- il y a 9 heures
Comment est-ce que le journalisme d'investigation peut être compatible avec une ligne éditoriale engagée ? Comment conjuguer sécurité des sources, vérification de documents, travail de longue haleine avec le peu de moyens que les journaux indépendants ont ? Ces questions et d'autres, Tom Demars-Granja (l'Huma) les a posées à Yanis Mhamdi (Blast) et Simon Guichard (L'Huma).
00:00 Introduction : investigation et journalisme engagé
3:32 Les méthodes d'investigation de Blast et l'Huma
13:26 La finalité du journalisme d'investigation
20:01 Chercher l'impact ?
33:29 La starification des journalistes d'investigation
43:33 Questions et réponses avec le public
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NewsTranscription
00:01Bonsoir à toutes et à tous, merci d'être présents pour cette discussion d'une heure qui est co-organisée
00:06par Blast et par l'Humanité.
00:08On va débattre et on va discuter justement de comment est-ce que le journalisme d'investigation peut être compatible
00:14avec une ligne éditoriale engagée
00:16et comment une rédaction des journalistes arrive à composer justement avec les prérogatives et les besoins d'un journalisme d
00:23'investigation sur la sécurité des sources,
00:26sur la vérification de documents, sur le travail de longue haleine, sur le budget que cela demande, avec une ligne
00:32éditoriale ancrée à gauche notamment
00:34et comment est-ce que cela se conjugue au quotidien. Et donc pour commencer, on reçoit Yanis Mamdi. Merci beaucoup
00:40d'être présent Yanis.
00:41Merci de me recevoir. Salut tout le monde.
00:43Pour te présenter très rapidement, tu es reporter, grand reporter pour Blast, aussi journaliste d'investigation.
00:50Donc on va dire que tu as lié les deux formes, reportage, le travailé sur le temps long, notamment à
00:55l'international.
00:57Là en ce moment, il y a ton documentaire, donc Alice au pays des colons, qui est diffusé dans certaines
01:02salles de cinéma.
01:03On te connaît aussi parce que tu as fait partie, on va dire, de la première flottille pour Gaza.
01:09Bon, il y en avait eu il y a plusieurs années, mais en tout cas la première la plus connue
01:13sur le renouveau de ce format de militantisme
01:16pour briser le blocus à Gaza, où on retrouvait notamment Rima Hassan et d'autres personnalités de la planète entière
01:23justement pour critiquer la politique d'Israël et le blocus à Gaza.
01:26Flottille est donc projet à la suite duquel tu as été emprisonné par les autorités israéliennes.
01:33Voilà, tu en as beaucoup parlé et peut-être qu'on en rediscutera justement sur l'engagement des journalistes
01:37et comment conjuguer ça avec une petite structure.
01:40Et donc aussi à ma gauche, on va voir Simon Guichard.
01:42Bonsoir à tous.
01:43Donc merci Simon d'être là.
01:45Donc toi, tu es journaliste et éditeur à l'Humanité, notamment journaliste d'investigation.
01:50Tu travailles avec la rubrique Enquête.
01:52Tu as travaillé notamment sur le travail forcé, une forme d'esclavagisme moderne dans les champs, dans l'agro-industrie.
01:59Et justement, comment des entreprises arrivent à capitaliser là-dessus.
02:03Tu as aussi travaillé sur des arnaques, on va dire, au marché carbone.
02:08Comment justement, encore une fois, des grandes entreprises arrivent à capitaliser là-dessus sur la lutte pour l'environnement,
02:14contre le dérèglement climatique pour gagner des fonds, gagner de l'argent, engranger des millions et des millions d'euros
02:21et des milliers d'euros.
02:21Donc toi, tu as aussi apporté, on va dire, à travers ton travail, on va dire, une dimension structurelle,
02:28où tu as beaucoup critiqué et travaillé et dévoilé des scandales, on va dire, à un niveau européen, étatique,
02:35au niveau des entreprises, en tout cas des institutions à un niveau plus large,
02:41et leur répercussion sur, on va dire, sur le concret, sur le réel et sur des personnes, des travailleurs, des
02:46travailleuses.
02:47Et voilà. Donc, on va justement questionner tout cela, donc ce rapport journalisme engagé,
02:52notamment à gauche avec Blast et l'Humanité et le journalisme d'investigation.
02:57Et peut-être, pour commencer, on va dire, une question de manière assez large que je vais vous poser à
03:00tous les deux.
03:01Comment est-ce que vous envisagez, justement, au quotidien, le journalisme d'investigation,
03:05qui est une forme de journalisme qui a sa propre histoire, qui a ses demandes très particulières ?
03:11Et donc, voilà. Comment est-ce que vous vous envisagez et composez avec cette forme de journalisme,
03:15alors que vous êtes des médias qui ne travaillez pas que sur le journalisme d'investigation ?
03:20Vous faites plein d'autres choses, plein d'autres formats,
03:22mais vous participez, justement, à dévoiler des faits, à dévoiler des documents,
03:27et donc à participer à cela. Comment est-ce que vous travaillez ça au quotidien ?
03:30Peut-être, Yannis, pour commencer ?
03:32Oui, bien sûr. Alors, nous, la différence, nous, notre journaliste d'investigation,
03:37on le voit en totale indépendance.
03:38C'est la force, aujourd'hui, qu'on a avec Blast, c'est-à-dire qu'on est dépendant d
03:42'aucun milliardaire.
03:43Comme tu l'as dit, on a un média en accès libre. Il n'y a pas de pub, aussi,
03:45chez nous.
03:46Donc, on est dépendant, aussi, d'aucune entreprise.
03:48Donc, nous, on se positionne sur, en gros, les enquêtes que les autres médias mainstream ne vont pas faire
03:53ou ne vont pas aller parce qu'il y a des conflits d'intérêts, soit avec leurs propriétaires,
03:58soit avec des grands groupes qui leur donnent de l'argent via la publicité.
04:02C'est comme ça qu'on le voit.
04:03Et surtout, on essaye, nous, à Blast, on essaye petit à petit de rendre les investigations plus digestes en vidéo,
04:09aussi,
04:09puisque l'enquête, c'est souvent écrit, parce que dans l'investigation, on rencontre beaucoup de personnes en off,
04:15ce qu'on appelle, c'est-à-dire que c'est des gens qu'on rencontre, qui ne veulent pas
04:17être cités
04:18et qui ne veulent pas se montrer et qui ne veulent pas témoigner à visage découvert.
04:21Donc, c'est très, très difficile, à la fin, de retranscrire ça en vidéo.
04:24Mais nous, on essaye, à Blast, justement, d'apporter cette nouvelle forme vidéo pour que ça soit plus digestes pour
04:30les gens.
04:31Et puis, voilà.
04:32Et après, en tout cas, pour nous aussi, c'est difficile parce que, comme Blast, tu l'as dit, c
04:38'est un média nouveau.
04:38On manque encore d'une certaine légitimité sur certains points au niveau des gens qu'on rencontre
04:43et qui préfèrent, bien évidemment, donner les grosses informations aux gros médias.
04:49Donc, nous, vraiment, on est vraiment sur ce petit coin où on dit aux gens, écoutez,
04:52quand vous rencontrez des murs dans les gros médias et que vous voulez sortir des choses,
04:56eh bien, nous, on va le faire.
04:57Et puis aussi, il y a les enquêtes politiques où, là, on est totalement indépendant.
05:00Ce qu'il faut dire la vérité, c'est qu'aujourd'hui, la majorité de la presse mainstream
05:04est complètement assujettie au pouvoir politique.
05:06Et donc, nous, on essaye vraiment de se positionner sur les enquêtes politiques aussi.
05:09C'est pour ça qu'on avait fait... Moi, j'avais fait très longtemps l'affaire Colère.
05:12J'ai fait un portrait... Moi, j'ai fait le portrait de Gérald Darmanin à une époque où personne n
05:16'a fait.
05:16Et moi, je suis souvent en contact avec plein de journalistes que je connais de France 2,
05:20notamment les équipes de compléments d'enquête.
05:22Ils avaient proposé, on leur a refusé. On a dit non, non, on ne va pas travailler sur le ministre
05:25de l'Intérieur, en fait.
05:26Moi, j'ai fait ce portrait à ce moment où il était là.
05:28Donc, c'est un peu ça, Blas. C'est cette indépendance.
05:30Et puis aussi, comme tu l'as dit, cette nouveauté qui nous permet de briser certains murs et certaines portes.
05:36Tout à fait. Et toi, Simon, est-ce que tu peux nous expliquer comment, justement,
05:39l'humanité travaille ce journalisme d'investigation ?
05:41Ouais, nous, on est peut-être moins nouveau sur le marché.
05:46On a, du coup, une histoire peut-être plus ancrée à l'UMA.
05:49L'idée qu'on a, c'est vraiment de créer un journalisme qui est utile aux luttes sociales, en fait.
05:53C'est que quand on révèle une information, il faut qu'elle puisse servir derrière soit aux militants politiques,
05:59aux militants syndicaux. Le but, c'est de leur donner des clés, en fait, en révélant des informations
06:03pour qu'ils puissent, eux, derrière, dans leur entreprise, dans leur organisation, être capables d'aller faire bouger les choses.
06:08Parce que là où c'est peut-être un des aspects où on se rejoint beaucoup, c'est qu'en
06:13fait,
06:14le journalisme, il est souvent le dernier niveau, le journalisme d'investigation, il est vraiment le dernier niveau du lanceur
06:20d'alerte.
06:20Quand on a l'article, quand l'information, elle sort. Mais on peut sortir toutes les informations de la Terre.
06:24La vraie question, la question de l'impact, elle est sur comment les gens, ils arrivent à intégrer l'information,
06:29ils arrivent à y réfléchir, et derrière, l'utiliser politiquement ou syndicalement pour faire changer la société.
06:36C'est quelque chose qui, nous, nous tient très à cœur. Et dans la manière dont on angle aussi nos
06:41sujets,
06:42quand on a le choix entre traiter Darmanin ou traiter un autre sujet, il y a cette dimension-là, en
06:49fait,
06:49on essaie de mettre en valeur, parce qu'on a la chance d'avoir aussi des gens qui nous suivent
06:54depuis longtemps,
06:55qui sont d'excellentes sources, d'un point de vue syndical, d'un point de vue politique, il y a
06:59des gros réseaux,
07:00et donc on a des petites infos qui nous remontent aussi parfois comme ça.
07:02L'idée, c'est d'être facilitateur et par contre de révéler des faits qui sont d'intérêt public, toujours,
07:07c'est ça qui guide.
07:09Et justement, tu as abordé la notion de lutte, qui est très chère à l'humanité, mais aussi à Blast,
07:14qui ne cache pas son engagement politique, de vouloir aussi partager une vision du monde,
07:19des combats, des combats à l'international, des combats à la France, au niveau du national français, etc.
07:24Donc quand vous travaillez ce journalisme d'investigation qui demande de travailler, de faire confiance à des sources,
07:31mais aussi avoir un rapport très particulier avec les institutions, donc au niveau de la justice, au niveau des autorités,
07:38quand on fait un portrait d'une personnalité politique, ou alors même qu'on enquête sur un parti politique,
07:43ou une instance syndicale, enfin voilà, sur une instance qui a un rôle politique concret sur la société,
07:49cela demande de rentrer en contact avec soit des personnes qui font partie de ces organisations,
07:54qui peuvent avoir des idéaux, un agenda qui peut être opposé à ce que nous, on défend,
08:00notamment quand on parle, voilà, sur ce type de sujet.
08:03Donc vous, comment est-ce que justement vous conjuguez avec cela,
08:06à savoir que l'humanité et Blast défendent une vision du monde,
08:10sont aussi connues justement pour leur ligne éditoriale très ancrée, très engagée à gauche,
08:14et quand on doit travailler sur un parti politique plus à droite que notre média,
08:21quand on doit enquêter sur une personnalité de droite,
08:23si on doit enquêter sur une grande organisation qui demande de rentrer en contact avec des personnes
08:28qui travaillent au sein même de ces institutions,
08:31et voilà, comment est-ce que vous faites pour conjuguer,
08:33ou même par exemple si une source vous envoie un document et vous dit,
08:35je fais partie de tel endroit, etc.,
08:37comment est-ce que vous arrivez à travailler, à faire une enquête sur l'enquête,
08:41justement pour vérifier l'agenda de la personne,
08:44vérifier justement l'affabilité de la source,
08:48et comment est-ce que vous arrivez à conjuguer tout cela ?
