00:02Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Jacques Cardoze.
00:06Chose promise, chose due, les 7h21 et nous sommes avec Guillaume Guérin, maire de Limoges,
00:11qui a vécu de façon absolument terrible ce qui s'est passé ce week-end,
00:16puisque sa mairie s'est effondrée, ce très beau bâtiment datant du XIXe siècle.
00:20On a tous été choqués par ces images. Bonjour Guillaume Guérin.
00:23Bonjour.
00:24Quel sentiment prédomine ce matin ?
00:28Écoutez, le même qu'hier, à la fois beaucoup de tristesse pour les Limoges et les Limoges qui ont perdu
00:33leur maison commune.
00:36En tout cas, le bâtiment historique, le bâtiment administratif à l'arrière a été préservé grâce à l'action remarquable
00:42des sapeurs-pompiers.
00:44Maintenant, nous, nous sommes aujourd'hui dans l'obligation d'assurer la continuité du service public.
00:48Donc, on va faire en sorte que les agents qui travaillaient dans le bâtiment historique soient déployés sur d'autres
00:54sites que nous avons dans la ville pour assurer la continuité de service.
00:58Donc, premier sentiment, un sentiment de tristesse pour les habitants de Limoges.
01:02Et, j'allais dire, deuxième sentiment, un sentiment de colère froide à l'égard des casseurs,
01:09puisqu'il s'agit bien de casseurs et de black blocks qui sont à l'origine de cet incendie, orchestré
01:18par l'ultra-gauche et largement accentué par la présence d'émeutiers divers et variés venus de la ville et
01:28de la périphérie.
01:29– Guillaume Guérin, pour vous, ça, ça ne fait aucun doute ?
01:32– Un sentiment et un sentiment et un sentiment de profond agacement à l'égard du gouvernement,
01:38parce que la police nationale de Limoges avait les moyens d'empêcher l'incendie de l'hôtel de ville.
01:45Mais, c'est ce que j'ai dit un peu partout chez vos confrères, dès le milieu d'après-midi,
01:49ils se sont retrouvés en rupture de munitions.
01:51Et donc, ils n'ont pas pu assurer le maintien de l'ordre et ils n'ont pas pu empêcher
01:55l'accès aux black blocks, l'accès au centre-ville par les black blocks,
01:59ce qui est absolument inadmissible en 2026 dans un État comme la France.
02:03– Vous nous le précisons cela, s'il vous plaît, Guillaume Guérin.
02:07En milieu d'après-midi, vous nous dites que les forces de l'ordre se sont retrouvées privées de munitions.
02:12De quelles munitions on parle et c'est ce qui aurait permis, selon vous, de repousser les black blocks ?
02:18– La seule munition qui leur restait, c'était des balles réelles.
02:23– Oui, donc ça se passe évidemment de tout commentaire.
02:26– On n'en est encore pas arrivé au point où la police républicaine fait usage de balles réelles.
02:31Je vous dis, on n'en est encore pas arrivé au point où.
02:33– Pourquoi vous dites cela, Guillaume Guérin ? Vous le craignez ?
02:35– Parce qu'on va tout droit vers un pays qui traversera le chaos dans les semaines à venir
02:40s'il n'y a pas un changement radical de doctrine de maintien de l'ordre
02:44et s'il n'y a pas des moyens alloués à la police républicaine.
02:47Vous savez, des femmes et des hommes qui se voient en situation de mort imminente,
02:53un jour il y aura un drame.
02:54Moi je suis admiratif, admiratif du sang-froid de nos policiers nationaux,
03:01de nos policiers municipaux.
03:02Les policiers municipaux qui protégeaient l'hôtel de ville
03:05pendant que la police nationale se faisait enfoncer par les black blocks
03:08sur les grands axes de cette ville,
03:10les policiers municipaux, pour trois d'entre eux, se sont vus mourir.
03:13C'est les termes qu'ils ont employés et pourtant ils n'ont pas fait usage de leur arme à
03:17feu.
03:17Vous savez, il faut se rendre compte d'une chose,
03:20c'est qu'on passe pour un état faible.
03:23Les casseurs et les black blocks sont convaincus qu'ils peuvent piétiner l'état français
03:26parce que tout simplement l'état ne fait pas usage de la force.
