00:00Le grand entretien ce matin, c'est Frédéric Van Hems qui est sur ce plateau, président du directoire de Keolis.
00:05Bonjour.
00:05Bonjour Sandra.
00:06Bienvenue dans la matinale de l'économie.
00:08Keolis, groupe de transport public, vous concevez, vous exploitez, vous développez des solutions de mobilité partagées.
00:14Vous êtes présent dans 14 pays et vous dévoilez cette semaine ce grand plan Embarque 2030 pour des objectifs dans
00:22les trois ans qui viennent.
00:23Est-ce que vous pouvez un petit peu nous expliquer ce plan ?
00:26Embarque 2030, c'est effectivement notre nouveau plan stratégique pour 2027-2030.
00:33Vous voyez le nom Embarque, on l'a choisi parce qu'il est plein d'énergie, il est lié à
00:39la mobilité,
00:40parce qu'on veut embarquer toutes nos équipes, nos clients, nos partenaires dans une nouvelle phase de développement rentable,
00:48mais également responsable, durable.
00:53On pense que dans les années qui viennent, on va avoir un âge d'or de la multimodalité.
01:00J'ai lu ça, ça veut dire quoi ?
01:02Multimodalité, ça veut dire en fait combiner de manière intégrée tous les modes de transport.
01:07Et pourquoi on pressent cet âge d'or ?
01:10Parce que vous voyez, il y a plein de... L'argent public est rare et va pousser les autorités organisatrices
01:17de plus en plus à essayer d'élargir les périmètres
01:21et de faire plus avec moins de moyens, la décarbonation est nécessaire, il y a une métropolisation de plus en
01:29plus importante des populations,
01:31il y a un vieillissement aussi de la population qui fait que les besoins sont différents,
01:36une congestion des villes qui fait qu'il faut éviter la voiture.
01:40Pour toutes ces raisons, on va aller vers des systèmes intégrés qui utilisent un peu tous les moyens de transport,
01:45que ce soit le métro, le tramway, le bus, des véhicules autonomes,
01:51l'intelligence artificielle va permettre de piloter tout ça de manière de plus en plus intelligente.
01:57Et Keolis, qui est un des grands leaders mondiaux de la mobilité,
02:02on est déjà aujourd'hui le leader mondial de la multimodalité justement,
02:06on est le numéro un des métros automatiques,
02:09qu'on va lancer d'ailleurs dans les 18 prochains mois,
02:14des métros automatiques en même temps sur trois continents.
02:18Exactement, on pense à Paris déjà, voilà.
02:20Grand Paris Express, la ligne 18, il y a eu le transfert en gestion technique il y a juste trois
02:25jours,
02:26et on démarre vers la fin de l'année, il va y avoir la ligne 16, la ligne 17,
02:31on lance l'année prochaine le premier métro automatique de l'Afrique subsaharienne à Abidjan,
02:37en Côte d'Ivoire, et on va lancer aussi un nouveau métro automatique à Pounais-en-Inde.
02:42Donc vous voyez, trois continents en même temps.
02:44Ça c'est le métro automatique.
02:45Mais on est aussi le numéro un mondial dans les tramways,
02:48on est aussi un des leaders de l'électrification des bus,
02:52on a aujourd'hui plus de 20% des 24 000 bus qu'on opère dans le monde qui sont
02:59décarbonés,
03:01et puis on est en train de tester des véhicules autonomes.
03:04On lance dans quelques semaines le premier bus autonome sur la principale ligne de bus
03:10qui traverse la ville de Châteauroux.
03:12Et puis je vous parlais d'intelligence artificielle,
03:14parce que justement, ça va pénétrer de plus en plus le monde des transports,
03:20ça va nous permettre de faire de manière beaucoup plus intelligente plein plein de choses.
03:24C'est intéressant parce que dans votre plan, il y a énormément cette notion justement de géographie,
03:29quatre zones géographiques bien déterminées,
03:31ces développements à Abidjan, en Inde, vous l'avez dit,
03:34c'est-à-dire sur des sociétés qui se modernisent.
03:37Là, il faut être là où ça se passe, là où on a besoin de vous.
03:41C'est une notion très importante dans ce plan-là, la géographie.
03:44Vous avez tout à fait raison, j'aime bien le terme de « glocal ».
03:48Parce que vous voyez, on est dans un métier « glocal ».
03:49On est très très locaux, très ancrés dans les territoires,
03:52au service des communautés, des autorités organisatrices.
03:56Mais en même temps, elles attendent que nous amenions toute notre expertise de leader mondial
04:02qui est allé voir des tas d'expériences aux quatre coins du monde
04:05et qui a des hommes et des femmes de grande expertise.
04:09Et c'est ce mélange « glocal » qui est très très important.
04:11Donc effectivement, on se réorganise et on se réorganise en quatre zones géographiques
04:17avec une organisation qui va être plus simple, plus lisible, plus proche du terrain.
04:22Parce que notre gros challenge, c'est que je serais tenté de dire
04:27nous roulons sur des rails et des pneumatiques aux quatre coins du monde
04:32mais nous ne roulons pas sur l'or.
