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  • il y a 9 heures
Alors que tous les yeux sont rivés sur le festival de Cannes, notamment suite aux propos de Maxime Saada, directeur général de Canal+, qui a annoncé que le groupe ne travaillerait plus avec les 600 signataires de la pétition "Zppons Bolloré", à Paris et en banlieue parisienne, le Decolonial Film Festival organise la riposte avec la programmation de films décoloniaux. Pour en parler, entretien avec deux de ses membres au micro de Flavie Alibert.

Plus d'infos sur le Decolonial Film Festival qui a lieu du 11 au 24 mai 2026 : https://www.decolonialfilmfest.com/

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00:01Alors que tous les yeux sont rêvés sur Cannes, notamment avec les derniers propos de Maxime Saada,
00:05directeur de Canal+, qui a annoncé que le groupe ne travaillerait plus avec les 600 signataires de
00:10la tribune Zappon-Bolloré. Pendant ce temps, à Paris et en banlieue parisienne, le décolonial
00:15film festival organise en parallèle la riposte avec une programmation de films d'archives et
00:19contemporains décoloniaux, un festival indépendant qui ose une programmation politiquement et
00:26cinématographiquement audacieuse. Aujourd'hui, nous recevons deux de ses membres, Sam et Maïa,
00:30venus nous parler de ce festival militant qui a débuté depuis une semaine et qui se poursuit
00:35encore toute cette semaine. Sam et Maïa, bonjour, comment vous allez ? Bonjour et merci beaucoup pour
00:40l'invitation et pour le coup, cette première semaine, ça se passe très très bien. On a des superbes séances
00:45remplies pratiquement tous les soirs avec des échanges passionnants et franchement, on est
00:50ravis, on est ravis par la sélection du comité de programmation du festival et tout roule pour le coup.
00:56Bonjour Flavie et merci beaucoup pour cette présentation très chic et effectivement, c'est
01:00ouf de voir comment le... Nous, c'est un travail qu'on mène depuis trois ans et c'est ouf
01:03de voir
01:04comment l'actualité nous rattrape. Honnêtement, on n'est pas surpris, c'était qu'une question de
01:07temps, les choses vont vite. Mais du coup, merci pour cette invitation, on est trop heureux de faire
01:11cette interview maintenant en particulier aussi. C'est vrai qu'on y reviendra, mais ça résonne bien en tout cas
01:19avec l'actualité, le contexte actuel. Mais pour commencer, c'est le qui serait passé à côté du
01:24décolonial film festival. Comment vous présenteriez du coup le décolonial film festival ?
01:29Bah écoute, le DFF, pour les intimes, c'est un festival qui questionne les notions de colonisation,
01:36de décolonisation, de pouvoir et de résistance. Ça prend la forme d'un festival en mai pendant deux
01:42semaines, en même temps que le festival de Cannes, où on a un comité de programmation, c'est-à-dire
01:46qu'on a
01:47construit un comité de différentes assos collectifs qui croisent ces questions artistiques
01:52et militantes. Et chaque personne, chaque collectif a carte blanche pour diffuser un film pendant
01:57ces deux semaines. Parallèlement à ça, on fait des événements toute l'année, des projections
02:02toute l'année, des cycles en fonction notamment de l'actualité politique internationale, autour
02:08de questions qui sont dans le champ, qui rentrent dans ce champ du décolonial. Et voilà.
02:13Et je dirais, pour résumer, en vrai, que le but du DFF, c'est à la fois de rendre
02:20accessibles ces questions militantes et aussi de poursuivre des questionnements aussi artistiques,
02:25esthétiques, parce que nous, on aimerait vraiment être au croisement des deux. Tu vois, on n'est
02:28pas juste un festival militant avec des films de trois heures durs à regarder, pas très
02:32intéressants. Et à la fois, on n'est pas non plus dans une extasie sur l'esthétique,
02:36la beauté des films, à côté de ce qui se passe dans le monde et des enjeux de pouvoir.
02:41Et je pense un dernier truc aussi à rajouter autour du DFF, c'est qu'on s'est constitué
02:47aussi face à cette manie qu'a l'industrie de répéter que le cinéma c'est apolitique,
02:52que les festivals c'est apolitique, alors que non seulement ça l'est pas, mais en fait,
02:56c'est plutôt l'inverse. C'est pas juste que c'est neutre, c'est que ça prend position
03:01voilà, en valeur de ça prend position pour des valeurs réactionnaires, des structures
03:06de pouvoir de financement sioniste, etc. Tu vois, ça rejoue des représentations qui
03:13font qu'on ne sort jamais des normes de pouvoir établis. Sam, tu as quelque chose à rajouter?
03:18Non, ça t'as parfaitement tout résumé. Et pour revenir un peu à la jeunesse du festival,
03:23pourquoi vous avez voulu créer ce festival et comment c'est arrivé dans la réflexion?
03:29Ouais, carrément, ça s'est créé un peu dans le contexte autour de en mai 2024. En fait,
03:34on a fait notre première édition. On avait constaté énormément de censures dans le milieu de la
03:38culture, notamment vis-à-vis de la Palestine. Donc, il y avait beaucoup d'événements dans
03:43des espaces culturels, notamment subventionnés par la ville de Paris ou par des structures de soutien de
03:52la région, par exemple, parce que beaucoup de la culture en France est quand même soutenue par des
03:55fonds publics qui, quand on parlait de la Palestine et quand on était critique du sionisme,
03:59retirait en fait leur leur subvention ou leur argent et que ça créait une forme de censure,
04:04en fait, d'autocensure aussi politique. Et du coup, on a voulu vraiment répondre à ça dans
04:10l'espace des festivals, sachant qu'aussi à Cannes, voilà, on disait de ne pas faire de politique sur
04:15le tapis rouge, d'être aussi un peu frustré par le milieu culturel et du cinéma
04:21en France de voir qu'à notre échelle, en fait, ça ne bougeait pas vraiment et qu'il fallait du
04:26coup
04:26proposer un autre type d'espace, d'essayer d'arrêter de forcément changer à l'intérieur des institutions
04:33et de ce qui existait déjà, mais de vraiment faire un peu à notre propre compte, en fait, du coup,
04:40et de réunir des gens ensemble. Ce qu'on a aussi constaté, c'est qu'il y avait déjà plein
04:43d'initiatives,
04:44en fait, qui existaient déjà, des ciné-clubs, des associations, des médias qui organisaient déjà des
04:48événements, qui étaient intéressés par beaucoup de questions politiques et culturelles
04:53qui, nous, nous parlaient. Sauf qu'en fait, chaque initiative faisait un peu des activités dans leur
04:58propre coin. Et donc là, l'idée, c'était un peu de rassembler aussi tout le monde dans ce comité
05:03de programmation, en sachant que, voilà, le fascisme, il est déjà là en France, qu'il fallait qu'on puisse
05:08s'armer collectivement et plus être dans des sortes d'espaces isolés. Donc il y avait vraiment aussi
05:15cet objectif-là de faire rencontrer plusieurs diasporas, différentes organisations et de commencer
05:21à réfléchir à comment on peut s'organiser collectivement ensemble.
