- il y a 9 minutes
Aujourd'hui, c'est au tour de Benjamin Ball, cofondateur du site 17octobregiletjaune.net, de faire face aux GG. - L’émission de libre expression sans filtre et sans masque social… Dans les Grandes Gueules, les esprits s’ouvrent et les points de vue s’élargissent. 3h de talk, de débats de fond engagés où la liberté d’expression est reine et où l’on en ressort grandi.
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00:00R.M.C. Face aux grandes gueules
00:05Bonjour Benjamin Bolle, merci d'avoir accepté notre invitation, de venir discuter, de venir débattre avec les Gégés.
00:11Je vais vous demander de vous présenter, pour ceux qui ne vous connaissent pas, c'est vrai qu'on reçoit
00:14souvent des élus ici, donc plus besoin de faire leur présentation.
00:18Benjamin Bolle, vous êtes derrière le site notamment 17octobregiletsjaune.net, vous faites quoi dans la vie, vous vivez où, enfin
00:26pas vous vivez où, dites-nous un peu alors.
00:27J'ai 42 ans, j'habite à Argenteuil, je suis chargé de mobilisation pour une association de sensibilisation auprès des
00:37enfants sur l'agriculture biologique, le revenu paysan, le commerce équitable.
00:41On fait également de l'information, du plaidoyer et un peu de mobilisation.
00:44Et dans la vie, moi je suis passionné d'une chose, c'est de créer les conditions pour que les
00:50groupes, les collectifs, les organisations, parfois même les institutions que j'accompagne,
00:54puissent réaliser leurs rêves, leurs causes, leurs objectifs.
00:57Et c'est ce qu'on appelle organisateur, organisatrice de communautés.
01:00D'accord. Et donc, vous êtes gilet jaune, un peu historique, c'est ça ?
01:04Je ne suis pas gilet jaune historique.
01:06Au moment des gilets jaunes de 2018, moi j'étais dans le mouvement climat, je coordonnais les mobilisations locales,
01:12et c'est de 2018 jusqu'à presque 2022.
01:15Et par contre, j'ai été de celles et ceux qui disaient,
01:18il est extrêmement important de créer la jonction avec les gilets jaunes,
01:21avec ce slogan, fin du monde, fin du mois, même combat.
01:24J'ai moi-même participé à l'époque à une dizaine de manifestations,
01:27et actuellement, je suis depuis plus d'un an et demi adhérent, adhérente du syndicat des gilets jaunes.
01:34D'accord. Et donc là, vous étiez derrière ceux qui appelaient à manifester samedi dernier,
01:38et à manifester demain.
01:40Tout à fait.
01:41Et le 31, et le 5, si jamais ça continue.
01:45Pourquoi ? Quel est le fond du mouvement ?
01:47Voilà, le fond politique ou idéologique de vos demandées du mouvement, alors ?
01:52Au-delà des lycéens, j'imagine.
01:54Alors, le fond du mouvement, c'est vraiment la convergence des colères,
01:58et l'alliance de tout le pays, c'est de créer une unité nationale,
02:04et nous voulons créer une unité des 99,99%.
02:07Il y a 99,99% de la population qui travaille, qui paye des impôts,
02:14qui se déplace, qui fait tout ce qu'il faut pour faire vivre la société.
02:17Et en fait, il y a 0,01% de la population, c'est-à-dire une infime minorité,
02:21on va dire les milliardaires pour simplifier,
02:23et ces 0,01% de la population prennent à tout le monde,
02:26les chefs d'entreprise, les travailleurs, les précaires, les fonctionnaires,
02:31tout le monde en fait se fait ponctionner,
02:33et l'outil de ponction de ces milliardaires, il s'appelle Emmanuel Macron,
02:37que moi j'appelle Robin des milliardaires.
02:39C'est-à-dire qu'il ponctionne quoi et comment, je ne comprends pas.
02:41En fait, c'est simple.
02:42Parce que là, celui qui ponctionne le plus, c'est l'État, là, aujourd'hui.
02:45L'État ponctionne sur l'ensemble de la population
02:49pour pouvoir faire un transfert d'argent vers les milliardaires.
