00:00Bien sûr, 5h, 7h, Europe 1 bonjour.
00:03Europe 1, il est 5h42, Alexis de la Fléchère, votre invité ce matin est proviseur, il s'appelle Nicolas Bonnet,
00:09proviseur du lycée de Libourne, près de Bordeaux.
00:12Bonjour Nicolas Bonnet.
00:13Bonjour.
00:14Merci d'être avec nous ce matin sur Europe 1. Aujourd'hui c'est l'acte 5 de la mobilisation
00:19lycéenne.
00:20Plusieurs organisations lycéennes et des syndicats enseignants appellent à descendre massivement dans la rue.
00:26On parle d'un nouveau mardi noir en perspective. En tout cas, il y a de l'inquiétude ce matin,
00:31puisque les images de ces dernières semaines sont terribles.
00:35Des lycées incendiées, des facultés saccagées, des chefs d'établissements agressés.
00:39Hier, encore au moins 8 personnels de l'éducation nationale blessés.
00:44Et puis à Aubagne, un adolescent de 14 ans a tiré au fusil de chasse sur le principal de son
00:49collège et sur une enseignante.
00:51Tous les deux ont été blessés. Je précise aux auditeurs d'Europe 1 que leurs jours, heureusement, ne sont pas
00:56en danger.
00:57Mais c'est vrai que Nicolas Bonnet, au vu du contexte actuel, est-ce que vous ne craignez pas qu
01:03'à un moment donné, il y ait un mort d'un côté comme de l'autre ?
01:07Alors pour commencer, je voudrais d'abord avoir une pensée pour le principal du collège d'Aubagne
01:13et puis l'enseignante qui ont été blessés tous les deux à un coup de fusil de chasse.
01:17Pour toute la communauté éducative qui a dû gérer cette situation très traumatisante.
01:22Et puis pour la quarantaine de collègues qui ont pu être blessés au cours de ces derniers jours de mobilisation
01:29lycéenne.
01:29Oui, bien sûr, notre crainte, c'est que ça dérape et qu'on ait un collègue qui soit encore plus
01:34gravement blessé, voire au-delà.
01:37Nous, ce qu'on attend, c'est une désescalade après la journée d'aujourd'hui.
01:40On espère que les politiques vont s'emparer vraiment du sujet et nous ouvrir une porte de sortie
01:47parce que ce n'est pas les personnels de direction qui pourront répondre à toutes les revendications des lycéens.
01:55Quand on est principal, c'est pour le collège. Quand on est proviseur, c'est pour le lycée.
01:58Comment vous expliquez que certains, sûrement une minorité, s'en prennent à vous directement ?
02:04Pourquoi s'attaquer à un principal, à un proviseur ?
02:06Vous n'êtes pas au gouvernement ? Vous n'avez finalement rien à vous reprocher dans ce qui se déroule
02:13en ce moment à l'éducation nationale ?
02:15D'abord, je pense que dans la très grande majorité des cas, ce sont des jeunes qui ne sont pas
02:20des lycéens de nos établissements
02:23qui agressent les personnels de l'éducation nationale.
02:26Donc, en fait, ils s'en prennent à nous simplement parce qu'on est un symbole.
02:30On est peut-être un des derniers symboles de la République dans certains quartiers.
02:34Donc, ils s'attaquent à nous pour cela.
02:37Et en revanche, le rapport qu'on peut avoir avec nos lycéens est très bon.
02:43Et ils sont, en général, beaucoup plus respectueux de nous.
02:46Et d'ailleurs, on partage beaucoup de leurs revendications aux lycéens.
02:50Pas les casseurs.
02:50Les casseurs, ceux-là, il faut effectivement les arrêter et mettre de l'ordre, effectivement, à ce niveau-là.
02:57On va en parler des revendications.
02:59Mais d'abord, est-ce que vous avez peur, en tant que proviseur, qu'on puisse, à un moment donné,
03:05s'en prendre à vous ?
