- il y a 2 jours
Dans ce premier épisode de Diasporas, on vous raconte l’histoire du Logobi : cette danse ivoirienne qui a explosé dans les cités de France à la fin des années 2000 avant de renaître sur TikTok.
StreetPress a même retrouvé le groupe emblématique du mouvement : Logobi GT. Pour la première fois face caméra, ils racontent pourquoi leur retour au festival Yardland a tourné au fiasco.
StreetPress a même retrouvé le groupe emblématique du mouvement : Logobi GT. Pour la première fois face caméra, ils racontent pourquoi leur retour au festival Yardland a tourné au fiasco.
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Art et designTranscription
00:002009, dans une gare de banlieue parisienne.
00:04Cette danse que vous voyez là s'appelle le Logobie.
00:08À ce moment-là, elle est encore pratiquée que par quelques banlieusards,
00:11mais bientôt, elle va marquer la culture urbaine française.
00:16Il y avait une danse, il y avait un style vestimentaire,
00:20il y avait des réseaux sociaux,
00:24et il y avait aussi des lieux de rencontre.
00:26La Gare du Nord, en fait, c'était vraiment notre Champs-Elysées à nous.
00:29Les battles, les bagarres aussi.
00:31Contrairement à la tectonique, c'était urbain.
00:33C'était notre mouvement à nous, entre guillemets.
00:36Le Logobie est même devenu mainstream.
00:38C'était le son phare, il y avait Logobie tombeau,
00:41et il y avait Logobie zépée.
00:46Fun Radio nous ont joué, Énergie, Télé, M6.
00:51Et puis, le Logobie a disparu.
00:54Avant de renaître.
00:55TikTok, ça a vraiment permis aux gens de revenir en arrière,
00:58d'explorer, ils ont direct remis le Logobie en place.
01:02Je vais vous raconter l'histoire du Logobie.
01:04Comment cette danse née dans les années 80 en Côte d'Ivoire
01:07a été réinventée dans les cités de France.
01:09Pour ça, j'ai interviewé le groupe emblématique du mouvement Logobie GT.
01:14Et pour la première fois,
01:15ils racontent pourquoi leur retour tant attendu
01:17lors du festival Yardland a tourné au fiasco.
01:21Non, non, non, non, non, non, non, non.
01:23C'est Sika, il n'est pas là pour l'instant ?
01:25Tu n'es pas venu, ce n'est pas normal.
01:26Ce n'est pas normal.
01:27C'est où, Sika ?
01:28C'est où, Sika ?
01:29C'est où, Sika ?
01:30Et qu'est-ce qui s'est passé à Yardland ?
01:31Et le destin.
01:46L'histoire du Logobie commence à Abidjan, en Côte d'Ivoire.
01:50Et pour la raconter,
01:51je voulais donner la parole à des jeunes issus de la diaspora ivoirienne.
01:54C'est comme ça que j'ai rencontré Badi.
01:56Elle est étudiante et tellement passionnée par la culture pop de son pays
02:00qu'elle en fait des vidéos sur les réseaux.
02:03Le Logobie, au départ, ne s'appelait pas Logobie.
02:06On ne parlait même pas de danse.
02:08Au départ, on parlait du mouvement ZIGI.
02:12Dans les années 80, il y a une crise économique en Côte d'Ivoire.
02:16Les quartiers populaires se transforment en ghetto.
02:20L'insécurité règne et la police est de plus en plus corrompue.
02:22Il y a des bandes de jeunes qui décident de se faire justice eux-mêmes.
02:27On les appelle les ZIGI.
02:28Ils étaient robustes, ils avaient l'air agressifs, ils avaient l'air méchants.
02:33Dans la vie, les ZIGI ont deux passions.
02:35La musculation et Bruce Lee.
02:37Ils vont voir tous ces films au cinéma
02:39et se retrouvent dans la rue pour les copier.
02:43C'est dans la volonté de faire peur à leurs adversaires
02:46qu'ils se mettaient à imiter les mouvements
02:48tout en rajoutant un peu de style.
02:50Ils ont surnommé cette gestuelle, le Niamanyama.
02:53Dans les quartiers populaires d'Abidjan, on organise des battles de Niamanyama.
02:58C'est là que les ZIGI se défient pour montrer qui est le plus fort.
03:02C'est à partir des années 90 que le Niamanyama devient Logobi.
03:06Je veux dire ce logo, ça veut dire faire le malin.
03:09C'est devenu la danse phare de la jeunesse ivoirienne.
03:12Elle a perdu sa casquette de synonyme de la violence en fin de compte.
03:17Parce que finalement, on ne montrait plus sa puissance pour être violent.
03:19On montrait juste à quel point on était stylé,
03:21à quel point on était bien habillé,
03:22à quel point on était puissant et beau.
