00:00Benjamin Duhamel, votre invité et metteur en scène.
00:02Il a fait chanter et danser la ville de Paris devant un milliard de téléspectateurs à l'été 2024.
00:07Il est aussi à l'aise avec Shakespeare et Richard Troac qu'avec la comédie musicale Starmania qu'il a
00:13ressuscité.
00:13Et il a choisi France Inter pour nous révéler en exclusivité sa prochaine création pharaonique.
00:18Bonjour Thomas Jolie.
00:19Bonjour Benjamin Duhamel.
00:20Merci d'être avec nous ce matin.
00:22Bon, on ne va pas faire durer le suspense trop longtemps.
00:24Il y avait beaucoup de rumeurs sur vos projets futurs.
00:27Quel est donc le nouveau spectacle que vous allez diriger, que vous allez mettre en scène ?
00:31Eh bien, merci de m'accueillir pour que je puisse annoncer que j'ai la joie et l'honneur d
00:35'être le metteur en scène et le directeur artistique
00:37d'un nouveau spectacle musical autour de Dalida qui va s'appeler Dalida in Paradisco
00:42et qui sera créé au Dôme de Paris en octobre 2027 dans un entoupil.
00:47Donc dans un entoupil et ensuite en tournée dans toute la France.
00:50Un spectacle musical sur Dalida.
00:54expliquez-nous pourquoi avoir voulu vous lancer dans ce projet et ce qu'incarne Dalida pour vous Thomas Jolie.
01:01Bon, vous l'avez un peu rappelé, moi j'aime bien les monuments, qu'ils soient littéraires, musicaux ou même
01:06les vrais monuments autour de la scène.
01:08Et Dalida en est un.
01:09Et c'est vrai que son parcours, sa vie, son parcours de femme et son parcours d'artiste crée une
01:14matière exceptionnelle
01:15pour un spectacle qui, je crois, peut être non seulement onirique mais aussi très puissant émotionnellement.
01:21Et Orlando, son frère, souhaitait depuis longtemps créer un spectacle musical.
01:26Il est venu me trouver.
01:27Oui, il vous a choisi directement.
01:28Il est venu me trouver, me parler de cette idée.
01:30Et moi, je lui ai proposé le concept de paradisco qui n'est pas de moi, qui est vraiment de
01:34Dalida elle-même.
01:35Puisque peut-être vous connaissez Gigi Lamoroso, cette chanson qui raconte l'histoire d'un napolitain qui part aux Etats
01:41-Unis.
01:41D'ailleurs, vous savez quoi Thomas Jolie, on va faire plaisir aux Etats-Unis et on va en écouter un
01:44petit peu.
01:45Voilà, Arrivée à Gigi Lamoroso.
01:46Absolument.
01:47Il faut rappeler que cette chanson est le plus grand succès mondial de Dalida qui date de 1974.
01:52Qui raconte l'histoire de ce dragueur, charmeur napolitain qui part à la conquête d'Hollywood.
01:57Et qui revient bredouille.
01:58Et qui revient bredouille et qui donne une autre chanson quelques années plus tard.
02:01Mais vous savez tout.
02:02La fameuse Gigi in paradisco.
02:04Puisque Gigi meurt et il devient pour le coup vraiment une star mais au paradis qu'il transforme en paradisco.
02:09Et moi je pense que Dalida, elle est là-bas aujourd'hui au paradisco.
02:13Et depuis le paradisco, elle reverra sa vie, son parcours.
02:17Elle va en passer en revue sa vie.
02:18Et si je peux me permettre, faire la revue aussi de son parcours et de sa vie.
02:22Quand vous avez mis en scène Thomas Jolie, Starmania, ce qui était frappant,
02:25c'était le nombre de résonances contemporaines qu'il y avait sur tout un tas de thématiques.
02:29Sur l'écologie, sur aussi la question des éventuelles dérives autoritaires.
02:33Qu'est-ce qu'elle a d'actuel Dalida dans son parcours et dans son discours ?
02:38Moi je trouve que c'est la liberté et la modernité.
02:40Elle a toujours été une femme d'abord très puissante, en prise avec sa féminité,
02:45mais aussi qui prenait en main sa carrière.
02:48Elle a toujours su se renouveler.
02:49Elle a pris position par exemple pour les droits des personnes homosexuelles.
02:54Elle a participé au premier gala avec Lynn Renaud pour la recherche contre le sida.
