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Essayiste, père de neuf enfants et géographe de formation, Alexis Perot publie "À la redécouverte du patriarcat perdu", aux éditions du Verbe Haut. Un livre qui s’attaque à un mot devenu un réquisitoire : le patriarcat. Faut-il n’y voir qu’une oppression des femmes, ou aussi un cadre de protection et de transmission ?
En s’appuyant notamment sur Emmanuel Todd et René Girard, l’auteur rouvre le dossier de la famille française. Il interroge les liens entre autorité paternelle, héritage et stabilité des générations. Et voit dans la Révolution française une rupture majeure de cet ordre familial et spirituel. Mais le père protecteur du passé n’est-il pas, lui aussi, une figure idéalisée ? L’effacement de son autorité a-t-il tenu toutes les promesses de liberté et d’émancipation ? Derrière la bataille des mots se pose une question concrète : comment enrayer l’instabilité familiale ?
Un entretien pour confronter les idées reçues et demander, dans un monde que nous ne savons plus comprendre, quelle place rendre au père aujourd’hui.
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#société #famille #patriarcat

Source YouTube: https://www.youtube.com/watch?v=ATq0zHXuK9E

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Transcription
00:06Père de 9 enfants et géographe de formation, Alexis Perrault nous propose un livre érudit publié aux éditions du Verbe
00:12Haut, des très belles éditions.
00:14Et cet ouvrage s'intitule « À la redécouverte du patriarcat perdu ».
00:19Et bien évidemment, cet ouvrage est en vente sur le site de TVL.
00:22Vous allez sur TVL.fr, sur le site internet TVL.fr.
00:25Et c'est dans la rubrique boutique que vous pouvez acheter les ouvrages qui sont présentés ici par TVL lors
00:31de la réception de nos invités et des entretiens organisés par la chaîne.
00:35Aujourd'hui, je viens de le dire, le patriarcat est synonyme d'oppression des femmes, n'est-ce pas, M.
00:41Perrault ?
00:41Tout à fait.
00:42Alors, est-ce que vous soutenez qu'il y a aussi un autre principe, finalement, de protection et transmission ?
00:47Et votre éditeur écrit « Un monde que nous ne savons plus comprendre ».
00:52– Oui, précisément. Ce qui m'a poussé à écrire ce livre et à étudier cette question, c'est en
01:00la découverte, tout simplement,
01:02parce qu'on parle de découverte, que la famille telle qu'elle a été autrefois n'avait presque rien à
01:08voir avec la famille d'aujourd'hui.
01:10Et pour moi, c'est moi qui vis la famille au quotidien, puisque, comme vous l'avez dit, je suis
01:15père.
01:15– C'est pour ça que j'avais soulevé neuf enfants.
01:17– Voilà. C'était une découverte assez fondamentale de découvrir ça.
01:21Pourquoi ? Alors, pourquoi j'ai éteigné mon propos ?
01:24La famille d'autrefois n'avait rien à voir avec celle d'aujourd'hui, parce que,
01:28à travers les lectures que j'ai pu faire et qui sont présentes dans ce livre,
01:32j'ai réalisé que tout se situait autour de la transmission d'une maison, d'un lieu.
01:40Et ça, c'est effectivement la particularité de types familiaux, comme la famille souche,
01:45autrement appelée, il y a plusieurs appellations, parce que là, on est sur des questions de noms,
01:51famille patriarcale ou famille communautaire, qui avaient ces caractéristiques
01:57de privilégier la cohésion familiale, la transmission d'un lieu, d'une maison.
02:02Et donc, toute l'organisation familiale était subordonnée à cette nécessité,
02:08était tournée à cette réalité. Et donc, ça faisait quelque chose
02:12qui était très différent d'aujourd'hui, puisque ça nous oblige à constater
02:16que la famille d'aujourd'hui, par comparaison, est une famille à durée déterminée,
02:22qui n'existe que pour une génération, qui n'a pas cette même visée
02:27de durée dans le temps, de transmission de valeurs et de patrimoine.
02:33Et donc, ça crée une différence fondamentale et qui méritait que de faire cette étude.
02:42– Vous faites une histoire d'un ordre familial, de sa disparition, de ses conséquences.
02:46Et avant d'avancer dans le livre et dans votre réflexion, votre propos,
02:51est-ce qu'il ne risque pas finalement, dans l'ouvrage, j'ai lu, d'idéaliser
02:56l'ancienne famille, où la place des femmes et des enfants
03:01ne permettait pas vraiment d'échapper à la volonté du père et de lui seul ?
