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  • il y a 28 minutes
Le marché français des enchères a atteint un nouveau record en 2025, avec près de 5,7 milliards d’euros de ventes, en hausse de plus de 11 % sur un an. Mais derrière cette croissance, les dynamiques restent contrastées selon les secteurs. Comment expliquer ces évolutions et quels défis attendent les maisons de vente françaises ? Décryptage avec Gilles Andréani, nouveau président du Conseil des maisons de vente, qui revient également sur les priorités de son mandat et les transformations de la profession.

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00:03Le marché français des enchères a atteint un nouveau record en 2025 avec près de 5,7 milliards d'euros
00:09de ventes, en hausse de plus de 11% sur un an.
00:12Mais derrière cette croissance, les dynamiques sont contrastées. Le secteur des véhicules et du matériel industriel poursuit sa progression, tandis
00:19que le marché de l'art renoue avec une croissance après deux années de recul.
00:22Pour décrypter ces évolutions, les enjeux auxquels font face les maisons de vente aux enchères françaises, nous recevons aujourd'hui
00:29le nouveau président de leur autorité de régulation, Gilles Andréani. Bonjour.
00:33Bonjour.
00:34Merci beaucoup d'être avec nous. Alors vous avez été nommé en septembre à la présidence du Conseil des maisons
00:38de vente.
00:39Vous avez notamment présidé l'Observatoire du marché de l'art et du mouvement des biens culturels et exercé des
00:44fonctions de président de chambre à la Cour des comptes.
00:48Alors, le Conseil des maisons de vente a succédé en 2024 au Conseil des ventes volontaires.
00:54Est-ce que vous pouvez rapidement nous dire quel est précisément le rôle aujourd'hui du Conseil des maisons de
00:58vente ?
00:59Le Conseil des maisons de vente, c'est l'autorité de régulation du marché des ventes aux enchères.
01:05Il a, disons, trois fonctions que lui assigne la loi.
01:09Le premier, c'est, disons, de mettre au point des lignes directrices, des normes professionnelles qui peuvent ensuite être rendues
01:18obligatoires à l'intention de la profession.
01:21La deuxième, c'est d'assurer la formation des commissaires-priseurs.
01:24Et la troisième mission, c'est une mission d'observation du marché, du marché des enchères en général et plus
01:31spécifiquement du marché de l'art et un tout petit peu la défense des intérêts de ce marché.
01:36Est-ce que c'est vraiment de l'accompagnement professionnel ou il y a aussi un pouvoir de contrôle ou
01:41de sanction ?
01:42Oui, tout à fait. Dès lors que nous sommes régulateurs, nous édictons des normes professionnelles qui peuvent être rendues obligatoires
01:49par le garde des Sceaux.
01:50Et dès lors, si ces normes ne sont pas suivies, nous avons la faculté non pas de sanctionner nous-mêmes,
01:56c'était le cas autrefois, mais ce n'est plus le cas,
01:59mais disons de déférer les cas qui nous seraient signalés à une autorité de sanctions, à un comité des sanctions
02:06qui est placé auprès du Conseil.
02:08Voilà, on ne sait jamais.
02:09Alors, votre prédécesseur, Edouard Delamasse, a quitté ses fonctions avant la fin de son mandat.
02:13Vous avez tenu déjà votre première réunion avec les membres du Conseil, c'était le 15 octobre.
02:17Dans quel état d'esprit est-ce que vous avez repris cette présidence ?
02:21Comment ça s'est passé, ces premiers échanges ?
02:24Dans un état d'esprit de passionné, parce que je connais et j'aime ce milieu.
02:29J'ai été pendant 7 ans membre du Conseil des ventes volontaires, ce qui est en gros la même chose
02:34que le Conseil des maisons de vente.
02:36Oui, qui a changé de nom en fait.
02:37Ça a changé de nom, les modalités de désignation de ces membres ont été modifiées, les responsabilités revues à la
02:43marge.
02:44On a séparé, ce qui était très bien d'ailleurs, le disciplinaire de la régulation.
02:48Mais en fait, tout ça reste à peu près la même chose.
02:51Et dans ces 7 années passées au Conseil des ventes, j'avais appris à beaucoup apprécier cette profession que je
02:57pratique depuis longtemps par ailleurs,
02:59à l'Observatoire du marché de l'art ou dans d'autres contextes.
03:04Les achats de musées, je suis dans des commissions d'achats de musées, et ainsi de suite.
03:08Donc voilà, c'est un milieu que je connais bien et pour lequel j'ai de l'affection et un
03:13vrai intérêt.
