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  • il y a 16 heures
Une pétition signée par plus de 700 000 opposants, un soutien apporté par le RN et un vote reporté au mois de juin puis, finalement, un retrait pur et simple… On va vous raconter l'histoire de la proposition de loi Yadan, qui a beaucoup fait parler d'elle cette année. Un texte supposé répondre à la montée des actes antisémites dans notre pays, qui intervient cependant dans un contexte de vive répression de la solidarité avec le peuple palestinien et cherche à museler davantage les voix critiques de la politique israélienne.

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00:00Une pétition signée par plus de 700 000 opposants,
00:02un soutien apporté par le RN et un vote reporté au mois de juin,
00:06puis finalement un retrait pur et simple.
00:08On va vous raconter l'histoire de la proposition de loi Yadant
00:11qui a beaucoup fait parler d'elle cette année.
00:13Un texte supposé répondre à la montée des actes antisémites dans notre pays
00:18qui intervient cependant dans un contexte de vive répression
00:20de la solidarité avec le peuple palestinien
00:23et cherche à museler davantage les voies critiques de la politique israélienne.
00:27Si la loi Yadant soulève tant d'inquiétudes et d'opposition,
00:30c'est aussi qu'elle est l'héritière de textes liberticides
00:32qui se sont succédés depuis plus de 10 ans dans notre pays.
00:36Des textes qui ont porté atteinte à la solidarité avec la Palestine
00:39et plus largement aux droits de toute la société civile.
00:43Finalement retirée de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale,
00:46la loi Yadant reste dans son esprit au moins d'actualité.
00:49Le 9 juillet dernier, la ministre Aurore Berger a présenté en Conseil des ministres
00:53un projet de loi visant à renforcer la lutte contre le racisme et l'antisémitisme
00:59qui pourrait être transmis au Sénat dès octobre prochain.
01:07Sous la présidence de Nicolas Sarkozy, déjà,
01:10certaines formes de critiques du gouvernement israélien sont prohibées.
01:13Et ce, au mépris de la liberté d'expression.
01:15En février 2010, dans une circulaire de politique pénale,
01:19la ministre de la Justice, Michèle Aliomari,
01:22s'emprunte aux appels au boycott des produits israéliens.
01:25S'appuyant sur la loi de 1881 sur la liberté de la presse,
01:29elle assimile ses actions à une provocation à la discrimination ou à la haine raciale.
01:34Et elle demande au procureur une réponse cohérente et ferme,
01:38autrement dit, l'engagement de poursuite pénale
01:40à l'encontre des participants aux campagnes de boycott.
01:43Cette circulaire survient alors même que la campagne BDS,
01:46boycott, désinvestissement, sanctions,
01:49prend une ampleur considérable en France,
01:51en réaction à l'opération plomb durcie,
01:54menée par l'armée israélienne dans la bande de Gaza,
01:56causant la mort de 1300 Palestiniens.
01:58Bien que très critiquée dès sa signature,
02:01la circulaire Aliomari est complétée en mai 2012,
02:04deux jours avant la prise de fonction de Christiane Taubira,
02:07par une deuxième circulaire signée Michel Mercier.
02:10Les poursuites se multiplient, les mobilisations aussi.
02:13A l'opération plomb durcie succède en juillet-août 2014
02:16l'opération bordure protectrice,
02:19dans laquelle 2200 Palestiniens sont tués.
02:21La campagne de boycott reprend de l'ampleur.
02:24Christiane Taubira, nommée garde des Sceaux depuis 2012,
02:27est régulièrement interpellée par des associations
02:29qui lui demandent l'abrogation des circulaires Aliomari et Mercier.
02:33Elle ne donne jamais suite.
02:34En 2015, 12 militants BDS de Mulhouse
02:38sont définitivement condamnés par la Cour de cassation
02:40pour incitation à la discrimination économique
02:43envers des personnes en raison de leurs appartenances à une nation.
02:47Leur faute, avoir distribué des tracts devant un supermarché
02:51pour tenter de dissuader les clients d'acheter des produits importés d'Israël.
02:55Les militants saisissent la Cour européenne des droits de l'homme
02:58qui condamnera la France en 2020 pour violation de la liberté d'expression.
03:02Le tournant législatif qui servira de base à la loi Yadant a lieu en 2014.