08:50Ce que je disais tout à l'heure sur le lancement d'alerte,
08:53c'est qu'en fait, toutes les enquêtes partent d'un renseignement humain, en fait.
08:58Il y a quelqu'un derrière, il y a quelqu'un qui vient nous contacter,
09:00qui vient nous dire, attendez, moi je sais ça, j'ai vu ça, j'en ai entendu parler,
09:04j'ai vu passer ça, je trouve ça pas normal,
09:07et la plupart du temps les gens nous alertent,
09:08parce qu'ils ont conscience d'avoir aussi cette information-là.
09:12Après, il y a toujours une étape de vérification,
09:15parce que personne ne parle de manière neutre,
09:17je pense que Yannis, toi tu as pu le voir dans plusieurs de tes papiers,
09:21il y a des gens qui essaient aussi d'instrumentaliser le média,
09:26ou en tout cas de faire passer leurs infos via les journalistes,
09:29nous c'est notre travail de vérifier, en fait, de tout recouper,
09:32moi je passe des heures à m'arracher les cheveux,
09:34à relire 50 fois mon papier en me disant,
09:36mais si il est en train de me bananer, qu'est-ce qui se passe ?
09:38C'est un travail qui revient aussi.
09:42Après, je pense que nous, la manière dont l'humain est identifié
09:46dans le cadre du travail d'investigation politique,
09:48il n'est pas vraiment pareil que Blast non plus,
09:50parce que nous on est quand même très identifié
09:51avec l'histoire communiste du journal.
09:54Par contre, on a de plus en plus de gens d'autres partis
09:58qui viennent nous voir, parce qu'on a cette capacité
10:00à faire sortir des sujets, à faire sortir des grosses actus,
10:03ce qui s'est passé suite à la mort de Quentin de Ranc,
10:06le néo-nazi à Lyon, on a eu pas mal d'alertes
10:10qui sont remontées de gens où on n'aurait jamais pensé
10:12qu'ils puissent nous contacter.
10:14Après, voilà, ce qui compte, c'est l'intérêt public,
10:16c'est la capacité à éclairer le débat public, en fait,
10:19le journalisme d'investigation, il remplit ce rôle aussi
10:22dans la société, de tirer l'alarme, de dire là,
10:25là, c'est pas normal, là, il y a ci, là, il y a ça.
10:28Et ça peut mener à des choses comme...
10:29Enfin, ça peut mener jusqu'à condamner
10:31un président de la République, par exemple.
10:33Et justement, Blast, est-ce que la...
10:35On va dire, la courte existence,
10:38même si ça fait quand même plusieurs années
10:39que Blast existe, mais la courte existence de Blast
10:41est justement son format très particulier,
10:43la ligne qui est très engagée, qui est très reconnaissable
10:45parce que c'est une grosse audience.
10:47Blast, c'est quand même une grosse machine
10:49malgré la taille des effectifs
10:50et la jeunesse du média.
10:52Est-ce que justement, par rapport à un journal
10:54comme l'humanité, qui est une plus grosse machine,
10:56qui doit aussi composer avec une très longue histoire,
10:58avec des très longues relations, etc.,
10:59quand vous, vous êtes un nouveau média,
11:02que vous prenez justement une indépendance
11:04et justement, vous arrivez, vous nouez des contacts,
11:06vous créez des contacts,
11:07est-ce que cette indépendance et cette jeunesse
11:10peut apporter justement sur ce journalisme
11:12d'investigation du côté de Blast ?
11:14Alors, ouais, justement, c'est très intéressant
11:16parce que déjà, je pense qu'à Luma,
11:18vous avez beaucoup plus de lanceurs,
11:19de ce qu'on appelle des lanceurs d'alerte,
11:20ça veut dire des gens qui vraiment sont scandalisés
11:22par ce qui est en train de se passer
11:23et qui vont donc lancer l'alerte.
11:25Mais ça, moi, je pense que dans le journalisme d'investigation,
11:28en réalité, malheureusement,
11:29c'est encore très peu de personnes.
11:30Ça doit représenter 10% des enquêtes qui sont sorties.
11:33La réalité, c'est que quand vous faites de l'investigation,
11:35vous servez des intérêts aussi quand même.
11:37Les gens qui viennent vous voir,
11:38qui veulent vous donner des documents,
11:40qui veulent vous permettre d'enquêter
11:41sur telle personnalité politique
11:43ou sur telle chose,
11:45ils ont un intérêt derrière.
11:46Alors, ça peut être une vengeance personnelle,
11:47ça peut être aussi un intérêt économique.
11:49Il y a toujours ça.
11:50La question de savoir, c'est quel intérêt je vais servir ?
11:52C'est important, ça, de se la poser.
11:54Et après, il y a bien sûr les lanceurs d'alerte
11:55qui sont vraiment dans le truc le plus pur,
11:59c'est-à-dire qui sont vraiment scandalisés
12:00par quelque chose.
12:01Ça, c'était quelque chose que je voulais dire.
12:02Moi, c'est sûr que je rencontre beaucoup de gens
12:04avec qui je...
12:06que je ne rencontrerai pas si je ne faisais pas ce métier,
12:08qui ne m'intéressent pas plus que ça,
12:10mais qui sont en capacité de me fournir des documents.
12:12Par exemple, j'ai eu, là, récemment,
12:13j'avais sorti les factures d'achat des bijoux
12:15de Rachida Dati.
12:16Enfin, si vous voyez la personne qui me les a données,
12:19voilà, elle était dans une vengeance personnelle,
12:21cette personne.
12:22Moi, je le savais.
12:22Et après, il y a la question de l'intérêt public,
12:24de sortir ça ou pas.
12:25Il faut toujours se poser la question de...
12:27D'accord, il y a cette personne qui me donne ça.
12:29Elle, elle le fait pour telle raison.
12:31Donc, la raison, elle est identifiée.
12:32Et après, il faut se poser la question de l'impact.
12:34Est-ce que ça vaut le coup ?
12:35Tout simplement.
12:35Et après, on se pose aussi la question
12:37de à quel moment on sort quelle enquête aussi.
12:39La dernière fois, il y a Christophe Nobilic
12:41qui est venu nous voir chez nous du Canard Enchaîné.
12:44Christophe Nobilic avait révélé
12:45pendant la campagne présidentielle
12:46que la campagne de François Fillon
12:49était rémunérée comme assistante parlementaire,
12:51ce qui était interdit.
12:53Et il nous disait, voilà,
12:54qu'au Canard Enchaîné,
12:55ça avait fait grand débat
12:55qu'il sorte l'info pendant la campagne présidentielle
12:58parce qu'on lui disait
12:58« Tu vas faire élire Marine Le Pen, en fait ».
13:00Et voilà.
13:01Lui, il s'en foutait.
13:02Il a dit « Non, non, moi, j'ai l'info,
13:03je la sors ».
13:03Mais c'est des choses qui nous tracassent
13:05et dont on se pose beaucoup.
13:06Et nous, à Blast aussi,
13:07on a beaucoup de gens
13:08qui viennent nous voir,
13:09enfin, qui nous contactent aussi
13:10parce que, justement,
13:12ils sont scandalisés
13:12par ce qui se passe aussi bien
13:13dans la société française
13:14qu'à leur travail, etc.
13:16Et qui savent qu'ils ne vont pas avoir d'écoute
13:18auprès des médias mainstream classiques
13:19et qu'ils voient en Blast quelque chose de nouveau,
13:21un média qui n'a pas peur,
13:22qui va y aller, etc.
13:24Donc c'est un peu tout ça.
13:26Et aussi, sur ce journalisme d'investigation,
13:28tu as parlé de la date de publication
13:31d'une enquête, du timing,
13:32de quand est-ce qu'on reçoit un document,
13:34une information,
13:36notamment quand ça s'approche
13:37d'échéances électorales
13:38et que ça devient d'une source politique
13:40et que c'est sur un sujet hautement politique.
13:42Donc il y a tous ces questionnements.
13:44Autre question que je voulais vous poser
13:45sur ce journalisme d'investigation,
13:47quand vous travaillez sur ce sujet
13:49ou même, tout simplement,
13:50vous en discutez au sein de Blast,
13:52au sein de l'Humanité,
13:53lors des conférences des rédactions,
13:54lors des discussions d'avant
13:56une publication d'un article,
13:58de cette critique aussi
14:00qu'il peut y avoir
14:00du journalisme d'investigation
14:02qui est que, OK,
14:03on fait tomber un ministre,
14:04mais en attendant,
14:06la politique du gouvernement incriminée
14:08va se poursuivre
14:09avec juste quelqu'un à la place, etc.
14:11Donc est-ce que vous aussi,
14:12quand vous travaillez là-dessus,
14:14est-ce que vous avez en conscience
14:15les limites que peuvent avoir
14:16ce journalisme d'investigation,
14:18cette forme de journalisme,
14:19et comment est-ce que vous le prenez
14:20en compte ou pas
14:21lors d'une publication d'une enquête,
14:23lors de la confection d'une enquête
14:24et lors de la date de publication
14:26d'une enquête ?
14:27Je pense que,
14:28comme tout journaliste,
14:28on espère que,
14:29quand on sort quelque chose,
14:30ça a un impact retentissant
14:31et que ça fasse bouger les lignes,
14:32comme il l'a dit lui.
14:35Comme il l'a dit lui,
14:36c'est dans les entreprises,
14:37les syndicalistes, etc.,
14:38qui prennent l'information
14:39et qui puissent l'utiliser.
14:40Bien évidemment,
14:42moi,
14:42quand je sors
14:44les factures d'achat
14:45des bijoux de Rachida Dati
14:46et que derrière,
14:47le parquet national financier
14:48décide d'ouvrir une enquête là-dessus,
14:49bon,
14:50on se dit,
14:50il y a quelque chose qui se passe.
14:51Mais au final,
14:52Rachida Dati s'est quand même
14:53présenté à l'élection
14:55municipale de Paris.
14:56Bon,
14:56elle a perdu,
14:56mais si elle avait gagné,
14:57elle aurait été élu maire.
14:58Donc oui,
14:59j'ai l'impression,
15:00mais après,
15:00je ne sais pas,
15:01peut-être que je suis trop jeune,
15:02mais que ça a beaucoup moins
15:03d'impact qu'avant.
15:04Aujourd'hui,
15:05sortir des scandales financiers,
15:07politiques,
15:07on a l'impression
15:08que ça ne change rien.
15:09Regardez,
15:09Nicolas Sarkozy,
15:10bon,
15:10il a fait de la prison,
15:11mais il en est sorti très rapidement,
15:12il est allé en vacances.
15:14Est-ce que tu as l'impression
15:15que le fait que
15:16le journaliste d'investigation
15:17ait été prise à bras-le-corps
15:20par de plus en plus de médias,
15:21qu'il y a des médias
15:22qui se soient développés
15:23justement sur ce créneau,
15:25notamment en France,
15:26a fait qu'il y ait eu
15:27de plus en plus de scandales,
15:29de révélations
15:29qui sortent chaque semaine
15:31et que cela nous a peut-être
15:32habitués, nous,
15:33en tant que lecteurs
15:33ou pas du tout ?
15:34Non,
15:35je ne pense pas que ça soit ça.
15:36Je pense que,
15:38malheureusement,
15:39aussi,
15:39aujourd'hui,
15:41moi,
15:41je vais dire,
15:42déjà,
15:42il n'y a pas tant de journalistes
15:43d'investigation que ça aujourd'hui.
15:45Justement,
15:45je pense que ça s'est réduit
15:46quand on voit les multimilliardaires
15:47qui rachètent les médias.
15:49Moi,
15:49je prends l'exemple de Bolloré
15:50parce que c'est le plus facile,
15:51mais Bolloré,
15:51quand il rachète Canal+,
15:52il supprime Spécial Investigation
15:54qui est une émission d'enquête vidéo
15:56et il sait très bien
15:56pourquoi il le fait.
