06:26Mais en tant que tel d'un invité sec sur un plateau télé ou un plateau radio, la valeur, elle
06:33est quasi nulle.
06:34Et pourtant, on en fait quelqu'un d'un témoin hyper important qui dirait des vérités.
06:44Et d'ailleurs, souvent, peu de fois, les journalistes reprennent ce que ces gens peuvent dire sur le plateau.
06:51Par exemple, moi, ça m'est arrivé, surréaliste, d'être invité sur un plateau de LCI et qu'on pose
06:59la question à un commandant iranien
07:01et on lui demande si vous aviez Ali Khamenei, le guide suprême, là, entre vos mains, qu'est-ce que
07:08vous feriez ?
07:08Et le responsable militaire israélien dit « je lui briserai le coup ».
07:17Vous voyez, donc là, c'est un appel au meurtre sur un plateau télé.
07:22C'est surréaliste parce que la question est surréaliste en tant que telle.
07:26Et puis lui, c'est carrément tué.
07:28Donc en fait, le droit international, le dialogue, la paix, les discussions avant les meurtres,
07:35tué un autre dirigeant d'un autre pays, comme ça, enfin, tout ça, on en fait fi.
07:41Donc en fait, on est en une espèce de cirque, une espèce de barre PMU,
07:46où chacun donne son avis, donne son sentiment sans maîtriser les notions.
07:50Par exemple, on avait aussi l'ambassadeur israélien qui était interviewé
07:55et qui, sur le plateau de France Info, donc le service public,
07:59et il dit, voilà, il y avait Geoffrin qui était en face de lui,
08:04et donc un ex-éditorialiste, enfin, directeur de la rédaction de Libération,
08:09et il dit, voilà, la Cisjordanie, c'est une terre millénaire qui est à nous,
08:14une terre historique qui est à nous.
08:16Mais en fait, sur quel registre ?
08:18C'est-à-dire, c'est un registre religieux, c'est-à-dire que la terre vous appartient dans la
08:21Bible,
08:22mais est-ce que la Bible est un livre historique ?
08:25Est-ce que ça vous donne le droit, du coup, d'exproprier tous les Cisjordaniens,
08:28les Palestiniens qui vivent là-bas ?
08:30Donc vous validez la colonisation ?
08:33La journaliste ne lui pose même pas la question.
08:35Et c'est dit comme, c'est énoncé comme une vérité.
08:38Alors que là, pareil, le droit international,
08:41le droit au peuple palestinien de disposer lui-même,
08:44enfin, de...
08:46Voilà, tout ça est bafoué.
08:49Personne ne lui pose plus de questions, davantage de questions,
08:52on lui demande s'il va, du coup, valider,
08:54si le gouvernement israélien va valider l'annexion carrément de la Cisjordanie.
08:59Alors il balbifie, il balbifie, on n'en est pas encore là,
09:01peut-être qu'on va devoir négocier avec les Palestiniens.
09:03Mais vous voyez, ça s'arrête là.
09:05C'est-à-dire que ces gens-là...
09:07C'est pareil, je retourne la question.
09:09On invite des responsables israéliens,
09:13mais par exemple, est-ce qu'on verrait, nous,
09:17inviter sur le service public un responsable des Pazdarans ?
09:21Un iranien qui fait partie de la République islamique ?
09:25Un représentant officiel ?
09:26Pas l'ambassadeur, mais un militaire, par exemple.
09:29Ou alors est-ce que, par exemple, dans le conflit à Gaza,
09:32ou alors le conflit...
09:34Enfin, même pas en conflit,
09:36les génocides à Gaza et les bombardements israéliens au Liban,
09:40est-ce qu'on inviterait pour faire face,
09:42et pourtant on devrait le faire,
09:44si on invite un responsable militaire israélien,
09:46est-ce qu'on inviterait un membre du Hamas ou du Hezbollah ?
09:49Ça choquerait tout le monde, mais à juste titre.
09:52Et pourquoi, selon toi, justement, les médias sont défaillants ?
09:56Et pourquoi, justement, ces journalistes, par exemple,
09:59ne reprennent pas, comme ils le devraient,
10:02ces paroles officielles ?
10:04Je pense que, déjà, il y a une vraie méconnaissance du Moyen-Orient.
10:10Vous savez, les chaînes d'info en continu,
10:13depuis des années,
10:15elles ont sabré dans les dépenses vis-à-vis de l'international.
10:20C'est-à-dire qu'avant, on avait ITLE,
10:21qui était une chef d'information continue,
10:23qui a été ensuite rachetée par le groupe Bolloré,
10:25c'est devenu CNews.
10:26Avant, ITLE avait des journalistes de qualité
10:28qui faisaient du terrain et qui faisaient de l'international.
10:30Donc on avait vraiment des gens avec un savoir-faire.
10:33des reporters de terrain.
10:35Eh bien, quand CNews a racheté ITLE,
10:38tous ces gens sont partis.
10:39Et CNews n'a pas eu la volonté
10:44de réembaucher des gens spécialisés sur l'international.
10:47C'est pareil pour BFM.
10:48BFM n'a pas été racheté.
10:50Mais pendant très longtemps, BFM s'est dit
10:52« L'international, ça n'intéresse pas les Français.
10:54Ça ne fonctionne pas.
10:55On va sabrer les coûts sur l'international. »
11:00Donc les journalistes...
11:01Il n'y avait pas de journalistes attitrés pour l'international.
11:04Quand il y a eu la guerre en Ukraine,
11:06ces chaînes se sont aperçues que l'Ukraine, ça fonctionnait.
11:09L'invasion de l'Ukraine par la Russie,
11:11les Français s'en souciaient parce que c'était plus proche que le Moyen-Orient.