05:25Oui, parce que justement, au niveau de votre programmation, donc, c'est composé de différents
05:28collectifs. Donc, par exemple, il y a le collectif Tonnerre, qui est un ciné-club féministe. Il y a le
05:34Ciné Wax, qui met à l'honneur des films africains et de diasporas africaines. Il y a Festival Cine
05:41et Palestine et bien d'autres. Je crois que vous êtes 17 là en tout cette année. C'est ça.
05:44Et d'où,
05:45qu'est-ce que ça vous permet, en fait, d'avoir cette pluralité de collectifs au sein de votre
05:50programmation ? Bah, je pense que déjà, voilà, le fait majeur, comme dit Sam, c'est de réunir tous
05:57ces gens qui galèrent chacun de leur côté parce que nous, on aimerait, si on devait garder un mot
06:00du DFF, ce serait l'espoir et la lutte, tu vois. Bon, ça fait deux mots, du coup. Mais c
06:04'est-à-dire que le but,
06:05c'est que tu ressortes de nos séances avec une idée concrète de comment agir, que ça se passe
06:10maintenant et pas de se sentir impuissant. Et le fait d'avoir des collectifs comme ça et plein de
06:15personnes qui agissent, en fait, t'es déjà dans la lutte. Et le deuxième aspect, je pense que c'est
06:21aussi la notion d'accessibilité qui est hyper importante pour nous. Genre, on cherche pas à
06:25s'adresser à la petite niche militante qui a pris M2, spécialité étude décoloniale, tu vois,
06:30et que ces personnes-là qui puissent suivre nos films et comprendre les enjeux. Il y a plein de
06:34manières d'entrer dans les questions décoloniales. Ça peut être par un biais féministe, ça peut être
06:39par le biais des violences policières, ça peut être par le biais de l'écologie, ça peut être par le
06:43biais de la lutte des classes. Et en fait, le décolonial, c'est vraiment un rapport à la vie,
06:49en fait, c'est un rapport à toutes les formes de pouvoir. Et ça, ça gangrène absolument toutes les
06:53dimensions de l'existence. C'est pour ça que, par exemple, on a un focus sur l'amour, tu vois.
06:57Tu pourrais dire quel rapport
06:58entre le décolonial et l'amour. Eh bien, au contraire, l'amour est au cœur d'enjeux comme ça, voilà,
07:04de pouvoir, de domination et toutes ces choses. Donc voilà, je pense que l'un des intérêts d'avoir
07:10des personnes qui travaillent dans plein de champs différents dans le comité, c'est de dire quel que
07:14soit votre port d'entrée dans le décolonial, vous êtes les bienvenus. Oui, c'est ça. Et qu'en fait,
07:19il y a énormément de communautés, de personnes qui sont traversées en fait par l'histoire coloniale
07:25aussi. Et du coup, c'est de faire aussi des connexions. En fait, vu qu'on a une vision
07:30quand même internationaliste aussi de comment on veut lutter et comment on veut apporter notre
07:34solidarité à l'international, en fait, c'est de montrer comment il y a eu des spécificités aussi
07:40dans chaque histoire coloniale et chaque système de domination. Mais qu'en fait, il y a beaucoup
07:45d'échos et de parallèles qu'on peut créer et nouer entre différentes communautés. Et du coup,
07:50ça, c'est encore une fois pour établir un peu plus de solidarité et que les gens se sentent moins
07:54seuls
07:55en fait, d'être moins dans l'isolement. Donc du coup, dès qu'il y a ces rencontres qui se
07:59font,
07:59les gens qui vont voir un film sur une histoire qu'ils ne savaient pas trop. Mais du coup,
08:03vu que c'est dans le cadre de ce festival, il y a aussi un intérêt commun et du coup,
08:07une curiosité qui peut se créer. Et du coup, ça, ça peut renouer du coup des formes de solidarité
08:13entre différentes communautés. Et est-ce que du coup, le festival ne serait pas une porte d'entrée
08:17vers le militantisme ? Parce que tu en parlais souvent comme ça, comme une porte d'entrée.
08:22Ouais, tout à fait. Oui, l'idée, c'est qu'en fait, on voulait aussi établir le festival vraiment
08:28dans le milieu de la culture parce que la culture, ça reste, comme disait Maya aussi,
08:32quand même plus accessible que certains espaces trop académiques ou même trop militants. Il y a
08:38certaines personnes même qui vont avoir un peu peur de cette notion-là du militantisme. Ils ne vont pas
08:43se sentir légitimes. Il y a des fois, il y a des questions de légitimité qui rentrent en jeu.