03:06– Mon premier propos n'est pas nécessairement de donner un qualificatif,
03:11parce qu'idéaliser, c'est placé sur un piédestal,
03:14même si au fur et à mesure du livre, effectivement,
03:17j'en découvre les qualités, en fait, les qualités de transmission,
03:24des choses qu'on a perdues, et comme je l'ai dit,
03:31puisqu'on est sur un monde très différent,
03:33et porté par des auteurs comme Frédéric Leplay
03:36ou Mgr Delassus, que j'ai suivi sur cet axe-là,
03:42j'ai effectivement découvert qu'on avait perdu des choses,
03:44qu'il y avait des qualités qui existaient aujourd'hui,
03:46qui n'existent plus, mais je ne pense pas à rentrer
03:50dans une logique d'idéalisation pour autant,
03:52parce que je n'ai pas vécu à cette époque-là,
03:54donc je n'ai pas la prétention de pouvoir comparer
03:58sur le quotidien des familles d'autrefois et celle d'aujourd'hui,
04:01donc je ne pense pas être dans cette logique-là.
04:03– Ce qui est sûr, c'est que vous restituez les fondements
04:05de cet ordre patriarcal qui façonna l'ordre familial,
04:09et vous partez, vous puisez dans les travaux,
04:12vous avez utilisé, c'est-à-dire là-dessus,
04:14vous venez de le dire,
04:16plus largement, et je vais dire peut-être plus profondément,
04:18vous partez des travaux d'Emmanuel Todd
04:20sur les différents systèmes familiaux,
04:22c'est en fait ce qui constitue votre point de départ.
04:24– Oui, parfaitement.
04:26Je n'aurais jamais écrit ce livre-là
04:27si je n'étais pas tombé à une époque de ma vie
04:32ayant des charges familiales assez conséquentes,
04:33conséquente, je ne lisais quasiment plus sur le livre d'Emmanuel Todd,
04:38« L'invention de l'Europe », qui m'a ouvert un monde, à vrai dire,
04:41sur les différences familiales.
04:44Donc, il pose comme postulat qu'il y a des différences d'organisation familiale,
04:50qui sont la famille souche, la famille communautaire,
04:52ou la famille plus simple, qu'on appelle la famille nucléaire,
04:58répartie géographiquement en France,
05:00parce que là, on propose les limites à la France,
05:02bien que lui, pour Emmanuel Todd, c'est toute l'Europe,
05:05voire le monde dans d'autres ouvrages,
05:07et que ces organisations ont fait preuve d'une stabilité
05:11entre le XVIe et le XIXe siècle, selon lui,
05:14et ce qui permet, sur la base de cette stabilité,
05:18d'étudier le devenir des peuples à travers les chocs
05:24auxquels ont été confrontées ces familles,
05:26que sont d'abord la réforme protestante,
05:29puis la flébétisation, et enfin la déchristianisation,
05:33qui ont conduit à une uniformisation à terme des types familiaux,
05:40malgré leur diversité de départ,
05:42pour aboutir à la seule famille nucléaire qu'on connaît aujourd'hui.
05:46Alors, la famille nucléaire, je précise,
05:48c'est la famille que tout le monde connaît, la plus simple,
05:50c'est-à-dire que sous un même toit habitent des parents et des enfants,
05:54et pas d'ancêtres, en fait, en fin de compte.
05:56– Vous appuyez aussi votre démonstration sur des travaux de René Girard,
05:59et aussi de Sylvain Durin, qui est venu une très nombreuse fois à TV Liberté,
06:04qui est un ami de TVL.
06:05Qu'est-ce que vous apporte ces travaux
06:07et dans votre souci de confrontation intellectuelle ?
06:10– Alors, déjà, il a fallu mettre René Girard et Sylvain Durin
06:15sur un terrain commun,
06:17et ce terrain, c'est justement une sorte de déterminisme,
06:23ou face,
06:27qui tendrait à montrer que, de manière inéluctable,
06:30le patriarcat tel qu'il a existé,
06:32à travers des familles plus complexes qu'aujourd'hui,
06:35devait nécessairement laisser la place au monde individualiste
06:40qu'on connaît aujourd'hui.
