- il y a 17 heures
Le Parlement européen vote mercredi pour restreindre de manière drastique le droit d'asile en Europe, en opposition complète avec les Conventions internationales, notamment la Convention de Genève conclue par tous les pays à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Que disent précisément les textes qui viennent d'être votés ? Quelles vont être les conséquences concrètes pour les demandeurs d'asile ? Comment l'alliance entre la droite et l'extrême droite au Parlement européen est-elle le fer de lance de la droitisation accélérée de l'UE, sous la direction de la Commission européenne ? Les trois groupes de gauche du Parlement européen (Verts, Gauche et Socialistes) lancent un cri d'alarme.
Entretien avec le représentant du groupe La Gauche, le député européen français, Damien Carême.
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NewsTranscription
00:00Bonjour et bienvenue au Parlement européen de Strasbourg. Bonjour Damien Carême et merci d'être sur le plateau de l
00:05'Humanité.
00:06Vous êtes, je le rappelle, député européen du groupe La Gauche et c'est au nom de l'ensemble de
00:10votre groupe politique, je le précise, au Parlement européen,
00:13que nous allons parler de ce vote qui aura lieu mercredi. Je dis pour ceux qui nous regardent que nous
00:18sommes mardi après-midi.
00:19Le vote n'est pas pour l'instant acquis, on en dira deux mots tout à l'heure.
00:23Alors ça concerne les nouvelles restrictions aux droits d'asile en Europe.
00:26On va essayer d'être le plus clair possible parce qu'évidemment il y a une neuve langue, comme on
00:31dit, parlementaire et européenne dans cette question.
00:35Le vote portera sur la définition de pays tiers sûr et de pays d'origine sûre.
00:41C'est un classement, c'est une typologie de pays qui est faite. Je vais essayer moi aussi de ne
00:46pas employer de mots très compliqués.
00:48Que veut dire exactement ce classement quand on parle de pays tiers sûr et pays d'origine sûre qu'on
00:54veut faire passer dans la réglementation sur les migrants à l'heure actuelle, sur les demandeurs d'asile ?
01:00Oui. Alors en fait, ce sont deux textes qui viennent renforcer un texte sur les procédures d'asile et qui
01:10définissent un certain nombre de pays qu'on considère comme sûrs, que l'Union européenne considère comme sûrs.
01:16Donc, il n'y a pas lieu d'examiner une demande de protection internationale, de demande d'asile, puisque ces
01:21pays sont sûrs.
01:23Alors, c'est soit des pays tiers sûrs, c'est-à-dire, par exemple, je peux prendre un Soudanais et
01:29passer par la Tunisie.
01:31Il y est resté, parce que c'était compliqué d'en partir, huit mois, neuf mois, un an, comme on
01:37a le cas bien souvent.
01:39Eh bien, les États membres pourront dire, ah ben, il est resté neuf mois en Tunisie, il a dû se
01:46faire des liens là-bas.
01:47Donc, c'est un pays tiers sûrs, donc en fait, on va mettre une procédure accélérée pour le renvoyer, c
01:53'est-à-dire, ça va être une procédure d'abord où la personne, elle va être privée de liberté,
01:58elle va être mise en prison, elle va être reconduite à la frontière et on va examiner, mais avec peu
02:04de support juridique, peu de soutien juridique,
02:08cette personne-là, pour voir si sa demande est fondée ou pas fondée, et la renvoyer très vite vers la
02:14Tunisie,
02:16ce pays dans lequel cette personne n'a aucun lien, si ce n'est qu'elle y ait, elle a
02:19transité.
02:20Ou alors, c'est les pays d'origine sûre, donc on décrète que si cette personne, elle vient de tel
02:24pays,
02:25elle a peu de chances d'obtenir la protection internationale en Europe, donc on met aussi une procédure accélérée à
02:30la frontière.
02:31Ce que vous rappelez là, c'est que le parcours, on le sait, maintenant, de manière très très précise,
02:37le parcours d'un demandeur d'asile depuis son pays jusqu'à l'Europe est un parcours toujours extrêmement complexe,
02:43qui passe par différentes phases. Donc j'allais dire que par définition, un demandeur d'asile qui frappe à un
02:49moment donné
02:50à la porte de l'Union Européenne, a déjà derrière lui toute une histoire géographique et tout un partout migratoire.
02:57C'est ça qu'il est peut-être important, effectivement, vous le dites, de rappeler dans ce...
