00:00Monsieur le Premier ministre, la France dispose de beaucoup d'atouts, mais d'année en année, Emmanuel Macron et les
00:06majorités qui l'ont soutenu ont changé l'or en plomb.
00:10Vous êtes dans la tempête, votre boussole s'affole et le bateau est en train de sombrer dans une crise
00:15financière qui se profile distinctement.
00:18Je ne prendrai qu'un seul exemple, nous empruntons aujourd'hui sur les marchés à un taux de près de
00:235%, le plus élevé de la zone euro avec des retombées brutales et insupportables pour les ménages français.
00:29Oui, Monsieur le Premier ministre, les crises s'accumulent. Crise du logement, crise agricole, crise énergétique, crise du pouvoir d
00:35'achat, crise de la dette, crise environnementale
00:37et maintenant celle d'une jeunesse désenchantée, parfois en détresse, que vous êtes incapable de rassurer parce que je crois
00:42que vous ne les comprenez pas.
00:44Monsieur le Premier ministre, cela fait 10 ans que nous vous demandons de changer de cap, 10 ans que nous
00:49vous alertons sur vos choix injustes et leurs conséquences pour les plus modestes.
00:53Avec votre budget pour 2027, vont trinquer une nouvelle fois les retraités, les salariés, les fonctionnaires, les malades, les étudiants.
01:03Pendant ce temps, votre ministre du Budget s'extasie sur la contribution différentielle sur les hauts revenus, dont le rendement
01:09sera inférieur à 800 millions d'euros en 2026.
01:13Mais dans le même temps, vous faites les poches de l'unédic de 2 milliards d'euros.
01:17Notre pays doute, se fracture, les colères montent inexorablement, alors avec une illustration fatale qui est la montée de l
01:26'extrême droite dans notre pays.
01:27Alors, Monsieur le Premier ministre, pour redresser le pays, vous nous promotez des efforts, des efforts, je vous cite, justement
01:35partagés.
01:36Pouvez-vous ici, Monsieur le Premier ministre, et maintenant, nous en apporter la preuve ?
01:41Pour vous répondre, la parole est au Premier ministre.
01:45Merci beaucoup, Monsieur le Président du Sénat, Mesdames et Messieurs les sénatrices et sénateurs.
01:50Monsieur le Président Patrick Cannaire, si je comprends bien, votre question est sur le budget pour l'année prochaine.
01:59Première des choses, ce budget a été imaginé en respectant les échéances démocratiques de l'élection présidentielle,
02:06c'est-à-dire en le rendant le plus réversible possible, ne préemptant pas le choix que les Françaises et
02:11les Français peuvent faire l'année prochaine.
02:13C'est d'ailleurs pour ça qu'il s'inscrit dans un cadre de stabilité fiscale.
02:16Ce qui ne vous plaît pas, je le sais, vous me l'avez écrit d'une lettre que vous avez
02:20signée avec Monsieur Vallaud et Madame Roland,
02:23mais j'assume cette encre de stabilité fiscale à quelques mois où les Français vont pouvoir choisir, justement, une orientation
02:31en matière de fiscalité.
02:33Deuxième des choses, on peut parler des recettes, Monsieur le Président Cannaire.
02:37Nous l'avons beaucoup fait l'année dernière, mais toutes les recettes du monde, tous les rétablissements de l'ISF
02:43du monde,
02:44toutes les taxes Zuckman du monde ne permettra pas d'écarter le débat sur la dépense publique.
02:50Qu'on le veuille ou non, le tendanciel de l'augmentation des dépenses publiques,
02:54parce que la multiplication par deux du budget de la défense nationale, je le revendique, nous l'assumons,
03:00il faudra continuer à le financer, parce que le défi démographique,
03:04qui bien souvent, et on l'a vu sur le débat sur la réforme des retraites,
03:08se transforme en déni démographique, parce qu'une population qui vieillit, par définition,
03:13rend un tendanciel sur la sécurité sociale qui est beaucoup plus élevé,
03:17sur la sécurité sociale maladie comme sur la sécurité sociale retraitée.
03:22Les collectivités locales, vous avez été président de département comme moi,
03:25on aura l'occasion de débattre ici sereinement et calmement du budget des collectivités,
03:29mais vous le voyez bien qu'il y a un appel aussi de réformes structurelles.
03:33Le seul tendanciel des collectivités locales pour l'année prochaine, sans rien faire,
03:38sans aucune décision du Parlement, c'est 11 milliards d'euros de plus, monsieur le président Cannaire.