03:23Et c'était ça en fait, le Logobi.
03:29Mais comment le Logobi arrive jusqu'en France ?
03:31Grâce à la diaspora.
03:33Et à l'époque, il n'y avait pas YouTube, il n'y avait pas de streaming.
03:36Donc pour rester connecté au pays, il fallait acheter des cassettes.
03:39Je me rappelle de cette cassette qui était séparée en plusieurs volumes.
03:42Chaque année, il y avait un volume qui sortait, c'était Ivoire Filming.
03:45C'est l'une des compilations de musique ivoirienne qui a le plus voyagé.
03:51Badi parle de cassettes, mais c'est aussi l'époque des DVD.
03:54Le premier volume d'Ivoire Filming sort en 2004
03:57et il popularise un nouveau genre musical ivoirien,
04:00le coupé décalé.
04:03Le coupé décalé, il arrive par le biais de cette série de DVD,
04:06donc Ivoire Filming,
04:07qui est distribuée un peu partout en région parisienne.
04:13Il y a plusieurs éléments dans le coupé décalé.
04:15Il y a la parole, il y a les vêtements,
04:17il y a le lifestyle, mais il y a aussi la danse.
04:26Je vous présente Christelle, a.k.a. Christalmès.
04:29Je suis artiste et DJ et productrice de musique.
04:35Elle vient de collaborer avec Drake sur son dernier projet.
04:38C'est elle qu'on voit dans le clip, là, juste ici.
04:40Elle est d'origine ivoirienne
04:41et en 2018, elle a fait une performance sur le logo B.
04:44Pour moi, les années 2000, c'est l'âge d'or du soft power ivoirien
04:48parce que c'est pour la première fois
04:50qu'on arrive à propager notre culture.
04:55Il y a Didier Drogba qui fait des siennes là-bas à Chelsea.
04:59Drogba, wonderfully worked !
05:01Il y a la série Ma famille qui trouve un public
05:05qui dépasse le public ivoirien.
05:07Et avant ça, avec le Zouglou, avec Magic System,
05:09qui a quand même réussi à être un succès planétaire.
05:21Le paradoxe, c'est qu'au même moment,
05:23la Côte d'Ivoire connaît une grave crise
05:25après une tentative de coup d'État.
05:27Pendant plusieurs années, le pays est divisé en deux
05:29entre l'armée régulière et les forces rebelles.
05:31La France, en tant qu'ancienne puissance coloniale,
05:34s'implique dans le conflit
05:35avec une opération militaire soutenue par l'ONU
05:38et censée rétablir la paix.
05:40Et d'ailleurs, cette guerre a aussi poussé
05:41des milliers d'ivoiriens à trouver refuge en France.
05:44Je fais une pause ici pour vous dire
05:46que vous regardez le premier épisode de Diaspora.
05:48C'est un nouveau format que vous retrouverez
05:50tous les deux mois sur la chaîne YouTube de Street Press.
05:53J'ai vraiment hâte de vous raconter
05:54toutes ces histoires au cœur des diasporas,
05:57de mettre en lumière ces communautés
05:58dont on ne parle pas ailleurs.
06:00Si on peut faire ce travail,
06:01c'est grâce aux 10 000 personnes
06:02qui nous font des dons chaque mois.
06:04C'est hyper précieux pour nous.
06:05Alors si vous le pouvez, soutenez Street Press.
06:11Je vous resitue.
06:13On est en France, on est au milieu des années 2000.
06:15Les réseaux sociaux s'appellent Skyblog, MSN
06:18et YouTube qui vient de débarquer.
06:20Beaucoup de jeunes noirs sont influencés
06:21à la fois par la musique ivoirienne
06:23et par un nouveau phénomène, la tectonie.
06:34Ouais, je sais, ça fait toujours quelque chose de revoir ça.
06:37C'est la période où les premiers logiciels
06:39pour composer de la musique sur ordinateur
06:41se démocratisent.
06:42Le plus connu, c'est Fruity Loops
06:44qui deviendra ensuite FL Studio.
06:46On est en plein, plein boom,
06:48pire tout pire,
06:49tout le monde télécharge n'importe comment
06:50avec Emule, ça craque les logiciels
06:53dans tous les sens.
06:54Là maintenant, avec Fruity Loops,
06:55les gens, ils n'avaient plus besoin d'avoir une expertise
06:59pour faire un son.
07:00Et avec YouTube, directement,
07:02les gens, ils avaient juste à partager leurs instruits.
07:04Des beatmakers qui sont souvent très jeunes
07:07se mettent alors à créer un nouveau son.
07:08En fait, ils mélangent ces synthés
07:10que tu vas retrouver plutôt dans la techno
07:11et dans le hardstyle,
07:13dans certains sons tectoniques.