03:00– Des pays qui sont fuis, tels que le Soudan, tels que l'Érythrée, tels que le Mali,
03:06tels qu'un certain nombre de pays dans lesquels il y a des conflits aujourd'hui,
03:09où il y a du terrorisme et des menaces sur la vie de certaines catégories de population,
03:14ça peut être aussi des personnes gays, lesbiennes, LGBTQI par exemple,
03:18ou d'autres, des opposants politiques dans un certain nombre de régimes, craignent pour leur vie et ils sont en
03:23droit,
03:23parce que c'est exactement ce que la Convention de Genève prévoit, l'article 3 de la Convention de Genève
03:28prévoit,
03:28c'est que donc on leur doit une protection internationale et en fait on est en train d'exporter ce
03:35droit d'asile à l'extérieur,
03:37aux frontières européennes et une fois que cette personne sera renvoyée dans ce pays tiers sûr,
03:41c'est ce pays-là qui examinera la demande d'asile de la personne et il y a peu de
03:45chances qu'elle l'obtienne en Tunisie.
03:47Et cette liste de pays, il y a deux listes différentes, il y a les pays candidats à l'adhésion
03:52à l'Union Européenne,
03:53l'Albanie, le Kosovo, un certain nombre de pays comme ceux-là,
03:56plus des pays que l'Union Européenne a listés, dans lesquels figurent la Tunisie, l'Égypte, l'Inde, le Bangladesh,
04:03la Colombie,
04:05ils sont huit pays, les trois autres m'échappent,
04:07qui ne sont pas des pays qu'on peut considérer comme pays tiers sûr ou pays d'origine sûre.
04:12L'absurdité dans ce Parlement européen, c'est que la Commission libée des libertés civiles a donc adopté ce texte
04:20en listant ces pays, en les décrétant en pays d'origine sûre ou pays tiers sûr,
04:25et que d'un autre côté, on fait des rapports d'initiative en disant,
04:29attention, en Tunisie, les droits de l'homme sont menacés,
04:31la liberté de la justice, enfin la justice n'est pas indépendante, etc.
04:36C'est vrai dans ce pays, c'est vrai au Bangladesh, c'est vrai en Colombie,
04:39parce qu'il y a des gros problèmes aujourd'hui en Colombie, etc.
04:44Et ça, ça ne choque personne qu'on vote ce type de texte d'un côté
04:47et qu'on dise complètement l'inverse de l'autre côté.
04:50Il y a une précipitation à faire des cadeaux à Mélanie,
04:53parce qu'en gros, qu'est-ce que va permettre aussi cet accord ?
04:55C'est ça, c'est la question que j'allais vous poser, sous quelle pression on s'intéresse subitement ?
05:01La pression de l'extrême droite.
05:03Aujourd'hui, Manfred Weber, le PPE, a fait un cadeau à l'extrême droite
05:07en adoptant ces deux textes-là, plus le texte sur les retours,
05:12qui est un cadeau à Mélanie, à Georgia Mélanie,
05:14qui depuis des années essaye de faire quelque chose entre l'Italie et l'Albanie,
05:18c'est-à-dire que toutes les personnes qui seraient débarquées en bateau sur les côtes italiennes
05:21seraient envoyées en Albanie pour examiner leur demande d'asile.
05:25C'est l'Albanie qui sera chargée d'examiner cette demande d'asile.
05:28Ce qui était interdit avant va être permis aujourd'hui par l'Union européenne.
05:32Et on pourrait imaginer que si la Grande-Bretagne est encore membre de l'Union européenne,
05:37son accord avec le Rihanda verrait la même chose,
05:39que le Danemark est en train aussi de prévoir un accord comme celui-là.
05:45Voilà où va l'Union européenne.
05:46C'est vraiment un cadeau de la droite européenne à l'extrême droite européenne.
05:50L'Union européenne qui délocalise, on va dire,
05:55une question qui est quand même une question centrale dans le droit international,
05:59qui est la question des demandeurs d'asile,
06:00qui est un droit absolument inviolable en principe.
06:03On est dans une configuration qui semble un peu folle.
06:06L'Union européenne est née à la sortie de la guerre, en gros.
06:09La Convention de Genève aussi, puisque c'était la conséquence de la guerre
06:12qui a amené cette Convention de la protection internationale.
06:15et je pense que les deux sont en train de mourir.
