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  • il y a 2 jours
Le 21 novembre 2020, Michel Zecler, producteur de musique, est tabassé par plusieurs policiers à Paris. Six ans plus tard, avant l'ouverture du procès, il raconte à StreetPress comment l'agression a changé sa vie.

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Transcription
00:00Je ne comprends pas d'où leur est venue toute cette haine en fait.
00:03Sale nègre, connard, on va te tuer sort.
00:08Concrètement, on a vu un homme se faire casser la gueule par des policiers.
00:11Et cet homme-là n'a pas répondu.
00:13Tout le monde a vu la vidéo.
00:15Tout le monde a vu que je n'ai pas mis de coup.
00:18Mais eux ont menti là-dessus.
00:19Ça m'aurait envoyé en prison pendant des années.
00:21Le Michel qui existait avant 2020 n'est plus en vérité.
00:36Le 21 novembre 2020, je rentre dans mes studios.
00:40Et lorsque je rentre dans mes studios, des policiers rentrent derrière moi.
00:44Et sans raison, m'insultent de sale nègre.
00:50Et me tabassent.
00:52La raison première, c'était que je ne portais pas de masque.
00:57Voilà la raison pour laquelle ils m'ont suivi et m'ont tabassé.
01:01Des coups de poing, deux pieds, deux genoux, deux matraques.
01:04Un producteur de musique tabassé dans l'entrée de son studio d'enregistrement.
01:0820 minutes de tabassage en règle, une violence inune.
01:12Michel Zéclair souffre d'une déchirure du tendon, d'une clé au crâne et de nombreuses échymoses.
01:18J'aimerais avoir des réponses, comprendre pourquoi cette haine s'est déchaînée sur moi.
01:24Je ne comprends pas d'où leur est venue toute cette haine, en fait.
01:28Peut-être même qu'à certains moments, je pensais que ce n'était pas réel.
01:33Dès qu'ils arrêtaient les coups, j'ai pensé à un moment donné qu'ils se trompaient.
01:39C'est fou quand même.
01:40On ne peut pas déverser autant de haine sur un individu qu'on ne connaît pas.
01:46Et encore moins un individu qui ne se défend pas.
01:49Parce qu'ils sentaient bien que j'aurais pu me défendre.
01:52Je pense que ça, c'est quelque chose qu'ils sentaient.
01:55Je leur parlais, je leur disais.
01:58Rien.
01:59Enfin, personne n'a essayé de cesser cette violence.
02:03Et ça, je trouve ça dingue, en fait.
02:05Imaginons que je n'avais pas de caméra.
02:07Et je vous raconte cette histoire-là.
02:08Et que je vous dis, je marchais dans la rue.
02:12Et je vous l'ai dit, la totale.
02:13Je marchais dans la rue, je regardais un clip sur mon téléphone.
02:17Je rentre dans mes studios et il y a des policiers qui sont venus derrière moi.
02:20Ils m'ont poussé.
02:22Ils ont commencé à me mettre des coups, à m'insulter.
02:25Sale nègre, connard, on va te tuer, sort.
02:29Qui va me croire ?
02:32Qui va me croire, sérieusement ?
02:37Les images en 2020 ont beaucoup tourné.
02:41Vraiment beaucoup tourné.
02:43Quatre policiers ont été imputés par violences.
02:46Michel Zechler contou que estava andando na rue.
02:50J'ai eu des messages quasiment du monde entier.
02:54Des gens qui ont été choqués de voir ces images-là.
02:58Et concrètement, on a vu un homme se faire casser la gueule
03:03par des policiers.
03:04Et cet homme-là n'a pas répondu.
03:07Les gens qui me connaissent savent que ce n'est pas mon caractère.
03:10Ce n'est pas mon caractère, ce n'est pas mon tempérament.
03:13Ça a été dur à porter.
03:15J'ai deux personnes qui sont jeunes et qui sont policiers, qui me sautent dessus et qui me frappent
03:22comme si j'étais un enfant.
03:25Il y a avec eux une personne un peu plus âgée qui normalement aurait dû rééquilibrer le truc
03:32et puis calmer ses équipes.
03:34Maintenant, cette personne-là a participé à ça.
03:37En plus d'une grave plaie au crâne qu'il avait eue à l'époque, il a aujourd'hui le
03:40tendon du bras sectionné.
03:41Il doit porter en permanence une prothèse de rééducation et est encore sous antidouleur.
