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  • il y a 2 semaines
Muriel Salmona, psychiatre de renom, a consacré sa carrière à la lutte féministe contre les violences sexistes et sexuelles. Elle-même victime d’agressions sexuelles, elle reçoit en consultation des personnes qui veulent guérir d’un traumatisme, sexuel ou non. Un film documentaire sur son parcours a été réalisé : « Le Monde à l’endroit ». Témoignage.


Crédits. Direction de la rédaction : Pierre Chausse - Rédacteur en chef : Jules Lavie - Reporter : Judith Perret - Production : Thibault Lambert, Antoine Gueguen-Georgeais et Barbara Gouy - Réalisation et mixage : Julien Montcouquiol - Photo : LP / Fred Dugit - Musiques : François Clos, Audio Network.



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Transcription
00:00répondre de manière globale au fléau des violences sexistes et sexuelles sur les femmes et les enfants.
00:06Cette première étape, avant l'examen au Sénat, est le fruit d'un long combat porté par des associations de
00:12victimes,
00:12des collectifs féministes, mais aussi des professionnels de santé comme Muriel Salmona.
00:19Cette médecin psychiatre de 71 ans, qui a elle-même été victime d'abus dans l'enfance,
00:24a été l'une des premières en France à se spécialiser sur les effets psychologiques que produit une agression dans
00:31la vie d'une personne.
00:32Elle a notamment contribué à mieux faire connaître le phénomène d'amnésie traumatique.
00:38Muriel Salmona fait l'objet d'un documentaire sorti au cinéma fin septembre,
00:43et donc on a eu envie qu'elle nous raconte son histoire dans Code Source.
00:47Notre reporter Judith Perret l'a rencontrée.
00:58Muriel Salmona m'accueille chez elle, dans sa maison de Bourg-la-Reine, en banlieue parisienne.
01:03On est mercredi après-midi, il fait beau, tout est très calme.
01:07On s'installe dans son salon, il y a un piano à queue et des sculptures.
01:11Muriel Salmona porte une veste rouge foncée, sur le col la rosette de la Légion d'honneur.
01:16Muriel a des bracelets en cuivre au poignet qui teintent quand elle parle.
01:21Muriel naît le 21 juin 1955 dans le Val-de-Marne, au sud-est de Paris.
01:25Elle est fille unique, son père qui a combattu lors de la Seconde Guerre mondiale et bouchée,
01:30sa mère couturière.
01:32On habite hors Messon, et assez rapidement on va déménager pour aller à Vernouillet,
01:39où mes parents se procurent une boucherie,
01:43et où ma mère se met à travailler avec mon père,
01:45donc ils travaillent tous les deux dans une boucherie.
01:47C'est là où je grandis, ma toute petite enfance, jusqu'à l'âge de 6-7 ans.
01:53Muriel est une petite fille joyeuse et très curieuse.
01:55Elle apprend à lire toute seule et adore les animaux.
01:58Mais elle grandit dans un environnement difficile.
02:00D'abord, la boucherie ne marche pas très bien, mon père est alcoolique,
02:05ma mère a des amants, donc ça fait des situations de conflits,
02:11voire de... Enfin, c'est assez violent dans mon entourage.
02:15À 6 ans, je ne comprends pas très bien ce qui arrive.
02:19Ma mère m'emmène, parce que ma mère livre de la viande aux alentours,
02:25et elle m'emmène dans une immense villa, où il y a plein de gens.
02:29Elle m'installe sur un tabouret haut, ça je me souviens très bien, c'est en hiver,
02:33et elle me laisse là.
02:35Elle disparaît, et c'est là que j'ai subi des violences sexuelles.
02:41J'ai subi des choses que je ne pouvais pas du tout comprendre ni nommer,
02:45et ensuite, ça a été le trou noir.
02:50Muriel occulte cette agression, mais son comportement change.
02:53Elle se referme sur elle, elle s'isole.