11:15Donc ils se sont mis à recruter ou alors à lancer sur le terrain
11:19des jeunes qui n'avaient pas d'expérience à l'international
11:22et encore moins sur un terrain de conflit.
11:24Ces jeunes se sont formés,
11:25ils sont devenus des journalistes internationaux sur le tas
11:29avec quelques années d'expérience.
11:32Certains, là on les voit,
11:33ils sont dépêchés au Liban,
11:34ils font un bon travail,
11:36mais c'est récent.
11:37Et donc l'expertise de l'international...
11:40Et je ne parle pas moi de l'expertise d'un toutologue
11:42qui parlerait demain du Congo,
11:44après de ce qui se passe, je ne sais pas moi,
11:49en Inde,
11:49et ensuite de ce qui se passe,
11:50je ne sais pas, les élections au Bangladesh,
11:52et ensuite il reviendrait sur l'Iran.
11:54Non, je parle de gens qui se sont spécialisés sur des terrains
11:59et pas des éditorialistes toutologues.
12:01Donc vous voyez, en fait,
12:02comme on a une réduction des coûts sur l'international,
12:05on a une perte d'expertise
12:06et on a des gens qui deviennent toutologues.
12:08C'est-à-dire que demain, moi,
12:09j'ai besoin d'avoir quelqu'un sur mon plateau,
12:12quelqu'un de mon équipe,
12:12qui va relancer des intervenants, etc.
12:16Eh bien, il aura été vite fait formé sur l'OTA,
12:19c'est-à-dire qu'il aura appris ses fiches,
12:20il aura fait ses devoirs de manière parcellaire
12:23sur une actualité qu'il ne maîtrise pas,
12:25sur un pays qu'il ne maîtrise pas,
12:26sur des notions qu'il ne maîtrise pas.
12:28Et c'est pareil, je tiens à rajouter,
12:31c'est pareil pour les bouqueurs et les bouqueuses,
12:33les journalistes responsables d'invitation,
12:36d'inviter des bons intervenants
12:39qui pourront donner des bonnes interviews
12:42et des bonnes informations.
12:44Ces bouqueurs et ces bouqueuses,
12:45souvent, sont des journalistes qui commencent,
12:47qui débutent leur carrière
12:48et qui ont, pareil, très peu de connaissances
12:51sur l'international et sur des actualités précises.
12:54Très précises.
12:55Et moi, je ne l'en veux pas,
12:56c'est-à-dire qu'on ne peut pas tout connaître,
12:58on ne peut pas se dire,
12:59« Bon, ben là, cette intervenante-là,
13:01elle est pro, par exemple, monarchie,
13:03elle est pro-royaliste,
13:04elle est pro-israélienne,
13:06ou celle-ci, elle a des biais évidents
13:11et elle n'est pas sérieuse,
13:12celle-ci, elle n'a pas fait de terrain. »
13:13Enfin, voilà.
13:14Donc, ces bouqueurs et bouqueuses
13:15ne sont pas forcément toujours avertis de ça,
13:18ne savent pas.
13:19Et on a aussi, parfois,
13:21des demandes qui viennent de tout en haut
13:22en leur disant,
13:23« Vous invitez telle personne. »
13:25Et pas telle personne.
13:26Et donc, forcément,
13:28ça, c'est aussi,
13:29de la part des actionnaires
13:31et de la part des directeurs des rédactions,
13:35un biais politique évident qui existe
13:37et qu'il faut le dire.
13:39Donc, en fait, c'est pour ça qu'aujourd'hui,
13:42globalement, sur les chaînes,
13:44y compris du service public,
13:45les chaînes télé, les chaînes radio,
13:47on a des biais politiques qui sont énormes.
13:49Et ça ne vous a pas échappé
13:50qu'on a une droitisation de plus en plus
13:54des médias et des médias en général.
13:57Et donc, forcément, ça va de pair.
13:58Et du coup, qu'est-ce qu'il faudrait faire ?
14:00Il faudrait que les rédactions en interne
14:02forment leurs journalistes
14:03à des spécialisations.
14:04Est-ce qu'il faudrait, de manière évidente,
14:07débloquer des moyens pour ça ?
14:08Bien sûr, c'est évident.
14:09Moi, je discutais avec une journaliste
14:11de France Culture.
14:12Elle me disait que, depuis 10 ans,
14:15à Radio France,
14:16il y avait une réduction des effectifs.
14:19Donc, les départs en retraite
14:20ne sont pas remplacés.
14:21Certaines personnes sont virées,
14:22ne sont pas remplacées.
14:25et il y a moins en moins de recrutements.
14:27Donc, forcément, un journaliste
14:28qui avait fait toute sa carrière
14:29dans la politique
14:30ou qui avait débuté
14:32les 10 premières années
14:33de sa carrière sur l'international,
14:35eh bien, demain,
14:35on va lui demander de faire de l'économie
14:37ou demain, on va lui demander
14:38de faire de la politique.
14:39Mais il n'aura pas...
14:39Il n'aura ni les connaissances,
14:41ni le savoir-faire,
14:43ni le carnet d'adresses suffisant
14:45pour pouvoir mener
14:46des entretiens politiques de qualité
14:47avec des intervenants
14:49et ensuite pouvoir les coincer
14:52sur certains sujets,
14:53pouvoir leur poser des questions pertinentes.
14:55Donc, elle me disait
14:57qu'il y avait une baisse du savoir-faire.
14:59Mais parce que c'est lié
15:01à un turnover qui est trop important.
15:02C'est pareil pour les chaînes
15:03d'information en continu.
15:04Chaînes d'information en continu,
15:06la logique, c'est
15:10produire de l'information
15:11à moindre coût.
15:12Donc, forcément,
15:12produire de l'information
15:13à moindre coût,
15:14ça veut dire qu'on a des gens
15:15qui deviennent des toutologues,
15:17des tout-terrains.