08:47Alors qu'à peu près tout le monde est OK pour aller voir un film. Je veux dire, c'est
08:52un art
08:53qui, de base, est quand même assez populaire. Et du coup, ça permet en fait aussi une porte
08:58d'entrée, comme tu disais, pour être exposé du coup à des choses plus politiques. Donc en fait,
09:04nous, notre manière d'intéresser les gens, c'est par le biais et l'espace de la culture
09:09et du cinéma. Mais en fait, l'idée, c'est qu'après que tu aies vu un film, effectivement,
09:13tu le vois pas de manière passive, en fait, mais que tu puisses avoir des outils pour que
09:19quand tu sors de la salle de cinéma, tu puisses être dans l'action, être mobilisé et être
09:23engagé dans un processus pour faire changer le statu quo colonial. Et du coup, ça, c'est
09:28vrai qu'on perçoit en tout cas le cinéma comme un outil de lutte ou en tout cas le début
09:33pour amener un processus de réflexion sur comment les choses pourraient être autrement,
09:38d'être exposé du coup à certaines formes d'injustice sociale et du coup, d'avoir toujours
09:44une discussion après chaque projection aussi pour savoir comment se défaire de ça.
09:49Et est-ce qu'il y a déjà des personnes qui, après une séance, sont venues vous voir
09:52pour rejoindre un collectif ou qui ont manifesté leur envie de rejoindre un collectif politique
09:57et de, voilà, est-ce qu'il y en a des, est-ce que c'est déjà arrivé ?
10:02Bah souvent, ce qui se passe dans les discussions, c'est aussi, bah, les gens, ils se posent
10:06la question, bah, qu'est-ce qu'on fait, quoi, enfin, qu'est-ce qu'on peut faire du coup
10:09aujourd'hui ? Et souvent, les gens qui vont aussi intervenir pour les séances, c'est aussi
10:13des personnes qui font partie, soit parfois de collectifs militants ou qui vont partager
10:20des ressources sur qui suivre, voilà, quel compte Instagram ou quelle personne, est-ce qu'il
10:25faut, quel média indépendant, est-ce qu'il faut aller récupérer de l'information qui
10:31soit plus honnête et transparente ? Donc, il y a en fait tout un partage de ressources
10:36qui se fait, même de la part du public, en fait, dans le public, il y a des gens qui
10:39vont aussi relayer des informations, voilà, si vous voulez contribuer ou participer sur
10:44le terrain, vous pouvez rejoindre ce collectif, etc. Donc, il y a tout un partage de ressources
10:48qui se fait, effectivement, où les gens sont en demande de ça. Et je pense qu'on vit dans
10:52un moment où c'est, on est aussi une génération assez jeune, enfin, le public qui vient à
10:58nos séances est plutôt jeune et c'est un public, je crois, très politisé ou en tout
11:01cas qui veut se politiser et qui a soif, du coup, d'avoir un peu plus d'accès à certaines
11:06connaissances et qu'on puisse aiguiller, en fait, d'une certaine manière, dans une approche
11:12pour vraiment avoir une action concrète. Donc, oui, oui, ça se fait assez souvent.
11:16Enfin, je ne sais pas ce que tu en penses. Non, je suis complètement d'accord. Je pense
11:19que, aussi, dans la... Pourquoi on a créé le DFF, c'est parce qu'en France, on vit
11:25dans un contexte où la plupart des personnes dans notre public, c'est beaucoup de personnes
11:31issues de la diaspora, voilà, de l'immigration. Et en général, c'est des personnes qui ont
11:37grandi dans un contexte où on leur explique que le racisme, ça n'existe pas, qu'utiliser
11:42le terme racisé, par exemple, c'est voir du racisme partout, inventer le racisme. Mais à la fois,
11:47elles vivent ce racisme. Souvent, elles ont expérimenté ce racisme. Elles voient bien
11:51que leurs parents ont des trajectoires de vie qui ont été complètement bousculées,
11:56que la pauvreté... C'est des personnes aussi qui sont souvent sensibles aux questions écologiques,
12:01aux questions féministes, etc. Et du coup, à la fois, la France leur rabâche constamment
12:05qu'elles ne sont pas les bienvenues. Mais à côté de ça, on nous dit cette histoire coloniale
12:09n'a pas existé, circulé, il n'y a rien à voir, tu vois. Et du coup, je pense que
12:13l'un des aspects
12:14importants aussi de nos films, c'est de rétablir des faits historiques. Maintenant, on essaye
12:19aussi de dépasser ces faits historiques parce qu'on n'arrive pas comme ça avec des films
12:22massus, en mode la colonisation, c'était ça et l'esclavage, c'était ça. Et puis,
12:26on sort, on est tous déprimés. En fait, c'est irréparable. Tu vois, comment on guérit
12:30de ça et qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ? L'idée, c'est que par le fait
12:34justement
12:34que ce soit des films, donc que c'est de l'art, que c'est des questions esthétiques, on arrive
12:38à dépasser ça, on arrive à imaginer d'autres rapports au monde, on éprouve des sensations
12:43nouvelles qui font qu'à la fois, tu en sais plus sur cette histoire coloniale, tu as
12:48les datas quand on te dit, c'est bon, l'Algérie, ça n'a pas existé, tu sais que ça
12:52existait,
12:52tu sais ce qui s'est passé, mais tu sais aussi comment t'en sortir. Donc ouais, je pense
12:56que le DFF, il est à la fois dans ce croisement entre des questions industrielles. Nous, on existe
13:03dans un cadre très précis pour lutter contre une industrie qui est complètement verrouillée
13:07au service des milliardaires en s'organisant avec des collectifs militants, mais il y a
13:12aussi à la fois ces questions historiques et sensibles, esthétiques qui font à la fois
13:16que tu en sais plus sur l'histoire coloniale et tu peux aussi la dépasser.
13:20Et d'ailleurs, juste pour reprendre sur ça, hier soir, on a montré un film qui je trouve
13:25exemplifie très bien aussi le rôle que peut jouer la culture, notamment dans cette question
13:29politique vis-à-vis de comment les gens vont se construire une identité.
13:33On a montré un film qui s'appelle « Palestinian Identity » de Qasem Hawal et en fait, ça
13:36a montré comment le régime sioniste a voulu vraiment effacer la culture palestinienne
13:42pour en fait légitimer cette idée là que aussi la terre palestinienne, en fait, il
13:47y avait pas de culture, il y avait pas d'identité, il y avait pas de personnes palestiniennes et
13:50du coup, pouvait se réapproprier en fait cette terre là. Et en fait, la culture, elle joue
13:54comme une sorte de menace directe en fait pour l'entité sioniste dans ce cadre là.