02:56Chez elle, la situation ne va pas mieux.
02:58La boucherie familiale ferme,
03:00Muriel et ses parents vivent dans des caves d'immeubles ou chez des amis.
03:04A l'école, Muriel est dernière de sa classe,
03:06mais elle réussit quand même à entrer en sixième dans un collège général.
03:11À ce moment-là, j'ai une tante,
03:13et elle me dit, si jamais tu es dans les cinq premières, en sixième,
03:17tu auras un chien, et ça c'était ce dont je rêvais le plus au monde.
03:21J'avais toujours envie d'avoir un animal,
03:25et ça, ça a fait le coup de stimulation, certainement.
03:28En tout cas, dès le premier mois, je me suis retrouvée dans les trois premières,
03:32ce qui n'était pas du tout attendu.
03:34J'étais tellement fière que je suis retournée voir la maîtresse de CM2
03:38pour lui dire, ben voilà, vous avez bien fait de me faire passer.
03:40La tante de Muriel tient parole et offre à sa nièce un épanol,
03:44un chien qui aide l'adolescente à se reconstruire.
03:46Tout comme l'école, Muriel découvre qu'elle aime apprendre.
03:49J'ai eu quelques profs qui m'ont totalement passionnée,
03:53dont une prof de dessin qui m'a fait découvrir tout ce qui était art plastique.
03:59Elle me passait des livres à découvrir.
04:03J'avais une prof de maths qui était aussi super,
04:07donc j'avais envie d'être prof de maths.
04:09Et surtout, j'ai eu plein d'amis.
04:11Quand Muriel rentre du collège, c'est une autre histoire.
04:14Son père boit de plus en plus,
04:16et sa mère invite ses amants chez elle,
04:18malgré la présence de sa fille et de son mari.
04:20Mais l'adolescente tient bon et résiste à sa façon.
04:23Tous les ans, de la 6e à la terminale,
04:25Muriel est élue déléguée de sa classe.
04:27On est à la fin des années 60 et au début des années 70,
04:31mais 68 passe par là et avec lui de nombreuses revendications.
04:34Des revendications féministes notamment.
04:36Muriel et ses amis y adhèrent pleinement.
04:38On commence à s'engager vraiment pour le féminisme.
04:41Enfin, en tout cas, on sait qu'être une fille dans la rue,
04:45c'est risquer d'être abordé.
04:47C'est aussi, surtout, expérimenter qu'on a moins de droits que les garçons.
04:52J'étais dans un univers familial
04:54où les stéréotypes sexistes étaient quand même extrêmement présents.
04:57Et on pouvait dire, par exemple,
04:59trucs débiles comme
05:01« Si t'as tes règles, t'as pas le droit de faire des mayonnaise »
05:04ou « Voilà, il faut pas faire ceci et cela ».
05:06Enfin bon, c'était très énervant.
05:09À partir du lycée, là, surtout.
05:11Il y avait plein de manifestations pour tout.
05:13Donc, on montait au créneau
05:16pour plein de choses qui nous révoltaient.
05:18Que ce soit au niveau de réforme du lycée
05:22ou que ce soit au niveau aussi politique,
05:25on était très, très impliqués.
05:26Muriel est au lycée quand son père tombe très malade,
05:29un double cancer.
05:30Sa fille s'occupe beaucoup de lui
05:31et découvre le monde médical.
05:33C'est décidé.
05:34Elle fera des études de médecine.
05:36On est en 1974.
05:37Mon père est mort au moment où je passais mon bac.
05:42Normalement, j'étais de très bonne élève,
05:44mais j'ai dû quand même passer le rattrapage.
05:46En fait, finalement, j'ai quand même eu une mention,
05:48mais c'était vraiment dans un contexte super difficile.
05:52Mon père a su que j'allais faire médecine
05:54et il en était très fière.
05:55Donc ça, ça m'avait un peu aidée.
