- il y a 9 heures
À l’issue de réquisitions particulièrement longues et détaillées, les avocats généraux ont établi l’existence d’un « système de détournement de fonds publics » organisé à partir de 2011 par la triple candidate à la présidentielle. Si la cour d’appel suit le ministère public, sa présence au scrutin de 2027 sera compromise. Le point avec Florent LE DU qui était présent au procès.
0:00 Introduction
0:50 Les réquisitions contre Marine Le Pen
6:33 2027 : Marine Le Pen pourra-t-elle se présenter ?
12:23 Ce qui est vraiment reproché au RN
18:59 Le récit du procès, par notre journaliste qui était sur place
24:58 4 auditions marquantes : Aliot, Odoul, Griset et Le Rachinel
36:20 Les prochaines échéances
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NewsTranscription
00:00Que risque Marine Le Pen après les réquisitions et surtout pourra-t-elle se présenter en 2027 ?
00:05Hier on était le mardi 3 février, une étape clé dans le procès en appel des assistants parlementaires du RN
00:12anciennement FN
00:14avec les réquisitions des avocats généraux.
00:16Pour rappel Marine Le Pen avait été condamnée en première instance en mars 2025 à 4 ans de prison
00:21dont 2 avec aménagement et surtout 5 ans d'inéligibilité avec exécution immédiate
00:28ce qui lui barrait de fait la route pour la prochaine présidentielle.
00:33Pour analyser les actuelles réquisitions et surtout leurs enjeux et revenir sur le déroulé du procès
00:39nous sommes avec Florent Ledue. Florent bonjour.
00:41Bonjour.
00:42Tu es journaliste et spécialiste de l'extrême droite chargée du suivi de l'actualité RN à l'Humanité
00:47et tu as suivi toutes les heures du procès.
00:50Pour commencer dans les grandes lignes on aura l'occasion évidemment de détailler ensuite
00:53qu'est-ce que le ministère public a requis contre Marine Le Pen hier ?
00:57Oui je pense qu'en effet c'est bien de partir là-dessus parce que c'est la grosse actualité
01:02et les grands questionnements qu'on a ce matin au lendemain des réquisitions.
01:06Je pense qu'il faudra revenir quand même sur le fond de l'affaire parce que ne pas oublier
01:11que les réquisitions ont été assez lourdes.
01:15Il y a eu hier pendant 6 heures je crois beaucoup d'éléments de preuves à charge contre Marine Le
01:21Pen
01:21ça on y reviendra mais c'est important de le dire.
01:24Maintenant voilà la décision, enfin la décision pardon, la réquisition en attendant la décision
01:28de la Cour d'appel qui les suivra peut-être pas ces réquisitions.
01:33Concernant seulement Marine Le Pen il y a comme la décision en première instance
01:39de requis des peines de 4 ans d'emprisonnement dont 3 ans avec sursis
01:44et surtout c'est ça qui nous intéresse en vue de 2027, 5 ans d'inéligibilité
01:50mais sans exécution provisoire contrairement à la décision au jugement en première instance
01:57ça avait fait beaucoup parler et beaucoup de critiques de la part du RN
02:03mais aussi de beaucoup d'éditorialistes etc.
02:08Donc l'exécution provisoire, son objectif c'est de permettre que la peine soit appliquée
02:13sans attendre les recours, donc sans attendre la fin de la procédure judiciaire.
02:21Là on va peut-être expliquer un petit peu pourquoi contrairement au juge en première instance
02:26le ministère public requiert de ne pas prononcer l'exécution provisoire.
02:32Il y a trois points qui ont été détaillés.
02:35Le premier c'est sur le risque de récidive.
02:40En première instance les juges ont considéré qu'il y avait un risque de récidive
02:45de la part de Marine Le Pen parce qu'elle ne reconnaissait absolument rien
02:48que durant toute la procédure elle était complètement entêtée
02:52et donc le développement qu'ont fait les juges c'est un peu de se dire
02:56soit elle ne se rend pas compte qu'il y a eu un détournement de fonds publics
03:01donc il y a un risque de récidive si on ne se rend pas compte de commettre un méfait
03:04et on peut le commettre à nouveau soit elle s'en fiche et donc qu'est-ce qui nous prouve
03:10qu'elle ne va pas recommencer.
03:12Là ce qu'ont dit les avocats généraux même si personnellement en tant qu'observateur
03:19j'ai été assez surpris mais c'est que Marine Le Pen et les autres prévenus ont reconnu
03:26cette fois-ci des erreurs.
03:28Ils ont aussi et ça c'est vrai été beaucoup plus apaisés.
03:32Il y a eu beaucoup moins de déclarations à côté sur la tyrannie des juges, les juges rouges etc.
03:37Donc voilà il y a eu quand même un changement d'attitude qui a été souligné par les avocats généraux
03:45et qui considère, moi j'en ai une autre lecture on y reviendra peut-être après,
03:51qui considère que cette fois ils ont reconnu quand même quelques erreurs,
03:55reconnu une partie de la matérialité des faits.
03:58les faits, je le rappelle, on les accuse, enfin l'accusation considère qu'il a été mis en place
04:06un système de détournement de fonds publics qui permettait de payer les salariés du Front National,
04:13donc ils travaillaient pour le parti, de les payer en tant qu'assistant parlementaire
04:17avec l'argent du Parlement européen alors qu'ils travaillaient non pas pour leurs députés
04:21mais pour le parti.
04:25Donc ça c'est le premier point.
04:27L'autre qui va nous intéresser un peu plus c'est qu'en première instance,
04:32l'autre argument c'était de dire qu'il y avait un risque de trouble à l'ordre public démocratique.
04:37C'est un terme qui avait aussi beaucoup fait parler parce qu'il était assez inédit.
04:42En première instance, en substance, il était dit mais est-ce qu'on peut laisser
04:49quelqu'un se présenter à une élection aussi importante que l'élection présidentielle
04:54alors qu'il y a eu un jugement en première instance qui dit qu'elle devrait être inéligible
04:58et qu'on peut estimer, même s'il ne faut pas préjuger de ce que dira une cour d'appel,
05:04mais on peut estimer que cette décision pourrait être rendue définitive après coup,
05:09donc après une élection à la présidence de la République.
05:12Donc est-ce que c'est raisonnable ?
05:15Là ce que dit le ministère public c'est intéressant,
05:17il dit effectivement on peut considérer qu'il y a un risque de trouble à l'ordre public démocratique,
05:23mais c'est aussi le cas si on l'empêche entre guillemets d'être candidate.
05:27Et on le voit bien dans les débats qu'on a,
05:30donc en fait ils annulent un petit peu cet argument-là.
