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  • il y a 7 minutes
Alain Minc, essayiste et président d'AM Conseil, était l'invité de Brigitte Boucher dans Good Morning Business, ce vendredi 23 octobre. Ils sont revenus sur le poids croissant de l’héritage, la victoire des riches dans la lutte des classes et l’enjeu de l’impôt sur les successions, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Avec Alain Mink, président d'AM Conseil, bonjour et bienvenue à vous.
00:04Vous avez co-écrit avec Guillaume Herner un capitalisme devenu fou,
00:07comment les riches ont gagné la lutte des classes chez Flammarion, c'est sorti en septembre.
00:11Alors dans ce monde, il y a quelques valeurs sûres, vous en faites partie,
00:15rassurez-moi Alain Mink, vous défendez toujours le capitalisme,
00:17parce que sinon c'est vraiment le monde qui est devenu fou.
00:19Non, non, écoutez, les choses sont très simples,
00:21il n'y a pas d'autre système que l'économie de marché,
00:24il n'y a pas à l'intérieur de l'économie de marché
00:27et d'autres mécanismes de production que le capitalisme,
00:30mais il faut parfois contribuer à le défendre contre ses propres démons.
00:34Alors, bon, on va prendre, je vais vous changer un peu, quelques points.
00:38Vous constatez la progression des illégalités.
00:40Nous sommes le pays le plus redistributif, alors vous voulez taxer les riches ?
00:45Non, en revenu, la vérité elle est extrêmement simple,
00:50il y a eu une immense révolution qu'on n'a pas vue en 1982,
00:53ça fait plus de 40 ans, quand les taux d'intérêt réels sont devenus positifs.
00:59Et il faut bien mesurer qu'aujourd'hui, on n'en parle pas assez des taux d'intérêt réels actuels,
01:05vous vous rendez compte que le taux d'intérêt réel en France,
01:07il est grosso modo maintenant de 3%, près de 3%.
01:11Quand les taux d'intérêt réels sont positifs, celui qui possède s'enrichit,
01:16celui qui s'endette s'appauvrit.
01:20Et c'est pour ça que, oui, la France est un pays très redistributif,
01:25mais l'enjeu ne c'est pas cela, l'enjeu c'est l'incroyable augmentation des inégalités de capital.
01:31Alors vous allez me dire, vous pensez comme Zuckman.
01:34Ah non ! Zuckman ou Piketty, en réalité, donnent une mauvaise réponse à une vraie question.
01:42Je vous en donne un exemple.
01:45Il y a 20 ans, 30% de la richesse accumulée provenait de l'héritage.
01:50Aujourd'hui, c'est plus de 60%.
01:52Dans 20 ans, ça sera 80%.
01:55Ça veut dire qu'une société où la richesse ne fait que se transmettre
02:00est une société qui est congélée.
02:02Donc, au nom du marché, au nom de la liberté, etc.,
02:06il faut se poser cette question.
02:07Donc il faut taxer le capital, si je comprends bien.
02:10Non, il faut d'une manière...
02:12Il ne faut pas se tromper d'imposition, mais on n'y échappera pas.
02:16Et d'ailleurs, ce qui se passe, on verra ce que va être le référendum en Californie la semaine prochaine.
02:22Mais vous vous rendez compte, en Californie, le paradis absolu du capitalisme,
02:27vous avez un référendum sur une imposition.
02:30Alors, d'un seul coup, pas répétitif, en théorie, de 5% du capital.
02:36Et vous allez tout à l'heure décrire sans doute les mécanismes de changement de gouvernance
02:40qui sont ceux de Facebook, qui sont destinés à permettre à Zuckerberg de payer, si besoin est, les 5%.
02:47Mais ça va être quoi, la conséquence ?
02:50La Silicon Valley va partir au Texas, non ?
02:51Non, mais le vrai enjeu, il faut bien le dire...
02:54Ils vont quitter la Californie ?
02:55C'est l'impôt sur les successions.
02:57On sera obligé...
02:59Alors, il faut bien voir la réalité.
03:01L'impôt sur les successions sur les individus est un impôt élevé.
03:06Mais l'impôt sur les successions sur les entreprises,
03:11quand on fait la somme de la séparation nues propriétés usufruits jeunes,
03:18du PAC, du TREI ou autres, l'impôt sur les successions est de moins de 10%.
03:24Sauf que nos entreprises, c'est notre croissance, c'est notre productivité, c'est l'avenir de la France.
03:30Mais la transmission des entreprises se fait par des moyens qui peuvent être plus originaux
03:38que la seule transmission en ligne directe.
03:40Pourquoi les Etats-Unis ont en partie réglé ce problème, et l'Allemagne aussi,
03:43par l'importance des fondations ?
03:45Car quand vous donnez une fondation, vous êtes à exonérer d'impôts.
03:48Alors, attendez, je ne suis pas en train de prener la révolution, je dis on n'y échappera pas.
03:52Mais la révolution des successions, c'est les grandes successions,
03:54parce qu'en fait, le patrimoine est taxé tout au long de la vie.
03:58Mais ça, c'est pas...
04:00Le patrimoine est pas taxé deux fois ?
