00:00Bon, j'ai dit qu'il y avait quand même des violents du 17 octobre, 217 personnes incarcérées parmi les
00:052700 placées en garde à vue, c'est 10%,
00:09et puis 20 000 à 30 000 opposants de toute la France attendu samedi, c'est source le préfet à
00:13Orléans.
00:14Nous sommes avec Anna, bonjour Anna, vous êtes commerçante à Paris.
00:19Bonjour.
00:19Bonjour Monsieur Pro, effectivement.
00:21Bonjour, bonjour à votre équipe, bonjour aux autres.
00:23Vous êtes dans quel quartier ?
00:26Ah, je ne vais pas vous le dire Monsieur Pro, vous comprendrez.
00:29Bah je comprends. Vous avez été attaqué ce week-end ?
00:32Alors nous non, au niveau, pas du tout, ça ne s'est pas comparable avec ce qui s'est passé,
00:38notre rue n'a pas été touchée, par contre des rues avoisinantes, oui,
00:43et puis, excusez-moi, j'ai une émotion à parler sur votre antenne, je suis très triste.
00:50Bah je vous comprends.
00:52Voilà, je suis profondément triste parce que, en fait, si vous voulez, c'est comme si on n'avait pas
00:57d'espoir.
00:58Alors, c'est une crise de plus qui s'ajoute pour le commerce.
01:01Depuis 2015, les attentats, les différentes crises de Covid, etc., c'est encore un coup d'arrêt.
01:08La mairie de Paris renvoie la faute sur l'État, l'État nous dit de nous protéger nous-mêmes avec
01:13des vigiles privées, mais déjà, on n'a plus que...
01:15Alors évidemment, il y a les boutiques qui ont été ravagées et pillées, d'ailleurs, je voudrais d'abord leur
01:20envoyer tout mon soutien, toute ma compassion et toute mon empathie,
01:24et leur dire à quel point je suis révoltée, excusez-moi.
01:29Et puis, il y a tous les autres commerces de France qui n'ont pas été pillés, saccagés, mais qui
01:34subissent aussi les conséquences du fait que la fréquentation s'est effondrée,
01:39que les gens quittent Paris, que d'autres ne viendront pas.
01:43Et on n'a pas de visibilité.
01:46Noël, c'est demain, nos boutiques sont pleines de marchandises, les échéances vont tomber, les charges.
01:52Comment on fait ?
01:56Bon, Anna, d'abord, voilà, il ne faut pas garder le moral, si j'ose dire.
02:02On va marquer quand même une pause, mais ce qui me frappe, parce que, évidemment, souvent, moi, quand je me
02:08balade dans Paris, il y a beaucoup de gens qui te reconnaissent, c'est comme ça.
02:11Le niveau de colère des gens qui viennent spontanément vers moi pour exprimer leur colère et me dire, parlez-en,
02:17parlez-en, parlez-en.
02:17Hier, je suis rentré dans un pressing, par exemple, mais la dame, elle était dans un état de colère, non
02:25pas contre moi, bien sûr.
02:28Mais elle disait, mais elle me prenait pour un messager.
02:32Elle me disait, mais parlez-en, parlez-en, parlez-en, ça suffit, on n'en peut plus, on n'en
02:36peut plus.
02:38Et ça, je suis frappé de ce niveau-là, je ne l'ai jamais rencontré à ce niveau-là.
02:42Mais oui, on n'en peut plus, parce que, comme je vous disais, c'est une crise ultime, et ça
02:45s'ajoute, si vous voulez, c'est un effet de saturation.
02:47Je sais, mais il faut que les Français, il faut que la majorité des silencieuses se fassent entendre.
02:51Et attention, je ne remets pas en cause le droit de manifester, etc., bien évidemment, ce n'est pas le
02:56sujet.
02:56Mais sans prendre à des commerçants qui n'y sont pour rien, du pouvoir d'achat, de la hausse du
03:00prix de l'essence,
03:01et de tout ce qu'on peut revendiquer, etc.,
03:04enfin, les commerçants mettent toute leur vie dans leur commerce.
03:06Je veux dire, ils font vivre leur famille.
03:08Il y a des salariés dans certains commerces, moi, je n'en ai pas.
03:11Mais il y a des gens, à la fin du mois, dans mon entourage, qui ne pourront pas payer leurs
03:14salariés.