13:58Et là, ce que tu racontais vis-à-vis de par rapport à l'effacement qu'il y a de
14:02l'histoire
14:02coloniale en France, je trouve que c'est vachement pertinent parce que tout ça, c'est quand
14:06même, c'est configuré par un État, par la France qui va pas raconter ça, va pas parler
14:12de son histoire et son passé colonial dans l'espace scolaire, dans les livres d'histoire,
14:16tout ça, ou en tout cas le fait très mal quand c'est abordé. Et ça, c'est pour aussi
14:21notamment dans une dynamique d'assimilation, très clairement, qui pour beaucoup de personnes
14:25des diasporas, en fait, la génération de leurs parents était tellement dans une logique
14:30et on peut pas les plaindre, c'est dans une logique d'assimilation parce qu'on leur disait
14:34que voilà, il fallait renier en fait cette part là de leur identité, de leur culture pour
14:38en fait, être vraiment faire figure d'une personne dans le rôle de qu'est-ce qu'une
14:46personne française, dans l'identité française. Et en fait, du coup, il y a eu un effacement
14:49qui s'est fait vis-à-vis de cette histoire et d'un certain héritage culturel. Et en
14:54fait, ces films-là qu'on montre, on voit que c'est beaucoup de personnes qui, du coup,
14:57sont d'une autre génération et qu'on leur a pas transmis en fait toute une part de leur
15:01identité, de leur culture. Et ça, c'est dans une optique nationaliste en fait aussi de
15:05comment est-ce qu'on va configurer l'identité française et en effaçant, du coup, toute
15:11une partie de la culture des gens. Et en fait, les films, ça permet du coup de renouer
15:15avec une facette culturelle, on va dire, ou identitaire de certaines personnes. Et on
15:20sent qu'en tout cas, il y a un vrai besoin de ça face à cet effacement qui a pu
15:24avoir
15:24lieu. Oui, parce que vous êtes centré, du coup, sur des films décoloniaux et qui vont
15:29donc des films d'archives des années 70 et peut-être même avant et plutôt aussi des
15:34films contemporains, notamment le film d'ouverture Do You Love Me de Lana Daher.
15:40Donc, comment vous définirez en fait le film décolonial ?
15:46Alors, le cinéma décolonial, déjà, moi, je tiens à dire que c'est une notion qui est
15:51en train d'être construite. En fait, c'est pas genre ça tient en deux lignes, tu vois,
15:54pour le définir. Pour nous, c'est une recherche et c'est précisément aussi pour ça qu'on a
15:57construit le DFF. C'est pour mener cette recherche collectivement. Ensuite, il y a quand même,
16:01je peux quand même donner certaines clés de réponse. Un film décolonial, par exemple,
16:06c'est pas un film simplement qui parlerait de la colonisation ou de la décolonisation
16:09ou même un film dans lequel il y aurait plein de Noirs, plein d'Arabes et plein de personnes
16:13issues des minorités, tu vois. Un film décolonial, pour moi, c'est un film qui questionne les
16:18notions de pouvoir. Donc, comme je l'ai dit plus tôt, qu'ils peuvent être absolument
16:21partout. Ça peut être un film, franchement, J.B. la dernière fois, un copain de Rode
16:26Bocryk disait, un film sur les fleurs peut être un film décolonial. C'est la manière
16:32dont, à la fois dans son fond et sa forme, il remet en question le statu quo colonial,
16:38sexiste, patriarcal, raciste, etc. Et voilà, que rajouter. Et pour revenir sur le fait que,
16:49ouais, effectivement, on a autant des films d'archives, des films en noir et blanc
16:52qui grésillent comme des films qui sont sortis la semaine dernière, c'est parce que nous,
16:56on essaye de montrer un héritage, en fait, de ces questions décoloniales qui travaillent
17:00des réalisateurs, des réalisatrices. Et donc, autant faire un travail de patrimoine
17:05que d'être l'avant-garde de ce qui se fait aujourd'hui et de ces personnes qui,
17:09souvent, sont invisibilisées. Tu vois, vu que leur film ne rentre pas dans les manières
17:13hégémoniques de raconter une histoire et des sujets dont on parle, parfois, c'est des
17:17personnes, elles vont faire un film de film et puis elles disparaissent.
17:20Parfois, carrément, c'est des films qui se perdent. Et du coup, nous, on fait un
17:22vrai travail d'aller chercher, d'aller chercher ces films, que ce soit avec
17:26différents partenaires qui nous envoient des films cachés, qui sont trouvés dans
17:29une thèse obscure là-bas, ou même parfois des étudiants, parfois des gens
17:33absolument autonomes, tu vois, qui nous envoient des films faits avec vraiment 12 euros,
17:37tu vois. Mais ce film, en attendant, il démonte le colonialisme, tu vois.
17:43Voilà. Tu as quelque chose à rajouter, Sam ?
17:47Non, non, mais encore une fois, Maïa a très bien expliqué. Je pense aussi qu'on essaie
17:52de voir comment les... Aussi, quelles choses sont mises en avant aussi dans les films,
18:00tu vois. Par exemple, on fait très attention aussi sur les films qui vont peut-être être
18:05construits collectivement, typiquement, ou qui vont montrer aussi plusieurs personnes
18:09à l'écran, et pas juste focaliser sur, tu vois, une personne protagoniste individuelle.
18:15Donc, de sortir un peu déjà aussi sur la notion de l'individualité qu'on met très
18:20souvent autour d'une star ou ce genre de choses dans des récits hollywoodiens.