03:30Et heureusement, sinon ça serait le chaos complet dans ce pays.
03:33Mais un jour, vous aurez un drame.
03:35Parce que le jour où un policier va se rendre compte que sa vie est en danger,
03:39il répondra.
03:40Et on a eu beaucoup de chance, beaucoup de chance,
03:42ce week-end à Limoges, qu'il n'y ait pas eu de réponse policière disproportionnée.
03:47Mais en réalité, ils se sont fait enfoncer.
03:50Ils auraient eu des moyens pour assurer le maintien de l'ordre,
03:52notamment les fameuses grenades de désencerclement qu'ils n'avaient plus dès 15h35.
03:57Jamais les black blocks auraient pu accéder jusqu'à l'hôtel de ville.
03:59Donc il faut bien se rendre compte aujourd'hui,
04:02plutôt que de théoriser avec beaucoup de verbiage,
04:04comme je l'entends encore de la part de certains de nos dirigeants,
04:07sur il faudrait faire ceci, il faudrait faire cela,
04:09il faudrait voir à changer la loi.
04:10Non, non.
04:11Il faut déjà donner les moyens à notre police républicaine
04:13d'assurer le maintien de l'ordre dans ce pays.
04:16Le maintien de l'ordre à la française, il marche.
04:18Encore faut-il qu'il y ait les moyens nécessaires qui leur soient alloués.
04:22Guillaume Guérin, cette envie morbide,
04:26est-ce que vous l'avez senti parmi les assaillants ?
04:30J'ai cru comprendre qu'il y avait eu des menaces
04:32qui avaient été proférées contre certains de vos vigiles
04:35qui avaient tenté effectivement de raisonner
04:37ceux qui ont pénétré à l'intérieur du bâtiment, samedi.
04:41Ce ne sont pas les vigiles,
04:43ce sont des gens qui répondent au téléphone,
04:44des agents simples de la fonction publique territoriale,
04:48des hommes et des femmes modestes,
04:51qui, oui, se sont vus interpellés verbalement
04:56par les casseurs lorsqu'ils sont rentrés
04:57avec énormément de violence dans la mairie.
04:59La prise de la mairie s'est faite en 10 minutes.
05:01Toutes les vitres d'un bâtiment large
05:03de plus de 80 mètres ont explosé en 10 minutes.
05:06Le feu a pris dans les caves,
05:08c'est-à-dire que les soupirails avaient été repérés
05:11précédemment pour pouvoir mieux incendier
05:14cet établissement, ce bâtiment.
05:16Et lorsqu'ils sont rentrés, oui,
05:17ils ont dit à un des gardiens de la loge
05:19on va te crever, voilà.
05:21Et les élus qui étaient présents dans la mairie,
05:25entendez, vous allez tous cramer.
05:27Voilà la réalité d'une ville de 150 000 habitants,
05:32d'une agglomération de 220 000,
05:33ex-capitale du Limousin, en France, en 2026.
05:37Donc oui, il faut que le ministre de l'Intérieur
05:39ouvre grand les yeux,
05:40il faut que le président de la République
05:41passe des paroles aux actes,
05:44et il faut donner à cette police
05:46les moyens d'être équipé.
05:47Est-ce qu'il vous a rassuré ?
05:49L'État français donne beaucoup d'argent
05:52pour des politiques publiques très louables,
05:54très loin de ce pays.
05:56Moi, je demande juste à ce qu'il achète
05:57des grenades de désencerclement,
05:59des équipements à nos policiers nationaux
06:01et qu'il permette les interpellations
06:03lorsqu'on est face à des gens extrêmement déterminés,
06:06extrêmement entraînés,
06:07à la guérilla urbaine.
06:09Ce n'est que le début.
06:10Je vous le dis, je ne veux pas être
06:11un oiseau de mauvaise augure
06:13ou faire des prophéties,
06:14mais Limoges fera jurisprudence
06:16et il y aura d'autres Limoges
06:18dans les mois qui viennent
06:19s'il n'y a pas de changement de doctrine.
06:21Quand vous donnez gain de cause
06:23à ces casseurs, aux Black Blocs,
06:24je peux vous dire une chose,
06:25c'est qu'ils sont galvanisés.