06:43Alors, pour Emmanuel Todd,
06:45il y a vraiment une mécanique très déterministe,
06:48que j'étudie dans le livre,
06:49et que j'essaye de contrer un peu,
06:51parce qu'elle me paraît trop…
06:53c'est une mécanique trop formelle,
06:55trop déterministe, précisément.
06:57– Et je vais constater que René Girard,
06:59que je connais bien,
07:00va quelque part dans le même sens,
07:01dans la mesure où, selon lui,
07:04la révélation évangélique
07:11conduit à une mise à nu de toutes les institutions,
07:17en en dénonçant le fondement violent et sacrificiel,
07:19et que, par conséquent,
07:21le progrès de la révélation évangélique
07:27conduit nécessairement,
07:28dans la même lignée qu'Emmanuel Todd,
07:31à une disparition des institutions.
07:33Mais la différence,
07:34c'est qu'Emmanuel Todd le voit sur un plan plutôt serein,
07:37c'est-à-dire la révolution, finalement,
07:39est une continuation du catholicisme,
07:42puisqu'elle sécularise des idéaux
07:46qui étaient déjà présents dans le catholicisme
07:47de liberté et d'égalité,
07:48qui ont été universalisées par la révolution,
07:51et qu'on arrive sereinement
07:53vers le monde individualiste qui est le nôtre,
07:56tandis que, pour René Girard,
07:59c'est un peu plus complexe,
08:01parce que cette destruction des institutions,
08:04qu'il considère comme inéluctable,
08:06conduit à ce qu'il appelle la crise mimétique,
08:09alors, c'est un carmeau d'anthropologue,
08:11un peu technique,
08:12mais qui a un phénomène d'indifférenciation
08:20qui conduit plus ou moins nécessairement à la violence.
08:25Et alors, Sylvain Durin,
08:27puisque très essentiel,
08:31lui, ses travaux s'appuyant sur ce de René Girard,
08:34a montré qu'il n'y avait pas ce déterminisme nécessairement,
08:37dans la mesure où le précédent propos...
08:44il y a eu...
08:46avant le patriarcat,
08:47il y a eu le matriarcat,
08:49et qu'en fait,
08:50et qu'à nouveau,
08:51on est dans le matriarcat.
08:53Je schématise à l'extrême.
08:55Après, on peut parler de ce que c'est,
08:57ces définitions,
08:57tout ça, ce sont des mots,
08:58mais, en fait,
09:01on sort d'une histoire linéaire,
09:03c'est ça qui a été important pour moi,
09:05on sort d'une histoire linéaire
09:07pour quelque chose de plus vivant,
09:10où on peut retourner,
09:13retrouver des choses du passé,
09:14où les choses ne sont pas figées,
09:17voilà, c'est l'histoire,
09:19c'est comme ça,
09:19on s'est enterré,
09:20on n'en parle plus.
09:21– En parlant d'histoire,
09:22vous allez accorder dans l'ouvrage
09:24une place importante,
09:25un rôle décisif,
09:25à la Révolution française,
09:27dans l'effacement du Père,
09:29mais avant,
09:30vous décrivez aussi une continuité
09:31entre Dieu le Père,
09:33le Roi,
09:34et le Père de famille,
09:36était-ce une réalité vécue par les Français ?
09:39Honnêtement,
09:40est-ce que ce n'est pas seulement
09:40un idéal religieux et politique ?
09:42– Alors, déjà, ce qui m'a frappé,
09:46c'est que dans les travaux même
09:47d'Emmanuel Todd,
09:50il donne un contenu religieux
09:52aux valeurs familiales
09:54portées par les différents types familiaux.
09:57et il leur donne également
09:59un contenu politique,
10:00c'est-à-dire que le contenu religieux
10:04avec la sécularisation
10:04s'est transformé en contenu politique.
10:06Donc déjà, chez Inmanuel Todd,
10:07il y a cette espèce d'unité
10:10entre les trois niveaux,
10:12le religieux, le politique
10:13et le familial.
10:16Et donc ça, c'est très intéressant
10:18parce qu'il y a une ouverture
10:20à la dimension spirituelle.
10:22Alors, cette ouverture
10:24à la dimension spirituelle,
10:25effectivement, dans les travaux
10:26de Sylvain Durin,
10:27on la retrouve énormément.
10:29Et donc ça m'a permis
10:30de faire le lien.
10:31Et effectivement,
10:34c'est là qu'on se rend compte,
10:35c'est sur la définition même
10:36du patriarcat.