15:57Il supprime aussi
15:58l'effet papillon
15:58parce que l'effet papillon,
16:00ça faisait aussi de l'enquête
16:01et ils avaient fait une enquête
16:02sur le président togolais.
16:03Ça avait scandalisé
16:04le président togolais
16:05qui était un ami de Bolloré.
16:06Donc non,
16:06je dirais qu'il y a
16:07moins d'investigation.
16:08Et c'est pour ça
16:08que Mediapart,
16:09ça a si bien marché que ça.
16:10C'est-à-dire qu'ils sont allés
16:11sur un créneau,
16:12l'enquête,
16:13où il y avait très peu
16:14de médias
16:15qui y allaient vraiment à fond
16:16et les enquêtes politiques,
16:17les enquêtes d'intérêt public
16:18comme il le dit.
16:19Donc non,
16:19je ne pense pas.
16:20Je pense que malheureusement,
16:22c'est...
16:23Après,
16:24la question,
16:24c'est est-ce qu'il faut attendre
16:25que ce soit l'opinion
16:26qui d'abord se bouge
16:27ou est-ce que d'abord
16:28c'est les institutions publiques
16:29qui doivent bouger ?
16:30Je ne sais pas.
16:31Je dirais plutôt
16:31que c'est notre système en soi
16:32qui est problématique.
16:33C'est-à-dire qu'on a beau
16:34révéler des scandales financiers,
16:35politiques,
16:36tout ce qu'on veut
16:37et que finalement,
16:38c'est vrai,
16:38c'est des têtes qui tombent
16:39mais ce n'est pas le système
16:40qui change en soi.
16:42Mais moi,
16:42je trouve qu'il y a beaucoup
16:43moins d'investigations qu'avant.
16:45Enfin, aujourd'hui,
16:46vous, vous aviez sorti
16:47des enquêtes sur Quentin...
16:48Mais juste,
16:48on prend l'exemple de Quentin Déranque.
16:49Combien de médias
16:50ont sorti des enquêtes
16:50sur Quentin Déranque ?
16:51On les avait,
16:52les informations.
16:52Tous les journalistes
16:53avaient, les informations.
16:54Moi, je sais,
16:55j'ai plein de collègues
16:55qui me disaient
16:56qu'ils ne pouvaient pas
16:56à France Télé,
16:57ils ne pouvaient pas sortir.
16:58Ils savaient que c'était
16:58un néo-nazi.
16:59Ils savaient qu'il y avait
17:00quelque chose qui clochait
17:00dans toute cette histoire.
17:01Ils savaient que c'était pas...
17:02On s'en était pris à lui
17:03et on l'avait tué sur place.
17:04Il y avait plein de choses
17:05qui n'allaient pas.
17:06Tout le monde le savait
17:06et personne n'a rien fait.
17:08Donc non,
17:08c'est extrêmement compliqué.
17:10Et toi, Simon,
17:11par rapport à l'Humanité
17:12qui est un journal
17:14qui est très ancien
17:15et qui a aussi su s'adapter
17:17à cette nouvelle forme
17:17de journalisme
17:18qui a émergé
17:19ces dernières années,
17:20dernières décennies,
17:21notamment avec l'arrivée
17:22de Mediapart
17:22qui a vraiment popularisé
17:23tout un système.
17:24Comment est-ce que tu peux
17:25nous expliquer
17:26comment est-ce que l'Humanité
17:27travaille ce journaliste
17:28d'investigation
17:28avec tous ces questionnements ?
17:29Alors nous,
17:30on s'est rendu compte
17:30qu'il y avait un besoin
17:31d'enquête de la part
17:32de nos lecteurs,
17:33que les gens,
17:33ils étaient prêts
17:34à payer pour ce type
17:37d'informations en fait
17:37et que c'est peut-être
17:38le meilleur moyen
17:39d'aller faire connaître
17:40tout le reste du travail
17:41de la rédaction
17:42parce qu'en fait,
17:42on apporte quelque chose
17:43de différencié,
17:44quelque chose de nouveau,
17:45quelque chose d'exclusif
17:46par définition
17:46parce qu'une révélation,
17:47elle est nécessairement
17:50de nouvelles.
17:51Mais ça,
17:53du coup,
17:54le cadrage chez nous,
17:56il est d'être
17:56à la fois dans le timing
17:58médiatique
17:58pour avoir un impact
17:59et en même temps
18:00de faire systématiquement
18:01des pas de côté.
18:03Je le vois sur...
18:05On a fait un travail,
18:06par exemple,
18:07au moment où ça montait
18:07sur le protoxyde d'azote,
18:10la diffusion,
18:11la consommation
18:12où on avait toujours
18:13ce cadrage sur les jeunes
18:15qui consomment dans leurs voitures
18:16à un angle très répressif.
18:18Nous, on s'est dit
18:19mais qui les produit ?
18:20Et en fait,
18:20on a essayé de remonter
18:21jusqu'à l'usine chinoise,
18:22on l'a trouvé
18:22et en fait,
18:23là, on est capable
18:24de montrer toute la chaîne,
18:25les grossistes,
18:26les fournisseurs,
18:27comment ça fonctionne.
18:28Ça permet aussi
18:29de donner d'autres clés
18:30et on sort de ce cadrage
18:32parce que là où
18:33ce que tu dis,
18:34c'est qu'il y a moins de...
18:35Je ne sais pas
18:35s'il y a moins d'investigation
18:36mais en tout cas,
18:37dans les médias mainstream
18:38et dominants,
18:38les angles se ressemblent
18:39de plus en plus.
18:43les médias engagés,
18:45on s'en sort aussi
18:47parce qu'on fait
18:47ces petits pas de côté,
18:48on ouvre des perspectives
18:50et après,
18:50je le travaille
18:51de toute façon.
18:54Les premiers médias,
18:56les premiers lecteurs
18:57des enquêtes journalistiques,
18:59ça reste les journalistes
19:00qui peuvent s'en emparer,
19:02revenir sur le terrain,
19:04aller remettre un cadre.
19:05Donc en fait,
19:05on est à la fois
19:06pour les lecteurs
19:07et on est à la fois
19:08pour les angles d'après.
19:09Et ça,
19:10c'est aussi important
19:11de l'avoir
19:11parce que si tu sors
19:12juste une enquête
19:13qui tient 2, 3, 4 jours
19:15mais que plus personne
19:15ne se repose dessus
19:16et plus personne
19:17ne peut dire
19:18tiens,
19:18il y a un an,
19:18il s'est passé ça
19:19si on allait voir là.
19:20Et en fait,
19:21souvent,
19:22les grosses révélations,
19:24elles ne sont pas
19:24sur les premiers papiers.
19:26Elles sont sur les papiers
19:26qui reviennent un an,
19:27un an et demi après
19:28où en fait,
19:29on crée de l'impact
19:29et on peut faire changer
19:30les choses.
19:31On peut le voir
19:32avec tout le travail
19:33de Mediapart
19:33sur la question des VSS
19:35où les premiers papiers
19:36n'ont pas fait changer
19:37clairement la société.
19:38Aujourd'hui,
19:38le cadrage sur les violences
19:39sexistes et sexuelles,
19:40il a évolué
19:41par tout ce travail
19:42journalistique-là.
19:43Et c'est parce que
19:43les confrères et les consœurs
19:44ont été capables
19:46de prendre ces sujets-là,
19:46de se rendre compte
19:47qu'il y avait un intérêt,
19:48qu'il y avait un problème
19:48fondamental dans la manière
19:49dont ça se passait
19:51et dont c'était traité
19:52et petit à petit,
19:53ça évolue.
19:54Mais c'est sûr que
19:56si l'investigation,
19:57elle passe à 23 heures
19:59sur le service public,
20:00c'est pas pour rien.
20:01Et comment est-ce
20:02qu'on décloisonne
20:02ce journalisme d'investigation
20:03quand on traite des sujets
20:05qui arrivent peut-être
20:06trop en avance
20:08par rapport à un mouvement
20:09de société
20:09ou alors qui vont pas
20:10forcément être repris
20:11par d'autres médias,
20:12par d'autres rédactions
20:13parce que soit c'est un sujet
20:15qu'ils ne souhaitent pas traiter,
20:16soit il y a trop de pression
20:17parce que c'est,
20:18comme tu l'as pu expliquer
20:19avec des collègues
20:20au sein de France Télévisions
20:22ou même de grands quotidiens
20:23nationaux aux papiers
20:24mais qui aussi sont
20:25des grosses machines
20:26qui ont aussi
20:26leurs propres problématiques.
20:27Comment est-ce qu'on fait
20:28pour décloisonner
20:29et pour continuer
20:30à pousser un sujet
20:30qu'on estime fort
20:32et fondamental
20:33quand lors d'une première enquête,
20:34de premières enquêtes,
20:35c'est le premier mois,
20:36les premiers papiers,
20:37on n'arrive pas à avoir
20:39justement peut-être
20:40l'attente,
20:41l'attention médiatique,
20:42l'attention publique
20:43que l'on attendait.
20:44Comment est-ce que vous,
20:45vous avez pu conjuguer ça ?
20:47Est-ce que vous avez
20:48des pistes là-dessus ?
20:48Est-ce que vous y avez réfléchi ?
20:51Je ne sais pas.
20:52Après, c'est un concours
20:53de circonstances.
20:54On n'est jamais
20:55complètement omniscient
20:56en train de dire
20:56tiens, ça, ça va faire la une
20:58évidemment.
20:58Moi, il y a plein de fois
20:58où je pensais que j'avais
20:59pas le Watergate mais presque
21:01et en fait, rien du tout,
21:02rien du tout.
21:03Et en fait, ça arrive,
21:05ça marche,
21:06des fois, ça pop
21:07alors que ce n'est pas
21:08forcément le papier
21:09le plus important.
21:10Il y a des fois où on a
21:11aussi beaucoup d'espoir,
21:12on a des super infos
21:13où nous, en tant que
21:13journalistes, on se dit
21:14mais c'est un super papier.
21:15En fait, il ne rencontre pas
21:15son public.
21:16Ça arrive aussi.
21:18C'est le cas.
21:19Il y a plein de cache
21:19investigation dont on
21:20ne se souvient plus.
21:21Enfin, ça arrive.
21:23Après, non,
21:25ce qu'il faut aussi,
21:26c'est à nous d'être
21:28assez fins pour,
21:29entre guillemets,
21:30répondre à la demande
21:31informationnelle des lecteurs
21:32et après, c'est ce que
21:33je redisais au début,
21:35c'est les gens qui s'en
21:35emparent, c'est les gens
21:36qui en parlent,
21:37qui le partagent sur
21:38leur groupe WhatsApp de
21:39famille et finalement,
21:40ça avance, on passe un
21:42peu et ça revient.
21:44Je pense qu'aussi,
21:46il y a une transformation
21:47fondamentale de l'économie,
21:48du journalisme et de
21:49l'attention qui fait
21:50qu'on a tendance à vouloir
21:51tout très vite.
21:52Nous, notre journalisme,
21:54par définition, vu qu'il
21:55recherche de l'impact,
21:56il est aussi sur un temps
21:57qui est plus long et qui
21:58n'est pas forcément
21:59estimable tout de suite.
22:01Moi, je dirais surtout
22:01que ça dépend quel impact
22:03tu veux.
22:03Si tu cherches l'impact
22:05auprès du public,
22:06forcément, là, tu ne maîtrises
22:07rien du tout et c'est vrai
22:08que comme il l'a dit,
22:09ça pop, moi, j'avais
22:11sorti le truc sur Macron
22:12qui avait conduit
22:13une Aston Martin et qui
22:14voulait s'acheter une
22:14Aston Martin, je ne m'attendais
22:15pas du tout à ce que
22:16l'info, elle allait prendre
22:17comme ça.
22:17Je le sors, le truc, je me
22:18dis, voilà, j'ai l'info,
22:20j'ai vérifié, tout est OK,
22:21c'est bon, je le sors et puis
22:22ça prend partout, dans les médias.
22:23Mais au final, rien ne change.
22:25Or, des fois, tu sors des
22:26enquêtes, l'opinion publique
22:28ne s'en empare pas, mais
22:28les choses changent, tu vois.