03:14Donc ça me fait très plaisir d'avoir été choisi pour ces fonctions.
03:17– Quelles sont alors vos priorités en ce moment ?
03:20Justement, ce premier échange du 15 octobre, est-ce que ça a permis de mettre sur table les grands axes
03:25de vos prochains mois de mandat ?
03:27– Alors, il y a plusieurs axes, ils doivent être affinés, c'est pas en une séance naturellement qu'on
03:35décide tout ça,
03:35mais il y a des priorités qui s'imposent d'elles-mêmes.
03:38Alors j'en citerai juste deux pour l'instant, il y en a d'autres qui se profilent.
03:42Bon, la première, c'est que la profession de commissaire-priseur a subi des réformes qui se sont traduites par
03:52une espèce d'aller-retour.
03:54C'est-à-dire qu'on les a intégrées dans une commission, dans une profession générale de l'exécution des
04:00décisions judiciaires,
04:02qu'on a appelées les commissaires de justice, qui regroupent les anciens judiciaires.
04:06Enfin, je vous passe les détails. Et pour toutes sortes de raisons, la spécificité de leur métier, qui n'est
04:13contredite par personne,
04:15a imposé une forme de retour en arrière, c'est-à-dire de les autonomiser par rapport aux commissaires de
04:22justice.
04:23– Voilà. – De les ré-autonomiser ou de leur redonner.
04:25– C'est-à-dire que maintenant on dit commissaire-priseur ?
04:28– On dit commissaire-priseur, voilà. Ce ne sont plus des officiers ministériels, comme c'était titulaires d'une charge,
04:35comme c'était le cas autrefois. Ce sont des professionnels titulaires d'un diplôme, ce qui est un peu différent.
04:41Il reste que dans ce mouvement d'aller-retour, de fusion, puis de séparation, tout n'a pas été réglé.
04:48Il reste à préciser vis-à-vis des commissaires de justice des compétences.
04:53Il y a des compétences très importantes pour la profession, qui sont des compétences de réalisation d'inventaire.
04:57– D'accord. – On va travailler à ce qu'il soit bien clair que les commissaires-priseurs sont habilités,
05:06dans quasiment toutes les circonstances, à exécuter des inventaires au profit des notaires,
05:16au profit des familles qu'ils demandent pour des besoins d'assurance, de succession, que sais-je.
05:20C'est très important parce que c'est un peu ce qui est à la source de la détection des
05:27objets,
05:28et finalement d'un jour de leur mise en vente.
05:31Donc c'est important et on va y travailler.
05:34Mais ça, je dirais que c'est technique.
05:37C'est un ajustement d'une décision d'autonomie retrouvée qui est déjà prise.
05:42Il y a un deuxième chantier, un deuxième axe qui s'impose de lui-même, là aussi, je n'ai
05:52rien inventé.
05:53Ce deuxième axe, c'est de travailler sur la question des provenances.
05:59Vous le savez, sur le marché de l'art, on a une exigence de plus en plus insistante
06:04sur la documentation de l'origine des œuvres,
06:08avec toutes sortes de marchés un peu plus problématiques que les autres.
06:12Et dans ce contexte, il est très important que le Conseil des maisons de vente
06:16clarifie vis-à-vis des professionnels ce que sont les diligences à effectuer.
06:21Il ne s'agit pas d'ajouter de nouvelles normes.
06:23Oui, parce que finalement, il y a quand même des régulations qui ont été mises en place, etc.
06:28Des cahiers des charges, des chartes déontologiques.
06:32Nous avons une série de normes professionnelles
06:37qui, avant ma présidence, avaient été mises au point et adoptées.
06:40Mais dans le détail, ces normes professionnelles ne garantissent pas de façon sûre,
06:48de façon exhaustive, ce que doivent faire les professionnels face à la question des provenances.
06:52Donc, l'objectif du Conseil des maisons de vente, c'est de mettre au point,
06:59disons, des bonnes pratiques, des principes, une espèce de doctrine commune à la profession
07:04qui permettent aux professionnels de s'en inspirer et aux clients d'avoir confiance.
07:08C'est ça, à la fin des fins, c'est ça l'objectif.
07:10Dans le fait qu'ils achètent une œuvre dont la valeur marchande ne sera pas ensuite altérée
07:17parce que sa provenance n'est pas suffisamment précisée.
07:21Voilà, c'est ça notre objectif.
07:22Et vous le disiez, vous avez travaillé dans le secteur depuis une quinzaine d'années.