03:43Alors, on peut, après, une fois plus, je n'ai pas d'agenda, ce qui me rend libre de parole,
03:48et d'ailleurs, quelque chose me dit que je vais l'être de plus en plus.
03:51La réalité, c'est qu'on peut revenir sur la politique de l'offre,
03:55on peut revenir sur les choix de fiscalité qui ont été faits,
03:58on peut rétablir la taxe d'habitation, vous pouvez le proposer, on verra si ça sera voté,
04:02on peut revenir sur le Ségur de la Santé, 18 milliards d'euros,
04:05l'augmentation pour les personnels de soins dans les EHPAD et dans les hôpitaux,
04:11je suppose que vous ne le proposez pas.
04:13On peut revenir sur l'augmentation du budget de la Défense nationale.
04:16Je pense qu'au fond, le moment qui s'ouvre devant nous est un moment pragmatique.
04:22Il y a les grands sujets qui doivent être tranchés par les Françaises et les Français à l'élection présidentielle.
04:26Et à court terme, un certain nombre de sujets budgétaires doivent être tranchés par les deux chambres
04:33dans le cadre d'un bicamérisme respectueux et respecté.
04:36Mais ne faisons pas croire aux Français.
04:38Après avoir suspendu la réforme des retraites,
04:41on s'en rappelle, monsieur le président Cannaire,
04:43on ne peut pas dire aujourd'hui, après la suspension de la réforme des retraites,
04:48découvrir le solde de la sécurité sociale sur la branche retraite.
04:51Moi, j'ai toujours été honnête et transparent.
04:55Mais alors les recettes, toutes les recettes du monde
04:58ne permettront pas, ni à cette Assemblée,
05:00ni à l'Assemblée nationale de l'autre côté de la Seine,
05:02de se dispenser d'un débat éclairé, constructif,
05:06sur l'évolution de la dépense publique.
05:08Alors, si le gouvernement est prêt et a été prêt à un compromis une fois,
05:13il l'est de nouveau, cela va sans dire.
05:15Mais il y a une réalité, parce que vous parlez des taux d'intérêt,
05:19merci de l'avoir fait, trop peu en parlent dans le débat politique français.
05:23Les taux d'intérêt, les marchés financiers,
05:26la crédibilité de la signature de la France,
05:29y compris d'ailleurs pour celles et ceux,
05:31et pour respecter la liberté de celles et ceux qui nous suivront,
05:36nécessitent, quoi qu'il arrive,
05:38d'avoir un projet de loi de financement pour la sécurité sociale
05:41et un projet de loi de financement pour l'État
05:43qui arrivent à 5% de redressement,
05:46c'est-à-dire 5% de déficit,
05:47c'est-à-dire en fond 4-8 dégradés à 5 pour l'effort de défense.
05:51Donc, loin de toute forme d'esprit de polémique
05:53ou d'une discussion de politique générale entre nous,
05:56maintenant, c'est le moment aussi de la grande clarification.
05:59J'ai vu les propositions que votre famille politique a formulées à Blois,
06:03j'ai suivi quelques débats aussi télévisés dans le cadre de votre primaire,
06:08un candidat a gagné,
06:10maintenant, c'est le moment aussi de la clarification entre nous
06:13sur ce qui peut être fait dès maintenant
06:14et ce qui doit attendre l'élection présidentielle
06:16pour le seul service de l'intérêt général.
06:19Merci.
06:21Monsieur le Président.
06:24Monsieur le Premier ministre,
06:25je vous avais posé une question sur votre affirmation
06:28concernant les efforts justement partagés.
06:30et je n'ai pas de réponse.
06:32Ce sont toujours les mêmes qui seront vos cibles budgétaires.
06:36Ce n'est pas de notre fait si vous avez détruit 62 milliards de recettes fiscales par an.
06:41C'est votre bilan, sachez-le.
06:43Ce n'est pas de notre fait si aujourd'hui, la France,
06:47tant mieux pour le monde économique,
06:49peut-être, diront certains,
06:50la France est la deuxième championne du monde
06:53pour la distribution de dividendes après les Etats-Unis.
06:56et vous pensez qu'il n'y a pas moyen d'avoir quelques ressources en la matière.
06:59Donc, je le dis y compris à nos amis, à nos collègues de droite,
07:03je pense qu'il faut aller chercher l'argent là où il se trouve.
07:07Alphonse Allé disait chez les pauvres.
07:09Les pauvres n'ont pas beaucoup d'argent, mais ils sont très nombreux.
07:12Eh bien, nous refuserons toujours ce débat-là
07:15et nous défendrons les plus modestes dans ce pays.
07:16Monsieur le Président.
07:17Merci à vous.
07:17Merci.