05:34La dernière chose qui est très importante c'est celle du délai.
05:39Dit contrairement en première instance où on ne savait pas si on pourrait aller au bout de tous les recours
05:45et avoir une décision définitive avant avril 2027, avant la présidentielle,
05:51ce que disent les avocats généraux c'est là, maintenant on a à peu près cette certitude-là,
05:58c'est-à-dire que la Cour d'appel a précisé qu'elle devrait rendre sa décision en juin,
06:03ce qui devrait laisser le temps pour Marine Le Pen de se pourvoir en cassation
06:08et d'avoir une réponse de la Cour de cassation avant janvier 2027,
06:15ça c'est ce que dit la Cour de cassation.
06:17Donc ça accélérerait un petit peu,
06:20ce ne serait pas des justiciables tout à fait comme les autres
06:22parce qu'ils profiteraient d'une accélération du calendrier judiciaire,
06:28maintenant même ça on va le voir,
06:31ça ouvre peut-être une petite porte pour Marine Le Pen mais pas complètement.
06:33Justement, ça c'est la question que se pose tout le monde je suppose
06:37et tu vas nous aider à mieux comprendre,
06:39est-ce que concrètement si là la Cour d'appel suit ses réquisitions,
06:42est-ce que Marine Le Pen va pouvoir ou non se présenter en 2027 ?
06:45Oui, alors il y a quand même très peu d'options
06:50dans lesquelles on peut imaginer Marine Le Pen candidate en 2027.
06:54Bon déjà la première, c'est quand même que la Cour d'appel
06:59n'est pas obligée de suivre évidemment les réquisitions,
07:02donc ça on le saura en juin.
07:06Elle peut par exemple décider qu'il y ait moins de deux ans,
07:10déjà elle peut aussi considérer qu'elle n'est pas coupable,
07:13mais elle peut aussi condamner à moins de deux ans d'inéligibilité.
07:18Dans ce cas-là, en fait le 31 mars 2027,
07:23ou plutôt le 1er avril 2027,
07:25elle serait à nouveau éligible parce que,
07:28comme il y a eu exécution provisoire en première instance,
07:30les deux ans ont commencé au moment de cette décision-là.
07:33Donc elle pourrait être candidate grâce à l'exécution provisoire
07:37qu'ils ont tant dénoncée, ce serait assez ironique,
07:39mais voilà, c'est possible.
07:41S'il y a plus de deux ans qui sont prononcés là en juin,
07:47plusieurs options,
07:49soit il n'y a pas de pourvoi en cassation,
07:51dans ce cas-là le jugement est définitif,
07:52donc hop, elle est inéligible,
07:54soit elle se pourvoie en cassation.
07:57Là, qu'est-ce qui se passe ?
07:58Alors il y a beaucoup de flou juridique,
08:00parce que c'est un cas inédit,
08:01et qu'il n'y a pas encore de jurisprudence.
08:05A priori, même s'il y a des discussions chez les juristes,
08:10là, ce qu'on entend ce matin,
08:11on a passé plusieurs coups de fil avec une collègue,
08:14Elisabeth Fleury,
08:15on essaye de défricher un petit peu tout ça.
08:18A priori, l'inéligibilité serait suspendue
08:24par le pourvoi en cassation.
08:26Donc, en attendant la décision de la Cour de cassation,
08:30elle resterait éligible.
08:34Maintenant, admettons,
08:35c'est ce qu'annonce la Cour de cassation,
08:37elle se décide, elle donne son arrêt
08:41en décembre ou en janvier prochain.
08:44Le plus probable,
08:46je m'avance peut-être un petit peu,
08:48mais le plus probable,
08:49étant donné que la Cour de cassation
08:51ne juge pas le fond,
08:52mais va regarder s'il y a eu des vices de procédure,
08:55si les lois qui ont été appliquées
08:58devaient bien être appliquées dans ce type d'affaires,
09:00vu qu'il y a eu, depuis 10 ans,
09:02une quarantaine de recours de ce type
09:05sur des questions de procédure, etc.,
09:07de la part du ARN,
09:08le plus probable,
09:09c'est que la Cour de cassation,
09:11en décembre, dise,
09:13on confirme la décision,
09:16le jugement est définitif,
09:19il y a tant d'années d'inéligibilité,
09:22cinq,
09:22si la Cour d'appel suit les réquisitions,
09:26et donc elle ne pourra pas être candidate.
09:29Ça, après, c'est que mon avis,
09:32je m'avance peut-être un peu,
09:33mais c'est ce qui me semble le plus probable.
09:35La deuxième option,
09:37c'est qu'elle casse le jugement,
09:39ce qui serait une petite victoire
09:41pour Marine Le Pen,
09:42et dans ce cas-là,
09:43ce serait une autre Cour d'appel
09:46de rejuger l'affaire,
09:48et même là,
09:50on peut penser que, du coup,
09:52vu que ce sera après l'élection présidentielle
09:54qu'il y aura un rejugement,
09:55elle pourra se présenter,
09:56mais même là,
09:57la Cour de cassation peut dire,
10:00on casse parce qu'il y a eu
10:01un vice de procédure
10:03de la part de la Cour d'appel,
10:05mais par contre,
10:05il n'y en a pas eu en première instance,
10:06donc c'est la décision en première instance
10:08qui s'implique,
10:08avec l'exécution provisoire.
10:10J'espère que je ne vous ai pas perdu,
10:12c'est un petit peu flou,
10:15mais ce qu'on peut dire,
10:17en tout cas, pour résumer,
10:18c'est que si les réquisitions
10:20sont suivies par la Cour d'appel,
10:21qui a bien 5 ans d'inéligibilité,
10:24soit elle se pourvoit en cassation,
10:26soit elle ne se pourvoit pas en cassation,
10:27donc là, c'est définitif,
10:28elle ne pourra pas se présenter.
10:29Si elle se pourvoit,
10:31le plus probable,
10:32c'est quand même
10:33que la décision soit confirmée
10:34et qu'en décembre, janvier,
10:36elle soit définitivement condamnée,
10:38et si ce n'est pas le cas,
10:39il y a une toute petite fenêtre
10:41pour qu'elle puisse être candidate.
10:44Et s'il y a ce pourvoi-là,
10:45qui serait en décembre, janvier,
10:47est-ce que ce n'est pas un risque
10:48que prend le RN,
10:49en quelque sorte,
10:50parce que ça sera du coup
10:51quelques mois avant les élections,
10:53en pleine campagne ?
10:54C'est ça.
10:55Alors déjà,
10:57nous, on a établi un petit peu
10:59le schéma de comment,
11:00quelles sont les options
11:02pour elle.