05:58Et ensuite, c'est moi qui ai organisé mes études,
06:01qui me suis inscrite.
06:02J'avais l'habitude de faire tout toute seule
06:04et de m'occuper de tout toute seule.
06:06Muriel part étudier la médecine à Paris.
06:08Elle continue de mener ses combats pour les droits des femmes.
06:10C'est aussi à la fac qu'elle rencontre son futur mari.
06:13Muriel s'oriente d'abord vers la chirurgie,
06:16mais elle est dégoûtée par la misogynie de ce milieu.
06:18Muriel se souvient très bien de la toute première opération
06:21à laquelle elle assiste pendant ses études.
06:24Déjà, il faut se déshabiller dans un sas.
06:26Et j'ai trois internes et chefs de clinique
06:30qui me regardent me déshabiller en faisant des remarques sexistes.
06:33Enfin, ça a commencé très mal.
06:35Et puis, au moment de l'intervention,
06:37il commence à mimer un acte sexuel
06:40entre le cotyle et la tête du fémur.
06:43Le cotyle, c'est au niveau de la hanche.
06:45Il commence à faire des gestes d'aller et venir.
06:48Et à mimer, je me suis dit que je vais tomber...
06:51Enfin, ce n'était pas le sang qui me faisait tomber dans les pommes,
06:53mais c'était la situation.
06:55Du coup, j'ai dit, je sors.
06:57Je suis sortie, je n'ai jamais remis les pieds dans une salle d'opération.
07:00Muriel s'intéresse alors à la psychiatrie.
07:02Elle se souvient de son père, mort d'un cancer à l'âge de 48 ans.
07:05Pour elle, c'est évident, il y a un lien
07:07entre les traumatismes que son père a vécu enfant,
07:09puis comme soldat lors de la Seconde Guerre mondiale,
07:11et sa mort précoce.
07:13Elle a une intuition, les traumatismes de l'enfance,
07:15comme les abus physiques ou sexuels,
07:17ont des répercussions sur la santé des adultes.
07:19J'avais un ami qui a fait le service militaire à ce moment-là,
07:23qui était interne en psychiatrie,
07:24et qui a fait sa thèse sur les traumas de guerre
07:28et les traumas par rapport à la guerre d'Algérie.
07:30Et du coup, ça m'a donné plein de réponses
07:32vraiment passionnantes par rapport à ce que je voyais sur mes patients.
07:36Parce que tous les patients que je suivais en psychiatrie,
07:38aussitôt qu'on leur posait des questions sur leur histoire,
07:41ont découvré des histoires d'enfance fracassée,
07:44de violences extrêmes.
07:46Et d'un seul coup, beaucoup de symptômes s'éclairaient.
07:49C'était un éclairage qui changeait les choses,
07:52et qui permettait aussi de pouvoir revenir au secours de ces personnes,
07:56et de leur offrir des soins beaucoup plus adaptés.
07:58Et puis de leur rendre justice aussi par rapport à des symptômes,
08:01parce que sinon, on les considérait un peu comme étant à l'origine de leurs propres symptômes.
08:05Surtout les femmes.
08:06On est dans les années 80.
08:08Muriel ouvre son cabinet de psychiatre à Bourg-la-Reine.
08:10Elle accueille ses premiers patients.
08:12Beaucoup de femmes, des jeunes femmes, ou des femmes d'âge mûr aussi,
08:16qui arrivaient avec des phobies importantes,
08:19des troubles anxieux généralisés, des troubles dépressifs, etc.
08:23Et qui, là aussi, avaient subi, ou continuaient à subir, des violences.
08:28Donc, avaient subi le plus souvent des violences déjà dès l'enfance.
08:31Et qui subissaient des violences dans le cadre conjugal ou au travail.
08:34J'avais pas mal aussi de personnes qui subissaient des violences au travail.
08:37Et ça s'est très rapidement su que je prenais en charge les violences sexistes et sexuelles.