22:30Donc, c'est ça aussi la réalité,
22:31c'est quel impact tu veux.
22:33Moi, j'avais fait, il y a
22:34très longtemps, une enquête
22:34sur des machines qui équipaient
22:36les établissements français
22:37du sang, qui prélevaient
22:38le plasma et qui étaient
22:39potentiellement cancérigènes.
22:41Et bien, visiblement,
22:42après cette enquête, ils ont
22:43retiré les machines.
22:44Donc là, bien évidemment,
22:45qu'on est content.
22:45Parce qu'on se dit que grâce
22:46au moins à ce qu'on a sorti,
22:48il n'y a plus ces machines-là
22:49qui sont dangereuses.
22:49Donc, la question de l'impact,
22:51c'est très délicat.
22:52Ça dépend aussi sur quoi
22:53tu travailles.
22:53Ce qui est sûr, c'est quand
22:54c'est des enquêtes politiques,
22:56quand tu sors des infos
22:57sur l'enquête politique,
22:58oui, tu t'attends à ce que
22:59l'opinion publique s'en empare.
23:00Et de toute façon, les choses
23:02ne changeront que si l'opinion
23:03publique s'en empare.
23:03Mais quand c'est d'autres
23:04enquêtes sur des entreprises
23:06ou sur d'autres choses comme ça
23:07et que l'impact peut être,
23:08on va dire, plus local
23:09et que là, ça fonctionne,
23:10t'es quand même aussi très content.
23:12Et aussi, est-ce qu'il y a
23:13un moyen de faire vivre
23:14ces révélations et aussi
23:16d'engranger justement
23:17toute cette attention
23:19et aussi ce qui peut peut-être
23:20être la force de l'humanité
23:22de Blast et aussi
23:22bien d'autres médias.
23:23Mais là, c'est Blast
23:24et l'humanité qui sont présents
23:25et que ces médias proposent
23:27aussi d'autres formes
23:27de journalisme, d'autres formats,
23:29donc du reportage,
23:30du décryptage, des longs entretiens,
23:32ce qui permet aussi
23:33de faire vivre des sujets,
23:34d'être en complément
23:34de l'investigation.
23:36Par exemple, le journalisme
23:38d'investigation, comme dit
23:39un peu plus tôt,
23:40est une forme de journalisme
23:41qui est très encadrée,
23:42qui est très cadrée,
23:44qui provient d'une histoire
23:45très particulière de journalistes,
23:46notamment anglo-saxons,
23:47qui a été importé en France.
23:50Mais par exemple, toi, Yanis,
23:51tu fais aussi beaucoup
23:52de reportages.
23:52Tu es aussi avant tout reporter.
23:55Tu dis-moi si je me trompe,
23:56mais la majorité de ton activité,
23:57c'est aussi d'être sur le terrain,
23:59notamment ces derniers mois
24:00avec ce qui s'est passé à Gaza
24:02et dans les colonies
24:03de Cisjordanie occupées.
24:05Donc tu as sorti un documentaire,
24:06on pourra peut-être en parler.
24:08Mais justement,
24:08est-ce que ce n'est pas aussi
24:09une autre forme de journalisme
24:10d'enquête,
24:11à savoir ce journalisme de terrain,
24:12où on part à la rencontre
24:14de personnes
24:14et en recueillant des scènes,
24:17des témoignages
24:18de plus en plus nombreux
24:19sans forcément avoir un document
24:21ou avoir une source particulière,
24:23cela peut aussi amener
24:24à un choc de conscience,
24:26on va dire,
24:26et aussi à créer justement
24:27une sorte de révélation
24:29pour le public
24:30et les lecteurs
24:31et les visionnaires.
24:31Bien sûr, bien sûr.
24:32Mais pour moi,
24:32partir en reportage,
24:33ça reste de l'enquête,
24:34de toute façon,
24:34puisqu'on va à la rencontre des gens,
24:35on essaye de comprendre,
24:36c'est une sorte d'enquête sociale.
24:38Et puis surtout,
24:38moi, la majorité des...
24:41Après, on va dire,
24:42des investigations que je vais sortir,
24:43elles viennent de ces reportages-là.
24:45C'est-à-dire,
24:45c'est en rencontrant des gens,
24:46c'est en allant sur le terrain,
24:48que ces choses-là
24:49me permettent justement
24:50de rencontrer certaines personnes,
24:52de nouer.
24:52« Ah, il vous a dit ça, d'accord,
24:53ben attendez, je vais le voir. »
24:55Donc bien évidemment,
24:56et moi, c'est vrai
24:57que j'ai un peu du mal
24:57avec cette catégorisation
24:59d'investigation,
25:00un peu genre comme
25:01dans les Hommes du Président,
25:02la Watergate,
25:03les mecs avec le trench,
25:05le gars que tu rencontres
25:05dans le parking, etc.
25:07La réalité,
25:08c'est que le journalisme de base
25:09doit être un journalisme d'enquête.
25:10Il tend à montrer des choses,
25:12ça peut être par le reportage.
25:13Il tend à dévoiler certaines choses,
25:14ça peut être encore une fois
25:16par le reportage.
25:17Le journalisme, en soi,
25:18c'est enquêter,
25:19c'est comprendre,
25:20c'est chercher la vérité, en fait.
25:21C'est ça.
25:22Et chercher la vérité,
25:23c'est de l'enquête,
25:23c'est de l'investigation.
25:25Après, c'est sous divers formes.
25:27Des fois, c'est juste
25:28montrer des choses
25:29pour que les gens comprennent.
25:30Des fois, c'est,
25:30comme tu l'as dit,
25:30sortir un document.
25:32Des fois, ça peut être
25:32un témoignage d'une personne
25:33inattendue qui est extrêmement importante.
25:35Il y a toutes ces choses-là
25:36qui font que, pour moi,
25:37ça englobe le travail
25:38d'enquête, d'investigation.
25:39Parce que je peux vous dire
25:40que partir en reportage,
25:42convaincre les gens de parler,
25:44leur expliquer la nécessité
25:45de le faire, etc.,
25:50c'est la même chose
25:50quand vous avez besoin
25:51d'un témoignage exclusif
25:53d'une personne
25:53que vous voulez ramener
25:54sur le plateau
25:54et dont vous savez
25:56que le témoignage
25:57est extrêmement important.
25:58Ça reste du journalisme
26:00d'enquête, selon moi.
26:01Et l'impact peut être
26:03tout aussi important.
26:04Et qui peut permettre aussi,
26:05peut-être, d'aborder
26:07de manière plus large
26:08et de manière plus ancrée
26:09dans le réel,
26:10dans le tangible,
26:11aussi des mouvements
26:12de plus grande ampleur,
26:13des mouvements collectifs,
26:14des problématiques collectives
26:16en termes d'une région,
26:18d'une population.
26:18Bien sûr, bien sûr.
26:19Et puis des fois, on travaille
26:19et ça nous dépasse, en fait.
26:21On fait des choses
26:21et on ne sait pas
26:22les proportions que ça va prendre
26:23et on ne sait pas
26:23comment ça va se passer.
26:24Donc, bien évidemment,
26:25et puis peut-être
26:25c'est plus digeste aussi
26:26pour les gens.
26:27Honnêtement, c'est très compliqué
26:29de savoir, enfin, de comprendre.
26:31Mais tu as part, je sais,
26:32ils le font.
26:33Ils se posent tout le temps
26:33la question de comment rendre
26:35leurs enquêtes
26:35les plus accessibles.
26:36Moi, j'en ai déjà parlé
26:37avec plusieurs journalistes
26:38chez eux.
26:39Eux, ça les rend un peu chèvres
26:41de voir que 90%
26:43des informations qui sortent
26:44ne sont pas reprises
26:45et que ça n'a pas plus d'impact
26:46que ça, selon eux.
26:47Et je sais qu'ils se posent
26:49souvent la question
26:49de comment rendre ça
26:50plus digeste dans leurs papiers,
26:52comment le mettre
26:54sous forme vidéo.
26:55Je ne sais pas si vous avez remarqué,
26:56mais récemment aussi,
26:57c'est-à-dire que des fois,
26:58quand ils sortaient
26:58des informations,
26:59après, ils allaient en reportage
27:00sur le terrain
27:01pour justement interroger
27:03les personnes
27:03qu'ils ont incriminées
27:04dans leurs papiers
27:04pour que ça fasse encore plus...
27:06Donc, il y a bien sûr,
27:07c'est en réalité,
27:08tout le journalisme
27:09et l'enquête
27:09et de l'investigation.
27:11Et toi, Simon,
27:12au vu des sujets
27:12que tu travailles,
27:14peut-être que si tu réagiras
27:15à Yanis,
27:15je te laisserai réagir,
27:17mais après,
27:17peut-être répondre aussi à la question.
27:19Toi, au vu des sujets
27:19qui travaillent,
27:20qui donc traitent aussi
27:21de mouvements financiers,
27:23de mouvements commerciaux,
27:24d'institutions nationales,
27:27supranationales, européennes,
27:29comment est-ce que toi,
27:30tu te poses la question
27:31d'ancrer à l'échelle humaine
27:34les sujets que tu traites aussi
27:36et justement rapporter de l'humain,
27:38essayer de parler,
27:38d'aborder aussi
27:39de ces trajectoires
27:40qu'on peut trop facilement
27:41laisser de côté
27:42parce qu'on a un document
27:43ou on a une source
27:44très précise sur une institution
27:46qui t'a oublié
27:47toutes les personnes
27:48qui en souffrent directement
27:49et ne pas aller directement
27:50les voir.
27:51Est-ce que toi,
27:51c'est quelque chose
27:52que tu te poses ?
27:53C'est une grosse difficulté
27:55quand on a une bonne info
27:58sur papier
27:58et qu'il va falloir
28:00la transformer
28:00en une info vivante,
28:01aller trouver quelqu'un
28:02qui peut l'incarner,
28:03quelqu'un qui peut rendre
28:04la chose un petit peu plus
28:05digeste d'une certaine manière
28:07et aussi,
28:07aujourd'hui,
28:08il y a quasiment systématiquement
28:09une déclinaison vidéo
28:10à penser
28:11pour toucher les gens
28:12parce que la plupart des gens
28:13ne lisent plus les papiers
28:14et ne les lisent pas en entier
28:15quoi qu'il arrive.
28:16Quand ça fait 15 000 signes,
28:18personne n'a le temps.
28:20Mais du coup,
28:20il faut y penser,
28:22il faut le voir.
28:24Après,
28:25c'est sûr que
28:26ça rejoint ce que tu disais
28:28sur le fait que le reportage
28:29et le travail de sourcing
28:31de terrain,
28:31en vrai,
28:31c'est le premier niveau
28:32de l'enquête.
28:34l'année dernière,
28:35avec un consortium
28:36de journalistes européens,
28:37on a révélé
28:38qu'il y avait...
28:39Est-ce que tu peux juste expliquer
28:39ce qu'est un consortium
28:40de journalistes européens ?
28:41C'est un ensemble de rédactions
28:43qui travaillent ensemble
28:44sur un sujet.
28:45On a travaillé
28:45sur les agriculteurs
28:47condamnés
28:48pour traiter des êtres humains
28:48qui continuent
28:49de toucher de la PAC.
28:50On en a trouvé plein.
28:51On avait des schémas financiers
28:52de ouf.
28:53On a trouvé beaucoup d'argent
28:54dans des tableurs Excel
28:55qui n'en finissaient pas.
28:57Et en fait,
28:57ce qui a été vraiment la clé
28:58pour, entre guillemets,
29:00briser le plafond de verre,
29:01à avoir arrivé avec vraiment
29:02des révélations,
29:02ça a été de trouver
29:03une personne victime de traite
29:04qui a accepté de parler,
29:05qui a accepté de raconter
29:06qu'on a pu cibler
29:10l'exploitation agricole
29:11dans laquelle il était victime
29:12et en fait, remonter.
29:13À partir d'une seule personne,
29:14on a trouvé des centaines de cas.
29:16Et en fait,
29:16on a juste eu une personne
29:17qui a permis de condenser
29:19et remettre tout.