11:03Elle, elle a dit
11:04dans une interview à Causeur,
11:06je crois que c'était en octobre
11:07ou novembre dernier,
11:09elle a dit qu'elle n'attendrait pas
11:10de pourvoi en cassation
11:11et qu'elle prendrait sa décision
11:14vraiment à l'issue
11:16du procès en appel.
11:19après, elle a le droit
11:22de se dédire,
11:23ce ne serait pas la première fois
11:24qu'elle dit quelque chose
11:25et qu'elle dit le contraire après.
11:28Mais effectivement,
11:29on peut se poser la question,
11:30est-ce qu'ils peuvent
11:32raisonnablement attendre
11:33décembre, janvier,
11:36déjà pour faire campagne,
11:37pour se dire,
11:39non, on ne sait pas encore
11:40si c'est Jordan Bardella
11:41ou c'est Marine Le Pen,
11:42ça dépend d'une décision
11:43de justice,
11:45c'est déjà compliqué
11:47un peu plus d'un an avant,
11:48mais alors,
11:49trois mois,
11:50quatre, cinq mois avant,
11:52en décembre,
11:53avant une présidentielle,
11:54la campagne a déjà bien commencé,
11:56ça paraît compliqué
11:57et en plus,
11:59ça veut dire remettre
12:00cette affaire,
12:03cette affaire qui est quand même
12:04assez grave quand même,
12:05de détournement de fonds publics,
12:07au centre de l'actualité,
12:09en pleine campagne électorale,
12:10est-ce que le Rassemblement
12:12national a intérêt à ça ?
12:13C'est un peu une question
12:15que Marine Le Pen
12:16devra se poser,
12:17encore une fois,
12:18si la Cour d'appel
12:20suit les réquisitions
12:21du ministère public.
12:22Très bien.
12:24Et donc là,
12:25on va revenir un petit peu
12:26en arrière
12:26sur le déroulé de l'affaire.
12:28C'est une affaire
12:29qui fait beaucoup de bruit
12:29en ce moment, évidemment,
12:30mais elle reste très complexe.
12:32Est-ce que toi,
12:33tu peux,
12:33donc tu l'as un peu résumé
12:35au début du stream,
12:36mais est-ce que tu peux
12:36nous rappeler un peu
12:37ce qui est concrètement
12:39reproché à Marine Le Pen
12:40et au RN ?
12:41Et surtout,
12:42toi qui étais là,
12:44présent au procès,
12:45nous dire un peu
12:45comment ça s'est déroulé
12:47dans les grandes lignes.
12:48Après, je te détaillerai.
12:50Peut-être pour s'attarder
12:51sur les réquisitions d'hier,
12:52parce qu'effectivement,
12:54on retient là
12:55tout ce qu'on vient de dire
12:56et l'absence
12:57d'exécution provisoire.
13:00Mais ce qui a été,
13:01ce que j'ai particulièrement retenu,
13:03c'est la façon
13:04dont le ministère public
13:05a démontré
13:06qu'il y avait un système.
13:08Alors, système,
13:09c'est le mot
13:09que déteste Marine Le Pen,
13:13mais qui revient
13:14très, très souvent
13:15dans ce procès.
13:16C'est de montrer
13:17que ce n'est pas
13:17des petits cas isolés.
13:18À un moment,
13:19il y a un avocat général
13:20qui dit
13:21qu'il y a tellement de cas
13:24entre 2004 et 2016
13:26que la thèse de l'accident
13:30est à exclure.
13:32Donc, il y aurait bien
13:33un système
13:34qui s'est développé
13:36un petit peu
13:36en trois temps.
13:38Donc, la prévention,
13:40le cadre de l'affaire,
13:43ça commence en 2004.
13:45Donc, il y a une élection
13:45en 2004.
13:46Il y a de mémoire
13:47sept élus
13:49du Front National.
13:51Et à ce moment-là,
13:52donc, a priori,
13:53c'est des pratiques
13:54qui existaient déjà
13:54un petit peu.
13:56Mais en tout cas,
13:56ce que dit le ministère public,
13:58c'est qu'à ce moment-là,
13:59l'enveloppe des députés,
14:00donc l'enveloppe
14:01qui leur sert
14:02à avoir des assistants
14:04parlementaires
14:05et à les payer,
14:06l'enveloppe des députés
14:07sert à rémunérer
14:08la garde rapprochée
14:09de Jean-Marie Le Pen.
14:11L'exemple typique,
14:12c'est qu'on a
14:13son garde du corps,
14:14Thierry Légié,
14:15et sa secrétaire particulière,
14:19qui est Micheline Brunat,
14:20qui continue
14:21d'exercer les mêmes fonctions
14:25auprès de Jean-Marie Le Pen,
14:27mais qui sont
14:28les assistants parlementaires
14:29de Marine Le Pen,
14:31de Bruno Golnich,
14:32de Fernand Lerachinelle,
14:33et puis ça, ça bouge.
14:35Voilà.
14:36Donc ça, c'est un peu
14:37la première étape
14:38de ce système.
14:39Ensuite, on arrive en 2009,
14:41il y a des élections,
14:43le Front National
14:44perd des députés,
14:45ils ne sont plus que trois.
14:47Là, ce que dit
14:47le ministère public,
14:48c'est qu'il y a eu
14:50un besoin pour le Front National
14:52de rationaliser
14:53les enveloppes
14:54afin de les mettre
14:55à disposition du parti.
14:57Et donc,
14:58ils vont un petit peu,
15:00mais ça correspond aussi
15:01à l'arrivée,
15:02quelques années plus tard,
15:03de Marine Le Pen
15:04à la tête du Rassemblement National,
15:06elle, elle va,
15:07ce que disent
15:08les avocats généraux,
15:09elle va professionnaliser
15:11et perfectionner
15:12ce système
15:13de détournement
15:14de fonds publics.
15:15D'abord,
15:16en 2009,
15:17donc c'est plutôt
15:18Jean-Marie Le Pen,
15:18elle n'est pas encore
15:19présidente de Marine Le Pen,
15:20mais ils vont embaucher
15:21un certain Charles Van Oute
15:24comme assistant parlementaire.
15:27Et Charles Van Oute,
15:28lui, c'est un Belge
15:29qui connaît parfaitement
15:32les institutions européennes
15:34et il va être,
15:35en quelque sorte,
15:37l'interface
15:38entre le parti
15:41ou les députés
15:43et le Parlement européen.
15:47Et il y a d'abord lui
15:48et ensuite,
15:48ils vont embaucher
15:49en 2012,
15:50Nicolas Crochet
15:51qui est lui
15:52l'expert comptable.
