00:00Je vous donne la parole à Odélia, bonsoir.
00:02Merci d'être là, vous nous rejoignez à l'instant.
00:04Merci d'être là également. Vous êtes pharmacienne.
00:06Exactement.
00:07Pharmacienne à Paris et vous êtes dans la même situation.
00:09Vous êtes la pharmacienne de Chloé, dans la même rue.
00:13Qu'est-ce qui s'est passé chez vous samedi après-midi ?
00:16Votre 17 octobre, il ressemble à quoi ?
00:18Alors moi, mon 17 octobre, il ressemble à quoi ?
00:21Il ressemble pour moi à une journée normale.
00:24Je n'avais même pas mon téléphone ce jour-là avec moi.
00:26Jusqu'au moment ouvert à 20h, je reçois un message d'un ami qui me dit
00:31« Dis-moi, ce ne serait pas ta pharmacie ? »
00:33Et donc en fait, je découvre sur TikTok que des gens sont en train de se servir.
00:39Donc je bug devant mon téléphone.
00:43Purée, purée, purée, mais ce n'est pas possible, mais c'est chez moi, c'est chez moi, c'est
00:45chez moi.
00:45Donc une crise de panique monstrueuse.
00:48J'essaie d'appeler les policiers.
00:50À ce moment-là, je n'étais pas à Paris, donc je tombe sur mon commissariat.
00:56Ils me disent « Monsieur, même pas de les appeler, vous perdez votre temps, c'est surchargé. »
00:59Je demande à des gens qui sont sur place de les appeler.
01:01Ils disent « Ah, bon, on est débordés, on ne peut rien faire.
01:04Laissez les finir de voler, vous contacterez votre assurance. »
01:07« Bon, ben, merci. »
01:09Et voilà, ce matin, la vidéo, elle a pas mal tourné.
01:13Je découvre, je pourrais vous montrer les photos que j'ai prises.
01:16C'est délirant, en fait.
01:17Le bas est complètement ravagé.
01:20Le peu de boîtes qui reste est piétiné.
01:24Ça, c'est l'adventure.
01:25C'était quand, ça ?
01:27Ils ont recassé depuis ce matin ?
01:29Non, ça, c'était hier matin.
01:31Ah, bon, ça va.
01:31Parce qu'ils sont revenus fermer.
01:33C'était hier matin.
01:34Et voilà, et le haut, vous voyez un peu, c'est tout calciné.
01:37Alors, attendez, si vous avez une caméra, je vous montre les photos.
01:39Et alors, franchement...
01:41Alors, je ne sais pas si on va réussir à voir...
01:43Ça vaut le déplacement.
01:45Bon, on me dit impossible.
01:47On n'arrivera pas à voir sur votre téléphone portable.
01:49Eh bien, c'est tout calciné, tout brûlé, tout défoncé, tout massacré.
01:55Voilà, c'est une horreur.
01:56D'abord, en plus, ce qui me sidère, c'est que c'est un immeuble où il y a des
02:01gens qui habitent.
02:02Ça veut dire, en fait, que mettre le feu au premier étage, c'est prendre le risque que l'immeuble
02:05brûle.
02:06Il y a des gens...
02:07En fait, il n'y a eu aucune considération dans l'histoire.
02:10Aucune considération pour nous qui bossons, ça, je ne m'y attendais même pas.
02:13Mais aucune considération pour les gens qui habitaient au-dessus.
02:16Il y avait un vrai risque que ça brûle au-dessus, que le quartier puisse s'embraser.
02:21Mais non.
02:22Et puis, en plus, quel intérêt ?
02:23Surtout, quel intérêt de brûler ma réserve ?
02:26Qu'on vole...
02:27En plus...
02:28Qu'est-ce qu'ils ont pris dans la pharmacie ?
02:29Dans la pharmacie, tout.
02:30Alors là, c'est bien simple.
02:31Ils ont vidé le rayon, tous les rayons de crème, quoi.
02:33Les codalies, les roches posées, les nanas, les tout, tout.
02:36Et puis, en fait, même ce qu'ils ont laissé, ils ont juste détruit.
02:39Ils ont piqué mes ordis, ils ont piqué mon...
02:42Je ne sais pas, tout, en fait.