15:18Et des toutologues,
15:19c'est des gens
15:19qui sont spécialistes de tout,
15:22mais qui sont en fait
15:23spécialistes de rien.
15:24Donc, je ne dis pas
15:25qu'il faut absolument
15:26quelqu'un de niche
15:27sur tous les sujets
15:29parce qu'on ne va pas
15:31s'en sortir.
15:31Mais les journalistes,
15:33les reporters de terrain
15:35en radio, en télé,
15:38on en voit très, très peu.
15:40Souvent, ils sont envoyés sur place,
15:42on ne les voit pas en plateau.
15:43Il est rare qu'ils sont envoyés
15:44sur place et qui existent,
15:45évidemment,
15:46parce qu'il n'y en a pas énormément,
15:47comme je le disais.
15:48Donc, ça crée une baisse
15:50de la qualité de l'information.
15:53Mais outre ça,
15:54il y a une volonté
15:55de manipulation aussi
15:56de l'information.
15:57On a des chefs de...
15:59On a des rédacteurs en chef
16:01qui ont des biais évidents.
16:02Et donc, dans le choix des invités
16:04et dans le choix
16:05de l'orientation du débat
16:07et surtout dans le briefing
16:09qu'ils font aux journalistes
16:11présentateurs et présentatrices,
16:13vous constatez
16:14qu'il y a des questions
16:14qui reviennent fréquemment
16:15et qu'il y a des questions
16:16qui ne sont pas posées.
16:17Il y a des choses
16:18qui ne sont pas posées.
16:19Par exemple,
16:19on a présenté les Iraniens
16:23comme les initiateurs
16:25de la guerre des 12 jours en juin
16:28et des initiateurs,
16:29un peu des belligérants,
16:30enfin des bellicistes,
16:32pardon,
16:33de cette guerre actuelle.
16:35Or,
16:36et ça,
16:36c'est quand même hallucinant
16:37à chaque fois qu'il y a un chercheur
16:39ou une chercheuse
16:40ou un journaliste
16:41qui fait bien le travail
16:42quand il est invité sur ses plateaux,
16:44il pose toujours la même chose.
16:45C'est-à-dire qu'en 2015,
16:47les États-Unis de Barack Obama
16:49et l'Union européenne
16:51avaient négocié d'arrache-pied
16:55un accord,
16:56les accords de Vienne,
16:57avec l'Iran.
16:58Et que disaient ces accords ?
16:59Ces accords disaient
17:00l'Iran a le droit
17:01d'avoir un programme nucléaire,
17:04mais un programme nucléaire civil
17:05avec un taux d'enrichissement
17:07de maximum 3,67%
17:09pour faire fonctionner
17:10les centrales électriques,
17:12mais pas d'avoir,
17:14au-delà,
17:15un enrichissement uranium
17:17plus élevé.
17:18Parce que ça voudrait dire
17:19qu'il franchirait un cap
17:22et on irait sur un programme
17:24nucléaire militaire.
17:26Le programme nucléaire militaire,
17:27c'est au-delà des 80-90%
17:30d'enrichissement du uranium.
17:31Donc on en est très, très loin.
17:32Les Iraniens avaient accepté.
17:34C'est-à-dire que les Iraniens
17:35avaient été d'accord
17:36pour renoncer
17:38à leur programme militaire nucléaire.
17:40Ils avaient accepté
17:413,67% maximum
17:43jusqu'à 15 ans.
17:45Donc c'est énorme.
17:45Les Iraniens avaient
17:47tendu la main
17:48aux Occidentaux pour ça.
17:51Et c'était pour une opportunité énorme.
17:53C'était pas l'humanitaire
17:54qu'on faisait à l'époque.
17:55C'était une opportunité énorme
17:57pour les pays occidentaux
17:58de pouvoir s'ouvrir
17:59un marché
18:00à presque 90 millions d'habitants.
18:02Un pays immense
18:03comme l'Iran,
18:04il y a tout à reconstruire
18:05en termes d'infrastructures
18:06parce qu'il y avait
18:07des sanctions telles
18:08que les entreprises occidentales
18:10ne pouvaient pas faire
18:13de passer de contrat
18:14avec l'Iran
18:15à cause des sanctions américaines.
18:17Or, en 2018,
18:19quand Trump prend le pouvoir,
18:20donc deux ans plus tôt,
18:21en 2016,
18:22qu'est-ce que dit Trump ?
18:23Il dit cet accord,
18:24moi, il ne me va pas.
18:25Il sort de l'accord.
18:27Il ne reste plus donc
18:28que les Iraniens
18:29et les Européens.
18:30Les Européens ne peuvent pas
18:33investir en Iran.
18:34Ils ne peuvent pas
18:35parce qu'il y a
18:35les sanctions américaines.
18:36C'est-à-dire qu'une entreprise,
18:38par exemple, française,
18:39qui veut faire du business
18:40avec une entreprise iranienne,
18:42si ses salariés ont un Macintosh,
18:45un Mac,
18:46un Apple,
18:47ou, je ne sais pas,
18:48une Apple Watch, etc.,
18:49ils sont possiblement,
18:51ils peuvent être sanctionnés
18:52par les États-Unis.
18:55Donc, vous voyez,
18:56les entreprises françaises
18:58et européennes
18:58ne pouvaient pas
18:59faire du business en Iran.
19:00Et donc, pourquoi l'Iran
19:01a accepté cet accord
19:03sur le nucléaire ?
19:04Parce que l'Iran avait besoin
19:05d'investissements étrangers
19:07parce que son économie
19:07était étranglée.
19:09Donc, l'Iran,
19:10ne voyant pas de bénéfice
19:12à cet accord,
19:12puisque les États-Unis
19:13en sont sortis,
19:14qu'est-ce qu'ils se sont dit ?