15:54On va dire
15:55qu'il est le tiers payant.
15:56Donc lui,
15:56c'est aussi une interface
15:58entre le parti
16:00et,
16:00enfin,
16:00entre les députés
16:01normalement,
16:02entre les députés
16:03et le Parlement européen.
16:06Sauf que lui,
16:06plus sur les questions financières
16:08et c'est lui aussi
16:08qui va rédiger
16:10les contrats
16:10parce qu'on se rend compte
16:12que beaucoup de contrats
16:13sont rédigés
16:14par ce cabinet-là.
16:15C'est des contrats types
16:16avec des missions
16:17assez larges
16:18et en fait,
16:19le député
16:19le lit à peine.
16:21Enfin,
16:21on a plusieurs cas
16:21en tout cas
16:22où le député
16:22le lit à peine,
16:23l'assistant parlementaire
16:24le lit à peine,
16:25ici,
16:25et basta.
16:27Et donc,
16:27en fait,
16:28pourquoi je parle
16:29de Charles Van Oute
16:29et de Nicolas Crochet ?
16:30parce qu'il y a quelque chose
16:33qui va se mettre en place
16:34autour de ces deux personnages-là,
16:37de Marine Le Pen
16:38et du trésorier
16:39du Front National
16:40qui est Valéant de Saint-Just.
16:42Ces quatre personnes-là
16:43vont être en relation
16:47assez étroite et régulière.
16:49C'est-à-dire qu'ils vont ensemble
16:51constamment observer
16:52les enveloppes
16:53de chaque député,
16:55particulièrement
16:56à partir de 2014
16:57où là,
16:58on a 23 élus
17:00du Front National.
17:02Ils vont regarder
17:03et à chaque fois,
17:04le but,
17:05c'est,
17:05en tout cas,
17:06ce que dit
17:06un des avocats généraux,
17:08c'est,
17:08goutte après goutte,
17:09il faut vider
17:11ces enveloppes-là.
17:12Et donc,
17:13on va avoir
17:13plusieurs échanges de mails
17:14entre un petit peu
17:15ces quatre personnes
17:18en disant,
17:19par exemple,
17:19tiens,
17:20telle assistante parlementaire,
17:22il faut plutôt
17:22la faire passer
17:24sur Louis Alliot
17:25ou plutôt
17:26sur Bruno Golnisch
17:27ou plutôt,
17:28à un moment,
17:29on dit à Nicolas Crochet
17:31« Ah bah,
17:32elle,
17:33c'est soit sur
17:34Jean-Marie Le Pen,
17:35soit sur
17:36Dominique Bild,
17:37tu fais comme tu veux. »
17:38Donc,
17:39ça montre
17:39que,
17:41peu importe
17:42quel est le député
17:44rattaché à l'assistant parlementaire,
17:45alors que,
17:46normalement,
17:46il doit travailler
17:50spécifiquement
17:50pour son député,
17:51là,
17:52on voit bien,
17:53en fait,
17:53que peu importe,
17:54peu importe ce qu'il y a
17:56dans le contrat,
17:56peu importe à qui on est lié,
17:58de toute façon,
17:59en fait,
18:00c'est ce que dit,
18:01en tout cas,
18:02le ministère public,
18:03de toute façon,
18:03c'est fictif,
18:04donc on s'en fiche.
18:05Donc,
18:06tous ces échanges de mails
18:06entre ces personnes-là
18:07montrent bien les soucis.
18:09On a aussi des mails
18:10du trésorier
18:11Valéant de Saint-Just
18:12avec un tableau
18:14qui est assez explicite
18:15qui date de 2009
18:16qui s'appelle,
18:17le nom du tableau,
18:18c'est « Payez autrement ».
18:19Et on a une grille
18:21avec les salariés
18:22du Front National
18:23et devant quelques noms
18:25de personnes
18:26qui travaillent
18:28au siège
18:28du Front National
18:29mais qui sont assistants
18:30parlementaires,
18:31on a la mention
18:31« Europe »
18:32qui est écrite.
18:34Voilà,
18:35c'est aussi lui,
18:35Valéant de Saint-Just,
18:36qui va écrire
18:38à Marine Le Pen
18:38en 2014
18:40que les finances
18:41du parti
18:42sont très mauvaises
18:44et il écrit
18:44« Nous ne nous en sortirons
18:47que grâce
18:48au Parlement européen ».
18:50Donc voilà,
18:50beaucoup d'indices
18:51qui montrent
18:52qu'il y a un système
18:54orchestré
18:55à partir de 2011
18:57par Marine Le Pen.
18:58D'accord.
18:59Donc maintenant
19:00qu'on a vu
19:00du coup comment fonctionnait
19:02ce système-là
19:03de détournement
19:04de fonds
19:05et donc ce qui est reproché
19:06à Marine Le Pen
19:06et au RN,
19:08je vais te poser
19:08plus des questions
19:09sur du coup
19:10comment s'est passé
19:11le procès
19:11et notamment
19:12les audiences.
19:13La première question
19:14que je voulais te poser
19:15c'est que dans les médias
19:16on parle énormément
19:16d'un changement
19:18de stratégie
19:19de défense
19:20du RN
19:22comparativement
19:22à la première instance.
19:23Est-ce que tu peux nous en parler ?
19:24Est-ce que tu peux nous dire
19:25réellement ce qui a changé
19:26et pourquoi maintenant ?
19:28Oui, alors
19:29bon, honnêtement
19:31j'ai suivi
19:33première instance
19:33et appel.
19:35Je trouve qu'il y a
19:36assez peu de choses
19:37qui ont changé.
19:38On l'a dit,
19:39il y a une question
19:39d'attitude quand même.
19:41beaucoup plus
19:42à l'écoute.
19:43Marine Le Pen
19:44évidemment
19:45on l'observe
19:45un petit peu
19:46pendant les audiences
19:48et là
19:49il y avait
19:49beaucoup de signes
19:50d'énervement
19:51d'agacement
19:51de surprises
19:52un peu surjouées
19:54en première instance
19:56de sourcils
19:56qui se dressent
19:58etc.
19:59Là,
20:00beaucoup moins.
20:01On la sent même
20:02plus tendue
20:04plus à l'écoute
20:06et surtout
20:07il y a moins
20:07de déclarations
20:09auprès de la presse.
20:12Il y a eu
20:13une phrase
20:14dans le propos
20:15liminaire
20:15donc on laisse
20:17avant le début
20:18des auditions
20:19on laisse chacun
20:20des presse-nus
20:22parler
20:23quelques
20:24courtes minutes.
