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  • il y a 8 heures
L’acte complémentaire rendu lundi 17 août par le parquet de Valence assure que les témoignages, rapportant des propos lancés à l’encontre des Blancs ou des Français, sont trop imprécis et minoritaires pour être retenus contre les 14 accusés.

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Transcription
00:01C'est le fait d'hiver le plus instrumentalisé de ces trois dernières années.
00:04On revient aujourd'hui sur l'affaire Crépole, presque trois ans après les faits.
00:08Petit rappel, dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, une rigue s'éclate de la sortie du bal
00:13de l'hiver de Crépole dans la Drôme. Thomas Perrotto, un lycéen de 16 ans, meurt de ses
00:18blessures. 14 jeunes hommes de la ville voisines sont mis en examen pour meurtre et tentative de
00:22meurtre en bande organisée. Certains témoins affirment les avoir entendus prononcer des,
00:26je cite, propos au stylo blanc lors de la soirée. Depuis 2023, cette affaire est devenue
00:31un étendoir pour la droite et l'extrême droite qui y voient la preuve d'un racisme anti-blanc.
00:35Les juges d'instruction avaient d'ailleurs retenu la circonstance aggravante du racisme
00:39il y a quelques semaines, circonstance qui a été rejetée ce mardi 18 août par le parquet
00:43de Valence. Pour en parler davantage, nous sommes avec Stéphane Guérard. Bonjour, tu es journaliste
00:47à la rubrique Société de l'humanité. Bonjour Rachel. Alors peux-tu nous expliquer l'évolution
00:51de l'affaire de ces deux derniers mois ? En fait, tu as dit pas mal d'éléments,
00:56mais les évolutions, elles sont vraiment liées maintenant au transfert du dossier de
01:03l'instruction au prochain procès qui devrait intervenir pas avant 2027. En tout cas, ça
01:10serait peut-être prévu pour l'automne 2027. Mais avant tout ça, il faut boucler le dossier
01:15d'instruction et donc donner les qualifications juridiques qui sont retenues contre les accusés
01:22qui sont au nombre de 14. Donc pour le meurtre de Thomas Perrotto et puis pour l'agression
01:33au couteau de trois autres de ses amis. Donc voilà, c'est cette bataille-là autour des
01:39qualifications qui a lieu en ce moment et notamment sur la qualification, comme tu l'as dit,
01:44de la circonstance aggravante de racisme. Et du coup, alors c'était fin juillet et
01:51effectivement les juges d'instruction ont donné leur réquisitoire, enfin pas leur réquisitoire,
01:56ça c'est le parquet, mais ont donné leur dossier dans lequel ils ajoutent ce critère
02:03d'aggravation en disant, en retenant en fait ce qu'ils n'avaient pas retenu jusque-là
02:08pendant l'instruction, c'est-à-dire les quelques témoignages de victimes ou de gens
02:14présents à ce moment-là et puis d'auteurs présumés des faits sur effectivement des
02:21insultes proférées à l'encontre de personnes dites blanches ou alors des personnes dites
02:26françaises. Voilà, donc tu as cité, on est là pour planter des blancs. Bon, voilà.
02:32Mais c'est neuf témoins qui ont fait part de ces allégations-là sur les 104 auditionnés.
02:40Donc il y en a une dizaine qui entendent des propos hostiles aux blancs et du coup, ça
02:46requalifie les actes en actes racistes. Et en fait, c'est ça que viennent d'invalider,
02:55enfin en fait, non, ils ne viennent pas d'invalider, mais c'est contre ça que le parquet
02:59vient de rendre un document supplétif à ces réquisitions, puisqu'en fait, le parquet
03:07donne des réquisitions, les juges d'instruction disent ce qu'ils retiennent de tous ces actes.
03:15Et puis après, il y a encore un aller-venu entre les appréciations du parquet et aussi
03:25des partis civils et des avocats des victimes. Et puis à la fin de la fin, donc d'ici
03:31début septembre, les juges d'instruction doivent clore leur dossier et dire vraiment
03:36ce qu'ils retiennent. Et donc là, ce que dit le parquet, c'est qu'il relève
03:42qu'effectivement, il y a eu des témoignages comme ça, mais qui ont été très diffus,
03:46très imprécis et qui ne sont pas très nombreux. Et en fait, ils disent qu'il y a tellement
03:54de flou et qu'en plus, pendant l'instruction, ce caractère de racisme-là n'a pas été
04:00vraiment étayé ni repris. Du coup, ils continuent de dire qu'on ne peut pas imputer
04:07ce qualificatif-là. Enfin, on ne peut pas retenir ce qualificatif contre les accusés.