19:15Nous, on va continuer
19:16d'enrichir.
19:17Et on va continuer
19:18d'enrichir tant que
19:19les Américains
19:19ne reviendront pas
19:21dans l'accord.
19:23Mais ça, je veux dire,
19:24c'est tout à fait normal.
19:25Ce n'est pas complaisant
19:27de dire ça.
19:28Ce n'est pas complaisant
19:28de dire que l'Iran
19:29a eu raison
19:30de reprendre son enrichissement
19:32parce que l'accord
19:33n'était pas respecté,
19:34tout simplement,
19:34de la part des Américains.
19:35Les Américains étaient sortis,
19:37donc forcément
19:37qu'ils allaient reprendre
19:38l'enrichissement.
19:39Ensuite, il y a des rapports
19:40de la CIA et du Mossad
19:42qui disent explicitement
19:43que les Iraniens
19:44ont repris l'enrichissement,
19:46mais qu'ils n'avaient jamais eu
19:47la volonté
19:49d'en faire une bombe atomique.
19:50Jamais.
19:52Donc, ils n'avaient jamais eu
19:54cette volonté-là.
19:55C'était seulement
19:56une pression mise
19:56sur les Américains
19:57pour qu'ils reviennent
19:58dans l'accord.
19:58Est-ce qu'on peut faire confiance
19:59aux Iraniens ?
20:00Non, évidemment que non.
20:01Mais si des rapports
20:02aussi importants
20:04que le FBI
20:04disent que,
20:06de ce qu'ils savent,
20:07il n'y avait jamais eu
20:08d'intention pour les Iraniens
20:09de créer une bombe atomique,
20:10bon.
20:12Là, alors, rappelez ça,
20:13je veux dire,
20:14rappelez ça déjà,
20:15les gens autour de vous,
20:17sur les plateaux,
20:18vous trouvent un peu
20:20complaisants
20:20vis-à-vis de l'Iran,
20:22la République islamique,
20:23mais pourquoi ils rappellent ça ?
20:23Pourtant, c'est la base
20:25de rappeler ça.
20:25C'est une base historique
20:26et c'est jamais rappelé
20:27dans les médias.
20:29Et une autre chose
20:30que je voulais rappeler,
20:31un exemple sur BFM TV.
20:34Un journaliste interview
20:37le chef de l'AIEA,
20:40donc l'agence de surveillance
20:42de l'énergie atomique.
20:45M. Rossi dit plusieurs semi-vérités,
20:51mais il n'est pas repris
20:52par le journaliste.
20:53Il dit, par exemple,
20:54avant les bombardements en juin,
20:55l'Iran avait de quoi
20:57armer neuf,
20:58entre neuf et dix bombes atomiques
21:00en termes d'enrichissement nucléaire.
21:03Mais ce qu'il ne dit pas,
21:04et ce que le journaliste
21:05ne reprend pas là-dessus,
21:06c'est qu'ils avaient
21:08un taux d'uranium important,
21:10effectivement,
21:11mais ils n'avaient pas
21:12de quoi l'armer sur une tête
21:13ou sur un missile,
21:15ou ils n'avaient pas
21:15de quoi le transporter
21:16pour le lâcher
21:18sur un autre pays.
21:19Vous voyez,
21:20ça, ça prend des années
21:21et l'Iran n'en avait pas l'intention.
21:23On le sait de la part du FBI.
21:26Donc pourquoi ne pas le dire ?
21:28Pourquoi dire, par exemple,
21:29présenter l'Iran
21:30comme étant un pays
21:31qui était prêt
21:31à avoir neuf bombes atomiques
21:32à ce moment-là,
21:33et heureusement
21:34que les Américains
21:35et Israéliens
21:35ont frappé l'Iran
21:38à ce moment-là ?
21:38Vous voyez,
21:39ça présente l'Iran
21:39comme un pays
21:40qui était prêt
21:40à déclencher une guerre nucléaire,
21:42alors qu'on en était
21:43à des années-lumière de ça.
21:45Et ce n'est pas
21:45défendre la République islamique
21:47que de dire ça.
21:48Mais pourtant,
21:49aujourd'hui,
21:49dans les médias,
21:50ce n'est pas rappelé,
21:51et pourtant,
21:51ce sont des faits.
21:52Donc dans les médias,
21:54il y a cette reprise
21:55de discours officiels,
21:59d'informations aussi,
22:00manque de faits,
22:02peu de spécialistes
22:04de sujets
22:04qui sont invités.
22:06Et pour couvrir
22:07cette guerre
22:08en Iran et au Liban,
22:09mais est-ce qu'on peut
22:10faire un parallèle aussi
22:11avec la guerre
22:12et le génocide à Gaza
22:13et avec
22:14ce précédent épisode
22:16et cette précédente
22:17couverture médiatique ?