18:26Aussi, de réfléchir, en fait, sur la forme même, mais comme disait Maïa avant, en fait,
18:30sur quelle approche formelle est-ce que ça essaie de changer ? Tu vois, est-ce que c'est pas
18:34forcément, du coup, un film qui aura un début, un milieu, une fin très clair dans
18:39une construction linéaire classique, qui sont en fait des choses très codifiées
18:45d'un certain narratif occidental aussi, dans la question du temps, comment le temps
18:48y passe. Et je dirais aussi, notamment aussi, comment la terre, elle est filmée, vu que
18:54quand même les questions coloniales sont avant tout liées à des notions, enfin, reliées
18:59à la terre, quoi. Et la reprise de la terre, pour nous, c'est vachement intéressant aussi
19:05de voir quel type de film, comment les films vont montrer peut-être l'environnement,
19:10en fait, comment il va être filmé. Typiquement, le film d'ouverture, tu vois, c'est un peu
19:13une lettre d'amour à la ville de Beyrouth. Donc, il y a des films aussi comme ça, où
19:17en fait, c'est pas forcément sur un personnage principal qui est un être humain, mais c'est
19:21sur un espace, quoi. Et comment, du coup, cet espace-là, il va être traversé par
19:25différentes dynamiques de pouvoir. Donc ça, ça nous intéresse aussi particulièrement,
19:31du coup, de réfléchir aussi à d'autres formes de qu'est-ce qui va être priorisé
19:36aussi, du coup, à l'image. Et puis, évidemment, du coup, de mettre en avant quand même les
19:42populations indigènes ou opprimées et pas forcément, du coup, le point de vue des
19:47colons, en fait, ou des personnes blanches, parce que ça, c'est aussi une question de
19:51regard, du coup, à qui est-ce qu'on veut donner la priorité à l'image. Donc, on fait aussi
19:55assez attention à ça aussi. De quel point de vue ou de quel regard est-ce qu'on met
20:01en avant ?
20:01Oui, ça fait écho à ce que Mathilde, du coup, une membre du DFF, disait que le sujet
20:06du film ne suffisait pas, mais que c'était surtout aussi le regard qui comptait, que même
20:11si tu parlais d'histoire coloniale dans le film, ça ne suffisait pas pour que ce soit
20:15un film décolonial. Du coup, vous êtes d'accord aussi avec ça ?
20:19Oui, totalement, c'est exactement ça. Mais du coup, si jamais il y a des personnes qui
20:25veulent, genre, qui s'intéressent au cinéma décolonial, je vous recommande ma chaîne
20:29YouTube qui s'appelle Virage, vous tapez Virage.ciné. Ouais, petit poumon. Mais parce que,
20:35enfin, tu vois, genre, vous pouvez venir au DFF, mais il y a aussi des personnes qui ne sont pas
20:38forcément dans les endroits où on projette. Du coup, perso, j'essaye de prolonger ce travail
20:43sur YouTube en tant que plateforme accessible et gratuite. Et par exemple, tu vois, j'ai
20:48fait une analyse de Bruce Lee, par exemple, qui ne se présente pas forcément comme...
20:54Enfin, c'est des films de bagarre, tu vois. Mais pourtant, dans le regard qui est porté,
20:57dans le rapport, la manière de parler du travail, dans la manière de mettre en scène
21:02la baston, qui sont ses ennemis, etc., en fait, tu peux voir, tu vois que tu peux totalement
21:06faire une lecture décoloniale et radicale de son cinéma. Un autre exemple pour moi qui
21:12illustre bien le fait que le cinéma décoloniale, c'est pas juste une question de,
21:15par exemple, des Noirs qui fument des Noirs. Ça peut l'être, mais pas forcément.
21:19T'as un film Candyman. Le film original, il a été fait en 92 par un réalisateur blanc anglais,
21:25vraiment rien à voir avec l'histoire coloniale et un remake réalisé par une femme noire
21:30produit par Jordan Peele. Tu te dis, ça peut que être beaucoup plus progressiste.
21:34Eh bien, dans la vidéo, j'explique pourquoi le premier film est beaucoup plus proche du cinéma décoloniale
21:39que le deuxième, qui est tué par le marketing, en gros, tu vois. Donc voilà, les gens viragent ciné.
21:45Super chouette, vous pourrez aller voir après cette vidéo pour approfondir la question.
21:52Mais sinon, donc, pour revenir un peu au départ du festival, il est quand même aussi créé en même temps
21:59que Cannes,
21:59du coup, autre grand festival qui se passe en France en ce moment.
22:04Et du coup, pour avoir fait ce choix de faire le DFF pendant Cannes,
22:08est-ce que Cannes ne vous semblait pas suffisant ?
22:11Suffisant, c'est gentil comme moi.
22:13Suffisant, je pense que c'est pas le terme.
22:16C'est le contresens. Je pense que le mot contresens, il est plus juste que...
22:20Ouais, non, Cannes, c'est la décadence totale.
22:23Je pense qu'il y a plusieurs raisons. En vrai, déjà, il y avait le fait qu'on ne voulait
22:28pas forcément parler à l'industrie du cinéma.
22:30L'idée, c'était de parler à tout un public qui ne se sentait plus adressé, en fait, par le
22:37cinéma en France,
22:38vu que c'est quand même un très grand entre-soi, qui est devenu assez élitiste, très bourgeois, très parisino
22:44-centré.
22:45En fait, les gens qui vont à Cannes, c'est vraiment une élite de l'industrie, on va dire.
22:51Et du coup, il y a plein de gens qui s'en foutent de Cannes.
22:55Ils n'ont pas l'impression que ça leur parle, en fait. Et le cinéma, en général, ne leur parle
22:58plus trop.
23:00Donc, nous, ça nous intéressait déjà. On s'est dit, bah, en fait, durant la période à Cannes, en fait,
23:06tout ce public-là, il va être à Cannes.
23:07Donc, déjà, ça nous débarrasse de ces personnes-là, ce qui est bien.
23:10Bon, après, du coup, c'est vrai qu'on n'a pas beaucoup de journalistes, du coup, mais donc, ça
23:13fait plaisir que l'humanité...
23:14On a que la qualité !
23:16Les journalistes, ils sont à Cannes, donc on me dit souvent ça.
23:18Mais bon, on a quelques médias qui commencent à s'intéresser à nous aussi, donc ça fait plaisir.
23:22Mais il y a aussi surtout le fait qu'en fait, Cannes, c'est très, très hiérarchisé dans la notion
23:29de pouvoir, en fait, typiquement.
23:30Enfin, c'est dirigé par Thierry Frémaux, du coup, qui a une grande autorité, on va dire, sur la sélection
23:37et la programmation,
23:39mais aussi dans une forme d'accaparement, en fait, du pouvoir, où c'est très centralisé autour de lui.
