00:00— Oui, absolument, Karine. Je vais vous raconter une situation qui est très symptomatique de ce qu'il se passe
00:05actuellement à Paris et même dans les grandes villes,
00:08parce que c'est valable aussi dans les autres grandes villes. Là, vous avez à l'image une banque dont
00:13l'une des vitres, vous voyez, a été partiellement brisée.
00:17Elle a été brisée par deux jeunes, deux jeunes d'une petite vingtaine d'années. Et quelques minutes après, il
00:24y a une dame, une manifestante,
00:25une psychologue parisienne qui manifestait elle aussi contre le capitalisme. Et elle a interpellé ces deux jeunes en train de
00:32casser la vitre de cette banque
00:33pour leur dire que ça ne servait à rien. Ingrid, j'aimerais vous poser la question. Je vous ai vu
00:38interpeller ces deux jeunes parce que vous ne cautionniez pas
00:42le fait qu'ils cassent la vitre de cette banque. Racontez-moi pourquoi. C'était vraiment une contradiction parce que
00:47vous manifestez contre le capitalisme.
00:48Ces jeunes vous ont dit que casser la vitre d'une banque, ça représentait aussi le fait en capitalisme. Et
00:55vous l'avez dit non. Pourquoi ?
00:57Je suis tout à fait d'accord que les banques représentent le capitalisme. Mais je pense que le mouvement... Pour
01:02moi, je suis contre la violence.
01:03Donc je pense que c'est important aussi de montrer qu'on a des choses à dire et pas seulement
01:06qu'on casse.
01:07On va encore dire que tous les jeunes de banlieue, les jeunes, les noirs, tous les lycéens sont là pour
01:13casser.
01:14Et c'est pas l'image qu'on veut montrer. Et en fait, c'est pas non plus ce qu
01:17'ils voulaient montrer, ces jeunes.
01:18Ils avaient vraiment un message en disant qu'ils ont attaqué une banque parce que ça représente le capitalisme.
01:23Je précise par ailleurs que le cortège officiel qui est parti de la place de la République jusqu'à la
01:26place de Clichy s'est très bien passé.
01:28Il n'y a pas eu de heurts. Néanmoins, quand vous voyez ces barricades faites de vélos de location, de
01:34matériel de chantier,
01:35qu'on voit Paris ou des endroits à Paris brûlés, est-ce que vous le cautionnez ça par ailleurs ?
01:40Alors non, je cautionne pas. Mais je cautionne pas non plus ce que j'ai vu à République.
01:43Quand vous dites qu'il n'y avait pas de heurts, je suis désolée. C'est pas tout à fait
01:46ce que j'ai vu.
01:46Sur le cortège ?
01:47Alors sur le cortège, oui. Mais en fait, il y a quand même eu des bombes lacrymogènes de la police
01:50sur nous.
01:51On n'a rien fait. On a discuté avec les policiers. Ils nous ont dit que c'était pas possible
01:55de passer par là.
01:56On s'est sentis un petit peu parqués quand même. Donc c'est pas forcément quelque chose de positif.
02:00Donc je comprends qu'il peut y avoir des moments où la foule ou les jeunes ou les moins jeunes
02:05s'énervent.
02:06Maintenant, je suis pas d'accord. Mais n'empêche que je pense qu'il y a aussi des choses à
02:09faire du côté police.
02:10La crainte toujours pour les manifestants, c'est d'être récupéré quelque part par ces jeunes violents,
02:15parce qu'il y en a encore aujourd'hui, et de ne pas se faire entendre.
02:17Est-ce que vous avez le sentiment qu'aujourd'hui, on parle davantage de ces incendies qu'il y a
02:23un peu partout dans Paris,
02:23des violences qu'il y a entre la police et certains manifestants ?
02:26Je pense qu'on en parle trop. Trop de manière négative. Et en fait, on passe à côté des messages.
02:32C'est pas ce que les jeunes veulent. En fait, on oublie complètement les revendications.
02:36Je suis désolée, j'ai repris mes études il n'y a pas très longtemps. Je suis allée dans les
02:39facs.
02:40Et en effet, c'est inadmissible ce qui s'y passe. Donc je pense que ce qu'il faut, c
02:44'est surtout le message.
02:45Et vous, vous avez un rôle très important, vous les médias, de faire passer ça.