29:21Alors, ce n'était pas
29:22sur un format vidéo
29:23en tant que tel,
29:25mais déjà,
29:26la personne a eu
29:27le courage de témoigner,
29:29ce qui est déjà remarquable.
29:31mais c'est obligé
29:33d'une certaine manière.
29:34En fait,
29:34on a toujours ce souci
29:36de l'incarnation
29:36qui est d'ailleurs
29:37une des raisons
29:37pour lesquelles,
29:38des fois,
29:38ça ne prend pas
29:39parce que ce n'est pas
29:39assez incarné.
29:42Mais ouais,
29:43quand on travaille,
29:44moi,
29:44j'ai tendance à manger
29:46des rapports
29:46de plusieurs centaines de pages
29:47et des trucs un peu abrupts
29:49pour en faire quelque chose
29:50où j'arrive à transmettre
29:52l'info qu'il y a derrière
29:53et comment ça peut permettre
29:54de voir les choses
29:55avec une focale
29:56un petit peu plus large.
29:58Ouais,
29:58ça passe en fait
30:00toujours par les gens.
30:01Et enfin,
30:04ça peut être vous,
30:04ça peut être moi.
30:05On a tous parfois
30:06des informations.
30:06Ce qu'il faut,
30:07c'est être capable
30:07de les transmettre
30:08et parfois avoir le courage
30:10de raconter son histoire.
30:13Et ça,
30:13pour le coup,
30:13il y a un effet d'identification
30:14qui est vraiment au-delà.
30:16On peut parler
30:16de tous les enjeux financiers
30:17de la Terre.
30:18Quand on a une personne
30:19qui raconte
30:20les conséquences concrètes,
30:21on touche aussi
30:21beaucoup plus...
30:22Oui, c'est ça,
30:23c'est d'aller au plus simple
30:24et qui est qu'un scandale
30:27va forcément affecter
30:28des personnes anonymes,
30:30notamment.
30:31Et donc,
30:31même si on a
30:32le plus gros scandale
30:32de la Terre,
30:33si on n'arrive pas
30:35à démontrer
30:35et à faire parler
30:36les personnes
30:37qui sont réellement
30:38et directement affectées
30:39par tous ces problèmes,
30:40on ne va pas réussir
30:41à atteindre notre objectif,
30:42à savoir faire
30:43que les choses changent,
30:44même si, bien sûr,
30:45il y a plein d'autres paramètres
30:46qui font que les choses
30:47peuvent changer ou pas.
30:48Toi, est-ce que,
30:49Yanis,
30:50est-ce que toi aussi,
30:50tu te poses ce type de questions ?
30:51Toi aussi,
30:52tu as cet aspect reportage
30:54qui fait que tu vas rencontrer
30:56des gens,
30:57même si ça peut être difficile.
30:58Mais toi aussi,
30:59est-ce que tu te poses
30:59cette question de l'incarnation ?
31:01Et toi, peut-être,
31:01à la limite,
31:01est-ce que ce n'est pas
31:02le problème inverse ?
31:03Est-ce que je pars en reportage ?
31:05J'ai une idée,
31:06j'ai une angle,
31:07des personnes,
31:07des témoins qui sont sur place
31:09me disent
31:10il ne se parle telle chose
31:11ou telle chose.
31:12J'ai tout ça en stock.
31:13Maintenant,
31:14comment est-ce que
31:14j'arrive à le prouver ?
31:15Comment est-ce que
31:15j'arrive à le solidifier ?
31:17Avec des appels ultérieurs,
31:18avec des recherches
31:19de documents, etc.
31:20Parce que même si
31:21on peut avoir
31:22toute la meilleure volonté
31:22du monde
31:23et avoir une totale confiance
31:24aux personnes
31:24que l'on rencontre
31:25sur un reportage,
31:26pour que l'article
31:27soit le plus précis possible,
31:28qu'on évite une attaque,
31:29pour garder la crédibilité
31:31et conserver la crédibilité
31:32du média,
31:33comment est-ce que tu fais
31:34ce travail,
31:35on va dire,
31:35post-reportage,
31:37notamment quand il y a
31:37des révélations
31:38et des accusations
31:39qui sont très graves
31:40pour documenter tout cela ?
31:42De toute façon,
31:43l'information,
31:43elle vient en fonction
31:45des documents
31:46ou des témoignages que tu as.
31:47si après, moi,
31:48j'ai plein d'informations
31:49qu'on me donne
31:51et malheureusement,
31:52je n'ai pas d'éléments
31:53pour l'alimenter,
31:54donc je ne les sors pas
31:54parce que c'est impossible.
31:56Je me fais condamner
31:57directement en diffamation
31:58si on m'attaque.
32:00Donc oui,
32:00c'est essentiel
32:03de pouvoir
32:05incarner,
32:05comme il l'a dit,
32:06de nourrir ce truc.
32:08Mais nous,
32:09à Blast,
32:09après,
32:09on a un autre parti pris.
32:10c'est qu'on est un média vidéo
32:14de base,
32:15nous.
32:15On est plus un média vidéo,
32:16beaucoup plus un média vidéo
32:17qu'un média écrit.
32:18Donc nous,
32:19vraiment,
32:19on part tout de suite
32:19du postulat de la vidéo
32:20et donc quand on a des enquêtes
32:22et des choses comme ça,
32:22on se dit
32:23comment on va le retranscrire
32:24en vidéo ?
32:24Alors il y a deux formats.
32:26C'est soit le reportage,
32:27soit le reportage d'investigation
32:29que moi,
32:29j'ai appris à faire
32:31quand j'étais notamment
32:32à première ligne,
32:34etc.,
32:34dans les boîtes
32:35dans lesquelles je suis passé.
32:36Ou sinon,
32:36il y a cette fameuse incarnation
32:37face caméra
32:38où le journaliste,
32:39tel un narrateur,
32:40raconte un peu
32:40l'information qu'il a.
32:42En fait,
32:43c'est comme s'il lisait
32:44un peu son papier.
32:45Et ça,
32:46ça nous permet
32:48de retranscrire
32:49ces enquêtes-là
32:50et de les rendre
32:51beaucoup plus digestes
32:52et les gens regardent
32:53beaucoup plus
32:54que si,
32:55je pense,
32:55on faisait des papiers
32:57où ça ne passe pas trop.
32:58Parce qu'en plus,
32:59souvent,
33:00sur les papiers,
33:01il faudrait regarder
33:02les chiffres,
33:03mais je ne sais plus,
33:03mais il y avait ce chiffre
33:04qui sortait
33:04qui montrait que les gens
33:05s'arrêtaient beaucoup
33:05sur le titre.
33:06Un titre,
33:07un chapeau,
33:08et hop,
33:08c'est fini.
33:08Surtout sur les réseaux sociaux.
33:10Or,
33:10la vidéo,
33:11si vous ne cliquez pas,
33:11vous ne savez pas
33:12vraiment ce qui est dit dedans.
33:13Le titre,
33:14souvent,
33:14c'est un titre,
33:14comme on dit,
33:15un petit putaclic
33:16qui va vous donner
33:16envie de cliquer.
33:18Donc nous,
33:18non,
33:18c'est tout ce travail-là
33:19qu'on fait à Blast.
33:20Et voilà.
33:22Et après,
33:23c'est quelque chose
33:23qu'on essaie tous les jours
33:24d'améliorer,
33:25qu'on essaie toujours
33:26de mieux faire,
33:27tout simplement.
33:29aussi une autre problématique
33:30qui peut apparaître
33:31avec ce type de journalisme
33:33et qu'on a peut-être vu
33:34apparaître.
33:34Vous ne serez peut-être
33:35pas d'accord
33:36avec peut-être
33:38l'image,
33:39enfin,
33:39le principe de ma question.
33:40Mais on peut aussi
33:42avoir une critique
33:43qui est que le journalisme
33:45d'investigation
33:45a aussi produit
33:46des journalistes
33:47d'investigation.
33:48donc une sorte
33:49de starification,
33:50de personnification
33:51du journalisme
33:52d'investigation
33:52qui est,
33:54tel journaliste
33:54a sorti tel dossier,
33:55tel dossier,
33:56tel dossier,
33:56tel dossier,
33:57donc c'est forcément
33:58le meilleur journaliste
33:58du monde,
33:59etc.
33:59Est-ce que ça,
34:00c'est des questions
34:01aussi qui peuvent apparaître
34:03à l'humanité
34:05et à Blast,
34:05à savoir,
34:07tomber dans des travers
34:08qu'on pouvait reprocher
34:09à une autre forme
34:10de journalisme.
34:11Je ne sais pas,
34:11par exemple,
34:11un journalisme télévisuel
34:13avec des présentateurs,
34:15des journalistes
34:16qui vont être starifiés
34:18et qui t'a dévoyé
34:19un peu le...
34:20Blast est totalement incarné,
34:22donc j'ai envie de te dire...
34:23Oui, mais voilà,
34:24c'est...
34:24Là, on est sur une estrade
34:25pour en parler.
34:26Voilà,
34:26mais Blast,
34:28avant d'être un média,
34:30de se lancer dans les enquêtes,
34:31c'était surtout
34:32un média de nouveau,
34:34un média de gauche,
34:35très incarné,
34:36que ça soit Salomé,
34:37que ça soit Paloma,
34:38que ça soit moi,
34:39donc c'est très difficile.
34:40Après,
34:44je ne vois pas trop...
34:45La starification
34:46des journalistes
34:47d'investigation,
34:47ça dépend.
34:48Si le journaliste...
34:49Moi, je suis désolé,
34:50franchement,
34:50Fabrice Harfi,
34:51quand on le voit
34:52aller sur C'est ce soir
34:52et qu'il parle du complotisme
34:54des gens d'en haut,
34:55qu'il soit starifié
34:56et qu'il ait le temps
34:57de dire ça,
34:57je trouve ça très bien.
34:59Voilà.
34:59Après,
34:59il y a une starification
35:00qui a été faite
35:01sur d'autres journalistes
35:01d'investigation
35:02qui n'est pas très utile en soi,
35:04mais oui,
35:04non,
35:05je ne sais pas,
35:05je ne me suis jamais posé
35:06la question,
35:07en fait,
35:07j'avoue,
35:08là-dessus,
35:08sur cette question
35:09de la starification.
35:10Mais ce qui est sûr,
35:11c'est qu'une incarnation
35:12d'un journaliste,
35:12ça peut aider.
35:13Après,
35:13il ne faut pas que ça soit
35:14trop non plus
35:14le truc du chevalier blanc
35:16qui va sauver notre société.
35:18Mais bien sûr que oui,
35:19ça aide,
35:20parce que de toute façon,
35:22un journaliste qui enquête,
35:23qui fait de l'investigation,
35:25il y laisse de sa personne aussi.
35:26Et puis le sujet,
35:27il vous obsède,
35:28quoi.
35:28Vous êtes tourmenté par ça,
35:31ça devient presque...
35:32Voilà,
35:32c'est quelque chose
35:33qui vous bouffe
35:34et vous voulez absolument
35:35que les gens se rendent compte
35:36du scandale,
35:37comme toi,
35:38tu l'as dit,
35:38c'est-à-dire que tu penses
35:39avoir le Watergate
35:39et toi,
35:40t'as envie que les gens
35:40s'en rendent compte,
35:41t'as envie qu'ils se disent
35:42mais c'est quoi ce truc ?
35:43Parce que nous,
35:43on a le né dedans.
35:45Et il n'y a pas
35:46de meilleure personne
35:46pour le porter
35:47que le journaliste lui-même.
35:48Et après,
35:49de toute façon,
35:49ça sert aussi le média.
35:50Regardez Mediapart.
35:51Aujourd'hui,
35:52ils ont 220 000 abonnés
35:53et je pense que,
35:54comme tu l'as dit,
35:54à Luma,
35:55il y avait un besoin,
35:55les gens,
35:55ils ont ce besoin de révélation.
35:57Et après,
35:58l'incarnation,
35:58ça dépend comment elle est faite,
36:00mais si c'est une incarnation
36:00qui sert comme toujours
36:02l'intérêt public
36:02et qui sert l'information,
36:03moi,
36:04je ne suis pas opposé.
