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Automne 2008. Lehman Brothers vient de faire faillite et la crise change de nature : les banques ne se font plus confiance, cessent de se prêter entre elles, et le crédit, « l’oxygène de l’économie », vient à manquer. En France, les premiers retraits d’argent commencent aux guichets. Le gouvernement demande aux chaînes de ne pas diffuser les images. Alain Minc a vécu ce week-end au plus près. Il raconte les appels répétés de Nicolas Sarkozy​ et les quatre dirigeants européens qui jouent ​un coup de poker attendant l’ouverture de la Bourse de Sydney :  Ils formulent ​u​ne promesse ​(intenable​) aux épargnants​. ​A​lain Minc en tire une leçon qui résonne avec la crise de la dette actuelle : le bluff aide à régler les crises, mais on ne peut pas mentir au marché. Un extrait de son entretien ​au « Point », à l’occasion de la parution du livre « Un capitalisme devenu fou », écrit avec Guillaume Erner (Flammarion)

§ #économie #AlainMinc #crisebancaire #2008 #NicolasSarkozy #banques

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Transcription
00:00On allait vers une situation, à force du fait que les banques ne se prêtaient plus entre elles, où le
00:05système pouvait se bloquer tout à fait.
00:07Et on entre dans un processus où les Français, terrifiés, se précipitent au guichet des banques pour retirer leur argent
00:15en cash.
00:15Mais ça, ça a eu lieu ?
00:16Ça s'est produit. Il y a eu un week-end fatal, qui s'est bien terminé, mais qui était
00:22la réunion de l'Eurogroupe à l'initiative de Sarkozy, alors président du Conseil européen,
00:28avec la présence de Gordon Brown, ce qui était extrêmement intelligent, parce que les Anglais avaient, dans la semaine, adopté
00:35un plan de sauvetage de leurs banques à l'anglaise, c'est-à-dire très empirique.
00:40Et la veille du week-end où cette réunion devait avoir lieu, il commençait à y avoir des retraits d
00:45'argent dans les banques.
00:46Un début de bank run ?
00:48Un petit début de bank run, c'est-à-dire la fuite des dépôts. Et là, le gouvernement a demandé
00:53aux chaînes de télé de ne pas passer les images.
00:56Et elles ont obtenté ?
00:56Non, mais ça, c'est le sens de l'intérêt général. C'est la moindre des choses.
01:01Le dimanche, les chefs de la zone euro, c'est-à-dire Sarko, président du Conseil européen,
01:07Barroso, président de la Commission, Trichet, président de la Banque Centrale Européenne,
01:13et le quatrième était Juncker, président de l'Eurogroupe,
01:17ont fait une conférence de presse pour annoncer les mesures qu'il prenait,
01:21qui était d'ailleurs la transcription dans l'Europe continentale des mesures que le Royaume-Uni avait prises le mercredi
01:29précédent.
01:29Et je me souviens d'un coup de fil juste après la conférence de presse de Nicolas Sarkozy,
01:34me demandant « Qu'est-ce que tu en penses ? »
01:37Et je lui dis que vous étiez comme quatre joueurs de poker qui soudainement font tapis,
01:43et bon, et on saura à 23h si vous avez gagné ou perdu.
01:47Pourquoi à 23h ? Parce que la bourse de Sydney ouvrait à 23h,
01:51pour vous montrer à quel point ça se passait dans un univers mondialisé.
01:54À 23h, la banque de Sydney augmente d'une petite dizaine de pourcents.
01:58La crise est terminée.
02:00Après, elle met du temps à rentrer en ordre, mais c'est fini.
02:02C'est-à-dire, les mesures ont été considérées comme rassurantes,
02:07et immédiatement, les taux d'intérêt ont commencé à se réduire,
02:11et le gouvernement en place ont pris, par rapport à des abcès,
02:15qui étaient les abcès de la vie industrielle ou l'autre,
02:17ont pu prendre des mesures pour calmer le processus.
02:20Pourquoi Nicolas Sarkozy vous appelle ? Qu'est-ce qu'il vous dit ?
02:23Pendant ce week-end, il avait dû m'appeler, je ne sais pas, dix fois.
02:27Dix fois ?
02:27Oui, mais parce que, quand vous êtes dans le cœur du chaudron,
02:32vous avez besoin de parler à quelqu'un qui est à l'extérieur,
02:34d'échanger, de dialoguer.
02:37Donc, oui, la manière dont les mesures étaient élaborées,
02:41je les avais vues de près, mais là, c'était la technocratie,
02:44faisait bien son boulot.
02:45Ils se demandaient quel était le pronostic
02:47que pouvait inspirer leur conférence de presse.
02:50Et vous avez vu que je n'ai pas dit que ça allait marcher.
02:52J'ai dit, on saura en regardant Sydney.
02:54Ils demandaient à être rassurés, finalement ?
02:56Oui, mais c'est normal.