04:14Voilà en fait là où on en est. Et donc le prochain coup, c'est début septembre,
04:18les juges d'instruction qui tranchent. Et donc là, en fait, depuis, il y a le parquet
04:23qui a dit ça. Bon, ça a été dévoilé hier par Le Point. Et puis depuis, on a eu accès
04:30aux documents et donc tous les médias. Et là, donc, il y a les parties civiles
04:38ou les avocats des victimes qui, ces dernières heures-là, disent mais c'est pas possible
04:44que le parquet aille à l'encontre de ça. Bon, enfin, on comprend bien
04:48qu'eux, ils veulent que les charges soient les plus lourdes possibles
04:53contre les accusés. Voilà.
04:55Mais concrètement, qu'est-ce que ça change qu'une circonstance aggravante
04:58de racisme soit retenue ou non, sachant que la paix maximale reste la perpétuité
05:02dans les deux cas ?
05:03Alors en fait, sans racisme, c'est 30 ans. Et avec, c'est perpétuité.
05:09C'est ça que ça change. Mais dans le nombre d'années de prison, en fait,
05:15ça revient à la même chose. Mais c'est pas la même chose dans la réparation
05:22des faits pour des victimes d'avoir un jugement qui étaye le fait que des gens
05:30ont fait un meurtre avec des motifs racistes. Voilà. Donc c'est pour ça
05:38que les familles des victimes montent au créneau, là. Voilà.
05:41Bon, ça, c'est le contexte purement lié à l'instruction et au dossier,
05:46au fait. Mais après, il y a tout un contexte politique qui se rajoute.
05:50Mais là, on n'en a pas encore parlé.
05:53Avant ça, pourquoi les juges ont-ils retenu la circonstance aggravante
05:56et pourquoi le parquet la contexte ?
05:59Alors, les juges, eux, en fait, ont changé d'avis. Et c'est plutôt...
06:06Quand ils ont rendu leur dossier fin juillet, en fait, ils ont dit qu'ils...
06:15Enfin, comment dire... Ils prennent plus en compte ce que leur ont dit
06:20les avocats des victimes et des partis civils qui, elles, avaient vraiment envie
06:25que le caractère raciste soit repris. Donc c'est ça. Alors que le parquet, lui,
06:34n'a jamais changé d'avis. Et en fait, le document qui est sorti hier, en fait,
06:39il étaye encore plus le fait que le parquet ne retient pas ce caractère raciste.
06:44Dans ses premières réquisitions, ils avaient dit que ce n'était pas suffisamment étayé.
06:49Mais là, en plus, ils fondent encore plus leur avis en disant que, oui,
06:58c'est très, très douteux, quoi. Les charges sont insuffisamment documentées
07:05pour qu'on puisse retenir ça. Donc voilà, il y a une sorte de bras de fer entre les deux.
07:09Et qu'est-ce que ça dit, du coup, du fossé entre la définition juridique
07:12et la définition sociologique, un peu, du racisme ?
07:15— Oui. Alors oui. Et du coup, c'est là où on va vers la politique.
07:24Mais comment dire... Les critères juridiques sont suffisamment étayés pour...
07:35Enfin, ils sont très, très simples. Dès lors qu'un crime a été commis avec des proférations d'injures racistes
07:43ou alors des... Enfin, toute communication liée à des critères racistes,
07:48là, on entre dans les critères juridiques. C'est assez net et précis.
07:53Et du coup, voilà, ça tient à un article de loi. Donc ça, c'est... Alors qu'en revanche,
08:03la définition sociologique, elle, elle donne lieu... Comme la sociologie, c'est une science humaine.
08:12Du coup, avec des débats autour de cette notion qu'après, l'extrême droite a reprise sur le racisme anti
08:22-blanc.
08:23Et donc là, ça donne lieu à des interprétations qui virent jusqu'à des interprétations fallacieuses
08:31de la part de la droite et de l'extrême droite.
08:36Par exemple, j'ai relevé... Alors le racisme anti-blanc, on en parle depuis les années...
08:42Enfin, dans le débat public, ça a été repris par les leaders de droite depuis le début des années 2000.
08:50Mais par exemple, là, j'ai relevé un moment en 2019 où il y a une association...
08:57Enfin, pour montrer l'instrumentalisation de cette notion fallacieuse.
09:03Il y a une organisation, une association, une pseudo-association de lutte contre le racisme dit anti-blanc
09:09qui a repris une étude de l'Institut national des études démographiques
09:17qui sort régulièrement. C'est une étude sur les trajectoires et origines.
09:20Et en fait, en la tordant pour dire si, si, c'est étayé scientifiquement
09:27puisque dans une question, les populations majoritaires blanches, c'est là le glissement,
09:38parmi les personnes interrogées dans cette catégorie-là, il y en a 15% qui disent
09:42oui, j'ai eu affaire à du racisme. Mais en fait, c'est un dévoiement total de cette catégorie-là
09:51puisque dans cette population majoritaire, c'est en fait toutes les personnes nées en France
09:57ou en France métropolitaine, nées françaises, ou alors dont les deux parents sont eux-mêmes nés en France.
