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  • il y a 2 jours
Tous les matins à 7h15, le parti pris argumenté d'un invité sur un sujet d'actualité, avec les témoignages et les réactions des auditeurs de RMC en direct au 3216.

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Transcription
00:00On n'a pas les mots, on n'a pas les mots pour décrire ce qu'il s'est passé
00:04ce week-end.
00:04Bien sûr, il y a les mots de chaos, il y a les mots de violence.
00:07Peut-être au fond, le mot de tragédie, celui qui a été exprimé par le maire de Lyon,
00:11est le plus proche de ce que l'on a ressenti.
00:13Une véritable tragédie, voilà ce que dit le maire de Lyon,
00:16qui sera d'ailleurs en direct sur RMC pour répondre à mes questions à 8h30.
00:20Ça a commencé samedi avec la journée de mobilisation du 17 octobre,
00:23entre 550 000 et 800 000 manifestants.
00:26Et puis, il y a eu les casseurs, et puis sont venus ensuite les pilleurs,
00:30des émeutiers par centaines, voire milliers, dans la plupart des grandes villes de France.
00:34Et ça s'est poursuivi jusque tard dans la nuit.
00:36Mairie et préfecture visée, des commerces par centaines pillés, détruits.
00:40Et ce matin sur RMC, je vous donne la parole.
00:42Vous avez été victime ou témoin de ces violences, vous les trouvez insupportables,
00:46ou peut-être, pour certains, vous estimez qu'il faut les comprendre.
00:49J'ai entendu des scènes assez lunaires de discussions entre Parisiens hier,
00:54qui, place de la République, pour certains, venaient ranger, nettoyer.
00:58Et d'autres leur disaient, mais non, il ne faut pas nettoyer,
01:00parce qu'au fond, ça doit pouvoir s'exprimer.
01:02Alors, voilà, le standard vous est ouvert, évidemment, ce matin au 32-16.
01:06Pour commencer cette discussion, je voudrais qu'on donne la parole à Laurent Mazella,
01:10qui est gérant de la brasserie Davico à Marseille.
01:13Votre établissement a été intégralement pillé samedi après-midi.
01:18Vous l'aviez fermé, vous aviez quitté les lieux.
01:21Bonjour à vous, Laurent. Est-ce que vous pouvez nous raconter et nous dire votre sentiment ce matin ?
01:26Bonjour. On est dans l'après. On est sur une jambe et on travaille,
01:33parce qu'on n'a pas le choix, parce qu'il faut avancer,
01:36parce qu'il faut faire tourner notre économie à nous,
01:40parce qu'on ne sera pas aidé.
01:43Donc, on est dans l'après.
01:44Quand vous dites qu'on est dans l'après et on travaille, vous allez travailler avec quels moyens ?
01:48C'est-à-dire, comment vous avez trouvé votre boutique ?
01:52Nous, on a fermé à midi et demi, on a mis en sécurité nos gars,
01:55et on est partis, puisque ça commençait à sentir mauvais.
02:00Ça a gazé quelques minutes plus tard,
02:03et les premières intrusions, c'est 19h,
02:07jusqu'à 1h du matin.
02:11À partir d'une heure du matin, on est arrivés, entre guillemets,
02:13à revenir avec un vigile qu'on a fait venir par une assurance.
02:18Et nous, on a passé la nuit avec lui là-bas.
02:21Vous avez dormi sur place, à l'intérieur ?
02:23On a dormi sur place, oui.
02:25Pour tenter de quoi ?
02:27De garder les lieux ?
02:29Oui, oui, de sauver ce qu'il y a à sauver.
02:33Vous vous êtes senti abandonné ?
02:36Par qui ?
02:37Ça, c'est la vraie question.
02:39La police, non.
02:43La police, non.
02:44Moi, je les ai vus au vrai, 2h du matin, 6h du matin,
02:47et je pense que ces gars-là se donnent...
02:51Enfin, c'est un cerdoce, donc bravo.
02:54Après, oui, la gestion du jour,
02:57on a quand même, nous, l'habitude commerçant de voir des manifs,
03:00et elles ont le droit de se passer, et il faut qu'elles se passent,
03:03et ils ont le droit de s'exprimer.