10:38Le patriarcat, en fait,
10:39quelque part,
10:39il vient du droit romain.
10:41Le droit romain était une réaction
10:42par rapport à tous les matriarcats
10:43qui l'ont précédé
10:44en élevant à un très haut niveau
10:46le rôle du père.
10:48Seulement, c'était quelque chose
10:49de purement arbitraire
10:50parce que c'était une réaction.
10:51Il manquait le fondement de transcendance
10:56qui pouvait le justifier.
10:57Et ça, c'est ce qu'a apporté
10:58le christianisme.
10:59Et donc, on est rentré
11:00dans une dimension religieuse
11:02avec une autorité du père
11:04qui vient de Dieu via le roi.
11:06Alors, selon un processus historique
11:09qui s'est parfaitement contingent
11:11qui s'est mis en place
11:12entre le Xe et le XIXe cours,
11:15après, on peut discuter de la date,
11:17en tout cas, dans le Haut Moyen-Âge.
11:21Et qui a perduré jusqu'à la Révolution française.
11:24Voilà, qui a perduré jusqu'à la Révolution française,
11:26qui a constitué ce qu'on appelait
11:27l'Ancien Régime
11:28et dont le sacre de Reims,
11:30c'est-à-dire le caractère sacré
11:32de la monarchie,
11:34était véritablement la clé de voûte
11:36puisqu'elle garantissait au roi
11:38d'être le père de tous,
11:39mais en tirant son autorité de Dieu
11:41et pas de manière arbitraire.
11:43Et une chose qu'on a noté,
11:46c'est qu'il n'y a eu...
11:48Ce caractère a été tellement sacré
11:49et respecté
11:50qu'il n'y a eu entre...
11:54entre l'avènement des Carolingiens
11:58et Henri III, finalement,
11:59aucune tentative de régicide.
12:01C'est-à-dire que, vraiment,
12:02le roi était quelqu'un de sacré
12:05et c'est justement les guerres de religion
12:08qui ont énormément abaissé
12:10l'autorité paternelle
12:12et l'autorité royale,
12:13par la même occasion,
12:14dans ce qui a été,
12:16pour reprendre les mots de René Girard,
12:18une gigantesque crise mimétique.
12:19Enfin, ce n'est pas René Girard qui dit ça,
12:20mais j'utilise son matériau.
12:22Enfin, j'en parle dans le livre, ça.
12:24qui a conduit, par étapes,
12:28un effondrement,
12:28un affaissement de l'Ancien Régime
12:30du fait d'une crise paternelle,
12:31en fin de compte.
12:32– Alors, la Révolution française,
12:34j'y viens,
12:34bien sûr, rôle décisif,
12:37vers définitif dans l'effacement du père.
12:39Qu'est-ce que ça a changé concrètement
12:41dans les droits, même à venir ?
12:42D'ailleurs, on pourrait parler du Code civil.
12:44Qu'est-ce que ça a changé pour la vie familiale ?
12:47En fait, est-ce que, de fait,
12:49c'est l'individu plutôt que la famille
12:50qui a été mis en avant ?
12:51– Oui, alors, le Balzac,
12:53il y a cette phrase fameuse de Balzac,
12:54en tuant le roi,
12:55on a tué tous les pères de famille.
12:58Donc, Balzac est un grand observateur
13:00du monde post-révolutionnaire
13:03et qui est constaté, effectivement,
13:05que la clé de voûte du roi,
13:09enfin, de la personne du roi,
13:10n'existant plus.
13:11Toute l'autorité familiale
13:13ont été attaquées.
13:16Alors, sur le plan symbolique,
13:18c'est clair,
13:19mais également, sur le plan pratique et concret,
13:21à travers, vous en avez parlé,
13:23le Code civil,
13:23qui a eu un effet extrêmement concret,
13:26puisqu'il ne permettait plus
13:28aux pères de famille
13:29d'exercer sa potestas.
13:31Ce qui lui restait le potestas,
13:33de par le droit romain,
13:34c'était de pouvoir librement
13:39exercer l'héritage.
13:40Et ça, c'était quelque chose
13:41d'absolument essentiel,
13:42qui constituait l'autorité réelle
13:48du père de famille,
13:49qui a disparu d'un trait de plume
13:50avec le Code civil,
13:51bien qu'en réalité,
13:53bien qu'officiellement,
13:55la Révolution et l'Empire
13:57aient voulu s'appuyer sur le droit romain
13:59pour faire du père de famille
14:01une autorité,
14:01une autorité qui, en fait,
14:02était complètement dépossédée.