03:45Les blessures ne sont pas que physiques.
03:47Là, je suis suivi par un psychiatre.
03:54Je ne cache pas que ça me gêne un peu d'en parler, mais c'est que ce n'est
03:58pas facile psychologiquement.
03:59Il y a toujours certaines craintes que j'ai et que je ne maîtrise pas, en fait.
04:05Le Michel qui existait avant 2020 n'est plus, en vérité.
04:10Je ne suis plus la même personne.
04:12Celui que je suis devenu aujourd'hui,
04:19je ne s'intéresse plus à autant de choses qu'avant.
04:22Je ne souris plus autant qu'avant.
04:27Je ne me dirais pas comme ça, mais j'étais un méchant chambreur.
04:32Ils ont pris beaucoup de place dans ma vie.
04:34Ce qu'ils ont fait, ils sont venus dans ma vie, ils ont foutu le bordel, en fait.
04:41Il se met un chaos, humainement, économiquement aussi.
04:46Ça m'a beaucoup réduit.
04:51Vous savez, je fais un métier où il faut aller vers les gens, il faut aller...
04:57Je n'avais plus ce truc-là.
04:59C'était plus difficile pour moi, alors que normalement, c'était quelque chose de naturel.
05:03Ils ont détruit beaucoup de choses.
05:05Puis derrière, les proches, la famille, c'est...
05:09Toutes ces personnes-là subissent aussi les conséquences de cette agression.
05:16Donc, j'ai fait tout un tas de thérapies, j'ai été suivi.
05:20J'ai eu la chance d'ailleurs d'être suivi, d'accepter d'être suivi.
05:24J'ai vu beaucoup de monde.
05:26Je commençais à aller mieux, à ne pas oublier, parce que c'est une trace indélébile dans ma vie.
05:32Et puis là, à l'approche du procès, aujourd'hui, j'ai l'impression que c'était tous ces produits
05:37hier, en fait.
05:37Donc, les cauchemars reviennent, moins de sommeil.
05:43C'est vraiment pas évident.
05:50Du 9 au 20 novembre, les policiers qui m'ont agressé vont être jugés.
06:00J'ai attendu 6 ans.
06:03Je ne vous cache pas que c'était extrêmement long.
06:06Et 6 ans, il s'en est passé beaucoup de choses.
06:09Moi, j'aimerais, à titre personnel, qu'on puisse juger ces personnes par rapport aux faits qu'ils ont commis.
06:18D'ailleurs, aux crimes qu'ils ont commis.
06:22Parce que le fonds en écriture est aussi grave que les insultes.
06:29D'ailleurs, c'est le fonds en écriture qui les amène devant la cour criminelle de Paris.
06:35C'est chose qu'ils ont dit.
06:37J'ai voulu prendre leur arme.
06:39J'aurais mis des coups.
06:40Tout le monde a vu la vidéo.
06:42Tout le monde a vu que je n'ai pas mis de coup.
06:43Mais eux, ont menti là-dessus.
06:44Ça m'aurait envoyé en prison pendant des années.
06:48Parfois, on me demande, est-ce que tu te prépares ?
06:49Tout ça, je n'ai pas envie de me préparer.
06:51Moi, je suis la victime dans cette histoire.
06:54C'est eux qui doivent se préparer.
06:57C'est eux qui ont plutôt intérêt à essayer de voir leur défense.
07:02Parce que moi, en tout cas, en tant que victime, j'attends des explications de pourquoi.
07:10Qu'est-ce que j'aurais pu faire pour que ça ne m'arrive pas, tout ça ?
07:13Vous savez, on a fait une confrontation ensemble.
07:16Donc j'ai déjà vu le...
07:23J'ai déjà eu un aperçu.
07:26Voilà.
07:27Je sais qu'aujourd'hui, je sais que c'est des personnes qui ne regrettent probablement pas ce qu'ils
07:33ont fait.
07:34Je sais que ce sont des personnes qui pensent que j'ai bousillé leur vie.
07:42J'ai l'impression, alors peut-être que je me trompe et le jugement m'éclaira là-dessus,
07:47mais j'ai l'impression que pour eux, ce qu'ils ont fait est complètement légitime.
07:53Moi, je considère ces gens comme honteux, en fait.
07:57Honteux, à l'image du policier qui tire sur un gamin de 14 ans à bout portant.
08:03Je trouve ça honteux, moi, en fait.