22:19Oui,
22:19tout à fait,
22:20c'est une continuité,
22:21c'est-à-dire que
22:21ce qui se passe là
22:22en Iran et au Liban,
22:23c'est ce qui s'est passé
22:25jusqu'à aujourd'hui
22:27sur la désinformation,
22:29terrible,
22:30honteuse et patente
22:32d'une grande partie
22:33malheureusement des médias
22:35qui ont repris
22:37en fait énormément
22:38de fake news
22:39issues du gouvernement
22:41enfin israélien,
22:43de la propagande israélienne,
22:45qui ont toujours pris
22:46des pincettes
22:47sur le nombre de morts
22:49par exemple
22:49à Gaza
22:51parce que c'était
22:52un chiffre
22:53qui émanait du Hamas
22:54alors qu'on l'a toujours dit,
22:55dit et redit
22:56que les chiffres
22:57avancés par le Hamas
22:59étaient jusque-là
23:02toujours des chiffres
23:03vérifiés plus tard
23:04par les Nations Unies,
23:06qu'en plus
23:06au ministère de la Santé
23:08de Gaza,
23:09il n'y avait pas
23:09que des membres du Hamas,
23:11il y avait des fonctionnaires
23:12qui étaient supporters
23:13du FATA
23:13mais qui étaient restés
23:14dans l'enclave
23:15et qui avaient continué
23:17de travailler
23:18au sein du service public
23:20palestinien,
23:20donc c'était faux
23:21de dire que
23:22tous les gens
23:22qui travaillaient au ministère
23:23à la Santé
23:24étaient liés au Hamas,
23:25certains n'étaient pas
23:25du tout supporters
23:26du Hamas
23:27mais enfin bref,
23:28là on rentre dans la nuance,
23:29on perd tout le monde
23:31et voilà
23:32et en fait
23:33moi j'ai été consterné
23:35et ça m'a fait tellement mal
23:37de voir ma profession
23:40tomber aussi bas
23:41dans cette médiatisation
23:43d'un fait aussi grave,
23:45aussi triste,
23:46aussi affreux,
23:50donc ce que moi
23:51je voulais dire
23:52c'est que
23:54via ce post-là
23:55que j'ai fait sur Instagram
23:56c'est qu'il y a des reporters,
23:58il y a des journalistes
23:59qui n'acceptent pas ça,
24:01qui ne veulent pas ça
24:02et qui ne cautionnent pas ça
24:04parce que eux
24:04ils font leur travail
24:06de manière consciencieuse
24:07depuis le début
24:07et ils essayent
24:09d'apporter des informations véridiques
24:11et certains
24:12même au sein
24:13même de leur rédaction
24:13prennent des risques
24:15en prenant la parole
24:15face à leur rédacteur en chef
24:17en les contredisant
24:18en luttant en interne
24:20pour pas que cette personne
24:21soit invitée
24:22parce que cette personne
24:23est responsable
24:23de désinformation,
24:24de fake news, etc.
24:26Il y a des gens
24:26qui le font ça.
24:27Est-ce que toi d'ailleurs
24:28en avril 2025
24:29quand tu as publié
24:30un communiqué expliquant
24:32que tu avais choisi
24:33de quitter le journal Marianne,
24:34est-ce que c'est pour ces mêmes raisons ?
24:36Mais bien sûr,
24:36c'est...
24:37Est-ce que tu peux nous raconter
24:39rapidement ?
24:39Ouais, rapidement,
24:40bon moi j'étais
24:42au service international
24:44depuis un an et demi,
24:46presque deux ans,
24:47il se trouve que j'avais
24:47une grande liberté
24:49sous la direction
24:50d'Attacha Polony
24:51vis-à-vis de mes publications
24:52sur Gaza,
24:53c'est-à-dire que j'écrivais
24:54des choses factuelles,
24:55je commandais des reportages
24:58en Cisjordanie
24:58sur la colonisation,
25:01je...
25:01Voilà,
25:01on mettait les mots
25:03sur ce que faisait Israël.
25:05Voilà.
25:07Et des faits surtout.
25:09Ensuite,
25:10il y a eu un changement
25:11de direction
25:11à partir du début 2025,
25:14une nouvelle directrice
25:15est arrivée
25:16et cette directrice,
25:17Ève Scheftel,
25:19moi je la connaissais déjà,
25:20j'avais vu une interview
25:21d'elle sur RCJ,
25:23donc là,
25:23une radio,
25:24je crois que ça s'appelle
25:25la radio communautaire juive.
25:28RCJ,
25:28elle était interviewée
25:29et elle disait que...
25:32À l'époque,
25:32elle était journaliste
25:33à Libé,
25:34au service urbanisation.
25:39et elle était amenée
25:41à commenter
25:41une couverture
25:42de Libération,
25:43donc de son propre journal,
25:45qui avait chiffré,
25:47qui avait titré
25:48en une 30 000,
25:50reprenant donc
25:51les chiffres
25:52du ministère de la Santé
25:54et du Hamas.
25:56Et donc,
25:56elle disait,
25:57oui,
25:58mais...
25:58Elle était très critique
25:59envers cette une,
26:00en disant
26:01que c'était des chiffres,
26:02voilà,
26:03encore une fois,
26:03pas vérifiés,
26:04que c'était
26:05peut-être potentiellement
26:06une propagande
26:07de l'ennemi
26:09et d'un groupe terroriste,
26:11donc il n'était pas question...
26:12Enfin,
26:13qu'il était désolant
26:15de voir son journal
26:16reprendre cela
26:17en une.
26:18Je caricature
26:19un peu ce qu'elle dit,
26:20mais elle disait ça
26:22globalement.
26:23Bon,
26:24moi,
26:24quand j'ai vu,
26:25j'avais vu cet entretien-là,
26:27j'avais été déjà surpris
26:28qu'une journaliste
26:29de Libération,
26:29parce que je trouvais
26:30que Libération avait
26:31un plutôt un...
26:34faisait plutôt
26:35du bon travail
26:35pendant cette période-là,
26:37même si,
26:37évidemment,
26:38il y avait des résistances
26:38en interne
26:39et comme partout
26:40dans toute rédaction,
26:41j'étais plutôt surpris.
26:42Et quand j'ai appris
26:43qu'elle arrivait
26:44chez Marianne,
26:45je me suis dit,
26:46voilà,
26:47il est clair
26:49qu'il y a des risques
26:50que moi,
26:51je perde ma liberté
26:52d'informer
26:53sur ce sujet-là précisément,
26:55en tout cas,
26:55sur les crimes commis
26:56par Israël
26:57au Moyen-Orient.
26:58Donc,
26:58c'est ce qui est arrivé.