07:17Il les prend et les appose à un rythme
07:20qui est ivoirien, qui est ouest-africain.
07:28Et dans le même temps,
07:29des danseurs, souvent très jeunes aussi,
07:32inventent un nouveau style.
07:33Ces jeunes-là s'amusent à danser la tectonique,
07:35mais en impliquant des pas de danse africaine.
07:38En Côte d'Ivoire, la danse phare,
07:40c'était le pangor,
07:40et le koinbiko, qui est originaire du Congo.
07:44Ils se sont mis à appeler ce qu'ils faisaient
07:46le logo bi,
07:46et c'est comme ça que c'est resté.
07:54Dès le début, le logo bi est porté
07:56par ceux qu'on appelle les cybers.
07:58C'est quelqu'un qui est populaire.
08:00Si tu étais en cyber,
08:01ça voulait dire que tu étais quelqu'un
08:02qui était reconnu,
08:03que ta photo était régulièrement repostée
08:05sur des infos cyber.
08:06Les infos cyber, c'était des sites,
08:08des skyblogs ont répertorié du coup les cybers.
08:11Un peu l'ancêtre d'Instagram.
08:14Les danseurs de logo bi se surnomment alors
08:16Bookzair.
08:17Et à quoi on reconnaît un Bookzair ?
08:18À son style.
08:19C'est quoi le starter pack logo bi ?
08:21La belle veste à capuche,
08:22vraiment, vraiment colorée, genre.
08:23La bonne teinture, moi, je veux dire.
08:24La paire des feuilloux
08:25ou la paire des super gars.
08:27Les piercings.
08:28À l'arcade, en bas de la lèvre.
08:30Le pull bébé Milo, vraiment,
08:31ça, c'est un classique des classiques.
08:33Pour les filles, franches bombées,
08:36beaucoup de hauts chignons.
08:38Le but, c'était vraiment d'avoir,
08:39genre, du volume.
08:41C'est simple,
08:41il faut être le plus vu possible.
08:43Comme à l'époque des Igaïs en Côte d'Ivoire,
08:45il faut aussi représenter sa ville,
08:47son quartier.
08:47Il faut montrer qui est le plus stylé.
08:49Et pour ça,
08:50tout ce petit monde du logo bi
08:51se retrouve à plusieurs endroits
08:53de la région parisienne.
08:54Dans les après-midi,
08:56c'est comme des soirées,
08:57mais en pleine journée.
08:58Et aussi à Châtelet,
08:59à La Défense
09:00et surtout à la gare du Nord.
09:05Alors ici,
09:06on est à GDN.
09:09C'est devant la gare
09:10que j'ai retrouvé Princesse.
09:11Elle aussi,
09:12elle est ivoirienne.
09:13Et à cette époque-là,
09:14elle passe tout son temps libre
09:16à Gare du Nord.
09:17Il y avait plusieurs raisons.
09:18Donc soit pour se retrouver
09:19un peu avec nos amis,
09:22soit pour venir assister
09:23à des battles de danse,
09:24ou sinon,
09:26tout simplement,
09:27pour venir voir
09:28les jolis garçons.
09:29C'était un peu
09:29un regroupement
09:30de beaux gosses
09:31à l'époque.
09:33À Gare du Nord,
09:34il y a trois lignes
09:35de RER qui se croisent.
09:36Donc c'est le lieu
09:37de rencontre évident
09:38pour tous les banlieusards
09:39qui veulent se défier.
09:40C'était vraiment ici.
09:42Les battles,
09:42généralement,
09:43elles se faisaient
09:43assez rapidement.
09:45Ça ne durait pas,
09:46ça ne s'éternisait pas.
09:47C'était 5-10 minutes.
09:49Quand on criait
09:51et qu'on venait tous
09:52vers la personne
09:54dont on désignait gagnant,
09:56il savait qu'il avait
09:58gagné la battle.
10:04C'était généralement
10:05les garçons qui dansaient.
10:06Nous,
10:06on était les pom-pom girls,
10:08les supportrices dans l'âme.
10:09On a amené aussi
10:10notre pierre à l'édifice
10:11de cette manière-là.
10:12C'était vraiment,
10:12vraiment de la bonne vibes,
10:14de la bonne énergie.
10:16Les mauvais perdants,
10:17des fois,
10:19essayaient de,
10:20on va dire,
10:21de se venger.
10:23Il n'avait pas aimé
10:24comment l'autre
10:25l'avait provoqué
10:27par sa manière de danser
10:28ou peut-être
10:29l'avait humilié.
10:30Ça se poussait,
10:31ça se bagarrait
10:31un peu rapidement
10:32et puis après,
10:33ça se stoppait tout ça.