03:15Comment ils vont faire ?
03:16Les commerces qui sont du commerce du périssable,
03:19alors, ils jettent la marchandise ?
03:20Comment on fait ?
03:21Les commerces qui ont été...
03:23Est-ce qu'on se rend compte du niveau ?
03:25Et là, le préfet nous demande, depuis ce matin,
03:27de nous protéger nous-mêmes avec des...
03:31Comment on appelle ça ? Excusez-moi, je ne trouve plus les mots.
03:32Des vigiles privés.
03:33Oui, bien sûr.
03:34Mais on les paye comment ?
03:35Non, mais bien sûr.
03:36Alors, non seulement on n'a plus de clients,
03:38mais c'est à nous de faire le boulot de l'État.
03:41Mais où était la police ?
03:43Où étaient les policiers, samedi et dimanche ?
03:47Non, mais c'est consternant.
03:50C'est consternant.
03:51Alors, ils nous font leurs tweets, leurs trucs, leurs machins,
03:53leurs communications Instagram.
03:55Oui, on soutient les commerces de proximité.
03:57Bah, ok, les gars.
03:58Ok.
03:59Vous le soutenez.
04:00Bah, prouvez-le.
04:02Excusez-moi, monsieur Pro, mais je suis hors de moi.
04:04Je suis hors de moi, en fait.
04:06Je n'ai plus de mots.
04:07Je n'ai plus de mots.
04:08Donc, je vous remercie vraiment beaucoup d'avoir pris mon appel.
04:11Mais non, non, restez avec nous.
04:12On marque une pause, vous allez rester avec nous.
04:13Restez, restez, restez.
04:14A tout de suite.
04:15Merci, monsieur Pro.
04:16A tout de suite.
04:16Et vous aussi, vous pouvez réagir et témoigner au standard d'Europe 1.
04:20Vous appelez Pascal Pro, 01-80-20-39-21.
04:24Et vous réagissez aussi sur WhatsApp, 01-80-20-39-21.
04:28A tout de suite avec Pascal Pro sur Europe 1.
04:32Pascal Pro et vous.
04:34Témoignage très puissant d'Anna.
04:36Il y a beaucoup de commentaires, d'ailleurs, qui arrivent à l'instant.
04:40Anna qui est commerçante à Paris et qui est au bout d'un cycle.
04:45Pourquoi pas ?
04:46En tout cas, d'une très grande tristesse.
04:49Est-ce que vous envisagez parfois d'arrêter précisément ?
04:53Et peut-être cette question est-elle trop dure ?
04:56Et pardonnez-moi peut-être de la poser aussi rudement.
05:04Non, je n'envisage pas d'arrêter parce que je suis une passionnée.
05:08Comme la plupart de mes confrères et de mes consœurs commerçants et commerçantes.
05:13Nous, on met toute notre vie, on y met tout notre cœur.
05:15On est dans le relationnel, dans l'humain, dans le conseil, dans le service.
05:19Et moi, c'est mon bébé.
05:20C'est mon grand bébé qui va bientôt avoir 25 ans.
05:23Donc non, je n'envisage pas d'arrêter.
05:25Je veux dire, ce n'est pas possible.
05:27Je suis une passionnée.
05:28Vous voyez ce que je veux dire ?
05:29J'aime mon métier.
05:30J'aime les gens.
05:32Donc non, on a tissé des liens.
05:34Je me suis fait des amis.
05:37Des gens, je sais qu'ils m'écoutent là actuellement.
05:39Et d'ailleurs, je leur fais un gros bisou.
05:40Elles se reconnaîtront.
05:42Mes amis, et voilà, on est une grande famille.
05:45Et excusez-moi, des fois, je passe du rire aux larmes.
05:48En fait, c'est l'émotion.
05:49Et puis la possibilité de pouvoir m'exprimer comme ça auprès de vous aujourd'hui et sur une grande antenne.
05:55Mais voilà, on a une espèce de désespoir.
05:58Je vais vous donner un exemple.
06:00La communication de la mairie de Paris, ça ne va pas du tout.
06:03Et on leur a dit comment on peut dire, comment on peut rejeter la faute sur les autres et ne
06:09pas prendre la mesure des choses.