36:05Après,
36:05si c'est l'incarnation,
36:06je ne sais pas,
36:06j'essaie de réfléchir
36:07à un journaliste
36:08qu'on nous vend
36:08comme un journaliste
36:08d'investigation
36:10et qui a beaucoup de travers,
36:11mais je ne vois pas là
36:13en réfléchissant.
36:14Non,
36:14ce n'était pas forcément
36:15pour avoir un exemple précis,
36:16mais c'était justement
36:17parler de cette problématique
36:22qui a pu avoir des torts
36:23à travers
36:24dans d'autres formes
36:24de journalisme.
36:25Mais c'est vrai que,
36:25par exemple,
36:25Blast,
36:26Blast,
36:27c'est ça.
36:28Nous, c'est incarné,
36:29il y a une incarnation qui est née.
36:30Le canard enchaîné,
36:31il ne s'est pas incarné.
36:32Alors après,
36:32quel est le meilleur modèle ?
36:33Je ne sais pas.
36:34Franchement,
36:35je pense que les deux se valent,
36:36mais j'ai l'impression,
36:37le canard,
36:38ça a de l'impact
36:38quand il sort quand même
36:39quelques informations et tout,
36:40mais c'est vrai qu'ils n'ont personne
36:41sur les plateaux
36:41pour aller les défendre derrière.
36:43Vous voyez ?
36:43Alors que Fabrice Arfi,
36:44quand Mediapart sort une info,
36:46il va sur...
36:46Enfin,
36:46les journalistes de Mediapart,
36:47même sur les VSS,
36:49etc.,
36:49dès qu'ils ont une information,
36:50ils ont quelqu'un de prêt
36:51à aller les défendre sur le plateau
36:52et ça rajoute de l'ampleur.
36:53Donc je dirais quand même
36:54que ce modèle d'incarnation,
36:56ce n'est pas une mauvaise chose en soi.
36:58Tu as un avis là-dessus,
36:59peut-être ?
36:59Tu es obligé.
37:01Moi, c'est marrant,
37:01il y a plusieurs fois,
37:02il y a des sources qui me disaient
37:03« Je n'ai jamais entendu parler de vous,
37:04j'ai lu les articles,
37:05ça a l'air bien,
37:05il faut que je m'abonne. »
37:06Et finalement,
37:07la confiance,
37:08elle est quand même là.
37:09Moi, ma tête,
37:10elle ne traîne pas partout,
37:11je ne vais pas sur les plateaux
37:13comme d'autres.
37:14Mais en attendant,
37:16c'est un travail...
37:18Enfin,
37:18c'est peut-être ça aussi
37:19dans le journalisme d'investigation
37:21qui fait un petit peu la différence,
37:22c'est qu'on passe
37:23beaucoup, beaucoup,
37:23beaucoup, beaucoup de temps
37:24avec nos sources.
37:25On doit les rassurer,
37:26on doit leur dire
37:27« Non, mais ne vous inquiétez pas,
37:29il y a des fois des gens
37:30avec qui je parle,
37:30ils sont terrorisés,
37:31ils font des cauchemars la nuit,
37:32ils ont peur de perdre leur taf
37:33et ils m'appellent à 6h du mat'
37:34en mode « J'ai mal dormi,
37:35je suis en mode « Oui, madame,
37:36moi aussi ! »
37:38Mais ça crée du lien,
37:40ça crée des choses
37:43humainement très, très fortes aussi.
37:45Après,
37:47vivons heureux,
37:48vivons cachés,
37:48d'une certaine manière,
37:50c'est un peu la différence.
37:51Je pense,
37:51nous, on a moins cette incarnation
37:53que Blast avec des figures et tout.
37:55On a aussi l'histoire du titre
37:57qui est un super paravent.
38:00Les gens, quand ils vont voir l'humain,
38:01ils savent globalement
38:02ce qu'il y a dans le bousin.
38:04Donc,
38:05c'est un peu entre les deux.
38:07Moi, je pense que surtout,
38:09ce qu'il faut,
38:10c'est bien travailler ses sources.
38:12et Fabrice Harfi,
38:12avant d'être excellent à ses ce soir,
38:14il est réputé pour être
38:15excellent avec ses sources.
38:16C'est quelqu'un qui arrive
38:17à en tirer le mieux.
38:19Donc,
38:20moi, je pense que
38:20tout ce qui arrive
38:23derrière sur l'incarnation,
38:24le retour sur les plateaux,
38:26comment on vend son truc,
38:27ça commence par être
38:28le plus honnête possible
38:29avec ses sources aussi,
38:30être le plus professionnel
38:32et en même temps,
38:33pas compter ses heures
38:34d'une certaine manière.
38:36Et est-ce qu'à Blast
38:37et l'humanité,
38:38en parlant de cette relation
38:40de confiance avec les sources,
38:41avec le moyen de rassurer les sources,
38:43parce que c'est aussi
38:43des personnes
38:44qui peuvent mettre leur carrière,
38:46leur vie,
38:47leur santé en danger
38:49pour une cause
38:50qu'ils estiment urgente
38:51ou plus grande qu'elle.
38:55Vous,
38:55à l'humanité,
38:57à Blast,
38:59quelle est la politique,
39:00justement ?
39:00Est-ce que c'est au cas par cas ?
39:02Quelles sont les discussions
39:03sur...
39:04ou même juste vos rapports personnels
39:06en tant que journaliste
39:07d'investigation ou reporter
39:08avec ces sources
39:10sur la manière
39:11de les mettre en scène,
39:12sur ce qu'on va révéler d'elles,
39:14même si la source
39:15veut tout révéler,
39:17veut donner le plus
39:17de détails possible
39:18le rôle du journaliste,
39:19mais aussi de dire
39:20là, ça,
39:20je ne vais pas le mettre
39:21pour la mise en sécurité
39:23du lanceur d'alerte,
39:25de la lanceuse d'alerte.
39:26Vous,
39:26comment est-ce que vous conjuguez
39:27avec cela ?
39:27Est-ce que vous continuez
39:28à rester en contact
39:29avec le plus possible
39:31avec des sources,
39:32avec des lanceurs,
39:33des lanceuses d'alerte
39:34après la publication
39:35d'un article,
39:36même sans réfléchir
39:38à un second article,
39:39un troisième article,
39:39etc.
39:40Quel est votre fonctionnement
39:42en termes de relation
39:43avec vos sources ?
39:45Tu es obligé
39:46de prendre des nouvelles.
39:47C'est des gens
39:47avec qui tu as passé
39:48un très long moment.
39:49Donc, il faut dire
39:51salut, ça va.
39:52Et puis, des fois,
39:52ils ont dit
39:53tiens, j'ai entendu parler de ça
39:54et ça amène à d'autres choses.
39:55Des fois, ça n'amène rien.
39:57Moi, je ne sais pas.
39:57sur l'idée,
39:59c'est plus effectivement
39:59de les protéger
40:00parce que moi,
40:02de plus en plus,
40:02ce que je vois,
40:03c'est des gens
40:03qui en ont gros sur la patate
40:05et qui veulent tout balancer
40:07alors qu'en fait,
40:08leur histoire,
40:09l'histoire qu'ils portent,
40:10les informations qu'ils ont,
40:11elles sont super bien.
40:12Mais s'ils y vont,
40:13eux, ils vont se cramer.
40:14Ils vont être condamnés.
40:17Ils ne vont pas atteindre
40:18leur objectif.
40:19Enfin, ça, du coup,
40:21on est quand même,
40:22moi, quand je travaille
40:23avec ce type de source-là,
40:25j'ai tendance à remettre
40:27un peu des pièces dans la machine,
40:28recontextualiser,
40:28remontrer, voilà,
40:29il y a un droit de la presse,
40:30on ne peut pas tout dire.
40:31Vous avez ça, c'est super,
40:32mais si on sort la photo
40:33que vous avez là,
40:34moi, je suis dans la merde,
40:34vous êtes dans la merde,
40:36on ne va pas y aller comme ça.
40:38Je ne sais pas
40:38sur les sources
40:39que tu as pu avoir, Yanis,
40:41si c'est le même cas,
40:42mais souvent, en fait,
40:43on est plus en train de dire
40:44attendez,
40:45vous, ça fait peut-être
40:46six mois
40:47que vous avez ces infos-là,
40:47vous bouillonnez intérieurement,
40:49mais on va peut-être
40:50reprendre trois mois encore
40:51pour tout vérifier,
40:52tout reprendre.
40:53C'est un travail très psychologique
40:55d'une certaine manière.
40:57Psychologue,
40:58la vérité,
40:58c'est que tu es un peu
40:58le psy de la personne.
40:59Il y a aussi
41:01l'importance
41:02que tu donnes aux informations.
41:03Bien évidemment,
41:03la personne qui vient te voir
41:04avec des informations capitales,
41:06elle a l'impression
41:06que c'est la chose
41:07la plus importante.
41:09En tout cas,
41:09ça l'est pour elle
41:10et donc, toi,
41:11tu dois lui faire comprendre
41:12malheureusement que,
41:14comme tu l'as dit,
41:15ça va prendre du temps
41:15de tout traiter,
41:16de vérifier
41:17et puis qu'il ne faut pas
41:18non plus attendre forcément.
41:20Moi, le plus dur,
41:20c'est de faire comprendre
41:21aux gens que,
41:22oui, on va le sortir,
41:23mais potentiellement,
41:24il ne va rien se passer.
41:25Voilà.
41:26Et c'est toute la question.
41:27Moi, sur la relation
41:28avec les sources,
41:30moi, ça dépend.
41:31Franchement,
41:31ça dépend honnêtement
41:32quelles sources je vais voir.
41:34Mais par exemple,
41:34je ne sais plus,
41:34je me souviens,
41:35il y a deux ans,
41:36j'avais fait une enquête
41:37sur le docteur Graal
41:40et j'avais rencontré
41:40les sources
41:41parce qu'il y avait
41:42beaucoup de souffrance
41:42de sa part.
41:43Il y avait aussi
41:43toute une arnaque financière
41:45à la carte vitale
41:46et j'avais rencontré
41:47les gens qui avaient souffert
41:48de ça et forcément
41:49que je me suis attaché
41:50à eux.
41:50Moi, je n'ai pas de problème
41:52à dire qu'il y a
41:52certaines sources.
41:53Bien évidemment,
41:54je m'attache à eux.
41:55La question,
41:55c'était ta question
41:56de l'engagement.
41:56Moi, je vois une injustice
41:57devant moi,
41:58je vois quelque chose
41:58qui n'est pas bien.
42:00La personne avec qui,
42:01moi, j'ai même noué
42:01des liens d'amitié
42:02avec des gens
42:04avec qui, au début,
42:05on a commencé
42:06par travailler ensemble
42:07et puis après,
42:07c'est devenu forcément
42:08aussi des amis.
42:10Il y a ce rôle,
42:11comme tu l'as dit,
42:11de psychologue
42:12qu'on a avec eux.
42:13On les écoute,
42:14on les écoute parler,
42:15ils ont besoin de parler.
42:16Il faut leur faire comprendre
42:16aussi qu'il y a plein
42:17de choses qu'ils nous disent
42:18qui ne sont pas forcément
42:19importantes pour nous
42:20en tant que journalistes
42:21pour traiter l'information.
42:22Ça, c'est pour moi
42:23le plus dur à chaque fois
42:24à faire comprendre aux gens.
42:25Et puis après,
42:26le truc qui est plutôt cool,
42:27moi, que je trouve,
42:28c'est que voilà,
42:29quand tu sors l'info
42:29et qu'il y a des choses
42:30qui se passent
42:30et que la source te remercie,
42:32tu te sens utile.
42:33Tu te dis,
42:33bon, je n'ai pas servi à rien.
42:35Vraiment, je suis là.
42:36Et puis, tu as les autres sources
42:37qui...
42:37Moi, je rencontre des gens,
42:38je n'ai rien à voir avec eux
42:40aussi bien politiquement
42:41mais même dans la classe sociale
42:43ou quoi que ce soit.
42:44Je fais semblant de les écouter.
42:45Je fais semblant d'être d'accord
42:46avec eux.
42:46Je fais semblant de...
42:47Des fois, je me tais
42:48pour les laisser parler,
42:49pour les amener
42:50là où j'ai besoin
42:51de les amener.