26:59Alors,
27:00j'ai voulu solliciter
27:01tout de suite
27:02un entretien avec elle
27:03et l'entretien
27:05a pris une tournure
27:06assez violente
27:07très rapidement,
27:09de son fait d'ailleurs,
27:10où elle m'a accusé
27:11d'avoir un tropisme
27:12pro-israélien,
27:14anti-israélien,
27:15pardon,
27:16c'est plutôt l'inverse,
27:17un tropisme anti-israélien
27:18et qu'on avait trop écrit
27:21jusqu'ici
27:22sur la campagne israélienne
27:25au Moyen-Orient
27:26et qu'il n'était pas question
27:30maintenant,
27:30avec la nouvelle ligne éditoriale
27:33qu'elle,
27:33elle apportait,
27:34il n'était pas question
27:35d'écrire qu'Israël
27:36avait commis un génocide
27:37et qu'Israël
27:38était une démocratie
27:39et qu'il fallait défendre
27:41des démocraties,
27:41même imparfaites,
27:42etc.
27:43Bon,
27:43vous voyez,
27:44donc là,
27:44moi,
27:45je faisais face
27:45à quelqu'un
27:46qui était,
27:47comme je l'ai dit
27:47au début,
27:49qui avait un biais,
27:50pour le coup,
27:51elle,
27:51elle avait un biais,
27:52et un prisme
27:54pro-israélien
27:55clair et évident,
27:57et elle m'a fait comprendre
27:58que c'était ça
27:59où il fallait que je parte.
28:00Soit il fallait
28:01que j'accepte ça,
28:02ou soit je devais
28:04quitter la rédaction.
28:05Donc,
28:06c'était vraiment
28:07un appel
28:08à mon départ,
28:10en fait.
28:11Et moi,
28:11j'ai décidé de partir
28:12et de dénoncer ça,
28:15de le dénoncer publiquement,
28:18et de le dénoncer publiquement,
28:20pas que pour moi,
28:22soulager ma conscience
28:23et puis me faire passer
28:25pour le héros,
28:26voilà,
28:27non,
28:27pas du tout.
28:29En faisant ça,
28:30et en faisant le post
28:30que j'ai fait sur Instagram,
28:31là,
28:32nous,
28:32reporters,
28:33j'incite et j'invite
28:35les journalistes
28:36et les reporters
28:37qui font face à ça,
28:39à dénoncer ça publiquement.
28:41Parce que,
28:41parce qu'aujourd'hui,
28:43la méfiance envers les médias,
28:44elle est énorme.
28:47Il y a beaucoup de gens
28:48qui m'écrivent,
28:49qui me disent,
28:49merci pour tout ce que tu fais.
28:51Il y a de moins en moins
28:52de reporters
28:52à qui on peut faire confiance.
28:55Les médias ont
28:59une médiatisation tronquée
29:00sur Gaza,
29:02sur la Palestine,
29:04enfin,
29:04sur la Cisjordanie,
29:05sur le Liban,
29:06sur les actions israéliennes
29:07en Iran,
29:09même les actions américaines
29:11au Venezuela.
29:13Enfin,
29:13il y a une méfiance des médias
29:15qui est énorme.
29:16Et nous,
29:16on a une responsabilité,
29:18une responsabilité de dire
29:19on n'est pas comme eux.
29:21On n'est pas comme eux.
29:22Il y a des journalistes encore
29:23qui font leur travail
29:24et qui suent
29:25sur des enquêtes
29:26d'utilité publique
29:27en France
29:28ou qui partent
29:29à l'international
29:30pour faire des reportages
29:32de terrain
29:32et qui prennent des risques
29:34parfois,
29:35qui meurent parfois
29:35pour l'information.
29:37Et donc,
29:38il faut qu'une partie
29:39de la presse
29:40se désolidarise
29:41de ce qui se passe
29:42et le dise publiquement.
29:45Dans ton poste,
29:46tu interpelles
29:47sur ces pratiques
29:48parce que pour toi,
29:50elles sont inquiétantes
29:51et elles sont en augmentation.
29:54Pourquoi c'est inquiétant ?
29:56C'est inquiétant
29:57parce que,
29:58vous savez,
29:59moi,
30:00quand j'ai commencé
30:01ma carrière,
30:02c'était il n'y a pas
30:03si longtemps,
30:04je commençais en 2014.
30:062013-2014,
30:07je me souviens,
30:08il y avait des campagnes
30:09dans les médias
30:10pour que les gens
30:12s'abonnent de nouveau
30:13à la presse,
30:15écoutent de nouveau
30:16la radio.
30:17Voilà,
30:18il y avait une campagne,
30:19c'était,
30:19nous,
30:20on n'est pas comme
30:21les réseaux sociaux,
30:22on ne diffuse pas
30:22des fake news.
30:23Vous pouvez nous faire confiance,
30:25nous,
30:26c'est les faits,
30:27la vérité.
30:28Ne faites pas confiance
30:29à ce qui est écrit
30:30sur Facebook,
30:31ne faites pas confiance
30:32à ce qui est écrit
30:32sur Twitter,
30:33faites confiance
30:34en la presse,
30:35en la presse mainstream.
30:37Mais,
30:38aujourd'hui,
30:39ce qui est inquiétant,
30:40c'est que
30:41les fake news
30:41on en retrouve
30:42de plus en plus
30:43dans la presse mainstream
30:46et il faut qu'il y ait
30:48parfois même
30:49des journalistes indépendants
30:51via des postes
30:52sur leurs propres
30:53réseaux sociaux,
30:54via des postes,
30:55des articles écrits
30:56sur leurs propres
30:57newsletters,
30:58il faut des journalistes
31:00comme ça
31:01pour rétablir parfois
31:02la vérité
31:02et c'est dingue.