14:04Et donc, c'est toute l'ambiguïté
14:05du XIXe siècle,
14:06dont je parle également.
14:07– Alors, vous décrivez parfaitement
14:08ce passage de la vie patriarcale
14:11de la famille,
14:11patriarcale à la famille
14:12que vous qualifiez d'instable,
14:14et à la crise contemporaine,
14:15bien évidemment,
14:16qui est de la paternité.
14:17Vous ne cachez pas, d'ailleurs,
14:19vous le dites,
14:19que la difficulté d'une restauration,
14:21elle est patente,
14:23elle est devant nous.
14:24– Naturellement,
14:25puisque le…
14:26Alors, d'une part,
14:28je détaille beaucoup
14:29la difficulté pour les familles
14:30d'aujourd'hui,
14:33compte tenu des licitations,
14:34des évolutions,
14:35des différentes dissolutions,
14:39qui ont été opposées
14:46durant le XIXe,
14:48le XXe,
14:48et puis maintenant,
14:49le XXIe siècle.
14:50C'est une difficulté
14:52simplement pour exister
14:52pour une famille.
14:55Et donc, ça,
14:56on en parle.
14:57Ça, c'est les choses par le bas.
14:58Mais après,
14:59ce qui n'empêche pas
15:00que chacun,
15:01au niveau individuel,
15:02peut essayer de restaurer
15:03à son niveau
15:03un principe d'autorité,
15:05de transmission.
15:05Ça, c'est une première chose.
15:06Maintenant,
15:07effectivement,
15:08la difficulté majeure,
15:09c'est qu'il manquera toujours
15:10le niveau politique,
15:11pour l'instant,
15:11du moins.
15:12Et le niveau politique
15:13est le garant
15:14de l'autorité paternelle
15:16au niveau familial.
15:18Tout le livre consiste
15:20à montrer ça
15:21en s'appuyant
15:22sur le religieux.
15:25Donc là,
15:26dans le cadre
15:27de la République
15:28unie indivisible,
15:29mais bon,
15:30qui n'est pas laïque,
15:32surtout,
15:32ça ne peut pas exister
15:33actuellement.
15:35– Parce qu'il y a quand même
15:36des facteurs nouveaux.
15:37Est-ce que vous les prenez
15:37en compte,
15:38par exemple,
15:39la précarité,
15:40les horaires de travail,
15:40le logement,
15:41l'évolution des mœurs aussi,
15:43la difficulté
15:44de concilier
15:45vie familiale
15:46et vie professionnelle ?
15:47– Ça, ce sont quand même
15:48des freins que vous acceptez
15:49à la restauration
15:51par le bas,
15:51finalement,
15:54de cette famille stable.
15:56– Alors,
15:56ce qu'il faut constater,
15:57c'est que la famille stable,
15:59en fait,
16:00elle existait aussi
16:01comme unité de production.
16:02Ça, c'est très important.
16:03C'était avant
16:03la révolution industrielle.
16:05Les femmes n'étaient pas
16:06cantonnées au foyer
16:07comme elles l'ont été
16:09au 19e siècle,
16:09c'est-à-dire que les femmes
16:10travaillaient.
16:11Et de ce fait-là,
16:12elles pouvaient concilier
16:12le fait de travailler,
16:14d'être productives
16:15et d'élever leurs enfants.
16:17Aujourd'hui,
16:18effectivement,
16:19la grande contradiction,
16:20c'est le fait
16:23qu'elles aient été rendues
16:24inactives,
16:25puis salariées.
16:26Les deux évolutions
16:28successives,
16:29aujourd'hui,
16:29beaucoup dans le tertiaire.
16:31Et le salariat,
16:33effectivement,
16:33est un obstacle
16:35réel,
16:35à mon sens,
16:36à la stabilité
16:37de la famille,
16:38puisque, d'une part,
16:39ça entraîne
16:39beaucoup de nomadisme,
16:41en fait,
16:42sur le plan géographique.
16:44Or,
16:45la stabilité,
16:46c'est quelque chose
16:46qui est très important
16:47dans le livre,
16:48ça passe par le lieu,
16:50par le lieu fixe,
16:51le fait de garder un lieu
16:53à travers les générations.