08:06Je trouve ça honteux.
08:09Je me demande pourquoi ils sont rentrés dans la police.
08:13Si c'est pour donner cette image-là.
08:20Avant que tout ça m'arrive,
08:22je crois que j'étais le citoyen lambda,
08:25ce que j'appelle le ventre mou, un petit peu, de la société.
08:27Je veux dire que, bien sûr, je me levais quand il y avait des choses qui étaient complètement scandaleuses
08:31et je pouvais émettre des doutes sur les affaires, comme les gens, en fait.
08:36Aujourd'hui, ce que j'ai vécu a complètement, effectivement, changé
08:40ma façon de voir les choses et je me sens concerné.
08:44Moi, j'étais juste un mec de l'ombre qui kiffait son métier
08:47et je ne vais pas vous mentir.
08:48Depuis cinq ans, je vis une sorte de polar, un peu dark,
08:52qui s'étire en longueur.
08:54Malgré les provocations et les croche-pieds que je reçois, je suis encore debout.
08:59Il y a des gens qui nous regardent ce soir et qui ont été condamnés à tort
09:03pour des choses qu'ils n'ont pas commis.
09:05Ça aurait pu être mon cas.
09:06Il y a aussi des gens qui sont morts.
09:09C'est aussi pour tous ces gens-là que j'irai jusqu'au bout de mon affaire.
09:18Je ne veux pas dire que tous les policiers sont incriminés
09:22parce que j'ose espérer encore que certains policiers,
09:26d'ailleurs j'en croise, en vérité, des policiers qui sont rentrés dans la profession
09:30pour pouvoir faire leur métier et protéger justement la population.
09:35Mais il y en a quand même beaucoup qui ne sont pas dans cette logique-là.
09:43J'ai des potes qui sont policiers.
09:46Franchement, le métier de policier, c'est un métier pour lequel j'ai pu avoir de l'admiration.
09:53Quand on était jeune, les séries que je regardais, c'était des séries de policiers.
09:57On aimait bien.
09:58Mais ce n'est pas des policiers qui tapent les citoyens qu'on boule ensemble en fait.
10:07Toutes les violences policières que je vois,
10:10à chaque fois que je les vois, j'ai la sensation de ressentir dans ma chair
10:14ce que les gens vivent en fait.
10:17Naël, quand j'ai vu ce qui s'était produit, ça m'a bouleversé.
10:24Ça m'a complètement bouleversé.
10:26C'est ça la réalité.
10:27Ce ne sont pas des choses qui sont normales en fait.
10:29Ça ne devrait pas se produire.
10:31Il y a un réel problème.
10:33Alors des fois, on me parle de brebis galeuses, tout ça.
10:37Non, moi je trouve ça, encore une fois, honteux.
10:39Il n'y a pas d'autres mots.
10:42J'espère que ce procès me permettra de passer à autre chose.
10:47Parce que c'est vrai que j'ai souvent la sensation de faire du sur place.
10:53Et ce n'est pas évident.
10:55J'aimerais rien, moi, parler d'autre chose.
11:00Mais tu vois, l'air commence à faire un peu froid.
11:05Ça y est, moi j'ai une douleur au bras qui commence à revenir.
11:07Des trucs aigus.
11:09Et donc forcément, cette douleur, elle est due à quoi ?
11:12J'ai une encre à vie dans le bras.
11:16Alors c'est peut-être psychologique, hein.
11:18Mais en tout cas, toujours est-il que lorsque il y a des changements de température, tout ça,
11:24physiquement, je ressens, j'ai des petites douleurs.
11:27Alors peut-être que le jugement me permettra de, effectivement, de passer à autre chose.
11:38Merci d'avoir regardé cette vidéo jusqu'au bout.
11:41De mon côté, j'ai tenté de joindre les avocats des policiers pour avoir leur version,
11:44mais ils ne m'ont pas répondu.
11:46Le procès s'ouvre ce lundi 9 novembre à Paris et va durer 10 jours.
11:50Et ce qu'il y a à retenir dans cette affaire, c'est que la qualification raciste n'a pas
11:54été retenue par les magistrats chargés de l'enquête.
11:56Les trois policiers sont poursuivis pour violences aggravées et font en écriture.
12:00De notre côté, on va continuer à suivre le dossier à Stripress.
12:03Alors suivez-nous et si vous le pouvez, faites un don.

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