20:25Elle,
20:26elle a dit
20:27s'il y a eu
20:28un délit
20:29et puisque tout le monde
20:30dit qu'il y a eu
20:31délit
20:31je veux bien l'entendre.
20:33C'est une phrase
20:33qui est assez marquée
20:35et qui laissait entendre
20:36qu'il y avait
20:36un changement
20:37de ligne de défense.
20:38Il y a eu parfois
20:39où elle a reconnu
20:39des erreurs.
20:41Des fois,
20:42c'est assez explicite.
20:43Il y a par exemple
20:43un cas
20:44avec Thierry Légié
20:46où ils font
20:47carrément
20:47un faux contrat.
20:49Là,
20:50en premier instant,
20:50c'était clair.
20:51On lui montrait,
20:52il dit
20:52on voit bien
20:53que le contrat est faux.
20:54Thierry Légié,
20:55il ne dit pas le contraire
20:56d'ailleurs.
20:57Pourquoi vous
20:59vous enfoncez ?
21:00Vous continuez
21:01à dire que non ?
21:02Cette fois,
21:03elle l'a reconnue,
21:05qu'elle a signé,
21:07qu'elle a fait
21:07un faux contrat.
21:10Il y a des petites choses
21:11comme ça,
21:12parfois des erreurs.
21:13Mais en fin de compte,
21:15sa ligne de défense,
21:16elle n'a pas
21:16tellement changé.
21:18C'est de dire
21:19que le Parlement européen
21:21aurait dû
21:22nous prévenir.
21:24Ce que d'ailleurs,
21:26ce qui n'a pas
21:27du tout plu
21:28à la présidente
21:29de la Cour d'appel,
21:29Michèle Agy,
21:30qui disait
21:31je ne comprends pas,
21:31vous êtes avocate,
21:34vous connaissez le droit,
21:36vous étiez député
21:36depuis longtemps.
21:38Normalement,
21:39ce n'est pas un argument
21:40valable
21:40de dire
21:41que le Parlement européen
21:43aurait dû
21:43vous guider,
21:45ou en tout cas,
21:46vous prévenir,
21:48vous alerter.
21:48et l'autre,
21:51c'est la question
21:52de la mutualisation.
21:55Je ne sais pas
21:55si on développe
21:56un petit peu ça.
21:59En fait,
22:00le gros argument,
22:01c'est de dire,
22:03parce qu'en fait,
22:04ce qui est très,
22:05très clair
22:06dans les éléments
22:07qu'on a,
22:08c'est que
22:09dans de nombreux cas,
22:10l'assistant parlementaire
22:12ne travaillait pas
22:12pour son député.
22:15mais ils disent,
22:16mais oui,
22:16mais ça s'explique
22:17parce qu'on a mutualisé
22:19les assistants parlementaires,
22:21c'est-à-dire que
22:21tous les assistants parlementaires,
22:24à part quelques-uns
22:25attitrés,
22:26étaient à disposition
22:27de tous les députés.
22:29Donc,
22:30en fonction
22:32des sujets
22:33sur lesquels on travaille,
22:34on pouvait
22:35demander à un tel
22:36de travailler,
22:37demander à l'autre
22:37de travailler,
22:38etc.
22:41Mais là,
22:41la présidente
22:42de la Cour d'appel
22:42lui dit,
22:43oui,
22:44mais ça,
22:44ça existe
22:45comme statut,
22:46en fait,
22:47pour le Parlement européen,
22:48vous pouvez faire
22:48une déclaration
22:49de mutualisation.
22:50Pourquoi vous ne l'avez pas fait ?
22:53Donc là,
22:53elle est un peu embêtée,
22:54elle dit,
22:55écoutez,
22:56oui,
22:56c'est un défaut,
22:57je n'ai plus
22:59le terme en tête,
23:00mais un défaut
23:01de renseignement,
23:02je crois.
23:02Elle dit,
23:03en gros,
23:03on n'était pas au Coran.
23:05Et ça,
23:06c'est le premier jour
23:06de l'audition de Marine Le Pen
23:07qui se déroule
23:08sur deux jours.
23:09Le lendemain,
23:10la présidente revient là-dessus,
23:12elle dit,
23:13oui,
23:13vous nous avez dit hier
23:14que vous ne saviez pas
23:15que ça existait,
23:16cette déclaration
23:17de mutualisation.
23:18Elle dit,
23:19mais là,
23:20on a retrouvé,
23:20à telle date,
23:22vous en avez signé.
23:23Vous avez signé
23:24une déclaration
23:24comme ça
23:25qui concerne
23:26deux assistants parlementaires.
23:29Donc,
23:29vous saviez
23:30que ça existait.
23:31Donc,
23:31pourquoi vous ne l'avez pas fait ?
23:33Et là,
23:33elle se décompose
23:34un petit peu
23:36et elle finit par dire,
23:37mais quel intérêt
23:38on aurait eu
23:39à ne pas déclarer
23:40une mutualisation ?
23:42La présidente répond,
23:43c'est ce que la Cour
23:44cherche à savoir.
23:46Et en fait,
23:47ce qu'on peut imaginer,
23:51c'est peut-être
23:51que ne pas faire
23:53cette déclaration
23:54de mutualisation,
23:55ça permet justement
23:58ce que les avocats généraux
23:59appellent
23:59le jeu de chaise musicale,
24:00ce que je développais
24:01un petit peu tout à l'heure
24:02en disant,
24:03tel assistant parlementaire,
24:05on va finalement
24:05le mettre
24:07sur l'enveloppe
24:08d'un autre député,
24:09on va le passer
24:10de Jean-Marie Le Pen
24:11à Bruno Golnich
24:12parce qu'il reste des sous
24:13dans l'enveloppe
24:14de Bruno Golnich.
24:15Ce qui n'aurait pas été possible
24:16dans un cadre
24:18de mutualisation
24:20déclaré.
24:21Donc,
24:22voilà,
24:22c'est en fait,
24:23les lignes de défense
24:24de Marine Le Pen
24:25sont les mêmes
24:26et elles se sont effondrées
24:28dès les auditions
24:31par la présidente
24:33de la Cour d'appel
24:34elle-même.
24:34Il n'y a même pas eu besoin
24:35des réquisitions
24:38pour voir
24:39que les axes de défense
24:40principaux
24:41ne tenaient pas.
24:42Comme quoi,
24:43faute à vous
24:44et à moitié m'ardonnés
24:44ne marchent pas toujours.
24:47On verra après,
24:48on verra la décision
24:49de la Cour d'appel,
24:50il ne faut pas s'avancer.