23:45Ce qui est par ailleurs assez symbolique de comment le cinéma français a été construit autour de la culte de
23:51l'auteur,
23:51sur le fait qu'en fait aussi, c'est une industrie où il y a énormément de violence, de harcèlement
23:57sexuel,
23:57parce qu'il y a une sorte de glorification de certains hommes à la tête de projets de cinéma,
24:03ou que ce soit sur des tournages, mais aussi dans des festivals type Cannes, quoi.
24:08Et du coup, ça, c'était un fonctionnement qui nous dérangeait, en tout cas aussi dans la hiérarchisation de pouvoir,
24:14de ce point de vue-là.
24:15Et aussi du fait qu'en fait, s'il y a énormément d'argent, en fait, qui est concentré dans
24:20ce moment-là,
24:20et en parallèle, énormément d'exploitation, en fait, des travailleurs et travailleuses du cinéma,
24:27qui, en fait, travaillent bénévolement parce que c'est Cannes et du coup, c'est supposé être assez glorieux.
24:34Il y a un truc très relié avec la réussite qui, en fait, n'est pas du tout en adéquation
24:40avec quelconque projet politique
24:42qui nous intéresse, en fait. C'est-à-dire que c'est juste un truc de, m'as-tu vu,
24:47de vitrine, quoi.
24:48On avait invité Mohamed Chalouf, qui a parlé d'un documentaire qu'il a fait sur les journées cinématographiques de
24:55Carthage, typiquement.
24:56Et il disait que même, du coup, des initiatives comme ça, des festivals en Tunisie, qui avaient comme vocation panafricaine,
25:04vraiment très politique,
25:05même aujourd'hui, sont devenus, en fait, des lieux où on va avoir des tapis rouges, de starlettes, de paillettes
25:11et tout.
25:11Oui, puis Cannes aussi, de base, c'était quand même sa création très politique.
25:14Exactement. Et Cannes aussi, effectivement, de base, c'était une initiative antifasciste, hyperpolitique, qui avait vraiment une raison d'être
25:23politique.
25:24Et en fait, ça s'est vachement transformé, ça. Mais ça, je pense, de manière générale, à cause du libéralisme
25:31et du fait que c'était de plus en plus capitaliste.
25:35Et au fil des années, en fait, le cinéma perdait un peu ses origines-là, qui étaient très politiques.
25:41Donc, d'une certaine manière, il y avait un peu ce désir aussi de renouer avec ses origines politiques.
25:48Oui, c'est très bien dit, Sam. Hyper juste.
25:52J'ajouterais aussi que le fait qu'on soit en même temps qu'eux, ça envoie aussi le signal qu
25:56'on ne va pas essayer de vous transformer, on ne va pas essayer de vous réformer.
26:00Il y a des copains qui font des happenings à Cannes. Tu vois, tu as des femmes noires qui s
26:04'organisent à Cannes et tout.
26:05On leur envoie tout notre soutien. Mais nous, on sait que pour nous, ce ne sera pas ça notre enjeu.
26:11En fait, pour nous, cette structure, comme tu dis, elle est tellement liée à comment le cinéma, comment l'industrie
26:17s'est construite que pour nous, on n'est plus à deux, trois petits ajustements.
26:22C'est pas en faisant un peu plus de diversité par ci, un peu plus de petits ajustements. Fondamment, il
26:27faut changer la structure.
26:28Et c'est pour ça que être au moment de Cannes, c'est dire en fait, on va s'organiser
26:32ailleurs, on va s'organiser complètement autrement.
26:34Faites votre vie. Honnêtement, nous, on pense que ça va s'effondrer de toute façon.
26:38On le voit là avec le truc de Bolloré, ça se casse la gueule. Donc, on va investir les autres
26:43lieux qu'on peut, tu vois, qu'on peut débrouiller.
26:45Et donc, tu parlais de Bolloré, donc tu me fais une petite passe. Mais comment ce festival résonne-t-il
26:50d'autant plus avec l'actualité et la mainmise de Bolloré sur le cinéma en ce moment ?
26:58Bolloré, Bolloré.
27:01Bolloré, je pense que ça incarne encore une fois cette concentration des pouvoirs en fait dans les mains d'une
27:08personne qui a un agenda évidemment réactionnaire et de droite.
27:12Je pense que ce qui est intéressant avec la séquence qui, par rapport au milieu du cinéma, moi, en vrai,
27:19je m'en réjouis du fait que ça apporte de la clarté pour le coup.
27:24En fait, moi, je pense que nous, ça fait un moment qu'au DFF, on se dit, on ne va
27:28pas montrer des films qui sont majoritairement produits par Cana Plus ou le logo, il s'affiche en grand au
27:34début.
27:34Dès qu'on voit ça, en fait, c'est recalé parce qu'on sait que derrière, il y a un
27:42agenda politique en fait quand même, même si on va nous dire que oui, Cana Plus, ça soutient la diversité
27:49des projets, tout ça.
27:51Mais honnêtement, moi, j'y vois surtout une diversité de projets commerciaux qui ont quand même un intérêt commercial et
27:56du coup, qui sont faits d'une certaine manière qui nous nous parle même pas en fait d'un point
27:59de vue formel cinématographique.
28:01Mais mais aussi, je pense que c'est important de là qu'on commence à réfléchir vraiment à comment est
28:07ce qu'on peut créer du coup une autre forme de fonctionnement vis-à-vis du cinéma.
28:11En fait, là, moi, de ce que j'ai l'impression de ce qu'il y a dans les discours,
28:14c'est que en fait, Cana Plus est tellement c'est tellement impossible de faire du cinéma sans Cana Plus
28:22que du coup, on va devoir accepter le fait que Cana Plus va va nous imposer peut être un agenda
28:29politique.
28:30qui va pas nous correspondre. Et je comprends pas pourquoi on devrait accepter ça en fait. Enfin, je pense qu
28:35'il y a une politique de refus qu'on doit qu'on doit cultiver.
28:37Et c'est très bien que du coup, il y a une tribune avec plusieurs personnes qui ont signé quelque
28:41chose parce que c'est jamais seul qu'on va réussir à changer ça.