02:43Il ne reste rien.
02:43Caroline, derrière vous, disait qu'ils ont piqué la box.
02:46Quoi ? La box d'Internet ?
02:47Oui.
02:47Dans son magasin, Caroline, qui est juste derrière vous.
02:49Ah, moi, je n'ai pas été voir dans mon bureau.
02:50Ah.
02:51Je n'ai pas été voir.
02:52Mais c'est possible.
02:53Après tout, on n'est plus à ça près.
02:54Ils ont piqué tous mes ordis.
02:56Et ils ont épargné mon serveur de données.
02:59Il était en bas, caché, derrière, dans un petit recoin.
03:01Heureusement, je peux récupérer mes données, dans mon malheur.
03:04Alors, ce matin, il y a un patient qui est venu parce qu'il voulait, lui, normalement,
03:09venir récupérer le produit qu'il avait commandé.
03:11Et donc, il voit la pharmacie dans cet état.
03:13On a fouillé dans les décombres pour voir si on retrouvait son médicament.
03:16C'était un médicament où il avait une injection qu'il fallait faire précise à un moment.
03:21Et on l'a trouvé au fin fond des décombres.
03:23C'était le miracle de la journée.
03:26Et voilà, quoi.
03:28Je ne sais pas.
03:28Moi, quand je vois ça, j'en peux plus.
03:30J'ai le cœur brisé.
03:31Ça fait six ans que je bosse.
03:33Ça fait six ans que je me donne corps et âme pour cette pharmacie.
03:36Que je bosse, je ne compte pas mes heures.
03:39Les gens comptent sur moi.
03:40Les voisins, les gens du quartier.
03:44Déjà, je vois ça.
03:46Franchement, je vais me remettre à pleurer.
03:47Mais j'ai beaucoup pleuré.
03:48Il n'y a plus de larmes.
03:48Pour ça, il faut reboire.
03:49Je n'ai plus de larmes.
03:51Mais c'est affreux.
03:53C'est affreux.
03:54C'est affreux.
03:54C'est affreux.
03:55Pour tout vous dire, on a même créé une chaîne Instagram de la pharmacie.
03:59parce que les gens me disaient que nos conseils étaient très sympas,
04:02que notre façon d'être était très sympa
04:04et que ça valait le coup de répondre ça au-delà de la pharmacie.
04:08On a créé une chaîne qui s'appelle Madame Pharma
04:10pour dépendre de ça au-delà de la pharmacie,
04:12les tips, les conseils, les machins.
04:13Parce que vraiment, ça plaisait.
04:15Parce que notre pharma, elle est sympa.
04:17Vous avez l'impression que tout ça est ruiné ?
04:18Oui, complètement.
04:20Tout ça est ruiné.
04:21Je vais rouvrir.
04:22Même si je rouvre dans quatre mois,
04:23la patientèle aurait été ailleurs.
04:24Alors, il y en aura qui reviendront, bien sûr.
04:28Mais ce n'est pas possible, en fait.
04:32Ce n'est pas possible.
04:33C'est affreux.
04:34C'est un cauchemar.
04:35Vous allez reconstruire ?
04:36Vous allez rouvrir ?
04:37J'espère.
04:38Là, à cet endroit-là ?
04:40J'aime mon quartier.
04:41J'adore mon quartier.
04:42J'adore mes patients.
04:45Ils sont adorables.
04:46Ils sont super.
04:46Ça, c'est une minorité.
04:48Ce ne sont même pas des gens qui habitent dans le coin.
04:51Si elle avait été contenue, ce genre de choses n'auraient jamais existé.
04:53Les gens de République sont top.
04:56Et ce n'est pas ça.
04:58Le quartier, ce n'est pas ça, en fait.
05:00Ça, c'est anecdotique.
05:03Et ce n'est pas ça qui ressemble à mes patients du tout, du tout, du tout.
05:06Et pourtant, je le côtoie depuis six ans.
05:07Je connais les noms de 80% des gens qui rentrent dans ma pharma.
05:10C'est un cocon.
05:11Franchement, elle pourra témoigner.
05:13Ma pharma, c'est un petit cocon où les gens sont contents de venir.
05:16Et j'adore mon taf.
05:18Et je suis privée de mon travail.