00:00Oui, et vous avez oublié le commissariat de police municipale qui a été massacré,
00:04le commissariat de Noailles en centre-ville sur la cannebière également qui a été attaqué.
00:09Moi, vous savez, j'ai eu beaucoup de policiers ce matin qui m'ont dit des mots absolument fous.
00:13Ils m'ont dit « on a vu la mort en face ».
00:16C'est la première fois qu'on est obligé de partir.
00:19La bataille a été perdue parce qu'on ne pouvait pas la gagner.
00:22Et en fait, ce qu'on n'a pas évalué, Julien, et je le dis de manière très claire,
00:26je pense qu'on n'avait pas évalué le nombre considérable, considérable de casseurs
00:30qui sont venus, qui sont descendus dans le centre-ville de Marseille
00:33et dans tous les centres-villes d'ailleurs de France.
00:37On a eu des black blocs qui ont commencé à 8h15 du matin, il faut le rappeler.
00:40Vous savez, hier, Julien, j'ai eu des collègues qui ont commencé à 6h du matin.
00:43Ils ont fini à 2h30 du matin cette nuit.
00:46Et ils ont commencé à 8h15 du matin à tout casser, à tout dégrader dans Marseille.
00:50Et ça a duré, c'est monté crescendo toute la journée.
00:54Et effectivement, le matin, il n'y avait qu'une seule compagnie de CRS.
00:58Et ensuite, est arrivée les deux autres qui étaient prévues,
01:00plus tous les effectifs, la compagnie d'intervention de Marseille,
01:03plus tous les effectifs marseillais.
01:04Mais nous étions complètement déberdés.
01:07On a perdu le contrôle de la ville, très clairement,
01:10parce qu'ils étaient tellement nombreux.
01:12Ils faisaient tellement d'horreur les violences qu'ils ont commises sur les policiers.
01:18Je me remémore les mots des collègues de ce matin
01:21qui me disaient qu'ils voulaient nous tuer.
01:23Ils voulaient nous tuer.
01:24Ils avaient de la haine dans les yeux.
01:27On s'est fait massacrer.
01:29Ce terme de massacrer est arrivé beaucoup.
01:31Rudy, vous avez des collègues qui vous ont dit clairement qu'ils avaient eu peur hier ?
01:35Évidemment.
01:36Évidemment, Julien.
01:37Mais vous savez, c'est un sentiment absolument normal.
01:40Vous avez vu les images en bas de Canebière
01:43où vous avez les fourgons de la compagnie d'intervention qui sont pris à partie.
01:46Ils n'avaient plus de grenades.
01:49Pendant 45 minutes, ils n'ont plus de grenades.
01:51Ils en ont tiré 3000 grenades lacrymogènes.
01:533000 grenades ont été tirées.
01:55Et on voit ces images qui sont absolument horribles quand on est un flic.
01:58Je vous dis horrible.
02:00Le flic que je suis, c'est insupportable de voir des images comme ça
02:03où on voit les collègues rentrer dans les fourgons
02:05et devoir partir pour laisser le terrain à des individus qui sont là pour les tuer,
02:10mais aussi pour piller, pour tout saccager.
02:13Vous savez, dans la tête d'un flic, c'est super dur à vivre ça.
02:16Quand vous êtes sur place, c'est super dur.
02:18Et puis, les projectiles qui leur ont lancé dans la tronche.
02:22Mais si vous saviez ce qu'ils leur ont lancé hier dans la tête,
02:25c'était uniquement pour tuer.
02:27Franchement, c'était que ça.
02:28Et évidemment que ce sera une journée qu'ils garderont à tout jamais dans la tête
02:34parce qu'on n'avait jamais vécu ça.
02:35Je l'ai dit hier soir aussi sur votre antenne,
02:37c'est bien plus fort ce qu'on a vécu aux émeutes de Naël.
02:40C'est bien plus fort ce qu'on a vécu pendant les épisodes des Gilets jaunes.
02:44C'était beaucoup plus violent.
02:46Et ils étaient surtout beaucoup plus nombreux sur cette journée.
02:48Je ressens une grande émotion chez vous, Rudy.
02:51Ce n'est pas la première fois qu'on échange.
02:53Évidemment, je vous sens la gorge genouée.
02:56Bien sûr.
02:57Pourquoi ? Parce que vous vous dites qu'on a atteint un point de non-retour.
03:02Je ne veux pas être trop alarmiste parce qu'il faut garder espoir.
03:07On est dans un grand pays et dans une démocratie.
03:10Mais j'ai cette image que vous avez aussi.
03:12Je pense que vous regardez l'antenne en nous répondant.
03:16Bien sûr.
03:18Oui, c'est à pleurer en fait.
03:21C'est horrible.
03:22C'est mes frères d'armes qu'on voit.
03:23C'est la compagnie internationale de Marseille.
03:25C'est des mecs qui sont engagés toute la journée.
03:27Regardez, ils doivent fuir, doivent partir avec des individus qui sont prêts à leur jeter des pavés de 15 kilos.
03:35Ils m'ont dit, ils nous ont cassé les vitres, ils nous jetaient des fumigènes à l'intérieur des camions.
03:39Ils ont vécu des scènes absolument traumatisantes.
03:43J'ai même eu un collègue qui m'a appelé ce matin.
03:45Quand ses enfants se sont levés, il m'a dit, je ne peux plus parler.
03:48Je ne veux pas que mes enfants entendent ça parce que je ne veux pas qu'ils soient traumatisés.
03:51Donc oui, j'ai beaucoup d'émotions quand je vois ça parce qu'on ne mérite pas ça.