28:45Mais en tout cas, pour moi, je trouve que c'est un bon réveil là ce qui se passe parce
28:50que ça fait un moment qu'on se dit bah c'est quand est ce que le cinéma va essayer
28:53de vraiment changer les choses parce que je veux dire,
28:56il y a aussi 2027 qui approche très rapidement et je veux dire, on sait très bien que Bolloré va
29:01tout faire pour que certains candidats d'extrême droite vont arriver au pouvoir.
29:05Donc, vu que la culture, c'est un outil essentiel pour mobiliser les gens pour pour aller pour aller voter
29:12et avoir un certain agenda politique parce que ça joue beaucoup dans les imaginaires des gens.
29:17C'est enfin, on comprend pourquoi aussi du coup, il y a cet accarparement du GC.
29:21Enfin, c'est dans une logique qui est déjà en place dans les réseaux, dans tous les dans tous les
29:26sphères culturelles que dont détient déjà Bolloré.
29:29Donc, pour moi, je trouve que c'est un bon réveil en tout cas d'avoir ça.
29:34Ouais, il y a un côté un peu dystopique, un peu de science fiction qui imagine le futur, un tel
29:41milliardaire qui possède tout en fait, il possède les livres et là, c'est la réalité.
29:46Du coup, je suis d'accord avec toi, Sam.
29:49Au moins, c'est clair.
29:50Nous, effectivement, on le savait déjà, mais ça clarifie les choses et franchement, énorme big up à toutes les personnes
29:56qui ont signé et il faut signer encore et on y va.
29:59On est ensemble, on va faire front. Vous avez signé, vous, notamment, je le disais, Sam.
30:04Oui, on a signé au nom du DFF et il y a d'autres festivals d'ailleurs qui ont signé
30:09aussi, je pense au FIFIB, des festivals qui ont aussi déjà une programmation qui défend un certain agenda politique.
30:19Et je pense qu'on va avoir besoin de manière assez précieuse, en fait, ces espaces là.
30:24On voit déjà beaucoup d'espaces culturels qui ferment leurs portes et on va devoir souvenir de plus en plus
30:31des festivals qui vont mettre en avant d'autres formes de propositions culturelles et de cinéma.
30:37Parce qu'en fait, ça, je veux dire, on l'a vu dans l'histoire, le fascisme, il arrive aussi
30:42en détruisant ces espaces là.
30:44Donc je pense qu'il y a aussi un truc où on doit être aussi libre d'avoir une forme
30:49de critique.
30:50Les gens, ils disaient à vous cracher dans la soupe et tout. Mais en fait, je veux dire, si la
30:54soupe, elle est mal assaisonnée, bah ouais, tu craches quoi.
30:57Tu vois, je veux dire, il y a un truc de dire que du coup, on va retirer votre avis
31:03critique aussi. Je veux dire, ça, c'est une des formes du fascisme.
31:07Je veux dire, donc, c'est donc, c'est important qu'on reste en tout cas positionné de manière assez
31:11claire et soudé dans cette dans ce moment là avec les gens.
31:14Ils n'ont pas peur à comment est ce qu'on va faire si on n'a pas Canal Plus.
31:17J'entends totalement qu'il y a une réalité économique aussi de plein de personnes.
31:20Et nous, on le voit notamment vis-à-vis des productions à l'international, du fait que Canal Plus a
31:26en fait une emprise énorme sur la sur la production locale, notamment en Afrique de l'Ouest, dans les espaces
31:32dits d'outre mer.
31:34Où en fait, les gens, ils sont obligés de faire des coproductions avec Canal et que ça, évidemment, c'est
31:39une emprise coloniale.
31:40Je veux dire, Bolloré, il a une emprise totalement sur le paysage cinématographique dans ces espaces là qui ont été
31:46coïncés par la France et qui, du coup, maintiennent une forme de dépendance.
31:50Mais est ce que ça veut dire que, du coup, il faut qu'on accepte ça? Non, je veux dire,
31:53si on a une démarche décoloniale, l'idée, c'est que les gens, ils puissent produire des films sans devoir
31:57être dépendants de ces structures là.
31:58Donc après, il y a un mot, du coup, refuser. Et évidemment, ça va amener une forme de fragilité. Mais
32:04c'est qu'en fait, c'est comme dire là, Maxime Saada, je veux dire, ce qu'est ce qu
32:08'il dit.
32:08C'est vraiment un attitude de colon. Je suis désolé, mais c'est en mode comment ça? On vous a
32:13apporté tellement de choses et vous nous refusez. Je veux dire, bah oui, en fait, je veux dire, les indépendances,
32:20ça commence comme ça aussi.
32:21C'est certainement, tu refuses le fait que tu vas être dépendant en fait de l'argent de poche du
32:27colon. Et en fait, tu essaies de créer tes propres structures et tes propres initiatives pour travailler indépendamment de ça.
32:34Donc, je pense qu'il faut qu'il y ait un moment ou un jour, ça commence par un refus
32:37comme ça. Bon, là, c'était une petite tribune. Moi, j'avoue, je pensais pas que ça allait faire quelconque
32:41écho que ça.
32:42Mais du coup, très bien, si ça réveille les gens et qu'on commence à réfléchir, du coup, les personnes
32:46qui ont signé, qu'est ce qu'on peut mettre en place?
32:47Nous, ça fait, bah voilà, ça fait quelques années qu'on a fait le festival et qu'on réfléchit à
32:52comment avoir un autre. Voilà. Et du coup, là, faut, voilà, faut.
32:57Et justement, vous êtes un festival indépendant et je voulais savoir comment le festival était financé et quelles sont vos
33:03sources pour faire ce festival?
33:06Ben, on a un gros soutien de Cana Plus et de Bolloré. Tout se passe.
33:10Ah mince.
33:13Ouais, vas-y, vas-y.
33:15Alors la première édition, on l'a financé avec un crowdfunding, un crowdfunding, un financement participatif.
33:22À chaque fois que je dois dire ça, comment comment je le prononce?
33:24On l'a financé avec un financement participatif. La deuxième année, on a eu un fonds européen, il me semble.
33:33Ouais, en fait, c'est une fondation qui soutient des projets d'éducation civique.