06:17Les valeurs de l'Union européenne sont en train de mourir avec ces textes-là
06:21qui sont d'une inhumanité extrême.
06:25On pensait avoir touché le fond avec le pacte asile-migration en avril 2024,
06:29mais là on a encore creusé plus profondément dans cette inhumanité.
06:33Aujourd'hui, on ne considère plus les êtres humains qui arrivent chez nous
06:37comme des êtres humains, mais comme de la marchandise, du bétail,
06:40qu'on trie comme ça à l'entrée, tiens, vous êtes de telle nationalité sénégalais,
06:45je vais prendre un exemple, vous avez moins de 20% d'avoir une protection internationale
06:51en moyenne dans l'Union européenne, donc en fait, on vous renvoie chez vous.
06:54Or, cette personne, sa vie est peut-être en jeu.
06:56Et l'article 3 de la Convention de Genève dit,
06:58le droit d'asile est un droit individuel, n'a rien à voir avec la nationalité de la personne.
07:04Donc, il faut un examen profond de la situation de chacune des personnes qui arrivent chez nous.
07:08– La question dont on parle là est évidemment fondamentale,
07:11puisque sur un point particulier qui n'est pas secondaire, comme vous venez de l'expliquer,
07:16l'Union européenne s'assoit, on va le dire un peu grossièrement,
07:20sur ce qu'est le droit international, et notamment, effectivement,
07:23la Convention de Genève, qui est quand même valable pour tout le monde.
07:26– Et elle le fait sciemment.
07:27– C'est l'Union européenne qui fait ça.
07:29– Elle le fait sciemment, parce que dans les réunions de négociation,
07:31déjà pour le pacte asile dans le précédent mandat,
07:34quand on était en réunion de trilogue avec la Commission et avec le Conseil
07:37à négocier le texte, on leur disait,
07:39mais cet article-là, il est contraire à la Convention de Genève.
07:43Oui, on le sait, et les tribunaux jugeront.
07:47Quand on disait, parce qu'on permet la rétention des enfants de 6 ans aujourd'hui,
07:52quand on leur disait, mais c'est contraire à la Convention internationale des droits de l'enfant,
07:55qui est une condition sine qua non de l'adhésion à l'Union européenne,
07:58elle disait, oui, on sait, les tribunaux jugeront.
08:01Sauf que ce qui va se passer, c'est qu'une personne va arriver dans l'Union européenne,
08:05on va faire son examen, on va la refuser, parce que, je vous disais,
08:08moins de 20% de chance, elle va être refoulée à la frontière.
08:11Cette personne-là, c'est elle qui doit engager les procédures
08:14à la Cour européenne des droits de l'homme ou à la Cour de justice de l'Union européenne.
08:17Sauf qu'elle sera expulsée, elle sera renvoyée dans un pays.
08:20Comment, depuis la Tunisie ou je ne sais pas où,
08:22elle pourra saisir la Cour européenne des droits de l'homme
08:24ou la Cour de justice de l'Union européenne ?
08:26Et donc, c'est vraiment sadique, enfin, c'est vraiment ce que l'Union européenne fait là,
08:33c'est tout ce qu'on aurait voulu éviter après la sortie de la guerre.
08:38Ce que vous dites là est important dans le sens aussi
08:40où ce n'est pas simplement une mesure juridique comme ça.
08:42Il s'agit, il y a des conséquences réelles, directes,
08:45vous en parliez à l'instant, pour les demandeurs d'asile.
08:49On entre dans quelque chose de très pratique, de très concret,
08:52de très réelles pour tous ceux qui demandent le droit d'asile à l'heure actuelle.
08:56C'est ça la question ?
08:57Tout à fait.
08:58Comme si, et en fait, il y a une précipitation des États membres
09:01à vouloir ces textes, comme si c'était ces demandeurs d'asile
09:05qui arrivent sur le territoire européen,
09:07qui sont la cause de tous les maux de ce qu'on connaît,
09:09des problèmes qu'on connaît dans l'Union européenne aujourd'hui.
09:12Est-ce que les demandeurs d'asile sont responsables de la crise en Ukraine ?
09:16Est-ce qu'ils sont responsables de la crise de l'hôpital public en France
09:19ou des écarts de richesse qui sont chez nous en France ?
09:24Non, sauf qu'on s'en sert de bouc émissaire, on pointe du doigt.
09:29Qu'est-ce qu'on va mettre ?
09:30On va mettre des artifices juridiques en pagaille autour.