08:43Et puis j'ai commencé à travailler avec les associations féministes,
08:47comme le CFCV, Collectif Féministe Contre le Viol,
08:51et à devoir prendre en charge aussi les patients,
08:54dans le cadre aussi des procédures judiciaires,
08:56quand elles portaient plainte, de les aider,
08:59de savoir faire des certificats, tout ça.
09:01Donc je me suis formée sur tout ça.
09:03Quand la carrière de Muriel débute,
09:05la prise en charge des victimes de violences sexistes et sexuelles existe à peine.
09:08Muriel se heurte à la condescendance de ses confrères.
09:11On me regardait avec un petit sourire,
09:13en disant, bon, si ça l'amuse de s'occuper de ça.
09:17Enfin, c'était plutôt sur le mode un peu méprisant,
09:20mais pas violent, comme ça l'a été ensuite.
09:24Muriel tient bon.
09:25Elle a un grand combat, la reconnaissance du psychotraumatisme.
09:28Le psychotraumatisme, c'est l'ensemble des conséquences sur le cerveau,
09:32la santé mentale, voire physique d'un traumatisme.
09:35Concrètement, ce sont des flashbacks,
09:37un sentiment d'hypervigilance, des conduites à risque, etc.
09:40Muriel s'intéresse aussi à l'amnésie traumatique,
09:42qui est le fait non pas d'oublier un traumatisme,
09:45mais de l'avoir enfoui.
09:46Le cerveau est dans l'incapacité de s'en souvenir,
09:49mais Muriel l'assure, oui, on peut surmonter un traumatisme.
09:54Les victimes qui n'ont jamais eu d'explication ou de soins,
09:57on n'a pas fait de lien entre ce qui leur est arrivé,
10:00et dans l'état dans lequel elles sont,
10:02ou qui ont eu une période d'amnésie traumatique très longue,
10:05qui pensent qu'elles sont incapables de vivre,
10:08qu'elles sont folles, qu'elles sont à poids pour les autres,
10:11qui ont une estime de soi catastrophique,
10:13ça, on peut vraiment permettre de les libérer de tout ça,
10:17et de leur rendre justice,
10:19qu'elles puissent se rendre compte que,
10:20non, ce n'est pas elles qui ont fabriqué leur malheur,
10:23on l'a fabriqué,
10:25et qu'elles peuvent s'en libérer et aller mieux.
10:27Donc on peut aller mieux.
10:29Le propre du traumatisme,
10:30ce qui fait que c'est un enfer pour les victimes,
10:33c'est qu'on revit continuellement
10:35le stress extrême,
10:37et la violence,
10:39et l'intention criminelle
10:42de détruire de l'agresseur,
10:44la volonté de faire du mal,
10:46la volonté de torturer,
10:47tout ça est revécu continuellement.
10:50C'est ça le propre du trauma,
10:52c'est de faire en sorte que le temps
10:53ne fait rien cicatriser du tout.
10:56Donc on ne peut pas éviter
10:58qu'il soit passé quelque chose de très grave,
11:01ça, vous ne pouvez pas y échapper,
11:03mais en revanche,
11:04vous pouvez ne plus avoir à survivre
11:06à une situation qui revient continuellement vous hanter,
11:10et puis avec un agresseur qui continue à être là,
11:13en train d'essayer de continuer à vous détruire.
11:16Au fil des années,
11:17les travaux de Muriel sont reconnus.
11:19Elle est invitée à intervenir à l'Assemblée
11:21ou au Sénat lors de commissions d'enquête
11:22sur les violences sexistes et sexuelles.
11:24Elle organise des colloques
11:25et crée l'association Mémoire traumatique
11:27et victimologie en 2009.
11:29Malgré cela,
11:30Muriel est très critiquée.
11:32C'est-à-dire que là,
11:33on a commencé vraiment à me remettre en question.
