00:007h, 9h, Europe 1 Matin.
00:038h moins 10, l'édito politique sur Europe 1.
00:06Bonjour Jean-Christophe Buisson.
00:07Bonjour Alexandre, bonjour Anissa, bonjour à tous.
00:09Ce matin vous voulez nous parler d'Emmanuel Macron
00:12qui sort d'une semaine particulièrement difficile.
00:15Oui Alexandre, les hommes et les femmes politiques
00:17vivent parfois les mêmes mésaventures que les grands sportifs.
00:19Ils passent à côté de leur match.
00:21La semaine dernière, on a vu par exemple nos stars nationales du basket et du rugby
00:24Victor Wambanyama et Antoine Dupont
00:26se trouvaient complètement lors de rencontres
00:28au cours desquels ils ont donné l'impression d'être ailleurs que sur le terrain.
00:31Et bien c'est à se demander si ce syndrome n'a pas atteint
00:34la semaine dernière toujours le président de la République lui-même.
00:37En l'espace de 8 jours, Emmanuel Macron a multiplié
00:40les bourses symboliques, les initiatives inappropriées
00:43et les déclarations maladroites à un niveau olympique.
00:45Je ne sais pas si les Romains utilisaient l'expression
00:48hebdomadis horribilis pour qualifier une semaine noire
00:50comme on parle d'anus horribilis pour une année catastrophique
00:53mais cela y ressemblait.
00:54Alors quels sont ces ratés auxquels vous faites allusion ?
00:57D'abord, ce fut vendredi 16 octobre, cette image du couple présidentiel
01:00se dandinant comme deux adolescents au 15e concert de Céline Dion
01:03à la Plénitude Arena de Nanterre.
01:05Jusque-là, rien de grave, sinon qu'ils étaient arrivés en retard,
01:07ce qui est chez eux une fâcheuse habitude.
01:09La séquence n'était donc que gentiment ridicule pour eux,
01:12sauf qu'elle prit une autre dimension quelques heures plus tard
01:14quand la France bascula dans les scènes de pillage,
01:17d'émeute et d'insurrection que l'on sait.
01:18A posteriori, on se dit qu'Emmanuel Macron avait quand même mieux à faire
01:21que de s'amuser la veille d'une journée qui s'annonçait délicate.
01:24On veut bien croire que les services de renseignement n'avaient pas pris la mesure
01:27de ce qui allait arriver, mais impossible qu'il n'ait pas alerté l'Elysée
01:31sur la dangerosité potentielle du 17 octobre.
01:33Premier faux pas.
01:34Le lendemain de ce samedi funeste, le président a l'occasion de reprendre la main
01:37avec une allocution télévisée solennelle.
01:40Nouvelle catastrophe, il parle pour ne rien dire, ne rien annoncer, ne rien décider.
01:44Deuxième raté.
01:45Au moins cette fois a-t-il la décence de ne pas redemander aux forces de police
01:48de faire preuve d'empathie pour les voyous qui rêvent de les tuer.
01:51Le lendemain, lundi 19 octobre, tandis que la France découvre sidérer l'ampleur
01:56des dégâts depuis deux jours, Emmanuel Macron trouve opportun de s'envoler
01:59pour Abu Dhabi, le Bahreïn et le Qatar.
02:01Au moment où nos concitoyens attendent un discours de fermeté pour les uns,
02:04les criminels et de compassion pour les autres, les honnêtes gens,
02:07il s'en va par les pétroles, intelligence artificielle et navigation dans le Golfe Persique
02:11avec des émirs.
02:12Comme si la sécurité du détroit d'Hormuz lui paraissait plus cruciale
02:15que celle des commerçants français pillés et menacés.
02:18Et comme si cela ne suffisait pas, à son retour éclate la tragédie de Trappes.
02:22Un fou aux motivations racistes tire au hasard dans les rues de la vie des Evelynes
02:26faisant un mort et plusieurs blessés.
02:28Emmanuel Macron se rend sur place pour témoigner de son effroi,
02:30mais là encore, il se prend les pieds dans le tapis de prière
02:33en assurant que c'est la première fois qu'il y a un acte terroriste planifié
02:37pour tuer nos compatriotes, nos enfants,
02:39en raison de leur couleur de peau ou de la religion qu'on leur donne.
02:42Comme si le père Hamel, Sarah Halimi, les victimes des attentats de l'école Osara-Torah à Toulouse
02:47ou de la basilique de Nice n'avaient pas été tués parce que chrétiens ou juifs.
02:51Mauvaise séquence pour Emmanuel Macron.
02:54Donc, la question est la suivante, Jean-Christophe.
02:56Peut-il rebondir après cette succession de faux pas ?
02:58On peut en douter au prime abord.
03:00Absent de la prochaine élection présidentielle
03:02et vivant donc sa dernière saison à haut niveau,
03:04pour reprendre notre analogie sportive,
03:06il n'a peut-être plus la motivation pour se relancer.
03:08En ordonnant à son premier ministre Sébastien Lecornu
03:11de recevoir les représentants du mouvement lycéen ce lundi,
03:14il peut donner l'impression de chercher à se retirer du jeu
03:17comme si cette semaine l'avait laissé définitivement groggy.
03:20Mais attention !
03:21Pour aimer le sport, en particulier le foot,
03:23Emmanuel Macron pourrait bien suivre l'exemple de ces grands joueurs
03:26qu'on croyait finis et qui se sont jetés à nouveau dans la bataille
03:29pour défier une dernière fois le destin
03:31parce qu'il croit en sa bonne étoile,
03:33même s'il est peut-être le seul.
03:34L'édito politique sur Europa.
03:37Merci Jean-Christophe Buisson,
03:38directeur adjoint de la rédaction du Figaro.
03:40La une du Figaro ce lundi matin
03:42entre crise sociale et crise financière.
03:45Un répit fragile pour l'exécutif.
03:47Le gouvernement a effectivement évité le pire ce week-end.