10:35Un peu plus à l'est,
10:36il y a une ville
10:36que beaucoup surnomment
10:38la capitale du Logobi,
10:39c'est Champigny-sur-Marne.
10:41C'est une ville populaire
10:42du 94.
10:43Elle est connue
10:44pour avoir abrité
10:45le plus grand bidonville
10:46de France
10:46dans les années 60
10:47et donc,
10:48selon la légende,
10:49les meilleurs danseurs
10:50de Logobi.
10:51Il y a un gars
10:51qui s'appelle Kenzo,
10:53un gars de Champigny.
10:54Il a fait une des vidéos
10:55les plus connues
10:56du Logobi,
10:56à la gare de Champigny.
11:08Dans cette fameuse vidéo,
11:09Kenzo est accompagné
11:10par trois autres danseurs
11:11et elle est célèbre
11:12parce qu'elle symbolise
11:14bien le Logobi.
11:14Il y a le côté brut
11:15filmé à la gare,
11:17il y a le style,
11:17il y a l'énergie
11:18et il y a ces ambiances
11:19qu'on entend.
11:25On appelle ça
11:26des atalakous
11:26et ça vient
11:27de la rumba congolaise.
11:28ça va être des mots
11:30pour ambiancer
11:31celui qui danse.
11:31C'est-à-dire,
11:32vu qu'il y avait
11:32des pas de danse
11:33à ce moment-là,
11:34exemple comme
11:35katou, katou,
11:36moi,
11:37pour t'ambiancer,
11:38je peux te dire
11:39rakatakou, katou, katou
11:41et toi,
11:41tu vas faire le pas
11:41en même temps
11:42pour te booster
11:42et te motiver
11:44à danser.
11:45La gare de Champigny
11:46devient un lieu
11:47emblématique
11:48du Logobi
11:48et les bouxères
11:50de la ville
11:50se forgent
11:51une vraie réputation.
11:55Les gens, c'est vrai,
11:56ils se déplaçaient
11:57à Champigny
11:58pour voir les danseurs.
12:00Il y a quatre quartiers
12:01à Champigny
12:02et ces quatre quartiers,
12:03on ne s'aime pas
12:04et depuis qu'on est petits
12:05et depuis la ligne des temps.
12:07Mais par contre,
12:08le lieu de rendez-vous
12:09dans ces gares-là,
12:10c'était mélangé
12:11avec des jeunes
12:13de tous les quartiers.
12:14Donc ça veut dire
12:14que vraiment,
12:15ça a pu créer
12:15en tout cas
12:16une paix et une union.
12:17On se retrouvait,
12:18on était ensemble,
12:19on représentait la ville.
12:23Si aujourd'hui,
12:24je vous parle du Logobi,
12:26c'est que le sujet
12:26a largement dépassé
12:28les rues de Champigny.
12:29Ces mecs que vous avez
12:30devant vous là,
12:31c'est Logobi GT,
12:32le groupe qui a fait
12:33exploser le mouvement.
12:34Il y a Sissika,
12:35le leader,
12:37il y a César,
12:38Lassio,
12:40Silja
12:42et Norton.
12:44Au départ,
12:45ils étaient sept,
12:46mais deux membres
12:46ont quitté le groupe
12:47et en 2009,
12:48ils se lancent
12:49avec un producteur.
12:50Je lui montre
12:51quoi il se passe ça
12:52en ce moment,
12:53ça cartonne de partout.
12:54Tout le monde danse ça,
12:55tout le monde se donne
12:56des rendez-vous
12:56et le gros challenge
12:57qu'il y avait,
12:58c'était former un groupe
12:59avec des vrais danseurs
13:00comme ça,
13:01mais réussir à commercialiser
13:02quelque chose
13:02où il n'y a pas de parole.
13:03J'appelle exactement
13:04les personnes de la vidéo
13:05de Champigny,
13:06les danseurs qui sont
13:07dans la vidéo
13:09et celui qui fait
13:10les atalakous.
13:10J'appelle mes autres potes
13:11et tout.
13:11On fait le rendez-vous
13:12comme par hasard,
13:13le chanteur,
13:14non, le chanteur,
13:14il ne vient pas.
13:16Celui qui faisait
13:17les atalakous,
13:19le producteur,
13:20il me dit
13:20« Ouais, mais vas-y,
13:21tu ne connais pas
13:21des trois trucs
13:22à dire derrière le micro ? »
13:23Moi, je dis
13:23« Vas-y, ok,
13:24si tu veux. »
13:24Je dis
13:25ce que j'ai entendu
13:25dans les vidéos.
13:26J'y vais en one shot.
13:27C'est qui ?