11:35Et surtout,
11:36ce qui a été extrêmement violent,
11:39c'est tout ce qui concernait l'amnésie traumatique.
11:41Parce que ça a embêté sacrément les agresseurs,
11:46parce qu'ils étaient quand même assez tranquilles.
11:48C'est-à-dire que,
11:49c'est ce qui m'était arrivé aussi à moi,
11:52agresser un enfant,
11:53ça entraîne de telles atteintes neurologiques
11:56au niveau du cerveau,
11:58que ça crée un mécanisme de sauvegarde
12:00avec une dissociation,
12:01une anesthésie émotionnelle
12:02et du coup,
12:04une amnésie des faits.
12:05C'est-à-dire qu'il y a un trou noir.
12:06Dans l'ensemble,
12:07c'est entre 40 et 50 % des enfants qui ont ça.
12:10Ça se heurtait à toute une propagande
12:12anti-victimaire
12:13avec tout ce qui est de l'ordre du faux souvenir,
12:19du syndrome d'alignation parentale,
12:21des victimes qui font des fausses allégations.
12:24Enfin, tous ces stéréotypes
12:26qui étaient en plus très misoglés
12:28parce que comme c'est les femmes
12:30et les filles qui subissent de plein fouet
12:33le plus de violences sexistes et sexuelles,
12:36c'était alimenté par toute une misogynie
12:39et tout un tas de stéréotypes sexistes.
12:42Muriel ne se décourage pas
12:43et continue son combat
12:44pour la reconnaissance des traumatismes sexuels
12:46et ça paye.
12:47Mon premier livre en 2013,
12:50le livre noir des violences sexuelles,
12:52c'est très bien vendu,
12:54c'est vraiment bien diffusé
12:55et avec des retours
12:57qui m'ont fait chaud au cœur aussi
12:58parce que du coup,
13:00la plupart des victimes s'y reconnaissaient
13:02et disaient que ça les avait beaucoup aidés,
13:05rien que le fait de lire.
13:06Ce n'est pas suffisant, bien entendu,
13:08mais déjà, ça changeait les choses.
13:10Et puis, mener en parallèle
13:12toute une action de plaidoyer,
13:15d'expertise,
13:17de présidente d'association,
13:20puis de recherche,
13:21de continuer à écrire,
13:22continuer à faire des enquêtes,
13:25des études.
13:26Heureusement que j'avais mon mari
13:28qui me soutenait
13:29parce que c'était un peu énorme.
13:31Il fallut du temps
13:32pour que le psychotrauma
13:33soit pris en compte.
13:35La première fois qu'il a été,
13:36on en a parlé dans une loi
13:38au niveau d'actions gouvernementales,
13:40c'est en 2017
13:42avec Laurence Rossignol
13:43et le premier plan triennal
13:45de lutte contre les violences
13:47faites aux enfants
13:47où là, on a commencé
13:48à parler du psychotrauma,
13:49de l'importance
13:50de traiter le psychotrauma.
13:51Fin 2017,
13:52la société tout entière
13:53découvre l'ampleur
13:54des violences sexuelles
13:55grâce au mouvement MeToo.
13:57Muriel voit de plus en plus
13:58de victimes de VSS
13:59dans son cabinet,
14:00des femmes comme des hommes,
14:01mais leur prise en charge
14:02est encore insuffisante.
14:04Tout le monde sait
14:04que les violences sexuelles
14:06ont une ampleur énorme,
14:09ont une gravité
14:10très importante,
14:12mais les gens ne savent pas
14:14suffisamment encore
14:15à quel point
14:16ça se soigne,
14:17que les psychotrauma
14:18doivent être pris en charge.
14:19Et on a fait une enquête
14:21de victimation
14:21qui montre que,
14:22par exemple,
14:22pour les victimes
14:23de violences sexuelles,
14:24elles sont seulement 5%
14:25à être vues en urgence.