07:27Vous avez quand même une belle vision de l'évolution de ce secteur.
07:30Comment vous voyez cette évolution entre avant et maintenant ?
07:36Tout a changé, si vous voulez.
07:37Tout a changé.
07:39D'abord, les acheteurs ne voient plus les œuvres.
07:42Vous avez quatre, enfin les œuvres, les objets.
07:45N'oublions pas, d'ailleurs, quand on parle d'œuvres, c'est un abus de terme, on parle d'objets.
07:49Et la grande majorité, pas toujours,
07:51parce que la grande majorité du chiffre d'affaires en progression que vous avez cité,
07:55ce sont des véhicules et du matériel industriel.
07:59Donc, il n'en reste pas moins, si vous voulez,
08:03qu'il est vrai de ces catégories de biens comme des objets d'art
08:08qu'ils sont vendus à plus de 80% en ligne,
08:13soit par des dispositifs d'enchères automatiques,
08:16soit par des ordres laissés à l'avance.
08:20Et donc, ça bouleverse complètement la profession.
08:24D'abord, ça ouvre le marché.
08:26Internet a énormément ouvert le marché.
08:27Tout le monde voit tout, si vous voulez.
08:29Donc, une affaire réalisée par surprise,
08:32à la faveur d'une petite vente, ça devient de plus en plus rare.
08:35Mais sur ce qui ne veut pas dire qu'on fait de mauvaises affaires aux enchères,
08:38au contraire, ça reste un marché très attractif.
08:40C'est pour ça que les gens y vont.
08:42Mais par contre, les techniques de vente, maintenant,
08:44c'est des ventes dématérialisées dans l'immense majorité.
08:47Ça, c'est un énorme changement.
08:50Deuxième changement, je parle des objets d'art et du mobilier,
08:56ce qu'on associe communément aux ventes, aux enchères.
09:00Il y a une révolution des goûts, des priorités du marché,
09:05ce qui était la mode il y a 30 ans, ne l'est plus forcément aujourd'hui.
09:07Il y a des pans entiers du marché qui se cherchent,
09:10j'allais dire, une nouvelle raison d'être face au changement de goût des acteurs.
09:15Donc ça se fait aussi un énorme changement.
09:19Et puis le troisième, j'y ai fait allusion en parlant des provenances,
09:22c'est que partout, autour du marché de l'art, peut-être un peu à l'excès d'ailleurs,
09:27mais il y a une exigence éthique, une exigence de, je le dirais, de clarté,
09:34qui fait que cette problématique, qu'il s'agisse de biens coloniaux
09:38ou d'autres catégories de biens, il y a une exigence de plus grande fiabilité,
09:44de plus grande information sur les provenances.
09:46C'est les trois grandes évolutions que je vois.
09:49Et donc, pour terminer, du coup, ce que je disais,
09:52c'est que le marché français aux enchères atteint un record de 5,7 milliards d'euros,
09:55une hausse de 11,2%.
09:57Comment est-ce que vous expliquez cette grande progression sur cette année,
10:00alors que c'est vrai qu'il y a eu deux années qui étaient assez difficiles pour le marché de
10:03l'art ?
10:03Écoutez, je crois qu'il y a un engouement pour la technique de la vente aux enchères
10:12qu'on voit aussi dans l'automobile,
10:16qui fait qu'on a envie d'acheter aux enchères.
10:20Un élément de, j'allais dire, de goût pour le recyclage,
10:25ou aussi pour la trouvaille, pour l'affaire qu'on va faire,
10:28souvent modeste, c'est pas toujours des gens riches qui enchèrissent aux enchères.
10:31Donc, vous avez ce premier phénomène.
10:34Et puis, je ne veux pas donner une image trop angélique du marché,
10:39mais il me semble qu'il y a, justement, dans les normes,
10:44dans les régulations du marché français,
10:47quelque chose qui inspire un peu confiance, quand même.
10:50C'est un marché dans lequel les diverses garanties
10:55qui sont offertes aux acheteurs et aux vendeurs
10:57finissent par créer un phénomène de confiance qui explique cette adhésion.
11:02Merci beaucoup, Gilles Andréani.
11:04Je rappelle que vous êtes donc le nouveau président du Conseil des maisons de vente.
11:07Et merci à vous, toutes et tous, de nous avoir suivis.
11:09C'était Arrêt Marché.
11:10Merci.
11:13Sous-titrage Société Radio-Canada
11:14Sous-titrage Société Radio-Canada

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