42:52Je joue...
42:52Je peux...
42:53Devant une source aussi,
42:54je peux jouer l'idiot.
42:55Je peux faire celui
42:55qui ne comprend rien
42:56pour la faire parler.
42:57Il y a plein de manières
42:58d'appréhender les choses.
42:59Ça dépend effectivement
43:00de la personne que tu as.
43:01Mais sur les scandales,
43:06ce qui est sûr,
43:06c'est que si j'ai en face de moi
43:07une personne
43:08qui est vraiment scandalisée,
43:09un lanceur d'alerte,
43:10moi, je vais...
43:11Franchement, honnêtement,
43:12un lanceur d'alerte,
43:12la majeure partie du temps,
43:14je vais être avec cette personne, quoi.
43:15Je vais me battre aussi pour elle
43:16et c'est tous les liens
43:18que tu peux créer.
43:18C'est comme nous, Denis,
43:19ce qu'il a fait avec l'Earstream
43:20et les liens qu'il a créés
43:21avec les gens
43:23qui lui ont permis
43:23de révéler tout ça.
43:24Il y a une espèce
43:25de proximité qui est forte
43:27et puis les gens
43:29sont quand même très contents
43:30de vous trouver
43:31et de leur permettre
43:32de raconter cette histoire-là.
43:34Je crois qu'on a une question.
43:36Il va nous rester
43:36une quinzaine de minutes
43:37avant la fin de cette discussion.
43:39Donc, si jamais il y a des remarques,
43:40des questions,
43:40vous les posez à Simon
43:41ou à Yanis
43:42avant qu'on les laisse
43:44repartir tranquillement.
43:46Voilà, je crois
43:46qu'il y a une question.
43:47C'est bien ça ?
43:48Oui, bonsoir.
43:50Merci pour cet échange.
43:52C'est très instructif.
43:53Moi, j'ai une question
43:54puisque vous parlez
43:55des sources
43:57et du fait de travailler
43:58avec elles
43:59et de voir aussi
44:00comment vous pouvez parvenir
44:01à obtenir certaines informations.
44:03Et est-ce que...
44:04Donc, ça pose une question éthique aussi
44:06de ce qu'on dit,
44:07de ce qu'on nous a raconté,
44:09de ce qu'on nous a partagé.
44:10Est-ce que vous avez eu affaire aussi
44:12parfois, au contraire,
44:14non pas à des remerciements
44:15mais à des sources
44:15qui ont pu se sentir trahis
44:18ou même en colère
44:20par rapport à ce que
44:22vous avez peut-être dit ?
44:24Enfin, dans le travail journalistique aussi,
44:26il y a parfois...
44:28On met aussi de soi,
44:29donc des fois,
44:30le discours de la personne
44:32peut être modifié.
44:33Enfin voilà,
44:33est-ce que vous avez eu
44:35affaire à ça
44:35et comment vous le gérez
44:37sur la question de l'éthique
44:38de manière générale ?
44:40Ouais, moi,
44:40c'est déjà arrivé
44:41de me prendre la tête
44:42avec des sources
44:42après publication
44:43parce qu'en fait,
44:43c'était pas du tout
44:44ce à quoi ils s'attendaient.
44:46Eux, ils étaient partis
44:47avec un truc en mode
44:48on va faire l'ouverture du 20h,
44:50c'est bon,
44:51mon histoire,
44:51elle est partout
44:51et je vais pouvoir le faire.
44:55En fait, non.
44:56Et du coup,
44:57t'es obligé de réexpliquer,
45:01de revoir le truc.
45:01Moi, c'est pas forcément
45:02directement sur les sources.
45:03J'ai eu une histoire
45:04un peu compliquée
45:05mais c'est surtout en fait
45:07avec les experts
45:08que tu fais intervenir
45:10une fois que t'as tes infos
45:11pour donner du contexte,
45:12pour élargir
45:14et aller solliciter
45:15une expertise un peu extérieure
45:17où pour le coup,
45:18les gens font quand même
45:19très attention à ce qu'ils disent.
45:20Sur les relectures,
45:21ils peuvent être assez chiants.
45:23Moi, j'avais bossé sur un truc
45:25sur le GIEC et tout
45:26avec une climatologue.
45:27J'avais trois phrases
45:29pour la faire rentrer
45:30dans l'article
45:31et en fait,
45:32elle avait ce qu'elle voulait,
45:33c'était un paragraphe entier
45:34où elle parlait
45:34et c'était juste pas possible
45:36et c'est même pas moi
45:37qui ai choisi.
45:38C'est quand on a coupé,
45:39on a décidé de couper là
45:40et du coup,
45:41il faut aller réexpliquer,
45:42il faut aller le redonner.
45:43Les gens,
45:43ils ont l'impression quand même
45:44d'avoir fourni
45:45et ils fournissent une expertise,
45:46ils donnent un peu d'eux
45:46donc c'est logique.
45:47Il y a aussi beaucoup de...
45:49On est à fleur de peau là-dessus.
45:52Nous, notre rôle là-dessus,
45:54il est de toujours calmer le jeu
45:55et aussi bien
45:56quand ça se passe bien
45:57que quand ça se passe mal
45:58vu qu'il y a cette énergie,
46:00cette tension.
46:01Nous, notre but,
46:02c'est de dire attendez...
46:04C'est marrant,
46:06je parlais avec une source comme ça
46:07qui me disait
46:07c'est la première fois de ma vie
46:08que je fais ça
46:09et j'étais en mode
46:09oui, mais moi c'est mon boulot.
46:10Faites-moi confiance,
46:11ça va marcher.
46:13Et là-dessus,
46:14c'est encore une fois du dialogue
46:15et les gens,
46:16oui,
46:16ils ont une idée
46:18souvent extrêmement précise
46:20de ce à quoi ça doit ressembler
46:21parce que c'est leur idée,
46:22c'est leur info,
46:22c'est leur truc.
46:24Mais malheureusement,
46:25c'est un échange
46:26et on ne peut pas toujours
46:27satisfaire ces besoins-là.
46:29Je ne sais pas si toi,
46:29tu as eu...
46:30Oui, toi Yanis.
46:30Non, moi c'est plus
46:31sur la question éthique.
46:34Moi, non,
46:35j'ai toujours fait très attention
46:36à ça,
46:36c'est-à-dire que moi,
46:38je pense que c'est très important
46:39de ne jamais trahir
46:39les personnes
46:40qui sont en face de vous
46:41mais aussi bien les gens
46:42que vous ne considérez pas
46:44comme de votre camp,
46:46on va dire ça comme ça
46:47parce que de toute façon,
46:48si vous les trahissez,
46:49peut-être que vous allez les trahir
46:50sur une information
46:51qu'ils vous donnent
46:52mais après derrière,
46:53vous n'en aurez plus du tout.
46:54Donc non,
46:55ce côté...
46:55Et puis après,
46:56tu as les gens,
46:57les lanceurs d'alerte
46:58où là,
46:58bien évidemment,
46:59c'est un point d'orgue
47:00à ne jamais...
47:01Moi, je mets un point d'orgue
47:02à ne jamais les trahir,
47:03à ne jamais dévoiler
47:05ce qu'ils ne veulent pas dévoiler
47:06parce que je sais que ça touche...
47:08Parce qu'en fait,
47:09les lanceurs d'alerte,
47:09souvent,
47:10ça touche leur intime.
47:11C'est des gens
47:11qui ont énormément souffert,
47:12etc.
47:13Donc non,
47:13je n'ai pas eu de problème là-dessus.
47:15Une fois,
47:16j'avais sorti
47:19la contre-autopsie
47:20sur Ziné Bredouane
47:21il y a très longtemps.
47:22Je ne sais pas si vous vous souvenez
47:23Ziné Bredouane,
47:24à Marseille,
47:24qui a été tué par des CRS
47:25pendant la manifestation
47:27de gilets jaunes.
47:28Et donc,
47:30les autorités françaises
47:31disaient qu'elle est morte
47:32d'un arrêt cardiaque
47:33alors que la contre-autopsie algérienne
47:35disait que non.
47:36En fait,
47:36elle était morte
47:37des suites des tirs
47:37du lance-grenade
47:38du CRS.
47:40Et en fait,
47:40j'avais eu ce document
47:41par le frère,
47:44par l'un des fils
47:45et il y avait une brouille
47:47entre la famille
47:48et donc,
47:49je me suis retrouvé
47:49avec l'autre pendant
47:50de la famille
47:51qui m'a un peu dit
47:51pourquoi tu l'as sorti ?
47:53On n'avait pas donné
47:53notre autorisation.
47:54Moi,
47:54j'avais l'autorisation du frère.
47:55C'est le seul truc
47:55où vraiment,
47:56je me suis retrouvé un peu
47:57mais sinon,
47:57c'est un point d'or
47:58que je mets.
47:59Et c'est pour ça aussi
48:00que je suis à Blast
48:00et que moi,
48:02j'ai travaillé
48:02dans les grands médias
48:03où trahir les gens,
48:06les utiliser,
48:07voilà,
48:08presque même des fois
48:08déformer leur propos
48:09c'est monnaie courante
48:11et Blast,
48:12c'est pour ça que j'y suis
48:13et que je suis très content
48:13d'y être
48:14et que je n'ai pas
48:15à faire ça,
48:16vous voyez ?
48:17Je crois qu'il y a
48:19une autre question.
48:20Il y en a un,
48:21d'autres.
48:21Oui,
48:22bonsoir.
48:24Deux éléments,
48:25peut-être en un.
48:27Est-ce que c'est dur
48:28de recruter des sources
48:29parce qu'on dirait
48:30beaucoup de gens disent
48:31qu'il y a cette espèce
48:34de ça ne me concerne pas,
48:36je préfère m'en détacher
48:37pour continuer ma vie ?
48:39Moi,
48:40quand je partage justement
48:40comme vous disiez
48:41des infos
48:42sur un groupe
48:42pour ça,
48:43pourquoi ?
48:43Ils me disent
48:43« Ah,
48:43mais pourquoi tu me l'as dit ?
48:44Je ne voulais pas le savoir »
48:45ou des trucs comme ça.
48:47Et d'un autre côté,
48:51est-ce que vous aussi,
48:53comme vous disiez,
48:54mentalement,
48:54ce n'est pas un peu dur
48:55d'être confronté aussi
48:57à des choses
48:57qui dysfonctionnent tout le temps ?
48:58Voilà,
48:59donc deux questions.
49:01Ouais,
49:02alors sur le...
49:03Comment on les...
49:04En fait,
49:04on ne les recrute pas.
49:05Soit elles viennent à nous,
49:06soit on les contacte
49:08sur des sources
49:09parce qu'en fait,
49:10tu cherches un truc
49:10très précis
49:11et au début,
49:12tu vas voir un prof d'université
49:13qui va te dire
49:13« Attends,
49:14mais moi,
49:14j'ai un élève,
49:15il y a quelques temps,
49:15il a fait ça,
49:16clac,
49:16il te file le nume.
49:17Lui, il te dit
49:17« Non, mais je connais. »
49:18Et tu arrives.
49:18Et en fait,
49:19tu arrives à un point
49:20où tu n'as pas forcément
49:21de lien là-dessus.
49:23Après,
49:23sur la fatigue informationnelle,
49:25entre guillemets,
49:27j'ai envie de dire
49:28que c'est notre boulot.
49:29Enfin,
49:30les citoyens,
49:31ils peuvent subir
49:31de la fatigue informationnelle.
49:32Si les journalistes,
49:33ils ont la fatigue informationnelle,
49:35il faut peut-être voir...
49:36Je pense qu'ils parlaient plus
49:37du côté psychologique
49:38que ça peut avoir...
49:38Ah, sur le côté psychologique,
49:39oui.
49:40Ben oui,
49:40tu sais que...
49:41Mais tu sais pourquoi
49:42tu le fais aussi
49:42d'une certaine manière.
49:44Tu sais que
49:46les personnes avec qui tu parles,
49:47elles ont ce besoin-là
49:49et du coup,
49:50tu dois remplir ce besoin
49:52d'une certaine manière.
49:52Oui,
49:53mais je pense qu'ils parlaient plus
49:53des dommages sur toi.
