00:0016h, 18h, Pascal Proulx et vous sur Europe 1.
00:04Rudy Manin, porte-parole nationale de l'UNSA Police.
00:07Le ministre de l'Intérieur Laurent Nounas a fait état de nombreux appels sur les réseaux sociaux
00:11à commettre des exactions mais aussi des pillages lors de la nouvelle journée de contestation demain.
00:16Évidemment, il ne souhaite pas qu'il y ait...
00:20Il a souligné qu'il existait de nombreux appels sur les réseaux sociaux, bien évidemment.
00:25Bon. Rudy Manin, le climat général de cette France qui nous inquiète
00:32avec demain les manifestations et puis avec ce qui est arrivé à Trappes de dramatique.
00:37Oui. Bonsoir, Pascal Proulx.
00:39Écoutez, vous avez bien décrit.
00:41Vous savez, la semaine dernière, quand on a vécu un samedi comme la semaine dernière,
00:45c'est comme si vous preniez 40 points rugby, que vous sortiez avec beaucoup de blessés
00:48et on vous demande la semaine d'après d'y retourner
00:50et de faire face probablement à la même équipe
00:53qui a toujours autant envie de vous fracasser, de violenter les policiers,
00:58éventuellement de les tuer et de s'en prendre encore à notre état
01:01pour essayer de le renverser.
01:03Donc on y va avec en tête ce qui s'est passé la semaine dernière.
01:09On y va certes beaucoup plus nombreux que la semaine dernière
01:12et on espère vraiment, vraiment qu'on va réussir à tenir le choc
01:16pour protéger ces commerçants, pour protéger ces bâtiments publics,
01:20pour protéger ces commissariats, etc. On en est là malheureusement en France,
01:24donc on va tout faire pour que ça se passe bien.
01:26– Bon, à Marseille, parce que vous êtes de Marseille, bien sûr,
01:29l'Unimana et on vous connaît, puisque vous intervenez régulièrement sur notre antenne.
01:32À Marseille, les manifestations sont interdites ?
01:35– Oui, alors les manifestations sont interdites,
01:37mais vous savez, les manifestations sont interdites avec ce genre d'individus,
01:40j'ai presque envie de vous dire qu'ils n'en ont rien à faire.
01:42Parce que de toute façon, ils ne demandent jamais l'autorisation,
01:44ils sont juste là pour semer le chaos et le désordre.
01:47Donc ce n'est pas des gens qui, en général, font des déclarations
01:51pour manifester quand ils ont envie de tout casser.
01:54Donc effectivement, la manifestation est interdite,
01:56mais il y aura quand même un énorme dispositif de sécurité.
02:00On va protéger surtout tous les commerces,
02:03du centre-ville dans un premier temps,
02:05tous les centres commerciaux qui sont à la périphérie de Marseille.
02:08Vous savez que Marseille est la ville la plus grande dans la superficie de France,
02:10donc on a beaucoup, beaucoup à faire demain.
02:12J'espère qu'on va tenir le choc, qu'on va tenir les équilibres
02:15et qu'on va protéger cette belle ville.
02:17– Est-ce que dans la réponse pour le service d'ordre,
02:21pour maintenir l'ordre plus exactement,
02:23est-ce que vous avez des possibilités d'utiliser des armes non létales,
02:28bien sûr, qu'on vous avait retirées ces dernières semaines ?
02:31– En fait, effectivement, c'était un peu le problème aujourd'hui,
02:35c'est qu'on a tellement été mis en accusation,
02:39il y a tellement eu de poursuites,
02:40pour les policiers qui utilisaient les armes non létales,
02:45je le précise,
02:45mais qui ont commis des dommages physiques
02:48sur certains manifestants ou parfois certains émeutiers,
02:51que je ne vous le cache pas,
02:52beaucoup de policiers aujourd'hui ne veulent plus utiliser ces armes-là,
02:56parce qu'ils n'ont pas envie de subir le carcan judiciaire derrière,
03:01le carcan des auditions à l'IGPN,
03:04et puis surtout, ils veulent continuer à travailler.