06:26Ce qui se passe en ce moment
06:28à Toulouse, à Marseille, à Lille,
06:31les galvanisent.
06:31Donc, il faut une réponse ferme de l'État,
06:33sinon ça va faire boule de neige
06:35et ça va ne faire que s'empirer.
06:36Le président de la République
06:37a parlé hier soir, Guillaume Guérin.
06:39Est-ce qu'il vous a rassuré ?
06:41Est-ce qu'il va dans le sens
06:42que vous souhaitez ?
06:44Je vous le redis,
06:44je ne fais pas de politique nationale,
06:45je m'occupe des Limoges,
06:47des Limoges.
06:47Mais il n'a pas parlé
06:48de dispositifs particuliers,
06:50par exemple,
06:50est-ce que vous demandez
06:51un couvre-feu ?
06:52Est-ce que vous demandez
06:53l'interdiction de manifester ?
06:55Est-ce qu'il faut décréter
06:56l'état d'urgence ?
06:57Moi, il est très clair
06:58que pour les prochaines opérations
07:01et les prochains mouvements sociaux
07:02qu'il pourrait y avoir dans ce pays,
07:03je demande une CRS compétente
07:06pour nous aider
07:07dans le maintien de l'ordre à Limoges
07:08et je demande
07:09que la police nationale de ce pays
07:11ait les moyens
07:12et notamment les munitions
07:13qui leur permettent
07:14de se désencercler
07:15lorsqu'ils sont pris
07:16sous le feu
07:17des Black Blocs
07:18et des casseurs.
07:19Dernière question,
07:20Guillaume Guérin.
07:21Est-ce qu'on peut imaginer
07:23une reconstruction
07:24de la mairie de Limoges,
07:25bâtiment historique
07:26du XIXe siècle,
07:30avec le même rythme
07:31que ce qu'on a pu connaître
07:32à l'occasion
07:33de la reconstruction
07:34de Notre-Dame de Paris ?
07:36Moi, vous savez,
07:36c'est très très clair.
07:37Je suis assez linéaire
07:40dans mon fonctionnement
07:41pour ceux qui me connaissent
07:42et je ferai ce que j'ai dit
07:44et je dis ce que je fais.
07:45C'est-à-dire que si je n'ai pas
07:46un plan particulier
07:47pour Limoges
07:49chiffré, quantifié,
07:49c'est-à-dire à la fois
07:51une prise en charge intégrale
07:52par l'État
07:53du surcoût
07:54qui ne serait pas pris en compte
07:55par les assurances
07:56de la reconstruction
07:57de notre mairie
07:57et la mise en place
07:59d'un calendrier
08:00à l'image
08:00de ce qui s'est fait
08:01pour Notre-Dame de Paris
08:03et la validation
08:05de deux, trois dossiers locaux
08:06extrêmement importants
08:07pour moi,
08:08si nous n'obtenons pas ça
08:09de la part de Matignon,
08:10le conseil municipal,
08:11la majorité
08:12de ce conseil municipal
08:13ira jusqu'à la démission
08:14pour faire un symbole.
08:16Voilà, je considère
08:17que la politique,
08:18c'est une question de courage
08:19mais c'est aussi
08:20une question de symbole.
08:21Donc, j'attends
08:22de la part du gouvernement
08:23des actes
08:24et pas seulement des paroles.
08:26Je veux des chiffres.
08:27Aujourd'hui,
08:27j'ai demandé à des experts
08:29en bâtiment historique
08:30de me chiffrer
08:31la reconstruction
08:31de la mairie
08:32et je veux que ces chiffres
08:34soient écrits
08:35noir sur blanc
08:35dans une convention
08:37qu'on aurait avec l'État
08:38parce que vous savez,
08:39les paroles passent,
08:41les écrits restent.
08:42C'est un peu comme
08:43les gouvernements
08:43si vous voyez ce que je veux dire.
08:45Merci infiniment,
08:46Guillaume Guérin,
08:46de nous avoir donné
08:47un petit peu de votre temps
08:48et de nous avoir partagé
08:49votre sentiment ce matin.
08:50Vous êtes maire de Limoges
08:52et merci d'avoir été sur Sud.