02:53Et on le voit avec les hausses immenses d'enrichissement et des fortunes.
02:59La France est championne du monde de la hausse des fortunes.
03:02Et on voit que c'est parce que, je pense qu'Emmanuel Macron est un très bon employé des milliardaires,
03:08ou je dirais mercenaire.
03:09En tout cas, c'est lui qui est le meilleur employé des milliardaires pour l'instant du monde.
03:13Donc vous voulez plus de justice fiscale, c'est ce que vous dites ?
03:16C'est-à-dire que, je pense que les gens...
03:17Vous voulez la disparition des milliardaires ?
03:19Non, j'essaie de comprendre par rapport aux manifs de demain aussi.
03:23Oui, bien sûr.
03:24Moi, ce que je crois, c'est qu'il est important de faire en sorte que les gens qui veulent,
03:30bien sûr, consentir à l'impôt parce qu'ils veulent faire fonctionner la société,
03:35c'est tout à fait normal.
03:36Vous voyez, moi, pour l'instant, je n'ai pas la chance de payer des impôts
03:38parce que je ne gagne pas assez.
03:39Mais le jour où j'en paye, de toute façon, j'en paye via la TVA et d'autres systèmes,
03:43je serai très content, contente de le faire.
03:46Et moi, ce que je crois, c'est que tout le monde est d'accord pour ça,
03:50à condition que ça fasse fonctionner, à condition que ça aille pour les écoles,
03:54pour les pompiers, pour les petits commerces, pour l'aide à l'enfance,
04:00pour les infirmières, pour le climat aussi.
04:02On a vu l'urgence climatique.
04:04Et en fait, c'est pour ça qu'il y a cette conjonction.
04:06Et donc, quand on me dit c'est quoi les revendications ?
04:08C'est simple, vous prenez tous les secteurs qui disent que ça ne va pas,
04:10on les met ensemble, on fait des états généraux à l'Elysée
04:15ou devant le Grand Parlement, le Congrès.
04:18Il y a eu des conventions citoyennes.
04:19Voilà, mais ces conventions citoyennes, je ne sais pas si ça vous a échappé,
04:22mais ça sert de caleporte dans la bibliothèque de l'Elysée.
04:25Et les cahiers de doléances des gilets jaunes,
04:27ils servent de rouleau papier toilette à l'Elysée également.
04:30Donc franchement, quand on fait des concertations, des choses comme ça,
04:34et on est de bonnes compositions, on en fait beaucoup,
04:36et bien toutes ces propositions-là, elles sont méprisées, balayées,
04:40et ça va même jusqu'au mensonge.
04:42C'est-à-dire qu'on nous dit, on passera sans filtre, vous inquiétez pas,
04:45du grand débat, il en sortira des grandes mesures, etc.
04:48Et après, on n'en voit pas la couleur.
04:50Et donc, plutôt que de nous diviser entre nous,
04:52quelles que soient nos différences, nos divergences, nos problèmes que nous avons,
04:55bien sûr, on n'a pas la même perception des choses et c'est normal.
04:58En fait, moi, ce que j'appelle, c'est un appel à l'unité.
05:01Et cette unité, elle ne doit pas se faire juste parce qu'on a une détestation d'un tel, etc.
05:06Ce n'est pas une histoire de détestation.
05:08Moi, je crois que j'aime tout le monde.
05:09Je crois que je n'ai jamais détesté personne de ma vie, franchement.
05:13Je crois que notre seul ennemi, c'est la division.
05:17Vous voulez un autre système politique quand même ?
05:18Il faut créer un autre système politique.
05:20Une autre société.
05:21Et pour créer une autre société, il y a quand même une revendication incroyable
05:24chez les gilets jaunes, qui est celle du référendum d'initiative citoyenne.
05:27Mais ce RIC, c'est un RIC en toutes choses.
05:29C'est-à-dire, y compris la capacité de s'autodéterminer pour créer une nouvelle constitution.
05:34C'est-à-dire une constituante où il y aurait un pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple.
05:37Et pour que ça, ça soit possible, il faut redéfinir un contrat social.
05:41Plus d'Assemblée nationale, plus de Sénat.