13:28Maman, bla, bla,
13:29la danse de la peur,
13:30bou, bou,
13:30tout et n'importe quoi.
13:31Il a structuré le son,
13:33il a rendu commercial,
13:34il a rajouté
13:34une petite go derrière.
13:36Il nous dit
13:36« Bon, les gars,
13:37on fait un clip. »
13:37Je dis « Wesh,
13:38mais j'ai fait un one shot
13:39et on a dit tout
13:39et n'importe quoi.
13:40qu'est-ce que tu me racontes ? »
13:41Il me dit
13:41« Ouais, bah,
13:41je te jure
13:42qu'il y a une magie,
13:43il y a un truc. »
13:44Là, on a le titre qu'il fait.
13:58Pour la première fois,
14:00il y avait un groupe
14:01qui représentait
14:02le logo B
14:02avec un style musical
14:04sur le logo B
14:05et des paroles.
14:09Une fois qu'un biker yes
14:10il sort,
14:10il y a eu un gros buzz
14:11mais populaire.
14:12C'est genre que
14:13dans les quartiers,
14:13etc.,
14:14on était connus
14:14de partout.
14:16Mais le problème,
14:17c'est qu'à ce moment-là,
14:17dans la musique,
14:18il fallait être
14:19en radio
14:20ou en télé.
14:22Et c'est là
14:22que ça a bloqué un peu
14:23parce que les radios
14:23et les télé,
14:24elles ne comprenaient pas
14:24trop ce qu'on était.
14:26Des petits comme ça,
14:27ils arrivent en teinture blonde,
14:28tout ça,
14:28ils disent des mots,
14:29on ne les comprend même pas.
14:30On a décidé
14:30de raconter une histoire d'amour
14:32parce que tout le monde
14:32écoute les histoires d'amour.
14:33quand on a vu les retours,
14:35on a dit
14:35« Oh, vraiment ! »
14:37Elle est en sexy !
14:38Elle est en sexy !
14:40Pour toi,
14:41mérite son cœur
14:44Chaque fois,
14:45c'est elle que t'aimes
14:46Dis-moi,
14:49je suis seule
14:50sans voix
14:51Là, vraiment,
14:52c'était l'ouverture de porte.
14:54Ça veut dire que
14:54radio,
14:55fun radio,
14:55ils nous ont joué
14:56Énergie,
14:57télé,
14:58M6.
14:59Il y avait des gens
14:59qui venaient devant le lycée
15:00pour faire des photos.
15:01Les profs,
15:02ils demandaient des photos.
15:03En gros,
15:03on était au lycée
15:04mais en mode Big Rostar.
15:05Et donc,
15:05ça veut dire que
15:06tous les jours,
15:06c'est école,
15:07RDV le soir au studio
15:08et le week-end,
15:09c'était showcase.
15:10Même avant le week-end
15:10parce qu'il y avait
15:10tellement de dates,
15:11c'était jeudi,
15:12vendredi,
15:12samedi.
15:13Jeudi,
15:13vendredi,
15:13samedi.
15:17Mais tu vas chanter
15:18là,
15:18tu fais le tour de la France,
15:19des villes qu'on ne connaissait
15:20même pas.
15:21Ça veut dire qu'on découvre
15:21la France carrément.
15:23T'arrives dans les concerts,
15:24frérot,
15:24les Gis,
15:25t'arraches les t-shirts,
15:25tout ça.
15:26Mais tu te dis,
15:26wesh,
15:27calme-toi,
15:27wesh.
15:28On est au calme là,
15:28qu'est-ce qu'il y a ?
15:30À ce moment-là,
15:30on est clairement
15:31au prime du Logobi.
15:33C'est plus un mouvement
15:34de gare de banlieue parisienne.
15:35Ça devient un phénomène
15:36dans toute la France.
15:38Leur album La Puissance
15:39sort en 2010
15:40et ils squattent
15:41le top album France
15:42pendant plusieurs mois.
15:44Mais à partir de 2012,
15:462013,
15:47le Logobi s'essouffle.
15:48Dans les après-midi,
15:50il est remplacé
15:50par de nouveaux genres musicaux
15:52et des nouvelles danses.
15:53Même Logobi GT
15:55abandonne le Logobi
15:56pour un style plus afro.
16:07Finalement,
16:08le groupe se sépare
16:09et tous les membres
16:09repartent dans l'anonymat
16:11sauf un,
16:12Sissika.
16:13Si son visage
16:14vous dit quelque chose,
16:15c'est parce qu'il a participé
16:16à plusieurs téléréalités.
16:21Ce qui est paradoxal,
16:22c'est que malgré
16:23ce succès,
16:24le Logobi
16:24n'a pas une bonne réputation.
16:26Et à la fin
16:26des années 2000,
16:27c'est les années Sarkozy.