03:07Est-ce que le matin, ça vous traverse l'esprit en partant ?
03:11Je pense que tous nos collègues, quand on se lève le matin de plus en plus tôt pour aller vérifier
03:16qu'il n'y ait pas de poubelle devant nos établissements,
03:19effectivement, on a en tête d'essayer de rester le plus à distance possible pour éviter un incident.
03:26Mais la fatigue vient.
03:29Là, ça fait maintenant 15 jours, bientôt trois semaines qu'on est dans cette mobilisation, dans ces conflits.
03:34Et je pense qu'il y a des collègues qui sont de plus en plus épuisés.
03:37Et c'est là qu'on risque de prendre de mauvaises décisions, de faire peut-être le mauvais geste ou
03:41avoir la mauvaise parole
03:43et prendre un risque inconsidéré, en fait.
03:46Donc, il est temps que ça s'arrête.
03:48Évidemment, avec ce fusil de chasse sorti à Aubagne, il y a une question qui revient ce matin.
03:53C'est évidemment celle du contrôle devant les établissements scolaires.
03:57Est-ce qu'il faut en arriver à des fouilles systématiques ou pas ?
04:01Alors, la fouille systématique, ce n'est pas une solution parce qu'on n'aura jamais le personnel et le
04:06temps
04:06nécessaire pour fouiller intégralement tous les élèves.
04:09Moi, la question que je me pose quand même aujourd'hui, c'est comment se fait-il qu'un jeune
04:14de 14 ans ait accès chez lui à des armes de chasse
04:18qu'il puisse partir le matin, le lundi matin pour aller dans son collège avec une arme de chasse.
04:25Moi, c'est surtout cette question-là pour laquelle j'aimerais avoir des réponses.
04:29Comment vous imaginez cette journée ? Parce que ce mardi va être extrêmement tendu, on le sait.
04:35Qu'est-ce qu'on peut faire pour tenter d'apaiser les choses ?
04:38Vous parliez des revendications, mais c'est vrai que le gouvernement a déjà proposé certaines choses.
04:43Quelle est la mesure qui va permettre de retrouver le calme que tout le monde espère ?
04:48À l'heure actuelle, dans une mobilisation lycéenne comme celle-là, avec un peu de mémoire,
04:52on s'aperçoit que pour en sortir, il faut un geste qui vienne de très haut.
04:57En général, ça vient du monarque républicain.
04:59Donc, il faut qu'Emmanuel Macron prenne la parole, c'est ce que vous nous dites.
05:01Je pense qu'il faut que le président de la République reçoive les représentants des lycéens
05:07et qu'il propose un certain nombre de gestes forts pour détendre et apaiser la mobilisation.
05:16Donc, les annonces du ministre de l'Éducation nationale sur les professeurs remplaçants,
05:21les fameux 3000 professeurs remplaçants, c'est une mesure, certes, mais pas suffisante.
05:26On l'entend dans votre discours ce matin.
05:29Alors, dans ce qu'il avait annoncé, il y avait deux temps, en fait.
05:32Il y avait le premier temps avec les titulaires remplaçants.
05:34Ça, c'est une mesure qui, honnêtement, c'est de la communication ministérielle.
05:39Ça ne répond pas à la question.
05:40Si ces enseignants ne sont pas devant les élèves à l'heure actuelle,
05:44c'est parce qu'ils enseignent des disciplines dans lesquelles il n'y avait pas de besoin.
05:47On ne va pas faire faire un professeur d'éducation physique et sportive de la philosophie.
05:51C'est simple, tout le monde peut le comprendre.
05:53Un jeune enfant sait qu'on ne ferait pas rentrer un carré dans un rond.
05:56C'est la même chose.
05:57En revanche, il avait annoncé qu'on allait recruter des professeurs contractuels.
06:01Ça, c'est la bonne réponse, mais il faut le faire massivement et vite.