05:43Ça ne veut pas dire qu'il n'y aurait plus tout ça.
05:44C'est aux gens de décider ensemble qu'est-ce qu'on veut comme société,
05:48comment on a envie de s'organiser.
05:50En tout cas, une chose est sûre, on n'a plus envie d'avoir un monarque président.
05:53On ne sait pas qui. Peut-être que vous êtes minoritaire aujourd'hui.
05:57Oui, peut-être que les gens qui pensent comme moi...
05:59Je pense que vous êtes minoritaire aujourd'hui.
06:01Les gens qui pensent comme moi qu'aujourd'hui,
06:03Emmanuel Macron se comporte comme un monarque président,
06:07eh bien, peut-être que nous sommes minoritaires.
06:09Peut-être que les républicains dans ce pays sont minoritaires.
06:12Et les gens qui sont pour la démocratie sont minoritaires.
06:14C'est possible.
06:14Auquel cas, ça serait très triste.
06:16Alors, il y a ceux qui nous écoutent et qui se disent
06:18« On est dans les Gigi, on va y aller de manière un peu triviale. »
06:21Oui, oui, il faut y aller.
06:21« Il est bien gentil Benjamin Ball. »
06:23Mais moi, mon commerce, il s'est fait péter.
06:24Donc, ces conneries, je n'en ai rien à foutre.
06:25Moi, je comprends tout à fait.
06:27Je vais vous dire un truc.
06:27Moi, j'avais un commerce.
06:29Il n'a pas coulé pour les mêmes raisons.
06:31Vous voyez, il a coulé parce qu'il a manqué d'aide pendant le Covid,
06:33parce que nous venions de nous créer.
06:35Et donc, on n'avait pas d'historique.
06:36Et nous, on était un petit commerce.
06:38On a vu qu'il y avait beaucoup d'argent qui est arrivé
06:40sur des grandes entreprises avec le quoi qu'il en coûte.
06:42Nous, on n'en a pas vu la couleur.
06:44On s'est fait cambrioler une fois,
06:45mais ce n'est pas non plus ça qui nous a fait couler.
06:47Je comprends tout à fait quand on met toutes ses économies,
06:50toute son énergie.
06:51Moi, je travaillais des 11 heures par jour dans mon commerce,
06:53tous les jours, tous les jours, tous les jours.
06:54C'est un commerce de quoi ?
06:55C'était un commerce où j'avais une épristerie, un café,
06:58un espace de coworking.
06:59Et donc, ça a coulé.
07:00Moi, je comprends quand il y a des gens qui disent
07:02« Mais qu'est-ce qu'on a fait ?
07:04Pourquoi ces gens, ils font ça ?
07:05Qu'est-ce qui leur est passé par la tête ? »
07:08C'est évident que tout casser, moi,
07:10ce n'est pas la solution que je vais trouver.
07:12Oui, mais c'est contradictoire avec vos presuppositions,
07:14M. Beaulieu.
07:14Vous allez dire que c'est contradictoire avec ce que je dis.
07:17Manifestement, puisque vous avez refusé
07:18de condamner les violences du 17 octobre.
07:20Et là, vous êtes bien gentil.
07:21Pareil, vous venez sur le plateau, vous êtes doux.
07:24On vous écoute religieusement.
07:26On n'a qu'une envie, c'est d'abonder dans votre sens
07:28par rapport à vos revendications.
07:29Mais finalement, dans 20 minutes, vous dites que
07:32c'est bien de déstabiliser les forces de l'ordre
07:34parce qu'il faut multiplier les points de mobilisation.
07:37Donc du coup, on se demande si quoi ?
07:39Vous êtes là pour finalement privilégier vos revendications
07:41ou foutre le désordre ?
07:43C'est un peu le problème, vous voyez ?
07:45Je comprends tout à fait.
07:47C'est vrai que ça peut paraître paradoxal
07:49de dire d'un côté, on a de l'empathie
07:51pour les commerçants, les commerçantes,
07:52les personnes qui ont vu ces violences contre elles.
07:55Et de l'autre côté, dire que
07:58nous saluons toutes les colères
08:00et que nous refusons de les condamner.