31:04Aujourd'hui,
31:04on a une espèce
31:05d'inversion,
31:06c'est-à-dire que je ne dis pas
31:06que ce qu'il y a
31:08sur les réseaux sociaux
31:08est plus fiable
31:10de ce qu'il y a
31:11dans la presse
31:12encore heureux.
31:13On n'en est pas là,
31:14mais il y a de plus en plus
31:15de fake news
31:16qui sont diffusées,
31:17y compris par le service public.
31:19Quand vous voyez
31:19France Info,
31:20France Info,
31:21c'est quasi tous les jours,
31:23quoi,
31:23quasi tous les jours
31:24qu'il y a une fake news
31:25qui est reprise
31:28en antenne,
31:28soit par un journaliste,
31:29soit par un intervenant,
31:30sans qu'il y ait
31:30d'intervention
31:31ou de mea culpa
31:32de la chaîne.
31:33C'est quand même dingue.
31:34On est sur le service public.
31:35C'est pareil
31:36sur France Culture,
31:37ça m'est arrivé,
31:38moi,
31:38de saisir
31:40la médiatrice
31:41parce que ce que j'entendais
31:43était faux.
31:44Et c'est quand même dingue
31:45parce que nous,
31:47on a une responsabilité
31:48énorme.
31:49Donc,
31:50dès qu'on dit quelque chose,
31:52on se doit
31:53d'apporter des faits
31:54et des vérités
31:54et apporter
31:56de l'histoire aussi,
31:58un contexte
31:58et pas apporter
31:59une information
32:00qui est biaisée
32:00et tronquée
32:01à des fins politiques.
32:03Et ça,
32:03c'est depuis quand
32:04cette baisse
32:05de la qualité
32:05du travail journalistique ?
32:07Pour moi,
32:07franchement,
32:09ça a toujours existé.
32:10Qu'on se le dise,
32:11dans la presse,
32:12ça a toujours existé.
32:13Des biais
32:14en fonction
32:17des accointances politiques
32:19des propriétaires
32:21ou même de l'État
32:22quand on était
32:24sur l'ORTF.
32:25Il y a toujours eu ça.
32:26Mais moi,
32:27j'observe
32:27une différence
32:30pour moi
32:31après 2016
32:33après 2020,
32:34après le Covid,
32:36ça s'est accéléré,
32:36en fait.
32:37Ça s'est vraiment
32:37accéléré
32:38et encore plus
32:40depuis le 7 octobre.
32:43La différence
32:44est énorme aujourd'hui.
32:45J'ai été indigné
32:47par le...
32:48Parfois,
32:49par exemple,
32:50une interview
32:50d'une journaliste
32:52de France Info
32:54qui s'appelle
32:54Boucher
32:55qui interview
32:57la secrétaire
32:59du parti écologiste
33:01sur la marche
33:05en hommage
33:06à la mort
33:09de ce fasciste.
33:12C'était une marche
33:13de fachos.
33:16Et elle dit
33:17voilà,
33:18est-ce que la bordalisation
33:19c'est pas plutôt
33:20LFI,
33:21le trouble
33:22c'est pas plutôt LFI,
33:23alors que la marche
33:24s'est très bien passée.
33:25Il y avait des femmes
33:27avec leurs enfants
33:28et des poussettes,
33:29tout s'est bien passé.
33:30Mais là,
33:31elle donne son avis,
33:31en fait.
33:32J'ai l'impression
33:32qu'elle donne son avis,
33:33elle pose même pas de questions.
33:36Et elle n'a même pas été reprise
33:38par France Info.
33:39et ça a donné lieu
33:41à énormément
33:42de signalisations,
33:45mais pas de sanctions,
33:46pas de mea culpa
33:47de la chaîne.
33:48Et elle,
33:49je la regarde
33:50sur les réseaux sociaux,
33:51elle se défend,
33:53la tête haute.
33:54Mais une interview
33:56comme ça,
33:56c'est un scandale.
33:58C'est scandaleux
33:59parce qu'on n'est plus
34:00du tout
34:01dans le journalisme.
34:01On est dans
34:02moi,
34:03Madame Boucher,
34:04je n'aime pas
34:05la France Insoumise
34:06et je le fais savoir
34:07à mon interlocutrice
34:08qui est censé
34:09s'allier potentiellement
34:11à eux
34:11pendant les municipales.
34:13Non mais...
34:16Pour conclure,
34:17on va se pencher
34:18sur le métier
34:19de reporter.
34:20Est-ce que tu peux
34:21nous rappeler
34:22comment un reporter
34:23gagne sa vie ?
34:24Parce que dans ce post
34:26sur Instagram,
34:26tu parles aussi
34:27de la précarisation
34:28du métier.
34:29Bon, moi,
34:30je ne suis pas certainement
34:31le plus à plaindre.
34:32Je pense surtout
34:33à mes confrères
34:34et consœurs
34:34qui sont plus
34:36en difficulté que moi
34:38ou alors
34:38qui débute
34:39ce métier.
34:41Il y a
34:42une concurrence
34:44entre pigistes,
34:45entre...
34:46Alors,
34:46qu'est-ce que c'est un pigiste ?
34:47C'est un journaliste
34:48qui propose
34:49un article
34:50à une rédaction
34:50et qui est payé
34:51à l'article,
34:51qui est payé
34:52à la tâche.
34:53Bon,
34:53si vous faites
34:54trois papiers
34:55dans le mois
34:56et que les papiers
34:57ne dépassent pas
34:58les 500 euros,
34:59vous êtes
35:00à 1500 euros.
35:03Donc,
35:03ce n'est pas
35:04énorme.
35:08mais parfois,
35:09vous pouvez faire
35:10moins
35:10ou vous pouvez faire
35:11plus
35:12en termes
35:13de reportages
35:14ou de papiers vendus.