04:34Aujourd'hui, le résultat net de l'ensemble du groupe Keolis dans le monde,
04:38c'est 0,5% de résultat net.
04:41Ce qui veut dire qu'on a l'eau un peu au ras des narines.
04:45Dès qu'il y a un chaos sur la route, on ne respire plus beaucoup.
04:49Alors, on sait bien que c'est de l'argent public
04:51qui ne tombe pas du ciel, qui en a de moins en moins.
04:55Donc, bien sûr, mais je le dis à toutes les autorités organisatrices,
05:00ce n'est pas sain ni pour nous, ni pour vous, ni pour nos équipes
05:04qu'on soit à ce point sous pression.
05:06Donc, c'est tout l'objet de ce plan.
05:07On veut arriver d'ici 2030 à tripler notre rentabilité,
05:12à passer de 0,5 à 1,5%.
05:15On ne demande pas, évidemment, à faire des marges gigantesques,
05:20mais au moins à être capable d'investir en IA,
05:23en véhicules autonomes, en ressources humaines de grande qualité.
05:27C'est l'innovation, justement, parce qu'effectivement,
05:29vous travaillez la sécurité, vous travaillez la rapidité,
05:33vous servez de l'IA, vous êtes un spécialiste, vous l'avez dit,
05:37de la multimodalité et vous répondez aux besoins de la société
05:40qui évolue effectivement.
05:42Mais comment on fait pour multiplier par trois cette marge ?
05:46Est-ce que c'est joué sur la masse salariale
05:49qui représente énormément de vos coûts aujourd'hui ?
05:52C'est sur quoi que vous allez réellement jouer pour l'augmenter ?
05:56C'est ça qui est formidable dans ce plan,
05:58que nous avons travaillé avec les équipes,
06:01c'est que c'est un plan de transformation
06:03et d'amélioration de la rentabilité
06:05que nous allons faire sans aucun plan social,
06:09sans aucun impact sur les effectifs.
06:12Certains rôles vont évoluer dans l'entreprise
06:14parce que justement, on veut se rapprocher du terrain,
06:17être plus ancré dans les territoires,
06:19se déconcentrer, mais on est une entreprise qui embauche.
06:24On embauche, on est à peu près 70 000 aujourd'hui dans le monde,
06:28on embauche plus de 5 000 personnes par an.
06:30Donc si vous êtes intéressé par des jobs qui ont du sens,
06:34qui sont ancrés dans les territoires,
06:36tapez à la porte de Keolis, elle sera grande ouverte.
06:39Et non, on va faire cette évolution de rentabilité,
06:42pas du tout avec une évolution de la masse salariale,
06:46mais en choisissant nos contrats,
06:48en étant plus attentif, on dit non au low cost.
06:51On dit non au low cost.
06:52On ne veut pas être dans des compétitions
06:54où c'est le prix le plus bas qui l'emporte.
06:57On veut être dans des compétitions
06:59où c'est le mieux-disant qui l'emporte
07:01et pas le moins-disant.
07:02Vous voyez, ces dernières années,
07:04avec l'argent public qui est de plus en plus rare,
07:07la tendance a été, pendant 20-30 ans,
07:10à mettre la pression sur les marges
07:12et à rentrer dans une spirale de low cost.
07:15Or, vous le disiez à juste titre,
07:1780% de nos coûts, c'est de la masse salariale.
07:20Donc, qui dit low cost, dit pression sur les effectifs,
07:24dit problème d'absentéisme ou de recrutement,
07:27dit problème de qualité.
07:29Vous voyez, spirale négative.
07:31Il faut qu'on sorte de ça.
07:33Et je pense que, justement,
07:36on voit aujourd'hui les limites de ce low cost.
07:38Il y a de plus en plus d'appels d'offres
07:40qui visent le mieux-disant,
07:42qui élargissent les périmètres.
07:44En France, on parle d'urbain pour les villes,
07:47d'interurbain pour les campagnes.
07:49Tout ça est en train de se mélanger.
07:50On voit des autorités organisatrices
07:52qui se mettent à raisonner,
07:54à juste titre, là encore,
07:56par bassin de vie.
07:57Vous voyez, il y a des enfants aujourd'hui
07:59qui, parfois, sont obligés de prendre un bus
08:01pour aller à une ville,
08:02pour ensuite prendre un TER
08:04pour aller à un autre endroit,
08:05parce que leur école n'est pas
08:07dans la même autorité organisatrice
08:09que là où ils habitent.
08:10Ce n'est pas logique.
08:12Vous voyez, il faut se mettre
08:13à raisonner par bassin de vie.
08:14Donc, ça peut être gagnant, gagnant, gagnant,
08:17que ce soit pour l'autorité organisatrice,
08:19pour nous qui voulons modestement
08:21gagner 1,5% de résultats nets,
08:24et surtout pour les usagers voyageurs.
08:27Merci beaucoup, Frédéric Van Heefs,
08:28d'être venu nous voir ce matin,
08:30président du directoire de Keolis
08:31dans Le Grand Entretien.