08:03Effectivement, là, on voit un nœud.
08:06Pour moi, pour résoudre ce nœud,
08:08il faut dire que la structuration, elle est collective.
08:11C'est-à-dire que moi, quand je m'adresse
08:14dans une publication avec les collègues
08:17qui ont signé cette publication,
08:19nous ne nous adressons pas à chaque individu.
08:22Nous individualisons pas le problème.
08:24Nous psychologissons pas le problème.
08:26Nous essayons de dire, on s'adresse à une société
08:28et comment on trouve des choses ensemble.
08:30Et c'est pour ça que quand on me pose la question,
08:32plutôt que de dire, c'est un tel à telle heure
08:34qui a cassé, qui est responsable,
08:37bien sûr, cette personne a une responsabilité individuelle.
08:39Et bien sûr, il faut que la justice
08:41suive son cours sur cette responsabilité individuelle
08:43avec des enquêtes et pas des comparutions immédiates,
08:45s'il vous plaît.
08:46Et ça, c'est hyper important.
08:48Vous avez pensé, la comparution immédiate,
08:49c'est parce que justement, ça ne nécessite pas
08:50une enquête plus approfondie.
08:52Il faut toujours avoir une enquête,
08:53il faut toujours avoir des droits de la défense
08:55qui soient assurés.
08:56Il faut toujours avoir une capacité
08:57d'instruire le dossier.
08:59En tout cas, moi, je comprends tout à fait.
09:02Et donc, il s'agit maintenant
09:03d'adresser les choses de manière collective.
09:05Et c'est pour ça que nous avons dit
09:07dans notre tribune que nous considérons
09:08que le fautif de tout ce qui se passe...
09:10Voilà, la première des violences, c'est l'État.
09:12Enfin, la première des violences
09:13ou des causes de violences, c'est l'État.
09:15Mais vous vous rendez compte,
09:15la répercussion que vous pouvez avoir ?
09:16On parle toujours du fleuve
09:17qu'emporte tout sur son passage,
09:18mais qu'en est-il des rives qu'il en sert ?
09:20Et moi, je pense que Bertolt Brecht,
09:21qui s'est élevé face à la montée du fascisme,
09:26nous devons l'écouter.
09:26Je ne vais pas dire qu'actuellement,
09:28l'État est fasciste.
09:29Je ne dirai pas ça parce que je pense
09:30qu'il faut utiliser les bons mots
09:32aux bons endroits.
09:33Par contre, ce que j'utiliserais,
09:34c'est ce qu'Edoui Plenel a dit,
09:37c'est-à-dire qu'on est dans une démocratie autoritaire.
09:39On est dans une démocratie
09:40qui a une dérive de plus en plus autoritaire.
09:43À quel moment on le qualifie ?
09:44À quel escalier ?
09:46Est-ce que c'est l'interdiction du droit de vote
09:47pour certaines personnes ?
09:48Est-ce que c'est la fermeture des réseaux sociaux ?
09:50Est-ce que c'est le couvre-feu ?
09:51Est-ce que c'est l'état d'urgence ?
09:52Est-ce que c'est le fait de mutiler des enfants
09:53contre les conventions des droits de l'enfant
09:56et des droits humains ?
09:57Est-ce que c'est ça
09:59ou c'est le marqueur où on va se dire
10:00est-ce que là j'ai envie d'y aller ?
10:01Par contre, on est sûr que c'est un curseur.
10:03Et je pose la question à chaque personne qui écoute.
10:06Voulez-vous vivre dans un pays
10:08où on accepte ces dérives autoritaires
10:10ou voulez-vous vivre dans une république
10:12et une démocratie ?
10:13Alors, les questions de nos GG, Sam Zira
10:15Oui, moi j'ai regardé vraiment avec attention
10:18votre site internet, donc 17 octobre, giletsjeunes.net
10:21Et vous au 32-16, bien sûr, si vous voulez interpeller Benjamin Boulot.
10:24Et c'est vrai qu'en regardant le site internet,
10:24elle a raison Sandrine, c'est complètement différent
10:27du discours que vous avez là,
10:29qui est extrêmement calme,
10:30où on a envie vraiment de prier avec vous, presque.