24:52Avant les réquisitions,
24:54il y a eu donc
24:54deux semaines d'audience.
24:57J'aimerais bien
24:58qu'on prenne un petit moment
24:59pour revenir un peu
25:00sur des exemples précis
25:01presque au cas par cas
25:03de ces audiences.
25:04Alors là,
25:05on a quand même
25:05pas mal parlé
25:06de Marine Le Pen,
25:07on pourra revenir sur elle,
25:08mais on a sélectionné
25:10quatre autres auditions
25:11qui ont été marquantes
25:13dans ce procès.
25:14On va vous parler
25:15de Fernand Le Rachinelle,
25:16Louis Alliot,
25:17Julien Audoul
25:18ou encore Catherine Griset.
25:20Qu'est-ce que tu peux
25:21nous dire sur eux ?
25:23Déjà,
25:23si on commence
25:24par la première audition,
25:26c'était celle
25:27de Fernand Le Rachinelle,
25:28donc lui
25:28qui a été
25:31député deux fois
25:32et son deuxième mandat,
25:34donc c'est 2004-2009,
25:36là c'est ce qui intéresse
25:37dans le procès.
25:38Donc lui,
25:39c'était un ancien
25:41compagnon de route
25:41de Jean-Marie Le Pen,
25:44il s'est fâché
25:44un petit peu
25:45avec lui après,
25:46mais bref.
25:48là,
25:49lui,
25:50il arrive,
25:50c'est un monsieur
25:51qui a,
25:52je crois,
25:5483 ans,
25:54quelque chose comme ça,
25:56il arrive un petit peu
25:57tout peinot,
25:58première audition,
25:59sa première déclaration,
26:01c'est
26:01je n'ai jamais commis
26:02d'infraction de ma vie,
26:03je n'ai jamais commis
26:04ce qui m'est reproché.
26:06Et puis,
26:07juste après,
26:08en fait,
26:08il dit,
26:09mais non,
26:10il n'y a pas
26:10d'emploi fictif
26:11parce que moi,
26:11il y avait deux assistantes
26:14parlementaires
26:14avec qui je travaillais
26:15beaucoup en tant que député.
26:16Et puis,
26:17il n'arrête pas de dire
26:17mais moi,
26:17je travaillais,
26:18regardez,
26:18j'ai fait des rapports.
26:19Je dis,
26:19mais là,
26:20ce n'est pas la question.
26:20On veut savoir si vous,
26:21vos assistants parlementaires,
26:22ils travaillaient pour vous.
26:24Il dit,
26:24il y en a deux qui travaillaient
26:25pour moi.
26:26Et à un moment,
26:27il dit,
26:27mais il y en avait même quatre
26:28qui étaient à ma disposition
26:29et qui ont pu travailler.
26:30Sauf que dans ces quatre-là,
26:32il n'y en a aucun
26:32qui sont ces assistants parlementaires.
26:34Ces assistants parlementaires,
26:36c'est Thierry Légié,
26:37le garde du corps
26:38de Jean-Marie Le Pen
26:40et Micheline Brunat,
26:41la secrétaire particulière
26:42de Jean-Marie Le Pen.
26:44Et donc,
26:45la présidente dit,
26:46mais là,
26:46il y a cinq minutes d'audition.
26:48La présidente dit,
26:49mais ces deux personnes-là,
26:51ils ne travaillaient pas pour vous.
26:53Il dit,
26:53ben non,
26:53évidemment,
26:54tout le monde sait bien
26:55que Thierry Légié,
26:56c'était le garde du corps
26:57de Jean-Marie Le Pen
26:58et Micheline Brunat,
26:59c'est la secrétaire particulière.
27:01Donc,
27:02au bout de cinq minutes,
27:04après,
27:04il a essayé de s'en sortir
27:05en disant,
27:05mais Thierry Légié,
27:06quand on était en groupe,
27:07il s'occupait de tout le groupe
27:09et puis c'est lui
27:10qui envoyait des mails
27:11pour la sécurité.
27:12Bon,
27:13a priori,
27:14on verra la décision
27:15de la Cour d'appel,
27:16mais a priori,
27:16ça ne tient pas.
27:17Donc,
27:17c'était assez étonnant
27:20de voir qu'en cinq minutes,
27:22malgré lui,
27:22on a eu des aveux,
27:23en fait,
27:24de voir que,
27:25ce qui était précisément reproché
27:28et que les assistants parlementaires
27:29ne travaillaient pas
27:30pour leur député,
27:31lui,
27:31il l'a avoué,
27:32sans le vouloir,
27:33au bout de trois minutes.
27:35Très bien.
27:36Est-ce qu'on peut parler aussi
27:38de peut-être
27:40Louis Alliot ?
27:41Oui,
27:42Louis Alliot,
27:43alors lui,
27:43c'est...
27:44Alors,
27:44il y a plusieurs volets
27:46dans l'affaire
27:47sur Louis Alliot
27:48parce qu'il a aussi été,
27:49lui-même,
27:50assistant parlementaire
27:52de Marine Le Pen,
27:53à mi-temps,
27:55payé de mémoire
27:565 000 euros
27:56par mois
27:57à un moment
27:57où sa députée,
27:59Marine Le Pen,
27:59et aussi sa compagne.
28:01C'est une autre histoire.
28:03C'est assez étonnant,
28:05mais ce n'est pas là-dessus
28:07qu'il a été condamné
28:09en première instance.
28:11C'est sur son contrat,
28:12lui,
28:12en tant que député,
28:13à partir de 2014,
28:17pour son contrat,
28:18le reliant à l'assistant parlementaire,
28:20Laurent Salle.
28:21Laurent Salle,
28:23puisque moi,
28:24je reprends très rapidement mes notes.
28:27Laurent Salle,
28:28il travaille en réalité,
28:30en tout cas avant et après,
28:32son contrat d'assistant parlementaire.
28:34Il travaille au sein
28:34de la délégation générale
28:36aux grandes manifestations
28:37du Front National.
28:40Et en fait,
28:41quand il est embauché
28:43par Louis Alliot
28:44officiellement
28:45comme assistant parlementaire,
28:47il va continuer à...
28:50Pardon,
28:51il va continuer à organiser
28:52les meetings,
28:54les campagnes
28:56du Front National,
28:57ce qui n'a rien à voir
28:58avec l'activité parlementaire
29:00de Louis Alliot.
29:03Parce qu'encore une fois,
29:03il s'agit pour lui...
29:06Enfin,
29:06l'assistant parlementaire
29:07doit travailler
29:08pour son débuté,
29:09mais il doit travailler aussi,
29:10pas sur n'importe quoi,
29:11sur le travail parlementaire
29:13de parlementaire européen
29:15du député.