16:29Et en fait,
16:29il y a une stigmatisation
16:30de la banlieue
16:31qui est très prononcée.
16:33Vous en avez assez, hein ?
16:35Vous avez assez
16:36de cette bande de racailles ?
16:37En mars 2007,
16:39à Gare du Nord,
16:40des violences explosent
16:41après l'interpellation
16:42d'un homme par la police.
16:44Les magasins
16:44du centre commercial
16:45sont saccagés
16:46et il y a des affrontements
16:48avec les forces de l'ordre.
16:49Cet épisode,
16:50il n'a rien à voir
16:51avec le Logobi en soi.
16:52Mais il criminalise
16:53encore plus
16:54les rassemblements
16:55de jeunes
16:55à Gare du Nord.
16:57Et c'était quelque chose
16:57d'assez stigmatisé.
16:58Ce n'était pas quelque chose
16:59qui a été immédiatement
17:01accueilli
17:02par les gens,
17:03y compris les gens
17:04de cités eux-mêmes.
17:04Ah, c'est réel.
17:05Ils se faisaient baffer.
17:06Ces gens-là se faisaient baffer
17:07en mode,
17:07toi, tu danses toi ?
17:08Non, mais en vrai,
17:09tu vois,
17:10il y avait des mecs,
17:11ils mettaient leur piercing
17:12quand ils arrivaient à Châtelet.
17:13Ouais,
17:13quand ils sont au quartier,
17:14ils enlevaient.
17:14Et il y a même des gens,
17:15il faut te dire,
17:16il y a des gens,
17:16ils changeaient de vêtements
17:17quand ils arrivaient
17:18dans les gars.
17:18Vraiment,
17:19ils quittaient le quartier
17:19habillés en mode quartier
17:20et quand ils arrivaient
17:21à Châtelet,
17:22ils changeaient de tenue.
17:23Ça veut dire que ça en dit long
17:23sur ce que ça représentait
17:24dans ce genre de logo.
17:25Les grands,
17:25ils voyaient ça comme
17:27du n'importe quoi,
17:29porter des vêtements serrés.
17:32C'est pas des danses
17:33comme le hip-hop
17:33où il y a une sorte
17:34d'exploit physique
17:35parce qu'en fait,
17:36t'es en train de faire
17:36une coupole
17:37et il y a quelque chose
17:37de presque sportif
17:39dans ce que tu fais.
17:40C'est pas ça.
17:40Là, on est vraiment
17:41dans une forme de swag.
17:43Il y a un style
17:45qui n'a rien à voir
17:45avec le style de nos grands
17:47et forcément,
17:48il y a une tension.
17:48Il y a une tension,
17:49il y a une fracture générationnelle
17:50parce qu'en fait,
17:51c'est un style
17:52qui est plus efféminé aussi,
17:53disons-le.
17:54Cette stigmatisation,
17:55elle passe aussi
17:55par les termes utilisés.
17:57Par exemple,
17:57le mot « buxer ».
17:58À l'époque du logo « bi »,
18:00c'est stylé.
18:00Mais moi,
18:01j'ai le souvenir
18:01qu'une fois que la mode passe,
18:03ça devient péjoratif.
18:05Et pour les jeunes femmes,
18:06c'est pire.
18:06Elles subissent
18:07ce qu'on connaît aujourd'hui
18:08sous le terme
18:09de misogynoir.
18:10Une combinaison de racisme
18:12et de misogynie
18:13envers les femmes noires.
18:14On les appelait « niafous ».
18:17Les gens utilisaient
18:18le nom « fatou »
18:19qui est un nom très beau
18:21pour stigmatiser,
18:22pour décrédibiliser,
18:23pour déshumaniser.
18:24Il y avait aussi
18:26toute une culture
18:28méprisante autour d'elle,
18:29autour de la façon
18:30dont elle se maquillait,
18:31dont elle se présentait,
18:33le bruit qu'elle faisait.
18:34Je me rappelle
18:35du clip
18:36« Billion de Sekio Koulibaly »
18:37de Mokobe
18:38qui mettait clairement en scène
18:39une fille
18:40qui, dans l'apparence,
18:42avait tout l'archétype
18:43d'une fille
18:44qui pouvait danser
18:44le logo « bi »,
18:45sa musique
18:46et les paroles
18:47de sa chanson
18:47jusqu'au clip
18:49reprenaient
18:49tous les clichés
18:50qu'on avait
18:50sur les jeunes filles noires
18:52de l'époque.
19:04Pendant plusieurs années,
19:05le logo « bi »
19:06ne reste qu'un lointain souvenir,
19:08jusqu'au Covid finalement.
19:09TikTok,
19:09c'est aussi
19:10ce que j'appelle
19:10un canal de nostalgie.