10:33Et sur le site internet, moi je lis,
10:35voilà, enfin sur votre site, vous dites
10:36saluer la colère, refuser de condamner les violences,
10:39vous dites celles et ceux qui pillent nos fins de mois,
10:41nos services publics et le vivant depuis dix ans siège
10:43au gouvernement et dans des conseils d'administration
10:45qu'il rembourse, vous avez certainement
10:47peut-être raison aussi.
10:49Vous parlez énormément des violences institutionnelles,
10:51vous avez raison aussi, il faut en parler.
10:53Vous dites aussi qu'Emmanuel Macron, vous l'avez dit là,
10:55il y a quelques instants, il se comporte comme un monarque.
10:58Quelle est votre limite
10:59de l'acceptation de la colère ?
11:01Vous, vu que vous supportez
11:03toutes les colères. Si c'est un monarque,
11:05est-ce qu'il faut lui couper la tête ? Vous l'accepteriez ?
11:09On l'a vu sur des pancartes.
11:10Pour avoir étudié la Révolution française,
11:14je pense qu'il y a une erreur fondamentale
11:15qui a été celle de couper la tête du roi.
11:17Je crois que c'est extrêmement grave
11:19d'être sorti du droit
11:22que les gens voulaient faire à cette époque-là.
11:24Et je pense que ça a contribué
11:26et j'aurais des désaccords
11:27avec des historiens sur le sujet,
11:29peut-être des spécialistes de la Révolution.
11:32Mais moi, le désaccord, c'est que
11:33nous ne pouvons pas accepter cette violence
11:35sur les personnes. Nous ne pouvons pas accepter
11:37de créer quelque chose qui est de l'ordre de la terreur.
11:40Si nous voulons créer quelque chose de commun,
11:42nous devons le faire par la discussion.
11:44Et c'est pour ça qu'on appelle à créer
11:45des assemblées de convergence partout en France,
11:48avec une assemblée nationale de convergence
11:50qui se réunirait bientôt.
11:51Et que, enfin, le gouvernement
11:53ait un interlocuteur ou des interlocuteurs
11:56qui se soient constitués,
11:57auto-constitués ensemble.
11:58Et que ça arrête, par exemple,
11:59d'être moi qui passe dans les plateaux
12:01et que ça soit des interlocuteurs
12:02qui soient issus de l'assemblée nationale
12:04de convergence.
12:04Et si on arrive à faire ça,
12:06eh bien, on aura de la discussion,
12:08on aura du travail.
12:08Nous ne devons pas seulement nous instituer
12:10en capacité à répondre au gouvernement
12:14et créer une autre société,
12:15mais nous devons avoir cette capacité
12:18à créer un processus constituant
12:19pour pouvoir dire
12:20nous sommes sérieux et sérieuses
12:21pour pouvoir changer les choses.
12:22Emmanuel Devilliers.
12:23Écoutez, moi, les bras m'en tombent.
12:26Je suis à côté de vous.
12:28Vous n'êtes pas antipathique,
12:29en tout cas de la manière dont vous vous présentez.
12:31Je souligne tout de même
12:32que dans votre parcours,
12:33au-delà de l'agent d'ambiance
12:34ou je ne sais quoi,
12:36vous êtes quand même
12:36quelqu'un d'extrême-gauche.
12:37Vous avez milité à Attaque,
12:39vous avez milité à l'UNEF
12:40et vous avez été accessoirement,
12:42peut-être pour adoucir votre profil,
12:44au mouvement politique des Verts.
12:46Donc, vous n'êtes pas quelqu'un de neutre,
12:48même si vous avez des airs
12:50pour vous présenter un peu comme Gandhi,
12:52un pacifique, etc.
12:54Et puis, le fond du mouvement
12:55auquel vous faites référence,
12:56vous l'avez dit d'emblée,
12:57parce qu'à un moment donné,
12:58la vérité surgit toujours
13:00au-delà de la diplomatie.
13:01Vous avez dit,
13:02je veux sédimenter les mécontentements.
13:04Mais sédimenter les mécontentements,
13:06le déboucher,
13:07c'est mettre le désordre.