29:16C'est vraiment sur ces questions-là.
29:18Il ne peut pas faire
29:19la campagne des départementales,
29:21même si c'est son député.
29:23Voilà,
29:23ça ne rentre pas normalement
29:24dans ces fonctions.
29:26Et donc,
29:28là,
29:28on a un cas
29:29en exemple
29:30très concret
29:31d'un assistant parlementaire
29:32qui ne bosse pas
29:34pour son député.
29:36Et là-dessus,
29:38l'avocat général
29:40avait été très sévère
29:41pendant le...
29:42Enfin, très sévère.
29:43Il avait accablé,
29:45en tout cas,
29:45Louis Alliot.
29:46Je vais citer.
29:47Il dit,
29:47« On n'a pas le début
29:49de commencement,
29:50d'un début d'exécution
29:52de travail pour vous. »
29:53Donc,
29:53de Laurent Salle
29:54pour vous,
29:55Louis Alliot.
29:55« On a juste cette invitation
29:57à la galette des rois. »
29:58Est-ce sérieux
29:59de dire qu'il a travaillé
30:00pour vous ?
30:00Parce que,
30:01voilà,
30:01la seule preuve,
30:03enfin,
30:03c'est pas vraiment une preuve,
30:04mais en tout cas,
30:06la seule relation
30:07qu'ils ont à ce moment-là,
30:08il n'y a aucun mail,
30:09il n'y a un SMS
30:10et c'est une invitation
30:11à une galette des rois
30:12organisée,
30:13je ne sais plus où.
30:15Et donc,
30:15voilà,
30:15a priori,
30:16il n'y a pas de lien.
30:17Donc,
30:17on a un exemple concret
30:18de quelqu'un
30:18qui continuait à travailler
30:19pour le FN
30:20et dont on n'a aucune trace
30:21d'un travail
30:22pour son député.
30:24Et,
30:25je ne sais pas
30:26si tu veux qu'on poursuive,
30:27on a le cas aussi
30:28avec...
30:29Julien Audoul.
30:30Avec Julien Audoul.
30:32Peut-être un peu plus rapidement,
30:35lui,
30:35en fait,
30:36on est en 2014,
30:40il rêve,
30:41en tout cas,
30:42c'est le récit
30:42qu'on a un petit peu
30:44des différents témoignages,
30:45il rêve de travailler
30:45pour Marine Le Pen.
30:47Et il vient de l'UDI,
30:49d'un autre parti,
30:49mais il veut vraiment
30:50travailler pour Marine Le Pen
30:51et il est en relation
30:52avec le chef de cabinet
30:53de Marine Le Pen
30:54qui est Philippe Martel
30:56qui,
30:56en quelque sorte,
30:57lui promet
30:59que Julien Audoul
31:00travaillera
31:01dans le cabinet
31:03de Marine Le Pen,
31:04donc à la direction
31:04du parti.
31:08Et à un moment,
31:09en septembre,
31:12Martel envoie
31:13à Julien Audoul,
31:15c'est OK,
31:15montage financier
31:16dans une semaine,
31:17tu seras peut-être
31:18pris en charge
31:19par le Parlement européen,
31:20ce qui est parfaitement neutre.
31:22Donc ça,
31:23le ministère public
31:23l'interprète comme
31:24bon,
31:25ben voilà,
31:25on a trouvé un moyen
31:26de te payer,
31:28mais c'est parfaitement neutre,
31:30c'est-à-dire,
31:30on ne t'occupe pas de ça,
31:31c'est juste une question,
31:32voilà.
31:33Et ensuite,
31:34quelques semaines,
31:35quelques mois plus tard,
31:36on a un mail
31:39qui avait fait
31:40un peu de bruit
31:42de Julien Audoul
31:43qui demande
31:45à Marine Le Pen
31:46est-ce que je peux
31:47t'accompagner
31:47à Strasbourg
31:48dans,
31:50enfin,
31:50le week-end prochain
31:51ou je ne sais plus quand,
31:52voilà.
31:53Est-ce que je peux
31:53t'accompagner à Strasbourg ?
31:54Ce sera l'occasion
31:55pour moi
31:55de rencontrer
31:56le député
31:58à laquelle
31:59je suis rattaché,
32:00donc Minette Trosinski.
32:01Voilà,
32:02et à côté de ça,
32:03on n'a aussi
32:06aucune preuve de travail
32:07de Julien Audoul
32:08pour Mylène Trosinski.
32:10Julien Audoul
32:10qui finit par dire
32:11mais si elle m'avait donné
32:12du travail,
32:13je ne serais pas devant vous.
32:15Voilà,
32:16ce n'est pas de sa faute,
32:16c'était à elle
32:17de lui donner du travail,
32:18même si pendant ce temps-là,
32:19il était conseiller spécial.
32:22Alors,
32:22l'avocat général disait
32:23conseiller spécial clandestin,
32:25un nouveau concept,
32:26disait-il hier.
32:28parce que Marine Le Pen
32:29dit,
32:29non,
32:30je ne savais pas
32:30qu'il était
32:31mon conseiller spécial.
32:32Ok.
32:33Voilà.
32:34Et pour finir,
32:35très rapidement,
32:36le cas de Catherine Griset
32:37qui est très intéressant
32:38et qui a fait le titre
32:39d'un de tes papiers
32:41récemment.
32:41Oui,
32:42je voulais en parler rapidement
32:44parce que,
32:45voilà,
32:45c'est des cas
32:47un peu similaires.
32:49Elle,
32:49elle était similaire
32:51à ce qu'on racontait
32:51tout à l'heure
32:52avec Jean-Marie Le Pen.
32:53Elle,
32:53elle est l'assistante
32:54depuis très longtemps,
32:55elle est très proche
32:56de Marine Le Pen.
32:57Elle a été son assistante
33:00et aujourd'hui,
33:01elle est députée européenne.
33:04Mais il y a un moment,
33:05donc,
33:05elle est assistante
33:07de la présidente du parti
33:08et elle devient
33:09assistante parlementaire.
33:11Et là,
33:11on a encore ce cas-là
33:12où,
33:12en fait,
33:13ses fonctions
33:13ne changent pas vraiment.
33:14Et elle travaille
33:15pour Marine Le Pen.
33:17Elle,
33:18elle dit,
33:18moi,
33:18je travaille pour Marine Le Pen
33:20en tant que personne,
33:21donc aussi en tant
33:22que députée européenne
33:24et principalement
33:25pour Marine Le Pen,
33:26députée européenne.