16:55Et ça,
16:56c'est évidemment
16:56très compromis,
16:57parce que même,
16:57aujourd'hui,
16:58dans un parcours
17:00résidentiel familial,
17:02on bouge déjà énormément,
17:03alors la question du lieu
17:05est très, très hypothéquée.
17:07Et donc,
17:08– Et pourtant,
17:08la recherche d'une famille,
17:09même dans les familles recomposées,
17:11on voit bien qu'il y a
17:11la volonté de recomposer
17:13et une famille,
17:14c'est dans des termes
17:15bien évidemment différents
17:16que de l'ordre
17:18que vous évoquez,
17:19ancien,
17:20mais il y a quand même
17:20ce souci au cœur de chacun
17:22de recréer quand même
17:24ce cocon,
17:25cette famille,
17:26dans laquelle,
17:27bien évidemment,
17:27le père garde encore
17:28quand même majoritairement
17:29un très grand rôle.
17:31– Ah oui, oui, oui.
17:32– C'est un motif de satisfaction.
17:34– Mais bien sûr.
17:35– Pas de restauration,
17:36mais bien sûr.
17:37la survie d'un équilibre.
17:40– Tout à fait.
17:41Mais le propos de mon livre
17:42n'est pas nécessairement
17:43de critiquer ce qui se fait aujourd'hui
17:45parce qu'effectivement,
17:46les familles sont très éprouvées
17:48et comme vous l'avez dit,
17:49font ce qu'elles peuvent
17:49avec les conditions matérielles
17:50qui sont les leurs,
17:51mais simplement de constater
17:52qu'effectivement,
17:53qu'il y a une différence
17:56de société
17:56entre la famille d'autrefois
17:58et celle d'aujourd'hui
18:00mais même que les buts recherchés
18:02n'étaient pas les mêmes
18:03parce qu'aujourd'hui,
18:05personne n'aurait l'idée
18:06de se dire
18:07que pour assurer la stabilité,
18:09il faudrait conserver un lieu,
18:14un lieu qui soit garant
18:15des traditions
18:15et le transmettre
18:17aux générations suivantes.
18:19– Est-ce que ce n'est pas ça
18:19finalement la solution ?
18:21C'est-à-dire qu'on voit bien
18:22que votre esprit part
18:25sur cette idée
18:27que la famille traditionnelle
18:30reste autour du père
18:32et du rôle du père
18:32reste quand même un modèle
18:34que l'on peut continuer
18:36à faire vivre.
18:37Je ne crois pas me tromper
18:37parce que c'est quand même ça
18:38la finalité de cet ouvrage.
18:40Et comment fait-on concrètement ?
18:42Est-ce que c'est par l'éducation ?
18:44Est-ce que c'est par la transmission ?
18:45Vous insistez sur ça ?
18:46– Tout à fait.
18:46– Un retour à la foi, peut-être ?
18:47– Bien sûr, bien sûr,
18:48parce que la clé de voûte encore,
18:50c'est l'autorité spirituelle du père.
18:55C'est-à-dire une autorité
18:56qui ne soit pas arbitraire
18:57et donc qui permettent à Dieu
19:01de régner dans les foyers.
19:03Ça, d'ailleurs, ça fait référence
19:05à la phrase de saint Paul
19:07dans la lettre aux Éphésiens, je crois,
19:10où il dit, il parle de…
19:12Je m'incline devant le père
19:13de notre Seigneur Jésus-Christ
19:14de qui provient toute paternité
19:16sur terre, au ciel et sur terre.
19:19C'est-à-dire que la paternité,
19:21la paternité dans son essence,
19:23provient de Dieu.
19:25Alors, quand je dis Dieu,
19:25ce n'est pas forcément Dieu le père
19:26parce que c'est de Dieu,
19:29je dis ça en tant que chrétien catholique.
19:32C'est Dieu qui s'opposant à l'homme.
19:37C'est-à-dire que Jésus
19:40est tout autant le modèle de paternité
19:42que Dieu.
19:43Et donc, le modèle pour un père,
19:47à partir de là,
19:48ce n'est pas d'exercer arbitrairement
19:49un pouvoir qui lui aura été donné
19:51et donc,
19:53et nécessairement,
19:54compte tenu des défauts humains,
19:55d'écraser ceux qui sont supprimés.
19:57D'opprimer, dirait Sandrine Rousseau.