13:09Est-ce que, monsieur,
13:10je voudrais être poli avec vous,
13:12quand vous constatez
13:13ce qui s'est passé samedi dernier,
13:15parce que vous êtes quelqu'un
13:16d'un sprit d'intelligent,
13:18vous considérez que c'est décent
13:21de continuer à faire prendre le risque
13:22à la France d'un tel désordre
13:23pour des revendications
13:24qui sont des trucs d'intellectuels
13:26qui n'ont aucune consistance
13:27à l'arrivée face à un État
13:29qui est sur-endetté
13:30et qui, de toute façon,
13:30ne pourra pas donner satisfaction
13:32à vos demandes.
13:33Et pour une approche politique
13:36libertaire
13:37qui est complètement farfelue,
13:39sauf à mettre un bulletin
13:40Nathalie Arthaud peut-être
13:41dans l'urne,
13:42ce qui est un bon défoulement
13:44pour des gens qui pensent
13:44comme vous,
13:46ça n'a aucun sens.
13:47Voilà, ça n'a aucun sens.
13:48Et les gens qui nous écoutent,
13:50qui ont les pieds sur terre,
13:51qui ont les oreilles
13:51qui fonctionnent,
13:52ce que vous dites
13:53et votre démarche
13:54n'a aucun sens,
13:55en tout cas de mon point de vue.
13:59Bon, écoutez...
13:59Vous oubliez que la France
14:01est le pays
14:01où il y a le plus d'impôts,
14:03qu'il y a 20 000 familles
14:04qui ont quitté la France
14:05pour des raisons fiscales,
14:06qu'à demain,
14:07avec des gens comme vous,
14:07si on vous donne la parole
14:09de plus en plus
14:10et si vous prenez de l'importance,
14:11même si vous êtes
14:11archi-minoritaire,
14:13c'est tous les Français
14:14qui vont réfléchir
14:15à partir,
14:16non seulement ceux qui étaient riches,
14:18mais ceux qui ne sont pas riches,
14:19ils veulent aller en Espagne,
14:21au Portugal,
14:21ils vont quitter la France
14:22parce que vous faites peur
14:24avec des impôts supplémentaires,
14:26avec un non-respect
14:27du capital privé
14:28et ça,
14:29c'est terrible.
14:30Benjamin Bolle.
14:31Eh bien, écoutez,
14:31moi, je ne suis pas
14:33pour soutenir
14:33la propriété lucrative,
14:35c'est-à-dire celle
14:35qui s'enrichit
14:37sur le dos des autres,
14:38je suis pour soutenir
14:39la propriété d'usage
14:40et c'est pour ça
14:40que je ne suis pas
14:42pour qu'on enlève
14:43les biens aux gens,
14:44déjà,
14:44ça, c'est la première chose.
14:46Vous dites,
14:47vous soulignez
14:47que j'ai un parcours,
14:49on va dire radical,
14:50radical qui vient de Radix,
14:52prendre le problème
14:52par les racines.
14:53Oui, effectivement,
14:54j'ai un parcours radical,
14:56ça ne vous a pas échappé
14:57que je suis un militant
14:58à la base de la non-violence,
15:00que moi,
15:00quand vous me voyez
15:01dans des manifestations
15:02sur certaines photos,
15:03je suis assis,
15:04assise par terre,
15:05les mains levées.
15:06Pourquoi vous dites
15:06assis, assise ?
15:07Parce que je suis non-binaire.
15:09Ah merde !
15:09Il n'y a pas de souci,
15:10vous ne pouvez pas me mégenrer
15:11si vous dites
15:13masculin, ça me va,
15:13féminin, ça me va,
15:14entre les deux, c'est OK,
15:15il n'y a aucun souci là-dessus.
15:17Non, non, mais il n'y a pas de problème,
15:19vous verrez le portrait
15:19dans Libération.
15:20Vous voulez qu'on utilise
15:20le pronom Yel ?
15:21Si vous voulez,
15:22c'est vous qui choisissez,
15:24moi, je...
15:25Vous n'êtes pas offusqué ?