33:28Le ministère public
33:29n'y croit pas,
33:30considère qu'elle n'a pas
33:31changé de fonction
33:32et donc,
33:33il n'y avait pas lieu
33:35d'avoir un contrat
33:36d'assistant parlementaire.
33:37Ce qui est intéressant aussi,
33:38c'est que son contrat
33:39d'assistant parlementaire,
33:43pardon,
33:44je cherche le mot,
33:44c'est oui,
33:45c'est ça,
33:45assistant parlementaire accrédité
33:47et non assistant parlementaire local.
33:51Donc,
33:52en tant qu'APA,
33:53APA,
33:54assistante parlementaire accrédité,
33:56elle a l'obligation
33:57de résider,
33:58de travailler
33:58et de résider
33:59à Bruxelles.
34:01Or,
34:02ce qu'on voit
34:04et ce qu'elle a fini
34:05par reconnaître,
34:05c'est qu'elle passe son temps
34:07à Nanterre,
34:08au siège du parti.
34:10Et il y a eu
34:12des échanges
34:13assez étonnants
34:15à propos d'histoires de primes.
34:17C'est-à-dire qu'il y a
34:18une fin d'année
34:19où elle reçoit
34:20du trésorier Valéant de Saint-Just,
34:22donc du trésorier du parti,
34:23une prime de fin d'année.
34:24Alors qu'officiellement,
34:26elle n'est pas salariée du parti.
34:27Donc,
34:27il n'y a pas vraiment de raison,
34:29mais elle reçoit cette prime-là.
34:31La même année,
34:32elle reçoit aussi
34:32une prime du Parlement européen
34:34qui est une prime d'expatriation
34:36parce qu'elle est censée
34:39résider à Bruxelles.
34:40Donc,
34:41elle a cette prime-là.
34:43Et donc,
34:43on l'interroge là-dessus.
34:44Elle me dit
34:44« Mais en fait,
34:45vous avez touché cette prime-là
34:46alors que vous étiez
34:47tout le temps à Nanterre
34:48ou à Paris ? »
34:49Donc, elle me dit
34:50« Ah oui,
34:50c'est vrai que juridiquement,
34:52ce n'est pas super.
34:55Mais par contre,
34:57quand j'étais à Bruxelles,
34:58je ne déclarais pas
34:59mes notes de frais. »
35:02Voilà.
35:03On s'est un peu noyé
35:04là-dedans.
35:06Bon,
35:07il y a peu de chance
35:07qu'elle s'en sorte
35:10avec ces explications-là.
35:12Voilà.
35:13Après,
35:14si elle est condamnée,
35:15ce n'est pas parce qu'elle n'a pas rempli
35:17cette condition
35:18de résider à Bruxelles.
35:19Mais ça montre bien
35:20qu'à priori,
35:22elle a gardé
35:22les mêmes fonctions.
35:24Et voilà,
35:24c'est le cas
35:24de la plupart des contrats.
35:26Et comme on disait tout à l'heure,
35:29ces contrats-là
35:29sont trop nombreux
35:30pour penser
35:31que ce n'est pas lié
35:32à un système.
35:33et en plus,
35:35il y a tous les éléments
35:36qu'on a cités tout à l'heure,
35:37plus quelque chose
35:39dont je n'ai pas parlé là,
35:40mais on en a parlé plusieurs fois,
35:41c'est une réunion en 2014
35:42où Marine Le Pen
35:44aurait demandé,
35:44selon plusieurs témoignages,
35:46aurait demandé
35:47à chacun des 23 députés
35:49de ne prendre
35:50qu'un seul assistant parlementaire
35:52et de laisser
35:53le reste de leur enveloppe
35:54pour le parti.
35:55En gros,
35:56ils vont se débrouiller,
35:57là,
35:57les quatre dont on a parlé
35:58tout à l'heure.
36:00Voilà,
36:01ça montre que
36:01tous ces petits cas
36:03d'emplois fictifs,
36:05en tout cas,
36:05de soupçons
36:06d'emplois fictifs
36:08s'inscriraient
36:09dans un système
36:10plus global
36:10d'étournement
36:11de fonds publics.
36:13Très bien.
36:14Merci beaucoup,
36:15du coup,
36:15pour ce point d'étape,
36:16ma foi,
36:18très complet,
36:19mais comme je le dis,
36:19du coup,
36:20c'est un point d'étape.
36:20Est-ce que tu peux nous dire,
36:21pour finir,
36:22quelles sont, du coup,
36:23les prochaines étapes ?
36:25Ça fait beaucoup d'étapes.
36:27Et à quel moment
36:27saura-t-on vraiment
36:28si ce projet change
36:30ou non la donne
36:30pour 2027 ?
36:32Oui,
36:32alors là,
36:34le procès se poursuit
36:35avec les plaidoiries
36:38de la Défense
36:39qui vont durer
36:40plusieurs jours,
36:41qui vont durer
36:41au moins jusqu'au 11 février.
36:43Ça va se terminer
36:45par celle des avocats
36:46de Marine Le Pen.
36:48Le 11 février,
36:49potentiellement,
36:49jusqu'au 12.
36:51Il se laisse
36:52une petite journée
36:53si ça prend du temps,
36:55parce qu'évidemment,
36:56la Défense
36:56aura beaucoup de choses
36:58à dire.
36:59Ensuite,
37:01on peut s'attendre,
37:02c'est ce que nous dit
37:03la Cour d'appel,
37:04on peut s'attendre
37:04à une décision
37:05en juin.
37:07Donc,
37:08en juin,
37:09on saura
37:12si Marine Le Pen,
37:13si on ne prend que le cas
37:14de Marine Le Pen,
37:15si elle est condamnée
37:17et s'il y a
37:18de l'inéligibilité,
37:20si c'est plus de 3 ans.
37:22Et voilà.
37:23Et ensuite,
37:24si un pourvoi,
37:25Marine Le Pen
37:25peut très bien dire
37:26à ce moment-là,
37:27d'ailleurs,
37:27c'est ce qu'elle a promis,
37:29il y a moins de 2 ans,
37:30je suis candidate,
37:31il y a plus de 2 ans,
37:32je ne suis pas candidate,
37:34je n'attends pas
37:34de pourvoi en cassation.
37:35Et maintenant,
37:36s'il y a un pourvoi en cassation,
37:38il faudra attendre
37:39vraisemblablement décembre
37:41ou voire janvier,
37:42donc décembre 2026,
37:43janvier 2027,
37:46pour éventuellement
37:48rendre la décision définitive,
37:50le jugement définitif.
37:52Ok.
37:52Très bien.
37:53Merci beaucoup, Laurent.
37:54Merci.