03:06Et vous savez que c'est ce qui nourrit notre famille de travailler, d'être policier.
03:11Et quand vous êtes dans un cycle judiciaire ou cycle administratif de l'IGPN,
03:16parfois, vous pouvez avoir des sanctions qui vous mettent en difficulté,
03:20et c'est bien une partie du problème de la semaine dernière,
03:22que les policiers aujourd'hui, ils n'osent plus utiliser toutes ces armes intermédiaires
03:26qui sont mises à disposition, par crainte d'être poursuivies derrière.
03:29On a les collègues de la BAC, du RED, qui sont employés demain.
03:34Et je rappelle qu'il y a trois mises en examen suite aux émeutes de Naël,
03:38tout simplement, parce qu'ils avaient utilisé des fusils,
03:41pas des fusils, des gongognes, pour faire fuir les émeutiers
03:44qui cassaient tout dans le centre-ville de Marseille.
03:47Donc, c'est très compliqué.
03:48Laurent Nunez est en train de s'exprimer,
03:50parce que Laurent Nunez, figurez-vous, est à Orléans.
03:52Il était tout à l'heure à Trappes,
03:54et il est sans doute en train de donner le dispositif qu'il y aura demain à Orléans.
03:58Parce que vous avez quand même une actualité qui est dramatique de tous les côtés.
04:02Vous avez d'abord le drame du jour, le drame le plus important du jour,
04:05avec cet homme qui est mort, qui a 26 ans,
04:08cette petite fille, Rudy Mana, qui a 12 ans.
04:11Je sais que vous, vous êtes confronté en permanence à la réalité, à la mort,
04:18aux difficultés des familles que vous avez vu souffrir.
04:20Mais c'est tellement invraisemblable qu'un individu, évidemment,
04:25tire sur des innocents et tire sur une petite fille de 12 ans.
04:30De 12 ans, cette petite fille.
04:33Donc, que dire ?
04:35D'ailleurs, il n'y a absolument rien à dire.
04:37Les mots sont inutiles, absolument inutiles.
04:40Simplement, cette violence-là, elle nous inquiète,
04:42parce que moi, j'ai utilisé plusieurs fois le mot engrenage depuis ces heures.
04:48Lorsqu'une société, la confiance sociale, c'est très important,
04:53et c'est ce qui rend les sociétés heureuses.
04:55C'est quoi la confiance sociale ?
04:56C'est de savoir que je peux aller au stade Vélodrome et qu'il ne m'arrivera rien.
05:00Bon, la confiance sociale, moi j'ai grandi dans la confiance sociale,
05:03je suis un enfant des années 60, j'avais 10 ans en 74,
05:06mes parents me laissaient aller quand j'avais déjà 9 ans, 10 ans,
05:10tout seul sur la plage, on rentrait le soir,
05:12il n'y avait pas de soucis et il ne nous arrivait rien.
05:14C'est ça la confiance sociale.
05:16Quand on avait 18 ans, on sortait et on savait que le soir,
05:20en mobilette d'ailleurs, parfois, quand on avait 16 ans, 17 ans,
05:23on savait qu'il ne nous arriverait rien.
05:25Bon, cette confiance sociale, aujourd'hui, elle a disparu, Rulli Manéa.
05:28Notre société a changé.
05:31Évidemment que ce n'est pas la même France qu'il y a 20 ans, 30 ans, 40 ans.
05:35Simplement, comment ?
05:36Et il n'y a pas que la France, pour être tout à fait honnête.
05:39Ce sont toutes les sociétés qui sont devenues violentes.
05:41Alors, est-ce que cette parenthèse enchantée,
05:44je crois que vous êtes un peu plus jeune que moi, peut-être, Rulli,
05:47mais est-ce que cette parenthèse enchantée est terminée,
05:50ou est-ce qu'il y a possibilité ?