49:54Je pense sur les journalistes,
49:56c'est-à-dire le fait de...
49:57Les travails,
49:58je pense,
49:58vous me dites si je me trompe,
49:59mais je veux dire
50:00les sujets qui sont pas faciles
50:01qu'on traite,
50:02est-ce que ça a un impact sur nous ?
50:03C'est ça la question ou pas ?
50:08Juste pour prévenir,
50:09il va rester 5 minutes,
50:10donc si on peut essayer
50:11de passer pour avoir
50:12au moins une ou deux questions,
50:13une ou deux questions en plus
50:15ou deux questions en plus,
50:16rapidement.
50:16C'était juste sur le rapport
50:18entre qu'il y a des gens
50:18qui se sentent pas du tout concernés
50:20et qui veuillent absolument
50:21se détacher des infos
50:22et il y a des gens
50:24qui se sentent tellement concernés
50:25qui vous envoient des infos.
50:26C'était peut-être sur le paradoxe
50:29entre ces deux choses.
50:30C'est s'adapter dans ces cas-là,
50:32vraiment.
50:34Peut-être deux dernières questions ?
50:37On va essayer.
50:40Je pourrais être assez bref.
50:42Bonjour, je vais faire vite.
50:44Tout à l'heure,
50:45vous aviez parlé
50:46d'un de vos collègues
50:47pour l'affaire Fillon,
50:49d'avoir vraiment une information
50:51très importante
50:52où là, même vous,
50:53en tant que journaliste,
50:54vous pouvez savoir
50:55que ça va avoir un impact
50:57sur un lanceur d'Alect
50:58ou quoi que ce soit.
50:59Comment est-ce que
51:00dans un média indépendant
51:01où, j'imagine que pour Blast
51:03et l'humanité,
51:04c'est différent
51:04parce que, comme on a dit,
51:06il y a quand même
51:06plus d'ancienneté
51:07et peut-être une formation différente,
51:09mais comment est-ce que
51:10vous gérez
51:13la modération,
51:14on va dire,
51:14d'avoir une décision importante
51:16dans un média de gauche
51:17qui se veut
51:19peut-être moins
51:21pyramidale
51:21en termes de décision
51:22avec moins de veto,
51:23d'un patron,
51:24quelque part,
51:24qui va dire non,
51:25ça non,
51:25parce qu'il y a moins
51:26de prise d'intérêt,
51:27mais il y a quand même
51:27des questions qui se posent
51:28qui peuvent être cruciales
51:29à des moments,
51:30peut-être dangereuses aussi,
51:31et voilà,
51:32c'est ça que je voulais savoir,
51:33comment est-ce que
51:34vous discutez de ça
51:34en interne
51:35dans vos journaux ?
51:38Je pense qu'on se pose
51:39juste la question
51:40de l'intérêt public
51:41et après,
51:43vraiment la question,
51:43nous, en tout cas,
51:44à Blast,
51:45quand on se pose la question
51:45de ce qu'on sort l'info,
51:46c'est vraiment
51:47sur l'impact politique,
51:48c'est-à-dire,
51:49aujourd'hui,
51:49on arrive à un moment crucial
51:51où l'extrême droite
51:52est aux portes du pouvoir,
51:54donc bien évidemment
51:56l'impact politique
51:56qu'on va se poser la question,
51:58mais pour le reste,
51:59on est totalement libre
52:01de faire ce qu'on a envie.
52:04Peut-être une autre question ?
52:06Moi, je voudrais poser
52:08une question très anecdotique
52:10qui s'adresse à Yanis.
52:13Vous avez dit tout à l'heure
52:14que vous aviez l'occasion
52:16d'échanger avec les journalistes
52:18de France Télévisions
52:19et que, donc,
52:21pour Darmanin,
52:22il vous disait non,
52:23c'est pas possible,
52:24pour Deranck,
52:26pareil.
52:28Est-ce qu'ils vous ont parlé
52:29des consignes sur Gaza ?
52:33Oui, oui, Gaza,
52:34on en a aussi beaucoup parlé.
52:36Après, je vais pas descendre
52:38mes collègues là,
52:39mais non,
52:39mais de toute façon,
52:40la question palestinienne,
52:41c'était un vrai,
52:41vrai souci
52:42au sein de France Télévisions,
52:44mais on va pas parler de ça.
52:45Je vous donne juste un exemple.
52:46Je sais pas si vous vous souvenez,
52:48sur France Info,
52:50quand Donald Trump
52:51avait commencé à parler
52:52de Costa Gaza,
52:53tout ça et tout,
52:55le rédacteur en chef
52:56de l'émission,
52:57je sais plus comment
52:58elle s'appelait sur France Info,
52:58mais avait complètement disjonté
53:00et il avait invité
53:00un promoteur immobilier,
53:02vous vous souvenez ?
53:04Et donc,
53:05il y a une grosse partie
53:06de la rédaction de France Info
53:07qui était montée au créneau
53:08pour dénoncer tout ça
53:12et pour que le rédacteur en chef
53:13puisse être sanctionné
53:15et France Télé,
53:16à ce moment-là,
53:17allait le virer,
53:17sauf qu'il y a eu
53:18une opposition
53:19de la direction
53:19de France Télévisions
53:21qui a fait en sorte
53:22qu'il ne soit pas viré,
53:23on l'a juste déplacé
53:24d'un autre endroit.
53:25Voilà,
53:25donc il y a une grosse lutte,
53:26je sais que c'est quelque chose.
53:27Nous, on a sorti
53:28une enquête là-dessus,
53:28je vous invite
53:29à aller sur le site de Blas,
53:30moi j'avais sorti
53:30une enquête là-dessus.
53:33face à la direction
53:34sur cette question-là.
53:35Il va nous rester une minute,
53:37alors si vraiment
53:38ça peut être très court
53:39et comme ça,
53:39après on rend le plateau.
53:41C'était juste,
53:42est-ce qu'on entend
53:43de plus en plus parler
53:44de journalistes malmenés ?
53:47Est-ce que vous
53:48qui êtes des journalistes
53:50dans l'investigation,
53:52vous vous sentez en danger
53:53et est-ce qu'on vous met
53:54beaucoup de bâtons
53:55dans les roues
53:56plus maintenant qu'avant ?
53:57Moi, j'ai un procès
53:58sur le dos là.
54:00Du coup,
54:00ça fait partie du jeu,
54:02c'est logique.
54:03Peut-être que c'est un truc
54:04qui est différent
54:06peut-être de nos autres confrères,
54:08c'est que ce risque-là,
54:09il est intégré.
54:10Ça fait partie du jeu.
54:11En fait,
54:12quand on va révéler
54:12ce type d'informations-là,
54:13on sait que derrière,
54:14ça peut contre-attaquer.
54:15On sait que si on expose
54:17des faits qui ne plaisent pas,
54:18il y a aussi des moyens légaux.
54:19Et puis en attendant...
54:21C'est du rebaillon,
54:21surtout qu'on a été mis en place
54:22par Emmanuel Macron
54:23qui permettent à une entreprise
54:24d'attaquer...
54:24Mais en même temps,
54:25c'est aussi sain démocratiquement
54:26d'avoir la possibilité
54:27de se défendre
54:27par rapport aux droits
54:28de la presse.
54:29Après, c'est instrumentalisé,
54:30ça peut être détourné.
54:31C'est vraiment, vraiment...
54:32Elle peut attaquer.
54:32En fait, même si vous êtes attaqué
54:34et que vous gagnez
54:35le procès en diffamation,
54:36ça peut vous empêcher
54:36de sortir des informations.
54:38Et moi, je vous dirais
54:38que c'est très dangereux
54:39aujourd'hui d'être journaliste,
54:40notamment avec toute la concentration
54:42des médias qu'on a.
54:43Je reprends un exemple.
54:44Moi, j'ai plein d'exemples
54:44de collègues.
54:45On me parle beaucoup.
54:46Mais moi, je connais un journaliste.
54:47Enfin, vous le connaissez tous,
54:48Tristan Oalex,
54:48quand il avait fait son enquête
54:49sur Vincent Bolloré,
54:50Bolloré, un ami qui vous veut du bien.
54:53Bolloré, il a quand même envoyé
54:54chez lui deux personnes
54:55pendant qu'il dormait.
54:56Ils sont allés,
54:56ils ont vidé son ordinateur,
54:57ils ont changé la serrure
54:58de chez lui
54:59pour qu'il puisse plus sortir.
55:00On en est là aujourd'hui.
55:01Et depuis, il ne s'est rien passé.
55:03Et il avait fait ça
55:03parce que ce jour-là,
55:04il y avait un des témoins
55:05de son reportage
55:06qui devait venir au tribunal
55:08témoigner
55:08pour que Tristan
55:09n'allait pas le chercher
55:10à l'aéroport.
55:12Donc, ça devient
55:13de plus en plus compliqué.
55:15Oui, bien sûr.
55:15Et nous, on a une journaliste
55:16à Blast aussi
55:17qui a enquêté,
55:18je termine là-dessus,
55:19qui a enquêté
55:19sur la vente d'armes
55:20de la France à Israël
55:21et qui a fini,
55:23qui a passé plus de 24 heures
55:24en garde à vue
55:25sans aucun motif.
55:26On lui a demandé son téléphone,
55:28on a essayé de trouver
55:28ses contacts, ses sources,
55:30comment elle avait eu
55:30les informations, etc.
55:31Donc, c'est très dur aujourd'hui.
55:34Il n'y a pas de soutien aussi
55:35du pouvoir politique
55:36en place
55:36vis-à-vis du journalisme,
55:38je trouve.
55:39En tout cas, ça se multiplie.
55:41Mais en même temps,
55:42les informations qui sortent
55:44sont à chaque fois toujours...
55:45Enfin, il y a des gros trucs
55:46qui sortent,
55:47donc c'est logique
55:48que ça réponde aussi.
55:49Mais comme tu l'as dit,
55:50la concentration des médias,
55:52c'est le plus gros problème
55:53et c'est pour ça d'ailleurs
55:54qu'on est tous ici aujourd'hui.
55:55C'est pour lutter contre.
55:57Et je veux juste dire
55:57ce dernier point.
55:58Sur les attaques en justice,
55:59ce qui est très important
56:00de comprendre,
56:01c'est que, par exemple,
56:03quand Bolloré,
56:03il attaque en justice,
56:05la plupart du temps,
56:05il sait qu'il va perdre d'avance.
56:07Vous voyez ?
56:07Mais ce n'est pas ça
56:08qui l'intéresse.
56:08Ce qui l'intéresse,
56:09c'est de devenir un coup
56:11pour le média,
56:12de devenir un coup
56:12pour le journaliste.
56:13Et pour comme ça,
56:14on se dit,
56:14même si je vais sortir
56:15une info qui est vraie sur lui,
56:16je sais que je vais me faire attaquer,
56:18je sais que je vais devoir dire
56:18à ma direction
56:19qu'il va devoir dépenser
56:20tant en frais d'avocat,
56:21tant sur les frais judiciaires,
56:23etc.
56:24Et c'est tout le procès.
56:26C'est pour ça que les procédures
56:27d'urbanion sont problématiques,
56:28c'est qu'elles permettent
56:28de faire ça
56:29et d'enchaîner,
56:30d'enchaîner.
56:30Et pour les médias,
56:31ça a un coût.
56:31Et nous, on blaste,
56:32on est un jeune média indépendant,
56:33c'est des coûts
56:33qui sont très durs,
56:35qui peuvent être très durs.
56:35Et les journalistes indépendants
56:36qui, eux,
56:37n'ont pas de rédaction,
56:38il y a beaucoup de journalistes,
56:39moi je connais,
56:39qui sont indépendants,
56:40qui ont des grosses informations,
56:41qui ne sortent pas
56:42parce qu'ils savent très bien
56:43qu'ils vont se faire attaquer derrière
56:44et que ça va représenter
56:46des sommes extrêmement importantes
56:47pour eux
56:47et qu'ils n'en ont pas les moyens.
56:48Ça aussi, c'est important.
56:49Merci beaucoup Yanis
56:51et merci beaucoup Simon
56:52pour ce temps de discussion
56:53et merci au public
56:54d'avoir répondu présent.