19:59Exactement.
19:59Écoutez, Sandrine Rousseau,
20:00si elle vous écoute,
20:01vous vous rendez compte ?
20:02Son modèle, le modèle du père,
20:05ça va être le bon pasteur,
20:06ça va être Jésus
20:08qui offre sa vie pour ses brebis.
20:12Et c'est ainsi que Dieu
20:16a manifesté son visage
20:17de manière incarnée
20:18dans le cadre du Christalisme.
20:19Je sais, Sandrine Rousseau,
20:20vous lui diriez quoi ?
20:22Sandrine Rousseau,
20:23elle vous dirait,
20:24vous voulez repasser le père
20:25comme oppresseur de la famille.
20:27Madame Perrault n'existe pas,
20:29elle n'a pas le droit à la parole.
20:31C'est ça, votre vision
20:33de la restauration d'un patriarcat
20:35qui a été perdu ?
20:36Elle ne dirait pas grâce à Dieu,
20:38mais heureusement.
20:39Non, parce que je vous redis,
20:40le modèle du père,
20:43le modèle du père
20:44dans le cadre de ce patriarcat
20:46dont je parle,
20:47qui n'a rien à voir
20:48avec le patriarcat
20:49que Madame Rousseau
20:50pourrait avoir en tête
20:51et plein d'autres avec elle,
20:53est justement un père
20:55qui exerce de manière humaine
20:56et chrétienne
20:56l'autorité
20:58sur ceux
20:59qui lui sont confiés.
21:01Et alors,
21:05il y a quelque chose,
21:07je ne sais pas si vous connaissez
21:08Régine Pernoud,
21:09historienne du Moyen-Âge,
21:11mais elle a quand même relevé une chose,
21:12c'est qu'au Moyen-Âge,
21:12la place de la femme
21:13était bien plus élevée
21:15qu'à l'époque moderne.
21:17À l'époque moderne
21:18et jusqu'à très récemment,
21:21en fin de compte,
21:22sans oublier que le droit de vote
21:23des femmes n'était apparu
21:24qu'après la dernière guerre.
21:26Donc la femme était considérée
21:27comme quelqu'un de mineur
21:28depuis toute la période
21:30post-révolutionnaire.
21:32Et alors qu'au Moyen-Âge,
21:34avec l'amour courtois,
21:36la dame était placée
21:37à un très haut niveau de prestige
21:39à tel point que le christianisme
21:41a même dû s'adapter
21:42puisque c'est au XIIe siècle
21:43qu'il a mis en avant
21:46la figure de la Sainte Vierge,
21:48la figure de Marie,
21:49parce que l'amour courtois
21:51était en train de le concurrencer
21:54en quelque sorte.
21:55Et donc la femme
21:58était vraiment très respectée.
22:00Et c'est le retour du droit romain,
22:02le trouvant fort du droit romain,
22:04dans sa version païenne,
22:05à partir de la Renaissance,
22:06qui a laissé la femme sur le côté.
22:10Et la révolution n'a fait
22:12qu'entériner la chose
22:14en l'aggravant.
22:15– Dernière question,
22:16Elisie Péreau,
22:17on va faire sortir Sainte-Rousseau.
22:19Reste quand même l'échelon politique.
22:21C'est-à-dire,
22:21personne ne semble prendre
22:23à bras le corps,
22:24s'appuyant finalement sur vos travaux,
22:27s'appuyant sur la définition
22:28que vous donnez du patriarcat,
22:29qui ne se veut pas
22:30un patriarcat oppresseur.
22:32Personne ne souhaite vraiment
22:34prendre à bras le corps
22:35cette notion de retour
22:36à la famille stable
22:37et au rôle du père.
22:39Il y a quelqu'un ?
22:41On est en 2027,
22:42à deux pas de 2027.
22:44Il y a quelqu'un ?
22:45– Alors, j'aborde cette question
22:48à la fin du livre.
22:49– C'est pour ça que je vous pose la question.
22:51– Oui, c'est qu'à mon sens,
22:54le marché politique
22:55qu'il existe aujourd'hui
22:57ne permet pas
23:00cette restauration
23:00par le pouvoir politique.
23:02– D'accord, on attend le roi ?
23:03– Oui.
23:04– On va l'attendre combien de temps ?
23:06– S'il plaît à Dieu,
23:07non pas très longtemps,
23:08mais c'est…
23:10– Ça ne va pas échapper
23:11qu'on l'attend depuis très longtemps.