35:15Donc,
35:16il y a des mois
35:16où vous gagnez plus,
35:17il y a des mois
35:17où vous gagnez moins
35:18et ça dépend
35:18comment le journaliste
35:19ou l'agenda
35:20se débrouille.
35:20Toi,
35:21tu as commencé
35:21en tant que pigiste ?
35:22J'ai commencé
35:23en tant que pigiste.
35:23Moi,
35:24j'ai fait 12 ans
35:26de journalisme.
35:27J'ai fait seulement
35:28un an et demi
35:30en tant que salarié.
35:32Donc,
35:33j'ai connu
35:33près de 10 ans
35:35de piges
35:36et je sais ce que c'est
35:37la pige,
35:37c'est-à-dire que
35:37ce n'est pas facile.
35:41Les rédactions
35:42payent
35:43plus ou moins bien.
35:45Les rédactions
35:45ont plus ou moins
35:46de budget
35:46en fonction de l'année.
35:48Donc,
35:48il y a parfois
35:49des reportages
35:49qui sont très intéressants
35:50mais qui sont refusés
35:51parce qu'il n'y a pas
35:51le budget,
35:52parce qu'il n'y a pas
35:52la place.
35:54Il y a,
35:54je le disais,
35:55une concurrence accrue
35:56sur la news.
35:56Par exemple,
35:57un journaliste
35:57qui veut aller traiter
35:58de ce qui se passe au Liban
35:59et sera en concurrence
36:00avec une multitude
36:01d'autres pigistes
36:02qui seront déjà sur place,
36:03qui seront déjà correspondants.
36:06Et puis,
36:08il y a des médias
36:09qui,
36:09je l'ai dit,
36:11ont de moins en moins
36:11de budget
36:12parce qu'il y a
36:13de moins en moins
36:13de lecteurs,
36:13parce qu'il y a
36:14de moins en moins
36:14de fonds
36:15et parce qu'il y a aussi
36:18considéré
36:19par de nombreux
36:21propriétaires de journaux
36:22des milliardaires
36:23l'idée que
36:24l'international,
36:25ça n'intéresse pas
36:26et donc on ne va pas
36:27investir sur l'international.
36:28Donc,
36:28il y a des services
36:29internationaux
36:30qui ont perdu
36:30énormément de budget.
36:32C'est le cas,
36:32par exemple,
36:33chez Marianne.
36:34Moi,
36:34depuis mon départ,
36:35je sais qu'il y a
36:36de moins en moins
36:37de pigistes
36:37qui travaillent pour Marianne,
36:38pour des questions
36:38idéologiques,
36:39mais aussi parce qu'il y a
36:40moins de budget,
36:41parce que la reprise
36:42en main du journal
36:43fait qu'il y a
36:44moins d'argent
36:45et parce que
36:46l'international
36:47intéresse moins.
36:48Il faut dire que
36:49la droite
36:50et l'extrême droite
36:51est moins,
36:51on peut le dire,
36:52idéologiquement ouverte
36:53sur le monde,
36:55sur l'international,
36:56sur la découverte
36:57d'autres pays,
36:58d'autres cultures,
36:58d'autres conflits,
37:00etc.
37:01Donc,
37:02c'est ça,
37:03c'est la réalité
37:04des journalistes
37:05de terrain aujourd'hui.
37:06Et quand vous partez
37:07sur un terrain,
37:08par exemple,
37:08comme moi je l'ai fait,
37:09c'est-à-dire que vous...
37:10Toi, tu es parti au Yémen
37:12principalement ?
37:12Oui, ces dernières années,
37:13je suis parti au Yémen
37:14et par exemple,
37:14en fin d'année,
37:15je suis parti en Arabie Saoudite
37:16aussi.
37:16C'est-à-dire que vous mettez
37:17de votre propre poche.
37:20Vous investissez dans votre voyage.
37:21Donc, par exemple,
37:22les billets d'avion,
37:22les hôtels.
37:23Bon, moi,
37:24ça m'arrive peu
37:24de prendre l'hôtel,
37:25mais c'est quand même
37:26parfois un impondérable.
37:28Les traducteurs
37:28que vous payez sur place,
37:30la bouffe, etc.,
37:31vous le payez de vous-même,
37:32de votre propre poche.
37:33Donc, vous investissez
37:34et vous avez intérêt
37:36à ce que votre retour
37:37sur investissement
37:37soit gagnant
37:39et que vous remboursiez
37:40au moins ces frais-là
37:41pour vous payer un peu
37:42à la fin du mois
37:42et payer les mois d'après.
37:45Puis, quand vous partez
37:45à l'international,
37:46vous devez aussi
37:46payer votre loyer.
37:48Donc, vous voyez,
37:48ce sont des difficultés réelles
37:51que nous, les pigistes,
37:54on est confrontés à ça.
37:56Donc, quand en plus,
37:58parfois,
37:58certains de ces médias
38:01adoptent
38:02des idées,
38:06adoptent un ton,
38:08adoptent,
38:09enfin,
38:10relaient des fake news,
38:11est-ce que parfois,
38:12nous, pigistes,
38:13on est en position de force
38:15de faire des réflexions
38:17à ces médias-là
38:18ou carrément arrêter
38:19notre collaboration
38:20avec ces médias ?
38:20Parfois, non.
38:22Certains pigistes se résolvent
38:23à continuer à travailler
38:24avec des médias
38:24qui, pourtant,
38:26propagent des fake news
38:27et des fake news graves.
38:28Donc, si vous voulez,
38:31en tant que reporter,
38:32c'est difficile
38:32de dénoncer ça.
38:34Et pourtant,
38:35certains le font
38:37et certains le font
38:38avec un grand courage.
38:39Merci beaucoup, Quentin.
38:41Merci pour votre invitation.
38:42Avec plaisir.

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