14:27Pourtant, les victimes,
14:28elles disent que leur premier
14:29recours, c'est le médecin,
14:30mais elles ne sont que 5%.
14:32Parce que les médecins
14:33ne sont pas encore assez formés
14:34et qu'il n'y a pas d'informations.
14:36Moi, je me bats aussi
14:37pour qu'il y ait vraiment
14:38une information pour dire
14:39qu'est-ce que c'est que le trauma,
14:41comment on le soigne.
14:42Il faut que les gens
14:43se sentent légitimes
14:44à être pris en charge.
14:44Muriel est faite chevalier
14:46de la Légion d'honneur
14:47en 2018.
14:48Au début des années 2020,
14:50elle devient membre
14:50de la Civise,
14:51la Commission indépendante
14:52sur l'inceste
14:53et les violences faites aux enfants.
14:54Cette année,
14:55elle s'est beaucoup impliquée
14:56aux côtés d'autres militantes
14:57féministes
14:58pour la proposition
14:59de loi intégrale
15:00sur les violences sexistes
15:01et sexuelles,
15:01une loi votée
15:02la veille du jour
15:03de ma rencontre
15:04avec Muriel Salmona.
15:05C'est vraiment
15:05une grande victoire,
15:06même si elle est imparfaite,
15:08même s'il y a des choses
15:08qui ne sont pas du tout
15:09celles qu'on voulait
15:10ou qui ne vont pas assez loin
15:12ou qui oublient encore
15:14des personnes vulnérables
15:15qui restent encore
15:16un peu sur le bord de la route.
15:18Mais là,
15:19il y a une vision globale
15:20de la prise en charge
15:22et de fait,
15:23cette loi intégrale
15:24reconnaît la faillite
15:25de toutes les institutions
15:27par rapport à la protection
15:28et la prise en charge
15:29des victimes
15:30et la prévention
15:31des violences sexuelles.
15:33Et là aussi,
15:33je pense qu'il va y avoir
15:34un avant et un après
15:35comme il y a eu
15:35en 2017.
15:38Le 30 septembre,
15:39le film
15:39Le Monde à l'endroit
15:40sort au cinéma,
15:41un film documentaire
15:42de Sylvie Meyer
15:43sur Muriel Salmona.
15:44Est-ce que vous pouvez
15:45juste me donner
15:46quelques indications
15:47sur ce que vous avez subi ?
15:52Bah,
15:53c'était un type
15:55violent.
15:56Pour mes dix ans,
15:57on organise une fête
15:58Christian,
15:59me couche.
15:59Chut,
16:00laisse-moi faire,
16:01je vais te faire un câlin.
16:02Je ne l'ai jamais vu en vrai.
16:03Il me dit
16:04que je suis une reine.
16:05Hugo,
16:05il m'avait demandé
16:06de lui envoyer des photos
16:07de moi.
16:07Je fais chier
16:08mon entourage
16:09à cause de mes dépendances.
16:10Elle est horrible
16:11cette mémoire traumatique.
16:12Des traumatismes,
16:13tout le monde en a.
16:13J'ai encore fait ce rêve.
16:15Comment je ne peux
16:16non plus me faire avoir alors ?
16:17On y voit des reconstitutions
16:18de séances menées par la psychiatre
16:20avec ses patients.
16:21Certains patients
16:22jouent même
16:22leur propre rôle.
16:23Muriel,
16:24elle,
16:24est interprétée
16:25par trois actrices différentes,
16:27Isile de Lebesco,
16:28Marianne Denis-Cour
16:28et Sandrine Bonheur.
16:30Les actrices,
16:31elles ont été choisies
16:31aussi parce qu'elles étaient
16:32impliquées.
16:33Elles ont toutes dit
16:34qu'elles ont subi
16:35des violences
16:36dans l'enfance.
16:37Elles sont toutes
16:38plus ou moins
16:40avec une volonté
16:41de s'engager aussi
16:43par rapport
16:44à ces violences.