04:03Répondez-moi à la question suivante.
04:05Comment fonctionne une société où la richesse commence à ne dépendre que de la transmission ?
04:13Vous croyez que ça donne de l'espoir à une société ?
04:16Vous croyez que ça donne le sentiment qu'on peut faire son propre chemin ?
04:20Donc, ce problème existe.
04:22La seule chose, c'est qu'il ne faut pas se tromper sur les remèdes,
04:24ni sur l'ampleur, parce qu'il ne faut pas manier un marteau pilon,
04:29ni sur les remèdes.
04:31Et je pense qu'en particulier, tous les thèmes autour de l'ISF
04:34sont de très mauvaises réponses.
04:37Mais ce sujet, il est là, et on n'y échappera pas.
04:40Alors, il y a une réponse à ça, relative.
04:42Moi, je suis un ardent partisan des salariés devenus actionnaires de leur boîte.
04:49D'abord, je pense que toutes les boîtes qui ont les salariés actionnaires fonctionnent plutôt mieux.
04:53La France, de ce point de vue, a une originalité qui est un avantage formidable.
04:58Vous pensez quand même qu'un groupe comme le groupe Bouygues,
05:04personne ne le sait, ou les gens l'oublient,
05:06les salariés ont plus d'actions que la famille éponyme.
05:09C'est l'objet du Pact-Papin qui est en débat dans le budget.
05:13Donc ça, vous êtes un ardent défenseur.
05:14Vous avez nombre de sociétés cotées qui ont comme premier actionnaire leur salarié.
05:20Souvent parce que c'est le résultat issu de la privatisation.
05:23Et moi, je pense qu'aujourd'hui, la social-démocratie intelligente,
05:27ce n'est pas la redistribution du revenu, c'est de faire...
05:32Aujourd'hui, la valeur ajoutée, c'est déformer au profit du capital et au dépens du travail.
05:38Vous ne pouvez pas le rétablir un équilibre relatif en augmentant les salaires
05:42à cause de la concurrence internationale.
05:44Donc la seule réponse, c'est transformer les salariés en actionnaires là où on le peut.
05:50Et je trouve que...
05:52J'ai essayé de convaincre je ne sais pas combien de pouvoirs d'une loi très simple,
05:55qui est de dire qu'on donne trois ans aux entreprises cotées
06:00pour que les salariés aient au moins 10% du capital.
06:03Ce jour-là, demandez aux salariés de Vinci
06:06qui, il y a 10 ans ou 15 ans, ont profité de l'incroyable ascension de l'action.
06:11Ils ont un deux pièces au bord de la mer.
06:14C'est ce qui permet d'augmenter les salaires, finalement.
06:16Non, ce n'est pas ce qui permet d'augmenter les salaires.
06:18C'est ce qui permet d'augmenter la richesse globale, leur niveau de vie.
06:23Et de ce point de vue, je pense que la France a une capacité un peu exemplaire en la matière.
06:29C'est très différent de l'Allemagne.
06:30Vous posez une question sur les 10 ans de macronisme ?
06:33Oui, si vous voulez, oui.
06:34Vous en pensez quoi, vous, 10 ans plus tard ?
06:36Vous l'avez soutenu, Emmanuel Macron ?
06:38Vous l'avez même beaucoup aidé ?
06:39Écoutez, moi, je l'ai soutenu, Macron, en 2016.
06:42Je n'ai pas voté pour lui en 2022.
06:45Il était furieux.
06:46Je pensais que son deuxième mandat, j'ai voté pour Valérie Pécresse.
06:50Je pensais que son deuxième mandat serait médiocre.
06:53Je ne savais pas qu'il serait catastrophique.
06:55« Catastrophique », c'est le mot que vous retenez.
06:58Est-ce que vous avez un candidat pour 2027 ?
07:02Le modéré qui pourra battre Mme Le Pen.
07:05Donc, peu importe ?
07:08À la limite, le modéré, peu importe.
07:11J'ai dit que je votais pour Édouard Philippe parce que je pense que c'est celui qui a le
07:14plus de chance.
07:15Mais si c'est Glucksmann qui arrivait au deuxième tour, je voterais Glucksmann.
07:19Et si vous avez le choix entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon au deuxième tour ?
07:22Je m'abstiendrai et je connais le résultat de toute façon.
07:26Mais je pense, je suis convaincu qu'il y aura à la fin un réflexe de vote utile dans l
07:31'électorat modéré.
07:33C'est-à-dire que je pense qu'une partie de l'électorat Glucksmann, avant le premier tour, glissera sur
07:38Philippe s'il est encore en position.
07:42Le vote utile, cette fois-ci, il n'est pas au deuxième tour, il est au premier tour.
07:45Merci Alain Mink d'avoir été notre invité.
07:48Ça passe trop vite, président d'AM Conseil.
07:51Et vous avez donc co-écrit avec Guillaume Erner un capitalisme devenu fou.
07:54Comment les riches ont gagné la lutte des classes.
07:56C'est chez Flammarion et dans toutes les bonnes librairies.
07:59Merci à vous.
07:59Merci.

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