19:12C'est-à-dire que les gens,
19:13ils ont commencé
19:13à explorer aussi
19:14qu'ils étaient petits.
19:16Vous vous souvenez
19:17quand on faisait ci,
19:17quand on faisait ça
19:18et puis c'était la pandémie.
19:19Donc les gens,
19:20en fait,
19:20ils n'avaient rien de mieux
19:21à faire que de se remémorer
19:23ce qu'ils avaient fait
19:24avant TikTok.
19:25Ça a vraiment permis
19:26aux gens
19:26de revenir en arrière,
19:28d'explorer,
19:29d'avoir un petit moment
19:30de nostalgie comme ça.
19:31Et par exemple,
19:32des comptes
19:32comme celui de Zépec,
19:33ils ont direct
19:34remis le logo « bi »
19:35en place.
19:40Ce que je trouve intéressant là,
19:42c'est que c'est
19:42une nouvelle génération
19:43qui relance la machine.
19:45Ils font des challenges
19:46et créent même
19:47des comptes spécialisés.
19:49Bientôt,
19:50ils sont imités
19:50par des footballeurs
19:53et des créateurs
19:54de contenu.
19:57En 2026,
19:59le festival Yardland
19:59a bien senti
20:00le retour
20:01de la vague Logobi.
20:02Il programme un show
20:03en hommage
20:04à l'époque
20:04des après-midi.
20:05Avec une annonce
20:07qui hype tout le monde,
20:08le retour après
20:09plus de 15 ans
20:10d'absence
20:10de Logobi GT.
20:12On ne pouvait pas
20:12louper ça.
20:17On attend
20:17le Logobi GT.
20:18Voilà,
20:18on avait à tout
20:19arrêtant pétard.
20:20Là,
20:20c'est le multiverse.
20:32On croise plein de gens
20:33habillés comme en 2010.
20:38Moi,
20:38je ne me rendais pas compte
20:39personnellement
20:40de l'impact que ça a eu.
20:41Mais des gens
20:41qui ont fait des shorts
20:42comme nous,
20:42il y en avait eu un tas.
20:44Ça montre à quel point
20:45ils ont marqué
20:46entre guillemets
20:47une époque
20:48et même
20:48les époques
20:48qui arrivent.
20:50le show commence
20:51et l'ambiance
20:52est vraiment dingue.
20:57Même nous,
20:57derrière la caméra,
20:58on sent qu'on va assister
20:59à quelque chose
21:00de marquant.
21:01Mais rien ne se passe
21:02comme prévu.
21:09C'est possible.
21:15On n'a pris nos billets
21:15que pour voir
21:16le Logobi GT.
21:19c'est une dingue.
21:19C'est n'importe quoi.
21:20Nous,
21:20on était prêts
21:21à tout casser.
21:22T'es où,
21:23CKOS ?
21:23T'es où ?
21:25J'arrive en retard.
21:26J'aurais pu venir la veille,
21:27mais je n'ai pas pu venir la veille.
21:28À ce moment-là,
21:29j'étais bloqué
21:29à la douane en Belgique,
21:30par rapport à mes documents
21:31qui étaient périmis.
21:32C'était compliqué,
21:33vraiment.
21:33Ils m'ont libéré
21:34au dernier moment.
21:35Je monte dans le train,
21:35ils disent
21:36le train,
21:36il a du retard.
21:36Les organisateurs
21:37de Yardland,
21:38ils leur disent
21:38« Les gars,
21:39vous faites quoi ?
21:39Vous chantez avec ou sans lui ? »
21:40Ils disent
21:41« Non, frère,
21:42on ne chante pas sans lui. »
21:43Les gars,
21:44chantez sans moi.
21:45Il y a des gens
21:45qui vous attendent,
21:46vous ne pouvez pas
21:47les planter et tout.
21:48Ils me disent
21:48« Non,
21:49on va t'attendre,
21:51tu viens
21:51et on chante tous ensemble. »
21:53tous ensemble,
21:53soit il n'y a personne.
21:55Là,
21:56en coulite,
21:56ça négocie fort.
21:57Les organisateurs
21:58parviennent finalement
21:59à trouver un créneau
22:00un peu plus tard
22:01dans la soirée
22:01au milieu de la prestation
22:03de l'artiste nigérien
22:04Rema.
22:04Dès que Rema
22:05nous annonce,
22:05on voit ça
22:06comment ça couvre
22:07et ça commence à crier.
22:09Je vais au budget.
22:10C'est que
22:12c'est que
22:13c'est que
22:14c'est que
22:14c'est que
22:14c'est que
22:19on ne fait pas la prestation
22:26de basses
22:26où on se retrouve
22:27à faire deux minutes
22:27ou une minute
22:28ou deux sons.