06:10Et comment on peut appeler les parisiens à nettoyer les rues alors que les gens le fassent spontanément, de façon
06:18bénévole, avec tout leur amour.
06:20Mais merci.
06:20Mais la première chose qu'on fait quand on est maire de Paris, soit on se retrousse les manches, soit
06:25on appelle des casseurs à venir ramasser.
06:29Je veux dire, moi, quand mes enfants foutaient le bordel à la maison, je n'allais pas appeler mes voisins
06:32pour qu'ils viennent nettoyer.
06:33Vous voyez ce que je veux dire ?
06:34Ça fait 25 ans que vous êtes dans la même secteur d'activité.
06:41Vous n'avez pas voulu nous dire dans quel quartier vous étiez ? Est-ce qu'on peut savoir simplement
06:45dans quel domaine d'activité vous êtes ?
06:48Oui, je suis dans le prêt-à-porter, la mode en général, femme, donc j'ai une clientèle très variée.
06:56J'entends ce que vous avez dit, par exemple le mot que vous avez dit, l'expression que vous avez
06:59dit, c'est toute notre vie.
07:02Je l'entends depuis samedi dernier, c'est toute notre vie, on a mis toute notre vie.
07:07C'est des choses que ne diraient pas forcément les salariés, d'ailleurs, de la même manière.
07:11Ils ne diraient pas ça comme ça.
07:13Les libéraux, les patrons, les chefs d'entreprise disent les choses différemment.
07:18C'est-à-dire qu'il y a quelque chose de l'ordre de l'appartenance qui est plus fort
07:23que pour un salarié lambda.
07:26Même si c'est notre vie, bien sûr, de travailler.
07:28Mais on ne dirait pas, vous ne diriez pas sans doute Géraldine, que c'est votre bébé.
07:35C'est des expressions qui appartiennent au monde des commerçants.
07:39C'est comme Odélia qui nous dit la même chose sur sa part-partie.
07:41Exactement, c'est mon bébé, elle disait ça.
07:43C'est très intéressant d'ailleurs, la comparaison qui est faite, c'est mon bébé.
07:50D'où l'émotion d'ailleurs, et je la comprends votre émotion, parce qu'elle est évidemment très forte.
07:55Si je peux me permettre d'ajouter des compléments d'informations, je vous en remercie, Pascal, et toute votre équipe,
08:01que je sens bien à l'écoute, comme tous vos auditeurs,
08:04souvent je lis dans les commentaires et ça nous déchire le cœur.
08:07De toute façon, il y aura les assurances.
08:09Mais les assurances ne sont pas des puissances.
08:11Les assurances sont financées par les citoyens.
08:14Donc il faut quand même bien prendre conscience que tous les citoyens vont avoir les primes qui vont augmenter.
08:19Je veux dire, on ne peut pas réagir comme ça en disant qu'on s'en fout, il y a
08:23les assurances.
08:24Et puis, voir son magasin détruit, pillé, ravagé, brûlé, vous imaginez le choc, le traumatisme.
08:30C'est une horreur.
08:32C'est une horreur.
08:33On n'a rien demandé.
08:34On ouvre et hop, ça y est, on se fait détruire.
08:35Non mais attendez, ça ne va pas du tout.
08:38Ce n'est pas juste un petit fait.
08:40Et encore une fois, ça s'ajoute à toutes les crises qu'on a déjà eues.
08:43Donc il y a ce qu'on appelle les phénomènes de saturation.
08:45D'ailleurs, le psychanalyste Bruno Bettelheim en parlait très bien des phénomènes de saturation.
08:50C'est tout simplement l'histoire aussi de la goutte d'eau, de la chose qui déborde, vous voyez.
08:53Donc là, c'est vrai qu'on n'en peut plus.
08:55Et on attend des réponses fermes.
08:57On n'attend pas qu'on nous dise, prenez des vigiles vous-même.
08:59Non mais, on enche sur la tête.
09:00Non mais, Jean-Jambia, et puis ce qui est assez désagréable, c'est toujours pareil.
09:04Lorsqu'on n'est pas touché directement par un sujet, les autres disent, mais non, ce n'est pas très
09:09grave, tu as les assurances, etc.
09:12Je suis toujours frappé de ça.
09:12Comme pendant le communisme, les choses.
09:14Voilà, je suis toujours frappé de ça.