33:37Ça s'appelle le Civic Innovation Fund. Et là, cette année, on a organisé une soirée de soutien.
33:43Donc la Gaieté Lyrique a accepté de nous héberger le temps d'une soirée pour qu'on fasse une projection,
33:48un DJ set, un concert.
33:49Et grâce à l'argent qu'on a recueilli, voilà, on peut financer.
33:52On peut financer l'édition de cette année. Mais en gros, voilà, l'idée, c'est que c'est de
33:56la débrouille.
33:57D'autant plus qu'en fait, on a une petite partie de l'équipe qui est dédiée à faire de
34:01la prospection des différentes subventions
34:04qui tombent régulièrement et de faire attention à est-ce que ces fonds seraient liés d'une manière ou d
34:10'une autre à Israël, à des fonctionnistes ?
34:13Est-ce qu'ils participent d'une façon ou d'une autre au génocide ?
34:16Et pour nous, voilà, c'est hors de question de recevoir le moindre euro de structures qui veulent en fait
34:20se washer.
34:22Washer de quoi ? Pink washer, arabe washer, tout ce que tu veux, tous les washings possibles et imaginables.
34:27On les a tous, allez-y. On est très intéressants de ce point de vue-là.
34:31Voilà, il n'y a pas un euro qui vient de ces personnes-là.
34:34Donc on est très attentifs à la fois à chercher ces fonds, mais aussi à voir s'ils sont clean.
34:40Et puis on a aussi nos spectatoristes qui nous soutiennent.
34:43On a des formes de dons et on peut compter sur elles en fait.
34:47Les personnes ne demandent qu'à pouvoir soutenir ce genre d'initiative.
34:51Est-ce que ce ne serait pas un moyen de penser d'autres structures, d'autres espaces qui se font
34:57sans le canal plus aussi ?
34:58Enfin, même si c'est à l'échelle plus petite, parce que aussi vous distribuez des films également.
35:02Vous avez déjà distribué deux films et du coup, je ne sais pas ce que vous en pensez.
35:08Oui, totalement. C'est vrai que là, cette année notamment, on a un peu, justement, essayé de tester des nouvelles
35:13initiatives pour voir, notamment sur la question financière en fait, de qu'est-ce qu'on pourrait faire pour avoir
35:18d'autres formes de revenus d'argent, des entrées d'argent où on peut rester suffisamment autonome.
35:24Donc, par exemple, on a essayé de commencer à faire de la distribution de films en salle.
35:29Bon, là, c'est quand même une petite échelle, donc ce n'est pas forcément quelque chose sur lequel il
35:34y a beaucoup d'entrées qui vont arriver.
35:37Mais ça, ça nous a beaucoup intéressé, notamment dans l'idée d'avoir un réseau à l'échelle nationale.
35:42Donc, en fait, de montrer des films un peu partout en France, donc vraiment de ne pas être concentré qu
35:45'en région parisienne, mais de faire des projections un peu partout et du coup d'être en lien avec des
35:51collectifs militants locaux dans plein de villes.
35:53à travers le pays. Donc ça, ça a été très intéressant par rapport aux différentes formes de solidarité qu'on
35:59a pu créer.
36:00Quelque chose qu'on a aussi commencé à faire pour le coup, c'est de faire des partenariats avec des
36:05sociétés de distribution qui ont des films qui vont parler en fait aussi à notre public et qui, du coup,
36:11sur lesquels on peut accompagner des séances, voilà, relayer des choses auprès de nos spectateuristes pour être un peu une
36:19sorte de, en fait, presque comme un média.
36:22En fait, à ce niveau là, en tout cas, pour parler de films qui nous, nous intéressent et qu'on
36:26pense pouvoir parler à notre public.
36:27Donc l'idée, en fait, c'est aussi de voir comment il y a peut-être d'autres manières sur
36:31lesquelles on peut s'autonomiser financièrement ou c'est vraiment de la part de nos propres initiatives sans être forcément
36:38en fait dépendant de structures qui ont un autre agenda politique que le nôtre.
36:41Eh bien, je pense qu'on arrive au bout de l'émission et donc la programmation, enfin, le festival continue
36:50encore toute cette semaine.
36:51Je ne sais pas si vous avez voulu parler en quelques mots des films à venir et de vos petits
36:57préférés.
36:58Toi, t'en as un en particulier ?
37:00Oui, ben moi, il y a mon film préféré, grave.
37:02Ouais, moi, il y a mon film préféré au monde qui passe, tu vois, c'est la preuve que, et
37:05c'est pas moi qui l'ai programmé, c'est Problematik, un nouveau membre, Problematik, un nouveau membre de notre
37:12comité de programmation qui passe Bacurao, qui est un film brésilien.
37:17C'est pour moi un manifeste du cinéma décolonial, alors que ça a l'apparence d'un film de SF,
37:23plein de rebondissements, thriller, qui part dans tous les sens, un peu gore comme on aime.
37:29Et pourtant, pour moi, voilà, un film décolonial, qu'est-ce que c'est ? C'est Bacurao et donc
37:34il passe jeudi au Ciné 104 à Pantin à 20h et vous ne serez pas déçus.
37:40Allez-y.
37:41Et si vous n'êtes pas content, vous m'écrivez.
37:44Et moi, je recommanderais d'aller voir samedi soir à 20h30 au Triano à Romainville, on va faire une avant
37:51-première française du documentaire With Hassan in Gaza de Kamala Jafari.
37:56Et c'est son tout nouveau film et qui est en fait plein d'images d'archives à Gaza il
38:03y a une vingtaine d'années et c'est très beau.
38:07Et ça constate aussi de l'importance du cinéma pour immortaliser des personnes, des lieux, quand ensuite ils se font
38:14détruire par des forces coloniales.
38:16Donc je vous invite vraiment à venir.
38:18Ça va être présenté par le collectif Tzedek et ça va être très intéressant.
38:22Ok, et bien plein de belles programmations à venir.
38:25En tout cas, j'ai hâte de vous retrouver en salle de cinéma aussi.
38:29Merci beaucoup.
38:30Merci Sam et Maya d'être venus.

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