03:01Et elle a toujours été positionnée très dans le progrès.
03:05Et j'ai l'impression que c'est aussi une figure réconciliatrice.
03:09Elle a toujours été adorée de plusieurs générations.
03:12Et encore aujourd'hui, alors que ça fait presque 40 ans qu'elle n'est plus là,
03:15dans les magasins, dans les taxis, dans les bars, dans les discothèques,
03:20réconciliatrices aussi parce qu'elle a traversé différentes cultures,
03:23de l'Egypte, l'Italie, la France.
03:25Elle est, je crois, un être de réconciliation.
03:27Et ça nous fait forcément du bien, je crois, aujourd'hui.
03:29Une figure qui rassemble.
03:30Vous parliez effectivement du fait que son frère et producteur Orlando
03:34étaient venus vous chercher.
03:35Je crois que vous avez eu accès à des archives incroyables.
03:37Absolument.
03:38J'ai la chance de travailler auprès d'Orlando,
03:40qui m'ouvre ses placards,
03:41dans lesquels sont rangés des classeurs,
03:44avec des articles jaunis depuis le début de la carrière de Dalida.
03:48Qu'est-ce qu'on y découvre alors dans ces archives ?
03:50On y découvre en fait que Dalida a été extrêmement bavarde.
03:54Elle a dit beaucoup de choses.
03:55Elle a été très, très suivie médiatiquement.
03:56Je rappelle que c'est la première à avoir été, comment dire,
04:00passée à la radio de manière répétée et récurrente avec Bambino.
04:03C'est comme ça qu'on a créé le tube, l'idée d'industrie presque du tube.
04:07Et donc, il y a beaucoup, beaucoup de mots de Dalida.
04:09Et pour le texte que je co-signe avec Maximilien Marciusson,
04:12on a décidé qu'entre les chansons, il y aurait des scènes parlées
04:15et que ce ne soit que des mots de Dalida.
04:16Donc moi, je pioche dans ces archives qu'Orlando m'ouvre.
04:19Donc tout le livret est déjà écrit
04:21et s'inspire de ce qu'a pu dire et écrire Dalida.
04:25Pour ceux qui nous écoutent ce matin, Thomas Joly,
04:27et qui se demandent évidemment qui va incarner Dalida.
04:31Je crois savoir que le casting, il va s'ouvrir dans quelques minutes.
04:35Je ne sais pas si dans ce studio, il y a peut-être certains candidats pour incarner.
04:38C'est le moment.
04:39Évidemment, plus sérieusement.
04:42De qui peut incarner Dalida ?
04:43Est-ce que vous cherchez une star ?
04:45Est-ce qu'au contraire, vous allez brasser l'âge ?
04:48On rappelle que dans Starmania,
04:50ce n'était pas forcément des personnalités qui étaient très connues.
04:53Et ça va être la même chose ici.
04:54On cherche une interprète qui a beaucoup de cordes à son arc
04:57parce que Dalida était chanteuse, danseuse, actrice aussi.
05:01Il faudra ces trois talents-là.
05:02Et puis on cherche plutôt une interprète d'origine italienne
05:06parce que cet accent, c'est aussi ce qui fait beaucoup Dalida, francophone évidemment.
05:11Il faut tous ces talents-là.
05:12Et le casting est effectivement ouvert sur le site du spectacle.
05:15Dans quelques minutes, à partir de 8h, si vous nous écoutez,
05:18il faut rappeler Thomas Joly que désormais,
05:20chacune de vos créations est un événement.
05:22Après le triomphe de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques,
05:25le succès de Starmania,
05:26dans le même temps, vous allez co-diriger,
05:28à partir de janvier 2027,
05:29le Théâtre National Populaire de Villeurbanne,
05:33qui est un haut lieu du théâtre public.
05:35Est-ce que c'est Dalida compatible comme fonction,
05:38ce projet de co-directeur du TNP de Villeurbanne ?
05:41Absolument.
05:41Et je voulais vous raconter une anecdote
05:43qui m'est arrivée en 2023 au TNP, à Villeurbanne,
05:47alors que je n'en étais pas le co-directeur,
05:49où je jouais ma dernière pièce,
05:51Le Dragon d'Evgenie Schwartz,
05:52c'est où j'attendais le début du spectacle.