03:04Il faut que ce soit très clair.
03:06En revanche, ce qui a été mis en place ce jour-là,
03:10à l'œil d'un humain profane,
03:13ce n'est pas normal.
03:15Ce n'était pas à la hauteur.
03:16Je voudrais que vous puissiez, Laurent,
03:18entendre aussi les réactions de Loïc, de Patricia.
03:21Loïc, vous, vous êtes à Bordeaux.
03:23Vous êtes chef d'entreprise de nettoyage.
03:25On vous appelle non-stop depuis samedi, c'est ça ?
03:28En fait, oui.
03:29Bonjour tout le monde.
03:30Bonjour, Pauline.
03:31Oui, en fait, depuis dimanche midi,
03:34nos mails n'arrêtent pas de sonner,
03:36puisque nos clients, les entreprises, les boutiques,
03:39les commerçants, les magasins, sont bien évidemment touchés.
03:42Nous, nous avons des contrats où on intervient 24-24,
03:45où des très bonheurs le matin, pour nettoyer les magasins,
03:48les mettre en propreté avant que les clients arrivent.
03:50Et là, forcément, les missions vont changer.
03:52Ça va être la remise en état.
03:54Donc forcément, c'est un bouleversement dans les habitudes des équipes,
03:57avec aussi des risques qui sont différents
03:59que de nettoyer des sols ou d'entretenir et de vider les poubelles.
04:03Donc forcément, on est beaucoup malmené.
04:05Alors, on a un peu l'habitude,
04:06parce qu'entre les incendies qu'on a connus cet été,
04:09les inondations, les tempêtes,
04:11nos équipes ont l'habitude maintenant et s'habituent.
04:14Mais par rapport à ce qu'on a vu et ce qui s'est passé samedi,
04:16oui, c'est inquiétant.
04:18Donc ça, c'est un premier problème.
04:19C'est qu'on va être effectivement bouleversés par rapport à ça.
04:22Donc, grand message de soutien aux 600 000 salariés
04:26des métiers du nettoyage qui oeuvrent au quotidien,
04:29parce que nous, on intervient maintenant.
04:31Et deuxième chose, Apolline, moi, ce qui m'inquiète,
04:33c'est quand je vois l'escalade de la violence,
04:37que maintenant les casseurs rentrent dans les appartements
04:40pour se cacher ou autre.
04:42Mais qu'est-ce qui va se passer demain
04:43s'ils interviennent dans les zones industrielles
04:45ou s'ils décident d'aller piller les entreprises ?
04:47Qu'on voit la facilité déconcertante
04:49avec laquelle ils rentrent dans les mairies
04:51ou tout ce qui a pu se passer.
04:53Mais demain, ce n'est pas un poste de garde
04:55avec un agent qui va empêcher 50 manifestants.
04:58Cette angoisse qui monte, effectivement,
05:00avec, vous le mentionniez,
05:02on a vu, effectivement, des halls d'immeubles
05:04qui étaient aussi devenus, finalement,
05:06des lieux dans lesquels rentraient les casseurs.
05:08Emmanuel, et ensuite, Patricia, Emmanuel.
05:09Non, une précision, parce que vous savez,
05:11le chiffre officiel de magasins touchés,
05:12c'est autour de 1 500 aujourd'hui.
05:14Mais on a joint Alain Di Crescenzo, le patron de ZI,
05:16qui nous dit, en fait, il y a des villes
05:17qui n'ont pas remonté les statistiques.
05:19Et lui est convaincu qu'il y a...
05:20Le président des chambres de commerce et d'industrie.
05:21Il y a nettement plus de 2 000 magasins en France...
05:24Ce n'est qu'un chiffre provisoire.
05:25...qui ont sans doute été touchés.
05:28Et quand même, pour répondre à la sidération française,
05:31juste élargir un peu la focale
05:32et bien préciser qu'il y a d'autres pays en Europe
05:34qui, samedi, ont été victimes.
05:37L'Italie, notamment.
05:37L'Italie, la Belgique, le Portugal, l'Albanie.
05:40Il y avait des manifestations pour le pouvoir d'achat,
05:42pour tout ça.