15:25Non, je suis à la fois
15:26non-binaire et genderfluide,
15:28donc allez-y,
15:28il n'y a aucun problème.
15:30Je n'ai pas de souci là-dessus
15:31et je crois que c'est...
15:32Il ne faut pas qu'on se moque
15:33de vous là-dessus,
15:33parce que je vois déjà
15:34les commentaires,
15:35j'imagine déjà des auditrices
15:36et des...
15:37Mais je comprends
15:37que les gens soient perturbés,
15:38c'est pas un souci.
15:39On n'est pas habitué
15:39en plateau ici au juge.
15:41J'ai juste par envie,
15:50Demain, vous serez un militant
15:51assis, pacifique,
15:53avec vos programmes,
15:54vos idées,
15:55et vous ne serez pas en noir
15:56quelque part.
15:56Non, mais moi,
15:57je ne l'ai jamais été.
15:58D'ailleurs, la seule fois
15:59où je me suis pris un pavé,
16:01où j'ai eu un pavé sur moi,
16:03c'est parce que je me le suis
16:04pris dans la tête,
16:04parce que moi,
16:05j'étais assis,
16:06assise par terre,
16:07et que, je crois que c'était
16:08l'élection de Nicolas Sarkozy,
16:09j'étais sur une ligne de personnes
16:11qui étaient assises,
16:12alors qu'il y avait toute la place
16:13qui était en mode émeute.
16:14Donc, pour ma part,
16:16moi, c'est ce que j'embrasse,
16:18c'est pas criminaliser
16:20les gens qui ont cette colère,
16:21parce que ce qui a fondé
16:23notre République,
16:24oui, c'est terrible,
16:26mais ce qui a fondé
16:27notre République,
16:28c'est aussi ce type de colère.
16:29Ce qui a permis
16:30les avancées de mai 68,
16:32avec le Grand Grenelle
16:33qui s'en s'est suivi,
16:34c'est aussi ces colères.
16:35Et je vais vous répondre, monsieur.
16:36Effectivement,
16:37pour l'instant,
16:38la pensée que je porte
16:40de cette agrégation
16:41de toutes les colères,
16:42de dire qu'on est
16:42les 99,1% contre,
16:44disons, 99%
16:46contre les 0,01,
16:48pour l'instant,
16:49elle est minoritaire.
16:50Cette pensée spécifique.
16:51Par contre,
16:52les 99,99%,
16:53ils ne le sont pas.
16:55C'est-à-dire que
16:55si vous demandez à quelqu'un
16:57est-ce que vous voulez
16:57que les écoles fonctionnent,
16:58ils vont répondre oui.
16:59Et quand vous dites
17:00l'argument de
17:01il n'y a pas de sous,
17:02je suis vraiment désolé
17:02sur cette question
17:03de l'argument
17:03il n'y a pas de sous,
17:04mais quand on prend
17:05l'aide
17:07aux grandes entreprises,
17:08oui,
17:08le chiffre est contesté,
17:09est-ce que c'est
17:11211 milliards,
17:11est-ce que c'est 140,
17:12etc.
17:13Mais quand on prend
17:14l'aide
17:15aux grandes entreprises,
17:17ces fameux
17:18211 milliards,
17:19c'est supérieur
17:19au déficit
17:21de l'État,
17:22au déficit
17:22de la sécurité sociale,
17:24de la retraite,
17:25du chômage,
17:26de la formation.
17:27Ce n'est pas des aides,
17:27c'est des allégements
17:28d'impôts, monsieur.
17:29Eh bien, exactement,
17:30nous avons décidé
17:31de faire échapper
17:33à la contribution
17:34pour le collectif,
17:35nous avons décidé
17:36de leur faire échapper
17:37au déficit
17:37de toutes les entreprises,
17:38mais après,
17:39il va falloir trouver du boulot.
17:40Merci, Benjamin Bolle,
17:41d'être venu vous expliquer
17:42dans les GG,
17:43donc rendez-vous demain
17:43à la manifestation,
17:45vous serez assis
17:46et pacifiques,
17:47c'est ce que vous nous avez dit.
17:48Merci d'être passé
17:49par les grands galbis.