09:33Il va y avoir un amoncellement de recours juridiques
09:37contre tous ces textes-là, et puis ça va continuer à arriver,
09:40ça continuera à passer, et c'est bien comme ça.
09:42– Alors, il faut dire que la régression du droit des demandeurs d'asile
09:49par l'Union européenne, ça ne commence pas aujourd'hui,
09:53ça commence en gros, je veux dire que même,
09:56c'est relativement récent quand même.
09:58C'est-à-dire qu'il y a une dizaine d'années,
09:59on n'était pas dans une situation aussi grave
10:02que celle qu'on connaît aujourd'hui,
10:03mais entre il y a dix ans et aujourd'hui,
10:06il y a déjà eu des régressions.
10:07Donc, ce qui se passe aujourd'hui, vous considérez
10:09que c'est une aggravation supplémentaire,
10:11dans le cadre d'un cheminement qui, lui, est fixe, finalement.
10:16– C'est un recul fondamental, ce qui se passe aujourd'hui,
10:18et ce texte vient le marquer, enfin, ces trois derniers textes-là,
10:22pays de chair sûr, pays d'origine sûre et retour, règlement retour,
10:26c'est vraiment le point culminant de ces reculs des droits humains
10:29au niveau de l'Union européenne.
10:31Ça fait quand même quelques années, j'allais dire une décennie.
10:33Pourquoi ? Parce que, souvenez-vous, en 2001 était adoptée au Parlement européen
10:37la directive de protection temporaire qui avait été adoptée à ce moment-là.
10:41Et en 2015, avec la crise syrienne, un certain nombre de députés ici
10:45avaient demandé l'activation de cette directive-là.
10:50La Commission européenne l'avait refusée, c'était des Syriens.
10:52Elle ne l'a acceptée qu'en 2022 avec les Ukrainiens,
10:55quant au conflit d'Ukraine.
10:57Pourquoi on ne l'a pas déclenché en 2015 ?
10:59Pourquoi on ne l'a pas déclenché quand les talibans sont arrivés en Afghanistan
11:02et qu'on a eu des populations afghanes qui ont fui l'Afghanistan ?
11:06Moi, je le dis et je l'ai toujours dit,
11:07que c'est une forme de racisme institutionnel de l'Union européenne
11:10et des États membres qui n'ont pas voulu activer cette directive-là à ce moment-là.
11:14Mais on sent déjà que la non-activation de cette directive
11:19ne présageait rien de bon.
11:20Et effectivement, les textes après qui se sont succédés,
11:23les textes du pacte Asile-Migration 2024
11:26et ceux-là du 3 décembre 2025 sont catastrophiques en matière de droits humains.
11:32Fondamentalement, vous avez amorcé la réponse tout à l'heure.
11:34Pourquoi est-ce que l'Union européenne à l'heure actuelle
11:36se livre à cette aggravation sans mesure de l'aggravation du droit d'asile ?
11:42On a parlé tout à l'heure de cette alliance du moyen,
11:46c'est-à-dire de cette alliance qu'il y a à l'heure actuelle au sein,
11:49qui se développe dans ce domaine-là comme dans tous les autres.
11:52On en parlait ce matin à propos du Mercosur avec certains de vos collègues.
11:56Pourquoi cette alliance se renforce à ce point aujourd'hui dans l'Union européenne
12:01avec cette alliance clairement affichée, vous le disiez,
12:03entre la droite, le PPO et l'extrême droite ?
12:06Et les groupes d'extrême droite.
12:07C'est ça la géographie, le coup d'œil qu'on peut avoir à l'heure actuelle
12:10sur la façon dont fonctionne l'Union européenne ?
12:12C'est à peu près le même schéma qu'en France par exemple,
12:16où on a un glissement de la droite vers l'extrême droite,
12:18qui se raccroche de plus en plus aux valeurs de l'extrême droite,
12:21en croyant que d'aller mettre en œuvre les idées de l'extrême droite,
12:25ça va faire régresser l'extrême droite.
12:27Or c'est faux, on a bien vu, même avec le pacte asie-migration,
12:30ils voulaient à tout prix l'adopter avant les élections européennes de 2024,
12:33pour limiter l'essor de l'extrême droite.
12:37Et en fait aujourd'hui, ils se retrouvent avec trois groupes au Parlement européen.
12:40On mène leur politique et on continue à le faire.