05:43Et donc, attention, c'est un phénomène presque européen.
05:46Patricia est aussi avec nous.
05:47Bonjour, Patricia.
05:48Vous, vous nous appelez de Villeneuve, dans l'Ain.
05:51Vous êtes fonctionnaire.
05:52Vous avez eu un sentiment de honte ce week-end.
05:54Ah oui, quand j'ai regardé la télé,
05:56sur toute chaîne, j'ai halluciné.
05:58J'ai dit, mais c'est dans mon pays que ça se passe.
06:02Je vous entends mal, Patricia.
06:03Est-ce que vous pouvez parler plus proche de votre téléphone ?
06:05Ah, ça va mieux, là ?
06:07Un peu mieux, oui.
06:08Un peu mieux.
06:09Oui, je disais, quand j'ai regardé les émissions
06:11qui ont relaté les faits,
06:13j'ai dit, mais je n'habite pas en France.
06:15Ce n'est pas possible que ça se passe chez nous.
06:16Et je suis totalement affolée, entre guillemets.
06:20Je me dis, mais comment puis-je vivre dans un pays comme ça
06:22où aucune valeur n'est respectée ?
06:23Quand on attaque les mairies et les symboles de la République,
06:26pourquoi pas chez nous ?
06:27Effectivement, je rejoins beaucoup de gens.
06:29Je me dis, pourquoi ils ne viendraient pas chez nous
06:30prendre ce qu'on a ?
06:31Je suis en totale panique.
06:32Je me dis, mais la seule solution, c'est de partir.
06:35On ne peut plus vivre dans un pays
06:36où personne ne nous protège.
06:38Partir ?
06:39Oui, complètement.
06:40J'entends les politiques, ils sont tous en train de s'exprimer.
06:42Mais rassemblez-vous, faites votre job.
06:45C'est-à-dire, faites-nous vivre dans un pays
06:47où on peut vivre en tranquillité, au lieu de brandir.
06:50J'ai été frappée, Patricia, quand vous dites ça,
06:52quand vous dites, mais rassemblez-vous.
06:55Moi, je m'étais dit, peut-être qu'on va entendre une voix.
06:57Il y en a-t-il qui va appeler à ce qu'il y ait une forme
07:00de manifestation de paix, justement ?
07:04Alors, les maires, notamment les maires des petites villes,
07:07des villes rurales, ont appelé à ce qu'aujourd'hui,
07:09à midi, il y ait des rassemblements devant les mairies.
07:11Mais il n'y a pas d'union sacrée.
07:13Ce mot a-t-il encore un sens, d'ailleurs, Arthur Chevalier ?
07:15Absolument, oui.
07:16Je pense que le témoignage de Patricia révèle quelque chose.
07:19La France se sent complètement nue.
07:21Il y a des gens qui rentrent dans les halls d'immeubles.
07:22La sécurité des personnes dans leur vie privée est en danger.
07:25Et on se demande ce que fera ce gouvernement,
07:27parce que ça finira par se produire à ce rythme-là.
07:29ce qu'ils feront quand il y aura des incursions
07:31dans des appartements ou qu'il y aura des blessés.
07:33C'est-à-dire, c'est ça la suite, s'il ne se passe rien.
07:35Et j'ai été très frappée aussi par ces tenants de magasins
07:40qui, parfois, au péril de leur vie, ont tenté de se mettre à l'entrée
07:44pour bloquer au contact des manifestants.
07:47Et certains, je pense notamment à ces images de Micromania,
07:49de magasins d'IFI, qui se sont fait littéralement balayer
07:54violemment par les manifestants ou par les pilleurs.
07:57Merci beaucoup Loïc et Patricia.
07:58Merci aussi à Laurent, à Marseille,
08:01qui dit qu'on va tenter de reprendre le boulot aussi.
08:03On est dans ce jour d'après, on est dans cette sidération affolée.
08:06Je rejoins votre mot, Patricia, je le retiens aussi.
08:10Évidemment, on poursuit avec vous tous ce matin au 32 16.
08:13Vous nous dites ce que vous avez ressenti,
08:15ce que vous avez observé.
08:17C'est parti.
08:17C'est parti.

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