02:57Il faut voir ce que c'est que la pression psychologique
02:59qui s'est exercée dans ces moments-là.
03:01Et je voudrais rendre grâce à Nicolas Sarkozy,
03:05pendant dix jours de la vie du monde,
03:08il a peut-être sauvé le monde économique,
03:11c'est-à-dire le système d'économie de marché.
03:13Vous avez eu peur, vous, ce week-end-là ?
03:15La veille du week-end, oui.
03:17Oui, je me suis quand même demandé, je me dis,
03:18bon, lundi, comment je fais pour faire vivre ma famille
03:22si tout s'effondre ?
03:23C'est la seule fois de ma vie où je me suis fait cette remarque-là.
03:26Donc, tout ce qu'on vit à côté, dont je vous ai parlé,
03:29ce sont des péripéties.
03:31Qu'est-ce que les Français n'ont jamais su de cette période ?
03:33Ce que je viens de vous expliquer est extrêmement compliqué.
03:37Honnêtement.
03:38Même vous, vous avez du mal à suivre.
03:40Alors, donc, ils n'ont pas vu tout ça.
03:43C'est une raison, d'ailleurs, qu'il y avait un débat intéressant.
03:47Nicolas Sarkozy avait fait un discours à Toulon
03:50sur la crise financière.
03:52Et moi, je lui avais suggéré de dire
03:54« Tu garantis l'épargne des Français ».
03:56Il avait tout de suite vu politiquement le point
03:59et il l'avait mis dans son discours.
04:01Tous les technos autour de lui l'ont assailli sur le thème
04:04« Ce n'est pas possible parce qu'on n'est pas en état de le faire ».
04:07C'est vrai.
04:08Évidemment qu'on ne peut pas garantir les paniers français.
04:10Mais il fallait nécessairement le dire.
04:12C'est-à-dire que les Français croient
04:14que l'État peut leur donner cette garantie.
04:17Il fallait leur donner cette garantie
04:19pour qu'ils remettent un peu en activité le circuit économique.
04:23Donc, ça veut dire qu'on règle les crises à coup de bluff ?
04:26Le bluff contribue au règlement des crises, oui.
04:28Mais il ne faut pas se gourer sur le bluff.
04:30C'est-à-dire qu'il ne faut pas paraître solide quand on ne l'est pas.
04:33On ne peut pas mentir au marché.
04:35En 2008, c'est l'État qui sauve le marché ?
04:39C'est l'État et les banques centrales.
04:41Les banques centrales, oui.
04:42Si en 1932,
04:44les États et les banques centrales
04:46s'étaient comportés avec la même intelligence
04:48que celle dont ils ont fait preuve en 2011,
04:53probablement qu'on n'aurait eu ni le nazisme,
04:56ni la Deuxième Guerre mondiale,
04:58ni la Shoah.
05:00Les gouvernements et les banques centrales
05:02ont fait à l'époque l'inverse de ce qu'il fallait faire.
05:05Expliquez-nous.
05:05C'est-à-dire qu'ils ont eu une politique restrictive.
05:08Il y a même eu un grand moment de phase
05:10où on réduisait les salaires pour réduire la consommation,
05:13pour atrophier l'économie,
05:16alors que les gouvernements et les banques centrales
05:19ont eu l'attitude exactement inverse
05:21en 2007-2008,
05:24c'est-à-dire qu'ils ont inondé d'argent le système.
05:28D'ailleurs, on en paye ou on en profite encore
05:32puisque les bilans des banques centrales
05:35sont encore gonflés de l'argent
05:37qui a été créé à cette époque.
05:39Donc l'État sauve le système ?
05:41L'État et les banques centrales sauvent le système.
05:43Est-ce que le système n'est pas aujourd'hui
05:45prêt à attaquer l'État ?
05:47C'est quand même ça la situation qu'on vit.
05:49Attaquer comment ?
05:50Crise de la dette.
05:51La crise de la dette,
05:52elle n'est pas faite par les extrémistes français,
05:54elle est faite par les détenteurs étrangers
05:56d'obligations françaises.
05:58Si le téléphone sonnait ce week-end,
06:00s'il y avait une crise,
06:02vous auriez Emmanuel Macron au téléphone,
06:04qu'est-ce que vous lui conseilleriez ?
06:06Entre le possible et l'impossible,
06:09l'impossible, ça serait déjà de rétablir la réforme borne,
06:13qu'il y ait une petite réforme,
06:15une toute petite réforme par rapport à l'enjeu.
06:17Il va falloir faire beaucoup plus rude sur les retraites.
06:20Il ne peut pas le faire.
06:22Il n'en a même pas les moyens juridiques.
06:24Il va au Parlement rétablir la réforme borne.
06:28Vous voyez, les parlementaires en pleine campagne électorale
06:30lui donner satisfaction.
06:33Donc je crois qu'il n'y a pas de mesure intrinsèque
06:36qu'on peut lui conseiller.
06:38Reste néanmoins de ne pas détruire ce qui marche,
06:43c'est une chose de chamaillent.
06:44Complimentation de ne pas détruire ce妳d'a.
06:45Sous-titrage FR ?

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