12:43Ils n'ont pas compris qu'en fait,
12:45on ne combattait pas l'extrême droite en mettant en œuvre ses idées,
12:48mais en combattant les idées de l'extrême droite.
12:50Et on s'enfonce dans cette voie-là,
12:52donc ici au Parlement européen,
12:54comme dans un certain nombre d'États membres,
12:55chez nous en France ou dans d'autres pays européens.
12:58Donc ça veut dire qu'au sein du Parlement européen,
13:01encore une fois, le vote aura lieu demain,
13:02il faut s'attendre à ce que ces décisions-là passent allégouement ?
13:05Il y a des choses qui sont révélatrices.
13:08C'est qu'on a contesté le mandat de négociation,
13:11c'est-à-dire qu'il est passé en commission,
13:14mais nous on dit non, non, ce n'est pas suffisant,
13:16il faut aller en plénière pour en discuter
13:17avant d'entrer en négociation avec le Conseil et la Commission, en trilogue.
13:22Donc demain, on va voter, on va passer au vote notre mandat de contestation.
13:28Mais c'est drôle parce que le négociateur,
13:30le rapporteur du pays d'origine sûre,
13:33dont je suis rapporteur pour mon groupe,
13:34a déjà programmé une réunion des rapporteurs
13:38et une réunion de trilogue dans l'après-midi de mercredi.
13:40Donc ça veut dire qu'il a eu l'assurance du PPE
13:42que le texte allait être adopté, que les textes allaient être adoptés comme ça.
13:45Donc voilà, aujourd'hui, le PPE, effectivement,
13:48il joue en fonction des textes,
13:49que ce soit sur les reculs sur l'environnement
13:51ou le recul sur les droits humains,
13:53il joue avec l'extrême droite.
13:54Et quand il a besoin du S&D, de Renew et éventuellement des Verts,
13:59il va aller de l'autre côté.
14:01Il a ce rôle là aujourd'hui,
14:03où il joue les faiseurs de majorité
14:06en fonction de son propre intérêt et de son idéologie.
14:09Qu'est-ce que ça vous inspire, cette situation ?
14:11Je dis ça parce qu'on en parle beaucoup,
14:12on parle d'un point particulier,
14:15mais tout le monde ici, autour de nous,
14:17dans le Parlement européen, parle de ces questions-là,
14:20à gauche en tout cas.
14:21Qu'est-ce que ça vous inspire de l'État,
14:22j'allais dire tout simplement, de la démocratie
14:26derrière ce mur où on est,
14:28qui est le siège du Parlement européen ?
14:30Parce que c'est ça qui, au bout du compte,
14:32c'est ça qui est en vue quand même.
14:33Qu'est-ce que vient de l'Europe ?
14:35L'Europe démocratique se meurt.
14:36Elle était déjà bien mal en point
14:38à cause de son choix idéologique,
14:41du libéralisme à tout craindre qu'il y avait en Europe.
14:43Mais là, maintenant, on s'attaque vraiment aux droits humains
14:45et c'est vraiment un socle complet
14:48de l'histoire européenne qui est en train de s'affaisser.
14:52Donc, c'est extrêmement grave.
14:53Donc, il va falloir qu'on rentre en résistance.
14:55On a commencé, nous, la semaine dernière,
14:57en rassemblant beaucoup d'ONG,
14:59de chercheurs, de bénévoles impliqués
15:01dans l'accueil des migrants pour constituer
15:04des réseaux européens de résistance
15:05pour faire face à ce qui va se passer là
15:07avec la mise en œuvre de ces textes sur la migration
15:11qui vont entrer en œuvre entre le 1er janvier
15:14et le 12 juin 2026.
15:16Je rappelle que vous êtes l'ancien maire de Grande-Synthe
15:18qui a fait énormément de choses à l'époque
15:21pour l'accueil des migrants sur cette zone
15:24de la mer du Nord, entre...
15:28Voilà, c'est ça.
15:30Et l'Angleterre, comment vous jugez la situation
15:33à l'heure actuelle là-bas ?
15:35Comment vous l'évaluez, cette situation ?
15:36Il y avait, justement, les gens...
15:38Alors, je suis en contact régulier avec...
15:40...là-bas, mais il y avait aussi une bénévole
15:42qui est venue la semaine dernière,
15:43qui a 75 ans.
15:44Ça fait 25 ans qu'elle s'occupe
15:47de la distribution alimentaire
15:49trois fois par semaine.