05:54Une spectatrice vient à moi et me dit
05:56« Ah bah écoutez, moi j'ai vu Starmania à la Haile Tony Garnier à Lyon,
05:59et j'ai tellement aimé votre travail
06:01que je voulais en découvrir davantage. »
06:02Et voilà que pour la première fois,
06:04j'entre au TNP pour découvrir une pièce,
06:05donc d'Evgenie Schwartz,
06:07qui est évidemment moins connue que Starmania.
06:09Et donc je crois que c'est non seulement compatible,
06:12mais heureux de faire ses ponts et ses porosités
06:14entre les mondes, entre les objets culturels,
06:16parce que le public en fait s'y retrouve.
06:18Et j'ai donc la grande joie de co-diriger
06:20avec Laetitia Guédon à partir du 1er janvier
06:22ce théâtre emblématique.
06:23Donc ce que vous nous expliquez Thomas Jolie,
06:25c'est que vos créations populaires, monumentales,
06:27au fond, elles servent à attirer
06:30un certain nombre de publics vers le théâtre public.
06:33Vous n'avez jamais vécu une forme de,
06:35je ne sais pas, peut-être de snobisme
06:36de la part de vos pères du théâtre public
06:38qui auraient pu considérer que
06:40ce n'était pas tout à fait du bon niveau
06:42d'aller mettre en scène Starmania
06:43ou de faire chanter, danser à Yannakamura
06:45avec la garde nationale ?
06:46Oh, il y en a, du snobisme ça, c'est sûr.
06:49Par exemple, vous en avez été victime directement,
06:52il y a des gens qui vous ont lié ?
06:53Effectivement, oui, mais même, je crois que
06:55moi je ne hiérarchise pas les objets culturels
06:57et j'aime en fait toutes les cultures
06:59et tous les objets.
07:00Et effectivement, vous reparlez d'Yannakamura
07:02qui chante à Znavour
07:03mais aussi avec la garde républicaine.
07:05Voilà, tout ça c'est de la musique,
07:06ça se rencontre, ça crée de la surprise,
07:07ça crée de la beauté.
07:08Moi je crois beaucoup à ces ponts-là,
07:10sans mauvais jeu de mots par rapport à la série.
07:12Au pont des arts, oui.
07:13Mais je crois à ces ponts-là
07:14et je n'ai pas de mépris.
07:16Je n'ai pas envie d'avoir du mépris.
07:17S'il y en a, écoutez, tant pis.
07:20Moi je continue à croire à ces rencontres.
07:22Oui, il y avait cette phrase formidable
07:23de votre prof de théâtre,
07:24le grand metteur en scène Stanislas Nordé
07:25qui vous avait dit
07:26il faut savoir piocher partout
07:27de Britaine à Britney
07:29faisant référence à Benjamin Britaine
07:30jusqu'à Britney Spears.
07:32C'est ça la touche Thomas Joly ?
07:34Absolument.
07:35En tout cas, de pouvoir piocher partout,
07:37de ne pas hiérarchiser,
07:38de ne pas avoir de mépris
07:39parce que chacun porte une culture
07:40et des goûts différents.
07:42Et je crois que chaque culture est légitime.
07:43Vous allez donc diriger un théâtre public,
07:45Thomas Joly,
07:45qui vit de subvention
07:46avec une élection présidentielle en mai 2027
07:49qui pourrait voir,
07:50si l'on en croit les sondages,
07:51Marine Le Pen accéder au pouvoir.
07:52Est-ce que ça vous inquiète ça ?
07:54Alors qu'elle accède au pouvoir, oui.
07:56D'autant qu'on voit
07:57comment ce parti traite la culture.
07:59On l'a vu,
07:59quelques annulations
08:00dans des théâtres municipaux
08:02dont la municipalité est donc devenue RN.
08:04Ça nous alarme, évidemment,
08:06sur ce traitement.
08:08Mais là où, par exemple,
08:09au TNP, il y a une sécurité,
08:11c'est que ce théâtre
08:12est aidé par plusieurs partenaires.
08:15Oui, il y a aussi les régions.
08:16Absolument.
08:16Et la ville de Villeurbanne.
08:17Donc c'est ça aussi
08:18qui peut nous permettre...
08:20Mais plus généralement,
08:21la façon dont un créateur,
08:23un metteur en scène,
08:24envisage le fait
08:24de continuer de créer
08:25avec un pouvoir politique
08:27qui passerait effectivement
08:28aux mains du Rassemblement National.