10:03Donc ça veut dire aussi que des personnes racisées, mais qui sont françaises, sont dans cette catégorie-là.
10:09Donc ça explique ça. Mais eux, ils ont résumé ça par le fait que c'était des Blancs
10:14qui avaient dit à 15% qu'ils avaient été victimes de racisme. Voilà.
10:17Donc on est depuis 20 ans dans cette instrumentalisation politique de la droite
10:26et de l'extrême droite sur ce racisme avec des arguments en fonction des faits divers
10:33qui peuvent varier. Et voilà.
10:37Pour revenir quelques minutes sur le parquet et les juges d'instruction,
10:42est-ce que c'est rare des accords aussi frontaux entre les deux ou pas du tout ?
10:47Généralement, les juges d'instruction suivent les réquisitions.
10:51Mais quand le dossier d'instruction n'est pas suffisamment ficelé,
10:54et ça a l'air d'être le cas là, les différences d'appréciation là deviennent flagrantes.
11:05Et ce que dit le parquet, c'est exactement ça.
11:08C'est que le dossier d'instruction est insuffisamment étayé pour étayer justement
11:12la qualification aggravante de racisme.
11:16Donc ce qui est particulier, c'est que dans cette affaire très politique,
11:23qui donne lieu à toutes les instrumentalisations politiques,
11:28le parquet ne déroge pas à sa position depuis le début.
11:33Et malgré la nouvelle version des juges d'instruction,
11:37eux disent « non, c'est pas assez étayé pour que ce soit comme ça ».
11:41Et cette personne parle de pression médiatique ou politique derrière la requalification.
11:47Est-ce que c'est une hypothèse sérieuse ou juste un argument de la défense qui est plutôt classique ?
11:53Alors que les avocats de la défense et des victimes poussent selon leurs intérêts,
12:03c'est tout à fait normal.
12:04Et le jeu médiatique, enfin la tribune médiatique fait partie de ce bras de fer.
12:11quand il s'agit de finir une instruction avec un dossier qui arrivera après en cours d'assise.
12:18Donc ça, c'est tout à fait logique.
12:21Chacun est dans sa partie.
12:23Après, c'est l'instrumentalisation politique avec les différentes réactions à droite et à l'extrême droite,
12:30sur CNews, sur les médias de droite aussi,
12:35qui sort du cadre purement juridique et factuel et qui donne lieu à toutes les instrumentalisations.
12:43Donc là, on est sur un autre registre qui n'a rien à voir avec le fait et le journalisme.
12:51Et est-ce que l'extrême droite continue encore aujourd'hui d'instrumentaliser cette affaire ?
12:56Alors en fait, cette affaire, oui, mais toutes les affaires qui peuvent rentrer dans le cadre de ces thèmes tout
13:06à fait fallacieux,
13:07du grand remplacement, etc.
13:11Donc tout ce qui permet de pousser les thèses d'extrême droite et qui sont reprises après par la droite
13:20extrême,
13:21voire le bloc central, tout ça est bon à prendre.
13:26En fait, le dernier exemple, enfin de mémoire, mais c'est aux élections municipales,
13:35donc au moment des résultats, on a eu à nouveau une flambée de thématiques racisme anti-blanc,
13:41avec, vous vous souvenez, les vidéos qui avaient été prises de célébration de la victoire des nouveaux maires de banlieue
13:53et qui renouvelaient totalement le personnel politique.
14:00Donc ça, on a vu à ce moment-là revenir le racisme anti-blanc sur CNews et compagnie.
14:08Le maire de Saint-Denis, on lui impute régulièrement ça dès qu'il prend une décision.
14:15Donc c'est dès qu'il y a quelque chose qui permet d'étayer ce concept foireux,
14:23et totalement faux. Voilà, c'est pris et rapidement pris, sans pincette.
14:30Dernière question, est-ce que tu penses que ça va être aussi l'une des thématiques de la prochaine présidentielle
14:37en 2027 ?
14:39Malheureusement, oui. Alors que, bon, vu les dernières actualités, il faudrait peut-être regarder les questions climatiques.
14:48Enfin, il faudrait peut-être plus se poser les questions sur le climat.
14:53Mais en fait, tout le jeu de l'extrême droite qui n'a qu'un bouc émissaire, c'est l
14:59'immigré,
14:59et qu'un programme, c'est de renvoyer les immigrés parce que ça va faire des économies.
15:06Tout ce qui étaye ce programme-là avec des fausses concepts, ça va revenir forcément dans l'actualité,
15:14dès qu'il y aura un fait divers qui l'étaillera.
15:18Très bien. Eh bien, merci beaucoup.
15:20Merci à toi.
15:20Puis à bientôt sur l'Humanité.
15:24Sous-titrage Société Radio-Canada

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