16:45dont c'est les personnes
16:46qui ont dit oui
16:47avec enthousiasme
16:48et qui ont eu envie
16:49d'incarner
16:50cette prise en charge.
16:51C'est vrai qu'après,
16:52je me dis,
16:53non,
16:53moi,
16:53je n'aurais pas fait ça
16:54comme ça,
16:54je n'aurais pas été
16:55comme ça,
16:55mais ce n'est pas grave.
16:57Et puis,
16:58les patients,
16:58ils ont joué le jeu.
17:00Moi,
17:01au départ,
17:01elles voulaient me faire
17:03rejouer des séances,
17:04mais alors ça,
17:05c'était impossible
17:05pour moi.
17:06Je ne peux pas être
17:07devant quelqu'un
17:09en train de réciter
17:10un texte.
17:11Je sors du texte.
17:13Si je suis en face
17:14de quelqu'un,
17:15je suis psychothérapeute
17:16avant tout,
17:17je suis médecin.
17:18Donc,
17:18j'ai plein d'idées,
17:20j'ai envie de poser
17:21d'autres questions.
17:22Donc,
17:23du coup,
17:23ça n'a pas marché du tout.
17:24On a fait des essais,
17:26mais je perturbais
17:27complètement le jeu
17:28des patients
17:29qui avaient appris
17:29leur texte,
17:30qui du coup,
17:30ils n'avaient plus
17:31quoi répondre.
17:31Voilà,
17:32ce n'était pas possible.
17:36Aujourd'hui,
17:37Muriel a 71 ans
17:38et presque 40 ans
17:39de carrière derrière elle.
17:41Les choses évoluent lentement
17:42en matière de prise en charge
17:43des traumatismes sexuels,
17:45mais Muriel est optimiste
17:46quand elle voit
17:47tous les patients
17:47qu'elle accompagne.
17:48J'ai reçu des jeunes adultes
17:50ou des grands adolescents
17:52qui avaient été
17:53en échec scolaire,
17:54ça je connais,
17:54comme moi,
17:56qui avaient arrêté
17:58leur scolarité,
17:59étaient toxicomanes,
18:01alcooliques,
18:02qui avaient été
18:02diagnostiqués schizophrènes
18:04du fait de leur mémoire
18:05traumatique,
18:06ou ça avait été pris
18:07pour des hallucinations,
18:08donc qui étaient
18:09sous-neuroleptiques,
18:10adultes handicapés,
18:11et qui étaient,
18:13voilà,
18:13c'était fini quoi,
18:14ils allaient vivoter,
18:16etc.
18:16Et puis on les prend en charge
18:18et puis ils retrouvent
18:19leurs capacités cognitives
18:20et ils refont des études.
18:22C'est-à-dire que
18:22j'ai plein de jeunes
18:23qui du coup
18:24se réinscrivent
18:25au DAU,
18:26c'est un diplôme
18:27qui est équivalent
18:28du bac,
18:29et qui font des études
18:30supérieures
18:30pour un métier,
18:31qui rencontrent quelqu'un,
18:32enfin,
18:33je veux dire,
18:34ce qui était complètement
18:34inespéré,
18:35c'est-à-dire que
18:36alors ça c'est pour les jeunes,
18:38ça marche très fort
18:39pour les jeunes,
18:39mais j'ai patients
18:41qui peuvent avoir 90 ans
18:42que je prends en charge
18:43et ça vaut la peine,
18:44ça peut se soigner
18:45vraiment très bien.
19:09Judith,
19:10est-ce que c'est important
19:11pour Muriel Salmona
19:12de témoigner des abus sexuels
19:14qu'elle a elle-même vécu
19:15quand elle était enfant ?
19:17Oui,
19:17et ce pour plusieurs raisons.
19:19Muriel Salmona,
19:19elle révèle publiquement
19:20avoir vécu
19:21des agressions sexuelles
19:22dans le cadre
19:23du hashtag
19:24MeToo inceste,
19:25c'était en 2021
19:26sur Twitter,
19:28donc maintenant X.