22:43C'est déjà fini.
22:44on se reparaît énervé
22:46et tout le monde repart.
22:47C'est comme
22:47t'es en top 8 heures.
22:49Que des insultes.
22:50Je sais même pas
22:51comment il a dormi
22:52ce soir-là.
22:57L'énervement,
22:58il est à la hauteur
22:59de l'amour aussi
22:59qu'il voulait nous donner.
23:00Tu lui jettes deux sons,
23:01il n'est pas content.
23:03La frustration,
23:04en fait,
23:04elle est à la hauteur
23:05de leur attente.
23:05Et c'est grâce à ça,
23:06justement,
23:07à tout cet engouement
23:08qu'il y a eu
23:09qu'on a décidé
23:10de se reformer
23:12pour leur faire
23:13ce concert.
23:14Un gros concert
23:15inoubliable,
23:16mémorable,
23:16où vraiment,
23:17ça ne va pas être limité.
23:18Tout le monde
23:19va pouvoir venir.
23:19On aura tout le temps
23:21qu'il faut
23:21pour le préparer
23:22et tout le temps
23:23qu'il faut
23:23pour leur faire
23:24une prestation
23:25super longue
23:25et super carrée.
23:26Moi,
23:27j'ai la date,
23:27mais bon,
23:28là qu'elle est dans longtemps,
23:29on va prendre ma veste encore.
23:30D'accord ?
23:35En réalisant cette vidéo,
23:36je voulais aussi répondre
23:37à une question.
23:38Quel est l'héritage
23:39du Logobie ?
23:40Si on prend le paysage rap
23:41ou afro,
23:42ce qui est sûr,
23:43c'est qu'aucun artiste
23:44ne se revendique officiellement
23:45comme héritier du mouvement.
23:47Mais on peut trouver
23:48des points communs.
23:49Il y a beaucoup
23:49d'artistes afro
23:50qui sont lancés urbains.
23:52Ce n'était pas
23:53des groupes comme nous,
23:53mais j'ai trouvé
23:54une similitude
23:55avec ce qu'on faisait
23:56dans leur musique.
23:57On va prendre un exemple
23:58comme MHD.
24:04Quand je le voyais
24:05envoyer des sons,
24:05je trouvais que c'était
24:08inspiré un peu
24:09de Logobie GT
24:09et j'appréciais
24:10qu'il y a d'autres
24:11jeunes de quartier
24:12qui se lancent dans la musique,
24:14qui choisissent
24:14la voix de l'afro
24:15et surtout que ça marche
24:17parce que nous,
24:18c'était un combat
24:18quand on était en groupe
24:20et qu'on a commencé.
24:21Les radios, etc.,
24:22c'était chaud.
24:23Nous, on est le coup d'épaule.
24:24Quand on est envers la porte,
24:25quand on est tombés,
24:26tout le monde nous a écrasés.
24:29Tu sens qu'il y a un avant
24:31et un après Logobie.
24:33En fait,
24:33qu'Afro-Trap
24:34n'aurait pas pu exister
24:35si il n'y avait pas eu
24:36toute une génération
24:37de personnes
24:38qui s'étaient identifiées
24:40dans le mouvement Logobie.
24:41Que la façon de poser
24:42de Niska,
24:43elle n'aurait pas pu
24:44devenir aussi populaire
24:46si il n'y avait pas eu
24:47le mouvement Logobie avant.
24:48Tu vois qui met en avant
24:50justement ce côté
24:51genre Westaf.
24:53Au-delà de la musique,
24:54l'héritage du Logobie
24:55se retrouve aussi
24:55dans le langage.
24:56Quand vous,
24:57quand vos petits frères,
24:58vos petites sœurs
24:58utilisez des mots
24:59comme go,
25:00go,
25:01go,
25:01go,
25:01sans jailler,
25:02ça,
25:02c'est du nouchi.
25:04C'est de l'argot ivoirien
25:05inventé par les Igayis.
25:07Le Logobie français
25:08a plus de poids
25:11maintenant
25:11que le Logobie ivoirien.
25:14La genèse a commencé
25:14en Côte d'Ivoire.
25:15La version finale,
25:16finalement,
25:16elle appartient à la France.
25:19Je vous le répète,
25:20Diaspora,
25:21c'est tous les deux mois
25:22sur la chaîne de Street Press.
25:23Si vous avez kiffé
25:24ce premier épisode,
25:25si vous avez appris
25:26des choses,
25:27partagez-le,
25:28envoyez-le à vos potes,
25:29envoyez-le à vos familles.
25:31Évidemment,
25:31abonnez-vous
25:32et si vous le pouvez,
25:33faites un don.
25:34A la prochaine !