03:07Au mois de novembre, le délit d'apologie du terrorisme devient autonome.
03:12Jusqu'alors, il relevait du droit de la presse
03:15avec les garanties et le régime procédural propre à cette loi de 1881,
03:19très protectrice de la liberté d'expression.
03:22Les peines encourues ne changent pas,
03:245 ans de prison et 45 000 euros d'amende,
03:26mais les poursuites, garde à vue et comparutions immédiates
03:29se trouvent grandement facilitées.
03:31A l'époque, cette réforme veut répondre à un phénomène nouveau,
03:35la propagande intégriste qui, via Internet, recrute des combattants pour Daesh.
03:40Les juges antiterroristes sont débordés par cette vague.
03:43Ils n'ont à leur disposition que la loi sur la presse.
03:45Au nom de l'efficacité, ils réclament et obtiennent
03:48que l'apologie du terrorisme ne soit plus considérée
03:51comme une infraction aux droits de la presse,
03:53mais qu'elle devienne en soi un délit.
03:55L'ONG Amnesty International alerte dès 2015 sur les dangers d'une infraction
04:01insuffisamment caractérisée et susceptible de porter atteinte à la liberté d'expression.
04:06Mais ce n'est qu'après la vague d'attentats qu'on s'alarme en France
04:09des dérives de cette réforme.
04:11De ces types alcoolisés qu'on arrête pour des provocations idiotes,
04:15de ces individus souvent mineurs qu'on poursuit pour des postes sur les réseaux sociaux
04:19sans lien avec une entreprise terroriste.
04:21Après le 7 octobre 2023, ce délit se trouve massivement utilisé
04:26contre les acteurs du mouvement de solidarité avec le peuple palestinien.
04:30Dans une circulaire adressée au procureur,
04:32le garde des Sceaux d'alors, Éric Dupond-Moretti,
04:35réclame une réponse ferme et rapide face aux propos
04:38« vantant les attaques » en les présentant comme une légitime résistance à Israël.
04:42Propos constitutifs selon l'ancien avocat pénaliste d'apologie du terrorisme.
04:47Alors que débute le génocide à Gaza
04:49et que la solidarité avec le peuple palestinien s'organise en France,
04:53le nombre de procédures explose.
04:56Syndicalistes, étudiants, professeurs d'université, personnalités politiques,
05:00entre octobre 2023 et avril 2024, selon l'AFP,
05:04le parquet de Paris recense 386 saisines pour apologie du terrorisme
05:09en lien avec les événements au Proche-Orient.
05:12L'ancien juge antiterroriste Marc Trévidic,
05:14qui avait lui-même plaidé pour une justice plus outillée face aux propagandistes de Daesh,
05:20dénonce alors dans l'humanité un dévoiement de la loi.
05:23À cet usage détourné vient s'ajouter le recours du gouvernement
05:26à un arsenal législatif hérité de l'état d'urgence.
05:30Un ensemble de lois au contour tout aussi incertain.
05:33Le 12 octobre, cinq jours après les attentats commis par le Hamas,
05:37le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin adresse un télégramme au préfet
05:41leur ordonnant l'interdiction systématique des manifestations de solidarité avec la Palestine.
05:47À l'appui de sa demande, l'usage extensif du risque de troubles à l'ordre public,
05:53une notion très large introduite par l'état d'urgence
05:56et intégrée ensuite au code de la sécurité intérieure.
05:59Face aux arrêtés des préfets, plusieurs ONG saisissent en référé le Conseil d'État.
06:04La haute juridiction administrative vient alors rappeler que ces interdictions
06:08qui contreviennent au droit de manifester doivent être motivées et appréciées au cas par cas.
06:14Autre moyen de pression de la part du gouvernement,
06:16la dissolution d'associations de soutien au peuple palestinien.
06:20Bruno Rotaillot, qui succède en septembre 2024 à Gérald Darmanin, place Beauvau,
06:24y recourt à de nombreuses reprises, notamment à l'encontre du collectif Urgence Palestine en 2025.
06:31Cette dissolution administrative est rendue possible par la loi contre le séparatisme adoptée en 2021.
06:38Jusque-là, seules les associations provoquant des manifestations armées dans la rue
06:43pouvaient être dissoutes par décret en Conseil des ministres.