23:13– Je sais.
23:14– On va échapper
23:15que le dernier roi de France,
23:16roi des Français,
23:17est parti en 1848,
23:19si je ne trompe pas.
23:20– Oui, mais le dernier roi sacré,
23:21le dernier roi sacré,
23:23on va dire que c'est lui 16 ans.
23:25– D'accord, vous me faites remonter
23:26à 1793,
23:27ça m'arrange encore plus
23:28dans ma démonstration.
23:29– Oui.
23:29– 1793-2026,
23:31le temps d'attente est long,
23:32pendant ce temps-là,
23:33la famille s'est désagréée,
23:34ça ne vous a pas non plus échappé.
23:35– C'est bien ce qui s'est passé,
23:36en effet.
23:36– Non, ce n'est pas un peu facile,
23:37pardonnez-moi, M. Perrault,
23:39de vous poser la question,
23:40ce n'est pas un peu facile
23:40de se retrancher en disant,
23:42écoutez, quand Dieu le voudra,
23:44quand le roi de France reviendra,
23:46on sauvera la France
23:51et les choses ont évolué,
23:52elles n'ont pas évolué
23:52très favorablement
23:53dans ce domaine-là.
23:55– Non, précisément,
23:57les choses arrivent au bout
23:58d'un processus
23:59où la possibilité même
24:00d'exercer le pouvoir politique
24:03est devenue quasiment impossible,
24:05enfin, la possibilité impossible,
24:07où il est devenu très difficile
24:08d'exercer le pouvoir politique.
24:11Emmanuel Toll lui-même le dit,
24:12il dit, aujourd'hui,
24:16compte tenu de l'éducation de masse
24:18qui rend les gens critiques,
24:19compte tenu de la décristianisation
24:20qui les rend relativistes,
24:21compte tenu de la crise
24:23de la famille nucléaire,
24:24pour le coup,
24:25qui déracine complètement,
24:27et il est devenu impossible
24:29de rassembler,
24:31comme le voudrait la Ve République,
24:33de rassembler
24:35de manière à faire
24:36une majorité stable.
24:38Et donc, on est condamné
24:40à l'instabilité politique
24:41qui est vers un système
24:44qui est en bout de course,
24:46à véritablement dire.
24:47Maintenant, je ne suis pas devin,
24:50mais je pense effectivement
24:52que ce qui s'est passé en France
24:57avec le Sacre de Reims,
25:00cette autorité qui a été donnée au roi,
25:02qui a été restaurée de manière miraculeuse
25:04par Jeanne d'Arc,
25:05ça, il faut quand même le dire,
25:07voilà,
25:08et effectivement,
25:10disparu brutalement en 1793,
25:13comme vous l'avez souligné,
25:14ce n'est pas le mot de la fin.
25:16– Ce n'est pas le mot de la fin.
25:17Bon, en 2027,
25:18vous ne vous déplacez pas pour voter.
25:20– Alors, ça, c'est une autre question,
25:23c'est une question personnelle.
25:28Il se peut quand même
25:29que je me déplace quand même pour voter,
25:32pour appliquer la politique
25:33du moindre mal, voilà.
25:35– Du moindre mal,
25:36mais c'est un autre sujet,
25:37et ce n'est pas le sujet de votre ouvrage,
25:38donc on va revenir à cet ouvrage,
25:40à la redécouverte du patriarcat perdu,
25:42histoire d'un ordre familial,
25:43de sa disparition et de ses conséquences.
25:45Et je trouve aussi
25:46que c'est un sujet important
25:48et qui nous amène, bien évidemment,
25:49à 2027,
25:50de se poser au-delà
25:51de la bataille culturelle,
25:52de la bataille économique,
25:53de la bataille politique,
25:54et bien évidemment,
25:55quel est le rôle de la famille
25:56et quel est le rôle du père
25:57au sein de la famille.
25:58Et je pense que vous apportez
26:00des éléments de réponse importants
26:02à travers des écrivains
26:03aussi intéressants
26:05qu'Emmanuel Todd,
26:05on l'a dit,
26:06René Girard,
26:06Sylvain Thirin,
26:07et bien d'autres,
26:09Monseigneurs de la Sud,
26:10par exemple.
26:10Merci beaucoup,
26:11Lécy Perrault.
26:12Merci beaucoup.
26:13De me la voir.

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