05:51Et on la retrouve, cette parenthèse enchantée.
05:53Vous savez quand ?
05:54Des gens qui reviennent de Varsovie.
05:56Des gens qui étaient au Danemark.
05:58Moi, j'avais des amis qui étaient à Varsovie récemment.
06:00Ils te disent, mais c'est incroyable.
06:03Donc, il est minuit, tu sais qu'il ne t'arrivera rien.
06:07Et tu te balades tranquillement.
06:09Donc, c'est ça qui nous fait peur, Rudy Manat.
06:12Et dans une ville comme Marseille,
06:13qui est particulièrement exposée, bien sûr,
06:18est-ce qu'un jour, il est possible de revenir à des situations plus calmes ?
06:22Je n'ai pas envie d'être trop pessimiste,
06:24mais franchement, j'ai du mal à entrevoir cette situation-là.
06:29Je vous le dis de manière très claire,
06:30et ça me fait une peine terrible.
06:31Vous savez l'amour que j'ai pour ma ville.
06:34Vous savez que cette ville,
06:37j'essaie de voir tout le temps les bons côtés.
06:39Mais vous savez, la semaine dernière,
06:42on a été très marqués par ce qui s'est passé à Marseille.
06:44Vraiment très marqués,
06:45parce qu'il y avait une haine, une violence.
06:48Ils avaient envie de tuer du flic, quoi.
06:50Et ils avaient envie de tout péter,
06:52de tout casser, de tout voler.
06:53Mais c'était extrêmement haineux,
06:57ce qu'on a vu la semaine dernière.
06:59Et ça ne pousse pas à l'optimisme.
07:01Je vous le dis parce que...
07:02Mais ce qui est extraordinaire,
07:02parce que ces gens, vous les connaissez,
07:04vous vivez avec eux depuis toujours,
07:05et vous arrivez vous-même à être surpris
07:07par ce que vous avez vu samedi dernier ?
07:10Ce qui nous a surpris, c'est le nombre.
07:13C'est la quantité considérable d'individus.
07:16On ne s'y attendait pas,
07:17je vous le dis très clairement, très honnêtement,
07:19on ne s'attendait pas à ce qu'ils soient si nombreux.
07:21Et là, on s'est dit quand même,
07:23ils sont très, très, très nombreux face à nous.
07:26Et tous ces gens-là, ils nous haïssent, quoi.
07:29Ils ont envie de nous fumer.
07:31Ils ont envie de nous flinguer.
07:33Ils ont envie de nous tuer.
07:34Très clairement, je suis allé voir des collègues CRS
07:36qui ont été blessés la semaine dernière aussi,
07:38à Marseille, et qui venaient de l'Anne-Meusan,
07:40ou qui venaient de Saint-Etienne.
07:41Mais ils m'ont dit, c'est fou la haine qu'il y avait à Marseille,
07:44de la part de ces gens-là, notre encontre.
07:47Et franchement, ça me touche, moi, quand je vois ça.
07:50Parce que normalement, on devrait être...
07:51Marseille, c'est la ville cosmopolite.
07:53C'est la ville où on a toujours vécu ensemble.
07:55Tout petit, on n'a jamais transigé là-dessus.
07:59Et aujourd'hui, je trouve que c'est beaucoup, beaucoup plus difficile.
08:02Et très clairement, beaucoup de Marseillais partent de Marseille.
08:05C'est une réalité absolue.
08:06De vieux Marseillais partent de Marseille.
08:08Ils vont vivre ailleurs.
08:09Ils vont vivre dans le Var.
08:09Ils vont vivre à 40 km de Marseille après Aix.
08:12Et ça, c'est une réalité que l'on vit tous les jours.
08:15Et c'est ça qui nous fait de la peine
08:16quand on voit notre ville comme ça.
08:17Je vous remercie.
08:19Et évidemment, vous en parlez aussi avec émotion
08:22et avec tendresse, forcément,
08:25pour cette ville dans laquelle vous êtes.