06:46En intégrant le motif très imprécis d'agissements violents à l'encontre des personnes ou des biens,
06:52la loi séparatisme autorise désormais les dissolutions à caractère politique.
06:57C'est dans ce contexte législatif propice à la restriction des libertés
07:01que la députée Renaissance Caroline Yadant dépose fin 2024 sa proposition de loi.
07:07Objectif affiché, lutter contre les formes renouvelées de l'antisémitisme.
07:12En prenant prétexte de l'indispensable lutte contre la recrudescence des actes antisémites en France,
07:18le texte permet d'assimiler toute critique de l'État d'Israël à la haine des Juifs.
07:23Aujourd'hui, la haine anti-juive dans notre pays se nourrit de la haine obsessionnelle à l'égard d'Israël,
07:29régulièrement délégitimée dans son existence et criminalisée.
07:33Le Conseil d'État, qui s'est penché sur ce texte, suggère début 2025 de le modifier substantiellement.
07:39Il se réfère notamment à l'article 10 de la Convention européenne des droits de l'homme
07:44relatif à la liberté d'expression auquel la proposition de loi Yadant est susceptible de porter atteinte.
07:50Mais son avis est alambiqué.
07:52Et dans la version remaniée du texte, des dispositions attentatoires aux libertés demeurent.
07:57Par exemple, la création d'un délit d'appel à la destruction d'un État reconnu par la République française,
08:03qui pourrait demain viser les partisans d'un État binational.
08:07Mais aussi l'ajout de la notion d'implicite au délit de provocation à des actes terroristes
08:13et d'apologie publique d'actes de terrorisme.
08:16Alors que les textes actuels laissent déjà de larges marges d'interprétation aux juges,
08:21de nombreux juristes alertent sur le risque de dérive si de telles dispositions devaient entrer en vigueur.
08:26Je voulais d'abord regretter ce nouvel élargissement.
08:29Et cet élargissement, il est considérable pour un juge.
08:33Je n'avais jamais vu ça, la notion de provocation implicite au terrorisme.
08:39Vous imaginez ce que ça veut dire ?
08:41Moi, je suis juge, il va falloir que je cherche, faire censeur de la pensée des autres,
08:46essayer de savoir ce qu'a voulu dire une personne de façon implicite,
08:50s'il a vraiment voulu provoquer à une action terroriste ou pas.
08:53Vous imaginez le travail ?
08:54Ça devient surréaliste.
08:56Non seulement on est dans le délit d'opinion,
08:57mais il va falloir en plus essayer de trouver un délit implicite d'opinion.
09:01Donc ça devient complètement ubuesque.
09:05Et déjà, le terrorisme est la notion la plus floue du droit pénal français.
09:10Il faut bien le comprendre.
09:11On a une définition floue et large.
09:14En France, une simple atteinte au bien peut être qualifié de terroriste.
09:18Donc vous mettez cette notion floue de terrorisme
09:20et vous mettez à côté la notion de provocation implicite.
09:22Vous mettez deux notions très très floues, imprécises,
09:25et vous demandez à un juge de juger ce genre de choses.
09:28Mais ça va être tout et n'importe quoi.
09:30Ça va être de l'arbitraire le plus total.
09:31À l'approche de l'examen du texte prévu le 16 avril,
09:35les tensions s'exacerbent.
09:36Sur le site de l'Assemblée nationale,
09:38une pétition réclamant le retrait de la loi Yadant
09:41recueille plus de 700 000 signatures.
09:43Cette pétition est enterrée par la Commission des lois
09:46la veille même de l'ouverture prévue des débats.
09:48Et le jour dit, le 16 avril,
09:50le groupe Ensemble pour la République se décide finalement
09:53à retirer de l'ordre du jour l'examen de la proposition de loi.
09:56La ministre Aurore Berger promet dès le lendemain
10:00de présenter un projet avant l'été.
10:02C'est chose faite depuis le 9 juillet dernier
10:04avec le projet de loi sur la cohésion républicaine
10:07destiné à renforcer la lutte contre l'antisémitisme et le racisme.
10:11Transmis au Sénat,
10:12il devrait être examiné à partir d'octobre prochain.
10:15Des discussions probablement houleuses.
10:17au moment où devrait s'amorcer pour de bon la campagne présidentielle.

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