00:00Charline, à Lagneux, dans la plaine de Lens, vous nous emmenez en zone rurale où les jeunes
00:05sont confrontés à plusieurs problèmes de mobilité.
00:08Ça commence dès l'école primaire, le collège, le lycée.
00:12Hier, je vous parlais de cette jeune autrice et activiste, Lumière Lapray, qui nous guide
00:15dans la région.
00:16Elle est née dans le village de Proulieu, 400 habitants, ce qu'à Paris on appelle un immeuble.
00:23Son collège se situait à 20 minutes en voiture, oui, mais en quart scolaire.
00:28On y passait une heure et demie allée, une heure et demie retour.
00:31Oui, facilement.
00:33On était tout au bout de la ligne, en fait.
00:36Du coup, on était les premiers ramassés le matin et les derniers déposés le soir.
00:40Lui, c'est son ami Romain, son pote de collège, enfin plus que ça, son pote de quart scolaire.
00:45Parce que trois heures par jour, ça scelle l'amitié.
00:48Tu termines l'année, tu as passé un trimestre sur la route.
00:52Chaque trajet est un voyage scolaire, en fait.
00:55Imaginez qu'en arrivant, le prof est absent et non remplacé.
00:57Qui est-ce que tu as le plus envie d'insulter ?
00:59Le ministre de l'éducation ou celui des transports ?
01:02Alors l'État est heureusement parvenu...
01:03Ou la terre entière.
01:04Oui, c'est sûrement.
01:06L'État est heureusement parvenu à remédier à cette situation,
01:09puisqu'en ce moment, dans toutes les villes de France,
01:11les lycéens sont directement raccompagnés par des cars de CRS, bien sûr.
01:15Alors aujourd'hui, à Proulieu, l'arrêt de car de l'Oumir et Romain est toujours là, au même endroit.
01:20C'est un petit abribus en bois avec toujours rien pour s'asseoir.
01:24Eh oui, puisque tu vas poser tes fesses trois heures dans le quart, à quoi ça sert ?
01:27Enfin quand même, à 6h30 du mat, peut-être ajouter une petite planche, c'était pas du luxe.
01:32Mais en dehors de la vie scolaire, alors, quand on est jeune là-bas, comment on fait ?
01:36Et attention, révélation.
01:37Maman, si tu nous écoutes, désolée, mais avec Romain, c'est la première fois que j'ai fait du stop.
01:41Ce qui était complètement interdit.
01:43Mais en fait, on n'avait pas de manière d'aller à nos trucs.
01:45On était dans le même groupe de musique avec Romain.
01:49Et en fait, pour nos répètes, par exemple, on ne pouvait pas y aller si jamais on ne faisait pas
01:53de stop.
01:54C'était surprenant des fois, les rangs.
01:56On a eu des trajets en stop assez rocambolesques.
01:58Et en même temps, si on ne l'avait pas fait, il y a plein de trucs auxquels on n
02:02'avait pas accès.
02:02Et quand on a 16 ans, on a envie de sortir de chez soi.
02:05Ça nous force à faire des trucs dangereux, en fait.
02:07C'est pas très prudent de faire du stop.
02:09Surtout dans cette région Auvergne-Rhône-Alpes,
02:11où à tout moment, t'as Laurent Wauquiez qui s'arrête pour te faire monter.
02:15Ah non, pardon, c'est vrai, lui, il est contre la Sistana, donc non.
02:18Ensuite, le train.
02:19La ligne de train Lyon-Ambérieux-Enbuget est l'une des plus perturbées de France,
02:24avec 11% de retard.
02:25Les jeunes profs qui ne sont pas motorisés, donc, arrivent en retard.
02:29Et pire, ils arrivent en retard pour pouvoir sanctionner les élèves
02:32qui arrivent eux aussi en retard, vous voyez.
02:34Fabrice est directeur délégué dans un lycée de la région
02:36et il soulève un autre problème.
02:38Pour mes élèves de bac professionnel qui doivent faire des stages,
02:41par exemple, on a un potentiel d'entreprise sur le parc industriel de la Plaine de l'Ain,
02:46c'est quasiment mission impossible, il n'y a pas de transports qui sont organisés.
02:50Donc on est vraiment enclavés de ce côté-là et ça pose vraiment des problèmes.
02:55Il faut dire que le parc industriel dont je vous ai parlé hier,
02:58il a été construit loin des grands axes ferrés et autoroutiers.
03:02Écoutez, quand on est au pouvoir public, on ne peut pas penser à tout non plus.
03:06Qui aurait pu prédire que les enfants des classes moyennes et populaires
03:09auraient besoin de se former aussi ?
03:11Et le vélo électrique, me direz-vous ?
03:13Alors là, n'y pensez même pas, l'espérance de vie à vélo sur ces routes là-bas, c'est
03:1715 minutes.
03:18Ça reste trois fois plus que place de la Concorde à Paris, je vous dirais.
03:21À l'agneux, on entend des choses comme « c'est le drame ! »
03:25« Non, non, c'est Dric qui a demandé un vélo à Noël, je pense qu'il a envie d
03:27'en finir. »
03:29Mais blague à part, j'apprends là-bas que 71% des accidents mortels en bagnole
03:33se produisent dans les campagnes qui ne regroupent pourtant qu'un tiers de la population.
03:37Et du côté de l'agneux, et c'est à mot, il y a beaucoup de gens qui ont un
03:40proche qui s'est cartonné en bagnole.
03:41Sachant que la plaine industrielle, c'est le terminus des camions qui viennent de toute l'Europe
03:46avec les chauffeurs en bout de course.
03:47Donc je ne vous fais pas un dessin.
03:49Pour conclure, puisque cette chronique est consacrée à la mobilité des jeunes et aux jeunes,
03:53j'adresse tout mon soutien aux lycéens.
03:55Parce qu'en ce moment, ce qui réduit le plus leur mobilité en France, je crois que c'est les
03:58CRS.
03:59Ah ben voilà !
04:00Charline, par ailleurs, vous lancez un appel aux habitants de Revins.
04:04On dit Revins ou Revins ?
04:05Revins, dans les Ardennes.
04:07Rendez-vous jeudi à midi au Goyer.
04:11Le Goyer, c'est encore un nom de bistrot ?
04:12C'est un resto.
04:13C'est un resto ?
04:14On fera la liste à la fin de l'année ?
04:16Bien sûr, évidemment.
04:16On fera la liste.
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