19:29Elle révèle donc
19:30avoir subi non pas une,
19:31mais des agressions sexuelles
19:32dans la villa
19:32dont elle parle
19:33au début de l'épisode
19:34et surtout en fait,
19:35elle révèle que
19:36sa mère en fait
19:37savait qu'elle livrait
19:38sa fille
19:39à des adultes
19:40qui allaient lui faire du mal.
19:42Ensuite,
19:43ce témoignage
19:43permet à Muriel
19:44Muriel Salmona
19:45d'illustrer un concept
19:46qui lui est très cher,
19:47celui de l'amnésie traumatique
19:49qui est le fait
19:49pour le cerveau
19:50d'occulter en partie
19:52ou en totalité
19:53un traumatisme
19:54pour se protéger
19:55et qui va ensuite
19:56revenir par bribes
19:57plus tard
19:58dans la vie
19:59de la personne
19:59qui a subi ces abus.
20:00Cette amnésie traumatique,
20:01c'est un concept
20:02dont Muriel Salmona
20:03parle énormément
20:04en matière de violences
20:06faites aux enfants.
20:07Le monde à l'endroit,
20:08c'est le nom
20:08du documentaire
20:09consacré à Muriel Salmona
20:11avec,
20:11tu l'as dit,
20:12trois actrices
20:13qui l'interprètent
20:14à tour de rôle.
20:15C'est un film
20:16de Sylvie Meyer
20:17sorti le 30 septembre
20:19au cinéma.
20:19Tu l'as vu ?
20:20Qu'est-ce que tu en as pensé ?
20:21Je l'ai trouvé
20:22très instructif
20:23ce documentaire,
20:24instructif
20:24sans être trop dense.
20:26On apprend beaucoup
20:27de choses en fait
20:27sur le mécanisme
20:28des violences sexistes
20:29et sexuelles
20:30et la façon
20:30dont en fait
20:31elles peuvent être
20:31prises en charge
20:32par la thérapie,
20:34par la psychiatrie.
20:35On voit aussi
20:36dans ce documentaire
20:37que n'importe qui
20:38peut être victime
20:39de violences sexistes
20:40et sexuelles,
20:41des hommes,
20:42des femmes,
20:42des enfants,
20:43des jeunes,
20:43des moins jeunes.
20:44Le documentaire
20:45nous montre
20:46le secret en fait
20:47de thérapie,
20:49de séance de thérapie
20:50et je pense qu'en fait
20:51ça peut aider
20:51plein de gens
20:52qui sont victimes
20:53de violences sexuelles
20:54à peut-être
20:55dédramatiser un peu
20:56la façon dont
20:57elles peuvent être
20:58prises en charge
20:59par la médecine,
21:00par la thérapie.
21:01Merci Judith.
21:02On peut citer
21:03le dernier livre
21:03de Muriel Salmona,
21:05Enrayer la fabrique
21:06des agresseurs sexuels.
21:07C'est paru en 2025
21:09aux éditions
21:10Duneau.
21:11Cet épisode
21:12de Code Source
21:12a été produit
21:13par Antoine Guéguin-Georget
21:14et Barbara Gouy,
21:16réalisation
21:17Julien Moncouquiol.
21:18Si vous voulez
21:19nous écrire,
21:20c'est possible
21:21à l'adresse suivante
21:22codesource
21:22at leparisien.fr
21:24et le samedi,
21:26ne ratez pas
21:26notre podcast
21:27de faits divers,
21:28Crime Story,
21:29avec chaque semaine
21:30une affaire criminelle
21:31racontée par
21:32Claudia Prolongeau
21:33et Damien Delsen.
21:34Sous-titrage Société Radio-Canada
21:36Sous-titrage Société Radio-Canada
21:39Sous-titrage Société Radio-Canada

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