09:15Le manque d'empathie des uns et des autres pour les problèmes qu'a une personne qui n'est pas
09:21soi est toujours étonnant.
09:23Tu as envie de leur dire, mais je voudrais bien vous voir à la place de ces commerçants.
09:27Je ne sais pas comment réagir.
09:28C'est quand pendant le Covid, monsieur Pro.
09:29Pendant le Covid, tous les gens qui appelaient au deuxième et troisième confinement étaient salariés.
09:34Nous, on pleurait.
09:35Parce que l'être fermé du jour au lendemain, c'était une violence infinie.
09:41Moi, par exemple, je vais vous dire, pour le Covid, j'ai eu des aides, oui, et puis il y
09:44en a que je n'ai jamais eues.
09:45Parce que mon code NAF ne rentrait pas dans la bonne case du ministre de l'époque.
09:49J'ai dû me battre et me battre.
09:51Vous voyez ce que je veux dire ?
09:52Il y a des fois, on est complètement abandonné.
09:55Et c'est ce qu'il faut comprendre.
09:56Et on n'est pas salarié.
09:58Comme j'ai dit à un élu encore récemment, nous ne sommes pas salariés.
10:01C'est vrai, c'est des psychologies très différentes.
10:04Nous n'avons pas le droit au chômage.
10:05Et nous n'avons pas le droit au chômage, qui était pourtant une promesse de monsieur Macron.
10:08Je ne sais plus si c'est pour sa première ou deuxième mandature.
10:11C'était de permettre aux commerçants de toucher le chômage s'il se retrouvait sans rien.
10:17Et puis finalement, c'est une mesure qu'il a abandonné.
10:19Oui, mais vous ne cotisez pas.
10:21Bien sûr que si.
10:22Mais vous ne cotisez pas pour le chômage.
10:25Mais on cotise pour plein de caisse, monsieur Macron.
10:27Oui, mais pas pour le chômage.
10:28Si vous cotisez pour le chômage et que vous n'avez pas le droit au chômage, il y a quelque
10:30chose qui ne va pas.
10:31Mais vous ne cotisez pas pour l'assurance chômage, qui n'est plus une assurance d'ailleurs, soit dit en
10:36passant.
10:37Oui, mais le commerçant qui n'est pas salarié n'a pas le droit au chômage.
10:41Oui, mais je vous le répète.
10:42Il n'y a pas d'assurance chômage.
10:44D'abord, il n'y en a pas, c'est entendu, mais vous ne cotisez pas non plus.
10:47Après, rien ne vous empêche, si vous souhaitez prendre une assurance privée et cotiser vous-même pour une perte d
10:57'exploitation, si vous avez un jour un souci.
10:59C'est ce qu'on fait, mais bien sûr, c'est ce qu'on fait certains, mais après, il faut
11:03rentrer dans la bonne case.
11:04Je ne vais pas vous raconter, vous connaissez les contrats d'assurance, il faut rentrer dans la bonne case.
11:08Et souvent, l'indemnisation pour la perte d'exploitation est au bout d'une carence d'un certain nombre de
11:14jours, etc.
11:17Par exemple, on a eu un commerçant de Lyon, il avait une carence de trois jours, et après, il avait
11:23l'exploitation.
11:26Il m'a dit, moi je suis super assuré, mais ça lui coûtait, je crois, 6 ou 7000 euros par
11:30an, il me semble, de mémoire.
11:32Vous imaginez ?
11:34Après, oui, mais là, c'est comme nous.
11:38Moi, je suis salarié, j'ai une assurance chômage, j'en ai peu bénéficié dans ma vie,
11:44mais j'ai plus donné que je n'ai reçu.
11:47Mais c'est la vie.
11:49Je vous crois, monsieur.
11:51Et je dirais tant mieux.
11:53Et je dirais tant mieux pour vous.
11:55Moi, c'est pareil, de mon côté, je peux vous rassurer.
11:57J'ai été salarié à une époque, ceci dit, j'ai fait un autre métier, j'ai eu une première
12:03carrière avant d'être commerçante.
12:05Mais voilà, donc on aimerait bien ne pas se sentir abandonné.
12:09C'est un garçon qui pense à autre chose quand on parle d'assurance.
12:12Bon, merci en tout cas, Anna, on a souri, vous voyez.
12:16On a souri.
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