15:50On le dira jamais.
15:51Et là, le samedi, elle avait fait 998 repas.
15:55Ça veut dire qu'ils savent exactement
15:56combien de personnes sont présentes
15:58à vivre dans des taudis comme ils peuvent,
16:03à survivre dans aucun lieu d'accueil
16:06où ils n'ont accès à aucun sanitaire,
16:08aucune...
16:08Voilà, c'est les bénévoles qui se chargent
16:10de leur donner un peu d'humanité à ces personnes-là.
16:13Donc la situation est catastrophique.
16:14Elle est catastrophique en France.
16:16On sait le nombre d'enfants, de mineurs non accompagnés
16:18qui dorment à la rue, on sait le nombre de personnes
16:21qui sont dehors et que donc c'est pas acceptable
16:24ni en France ni en Europe d'avoir cette situation
16:27qui persiste sans arrêt, sans arrêt depuis des années.
16:31Alors, les Verts, la gauche, les socialistes,
16:33vous luttez ensemble.
16:35C'est, je crois, important de le préciser
16:37parce que c'est pas toujours le cas.
16:38Non.
16:39Sur un point comme le droit d'asile,
16:42j'allais dire face à cette situation de blocage,
16:44finalement, sur cette question-là
16:45et sur d'autres au Parlement européen,
16:48qui réduit les groupes de gauche
16:51à une certaine impuissance, il faut bien le dire.
16:54Tout le monde le dit ici au Parlement européen.
16:56Que faire ?
16:58C'est être en résistance.
16:59On n'a pas le choix.
17:00Là, dans ce mandat-là, on sait que l'extrême droite
17:02a fait complètement exploser les plafonds de verre
17:05avec l'extrême droite.
17:06Donc voilà, il va falloir se battre contre ça
17:08et de faire de la pédagogie auprès des populations
17:12et des citoyennes et des citoyens européens
17:14pour leur expliquer la dérive de l'Europe aujourd'hui
17:16et des risques pour nos libertés individuelles,
17:19finalement, à terme,
17:21que si cette dérive continue à s'accentuer
17:24et à préparer les prochaines élections.
17:27C'est comme ça qu'on va y arriver,
17:28c'est par la démocratie.
17:29Il nous reste encore la justice.
17:31On va beaucoup s'appuyer sur la justice au niveau européen.
17:34On le voit dans un certain nombre de pays,
17:36même où il y a l'extrême droite.
17:37Avec moi, il y a Mimo Lucano,
17:39le maire de Riace,
17:40qui est élu dans le groupe.
17:42Mimo, il a été blanchi de toutes ces accusations
17:45il y a quelque temps,
17:46par la justice italienne,
17:47dans un pays où c'est l'extrême droite qui est là.
17:49Donc on voit que la justice, elle tient.
17:51Et justement, la justice, les avocats,
17:53c'est aussi une catégorie de population à protéger
17:55parce qu'ils sont de plus en plus impliqués,
17:59mis en cause, etc.,
18:00par un certain nombre d'États membres.
18:01Donc il faudra s'appuyer et sur la justice,
18:03et sur les citoyennes et les citoyens européens.
18:05Moi, j'ai confiance en ça.
18:06Je vois le nombre de personnes
18:07qui s'investissent autour de la question migratoire,
18:10qui viennent aider les gens,
18:11à remplir les papiers,
18:12à faire des cours de langue,
18:13à faire des démarches administratives,
18:15à héberger, etc.
18:17Donc j'ai confiance qu'il y ait des clics
18:19quand les gens sortiront de CNews, de BFM
18:22et de tous les supports de l'extrême droite.
18:24Il ne vous dira jamais assez l'exemple que représente,
18:26vous le disiez tout à l'heure,
18:28tous ces bénévoles qui travaillent,
18:29on le connaît dans le Nord-Pas-de-Calais depuis des années,
18:32mais partout en France, en Espagne, en Europe,
18:35il y a des gens qui font un travail formidable
18:37d'aide aux migrants, d'aide aux demandeurs d'asile,
18:41et la vie est là, quoi, en fait.
18:44Oui, exactement.
18:44C'est ça.
18:45Merci beaucoup, Dominique Arène,
18:47et à la prochaine fois.
18:48À la prochaine fois.
18:48Merci.
18:49Merci à vous qui nous avez suivi, à bientôt.
18:51Au revoir.
18:51Au revoir.
18:51Au revoir.