06:05Il faut qu'il soit devant les élèves à la rentrée de la Toussaint.
06:08On verra si le chef de l'État prend la parole.
06:10C'est vrai qu'on ne l'a pas entendu du tout pour l'instant.
06:13Je voulais vous faire réagir aussi, Nicolas Bonnet,
06:16à les revendications dans ce qu'on appelle les banlieues populaires.
06:21On a vu certains jeunes, notamment issus de l'immigration,
06:24qui éprouvent un profond sentiment d'abandon.
06:28Et pourtant, d'autres disent que beaucoup a été fait,
06:30que beaucoup d'argent a déjà été investi.
06:34Quelle réponse leur apporter de plus, j'ai envie de dire ?
06:38Vous savez, ces jeunes, ils voient au travers des réseaux sociaux,
06:42notamment, la différence entre des salles de classe dans les lycées de centre-ville,
06:48qu'ils soient publics ou privés, notamment,
06:52et les conditions dans lesquelles ils sont.
06:54Effectivement, on a investi beaucoup d'argent,
06:56les régions ont investi beaucoup d'argent
06:58et ont construit de nouveaux lycées dans ces territoires des banlieues, notamment.
07:04Mais n'empêche qu'ils s'aperçoivent bien
07:07qu'ils sont beaucoup plus nombreux dans leur classe,
07:09ils n'ont pas toujours les professeurs en phase 2,
07:12alors que dans les beaux quartiers, les quartiers chics,
07:15pour faire simple, les conditions ne sont pas les mêmes
07:18et on travaille dans de bien meilleures conditions
07:19et on a plus de chances de réussir.
07:21Un dernier mot, parce qu'il va falloir conclure, Nicolas Bonnet,
07:24mais c'est vrai, sur ces vidéos qu'on voit sur les réseaux sociaux,
07:27alors c'est peut-être une petite minorité,
07:29mais on voit des jeunes qui filment,
07:31qui sont parfois extrêmement excités, extrêmement haineux,
07:34qui ont du mal à développer un raisonnement,
07:36qui cassent, qui pillent.
07:37Il y a des vidéos qui circulent, tout le monde les voit.
07:40Comment rattraper cette jeunesse
07:42qui paraît, excusez-moi du terme, mais complètement perdue ?
07:44Alors effectivement, ces jeunes sont d'une toute petite minorité
07:48qui ne sont plus scolarisés dans nos établissements.
07:50C'est pour ça qu'ils s'en prennent au symbole de la République.
07:54La réponse, c'est aux politiques de la portée.
07:59Parce que dans ce cas-là, vous pouvez imaginer,
08:00ce sont des élèves qui sont, on peut l'imaginer,
08:02exclus des établissements qui sont mis dehors.
08:06Ça peut être ça, ça peut être juste des décrocheurs aussi,
08:09parce qu'ils ont été parqués dans des établissements
08:12et des formations qui ne les motivaient pas,
08:14et donc ils ont décroché et ils ne sont plus scolarisés.
08:17Ça peut être la grande majorité, c'est plutôt ça.
08:19Il y a du pain sur la planche, en tout cas.
08:20Il y a du boulot en perspective.
08:23Merci à vous Nicolas Bonnet.
08:24Je rappelle que vous êtes proviseur de lycée à Libourne,
08:28près de Bordeaux,
08:28et également secrétaire national du SNPDN,
08:32UNSA, Syndicat National des Personnels de Direction
08:34de l'Éducation Nationale.
08:36Merci à vous.
08:37Merci également.
08:39Merci d'être avec nous.
08:40Très bon début de matinée, 5h50.
08:42Vous écoutez Alexis de la Fléchère, Europe 1.
08:43Bonjour, c'est jusqu'à 7h.
08:45Dans un instant, le Club Culture Europe 1,
08:48ce sera juste après le journal permanent
08:51avec Christophe Lamarre.