08:30C'est une question,
08:31évidemment,
08:33très importante.
08:34Moi, je trouve que c'est alarmant,
08:35mais en même temps,
08:35c'est instructif.
08:36Parce qu'on voit bien, en fait,
08:37que les récits qui sont,
08:38par exemple, annulés
08:38dans certains théâtres,
08:39sont des récits
08:40qui ne correspondent pas
08:41à leur narratif.
08:42Et ça, c'est intéressant
08:43parce que ça nous renseigne
08:44sur deux choses.
08:44D'abord, un,
08:46qu'il y aurait des narratifs
08:47qu'ils voudraient imposer
08:48et ça, c'est très dangereux.
08:49La deuxième chose,
08:50c'est qu'ils ont peur
08:51qu'on puisse proposer
08:52d'autres récits.
08:53Comme si les spectateurs
08:54n'étaient pas simplement
08:55libres de leur émancipation
08:56et des choix qu'ils peuvent faire
08:57pour aller au théâtre,
08:58au cinéma
08:58ou lire des livres.
09:00Et ça, c'est alarmant.
09:02Je rappelle que la culture,
09:03elle ne s'impose à personne.
09:04La culture, c'est un choix.
09:05On décide d'ouvrir un lit,
09:06voudre le refermer,
09:07d'éteindre sa télé,
09:07d'aller au cinéma, etc.
09:08Donc, c'est quoi ?
09:09Comme patron de théâtre,
09:10vous seriez une sorte
09:10de contre-pouvoir ?
09:12Donc, vous resteriez en place ?
09:13Vous ne diriez pas,
09:13moi, dans ces conditions,
09:14je quitte mon poste
09:16dans la public ?
09:16Moi, je continuerai à créer,
09:17en tout cas,
09:17parce que je crois
09:18que la culture et le théâtre
09:19sont des outils d'émancipation
09:20à la fois intime et personnel
09:21qui nous permettent aussi
09:22de retrouver un peu
09:23de discernement
09:23et de clarté
09:25dans un monde bien confus.
09:26Un mot pour terminer,
09:27Thomas Jolie,
09:27sur celle que vous aviez choisie
09:28comme l'une des figures
09:29de la cérémonie d'ouverture
09:30des Jeux Olympiques.
09:31C'était la DJ Barbara Butch
09:32qui, depuis cet été,
09:34particulièrement est victime
09:34d'appels au boycott,
09:35d'insultes antisémites.
09:36Plusieurs de ses performances
09:37ont été annulées.
09:39Quel regard est-ce que vous avez
09:40sur ce qu'elle a pu subir
09:42et on imagine
09:43que vous la soutenez ?
09:43Je n'ai pas été tout à fait...
09:46Moi, je n'étais pas d'accord
09:47avec sa signature
09:49à cette tribune,
09:52à un projet de loi.
09:53Elle a signé une pétition
09:54pour soutenir la loi Yadant
09:56et elle s'est ensuite expliquée
09:58en disant qu'elle avait regretté
09:58de signer cette pétition.
10:00Je trouve que c'est un peu lourd
10:01comme réaction en face.
10:04D'abord, elle est toujours victime
10:05de cyberharcèlement
10:06depuis, pas seulement cette affaire,
10:07mais depuis la cérémonie
10:09et même avant.
10:10Et puis, d'un coup,
10:10ça s'inscrit dans le réel.
10:11Moi, j'ai trouvé que c'était difficile.
10:14Quand on est artiste
10:14et qu'on est exposé
10:15d'être à ce point une cible
10:17et je lui ai apporté mon soutien
10:19effectivement à cet endroit-là.
10:21Et donc, elle doit pouvoir
10:22continuer à jouer, à se produire ?
10:23En fait, je crois que dans ce pays,
10:24on a beaucoup de chances
10:25d'avoir plein de moyens
10:26d'exprimer nos désaccords
10:27et nos désapprobations.
10:29Je ne suis pas certain
10:29que c'est de mettre en danger
10:31une artiste.
10:31Je ne suis pas sûr
10:32que ce soit la meilleure façon.
10:33Merci beaucoup Thomas Jolie.
10:34Dalida, une paradisque.
10:35Ça démarre dans un an,
10:36en octobre 2027,
10:36au Dôme de Paris.
10:37Et vous pouvez prendre vos places
10:38dès demain.