00:00La configuration de l'accident de Grand Montana, c'est un plafond qui s'est embrasé et le feu est
00:04littéralement tombé sur les gens.
00:05Donc en fait, on a beaucoup de gens qui ont été brûlés du haut vers le bas, en commençant par
00:09le visage, les voies respiratoires, les bras, les mains.
00:12Et donc on a des brûlures très sévères et très importantes. Après, on n'est pas dans les hôpitaux, donc
00:16on n'a pas les détails.
00:17Il y a eu hélas 40 victimes à ce jour et il y a à peu près 120 brûlés, dont
00:22à peu près 70 qui ont été brûlés à plus de 60% du corps,
00:26donc on compte dû être placés dans des CHU spécialisés. On rentre dans la catégorie des grands brûlés entre 30
00:31et 40%
00:32et le pronostic vital s'engage aux alentours des 60 et au-delà de 80%, ça devient extrêmement compliqué.
00:39Mais globalement, pour une grande partie, ils doivent sûrement être en coma artificiel, comme je l'ai été, pour gérer
00:44la douleur et gérer les soins.
00:45Le coma artificiel, c'est vraiment, on maintient le malade dans un état stable et c'est vraiment, les douleurs,
00:50elles peuvent être extrêmement intenses au début.
00:52Donc, il est important de les garder dans un état d'apaisement le plus total.
00:57On accueille les brûlés, on évalue la surface, on enlève tout ce qui est peau nécrosée, on excise, voilà.
01:03Et après, on a des crèves de peau qui arrivent très rapidement.
01:06La peau, c'est le plus grand organe du corps humain. On ne peut pas s'en passer très longtemps.
01:10Et puis, gérer les éventuelles complications parce qu'on était dans un milieu clos, un sous-sol, il y a
01:13eu des produits chimiques,
01:14donc probablement, on peut penser qu'il y a eu aussi des fumées.
01:16Et là, on est sur des jeunes qui vont devoir probablement repartir de zéro en termes de reconstruction.
01:21C'est une nouvelle image, le deuil de la précédente.
01:23Donc, ils vont passer par tout un tas d'étapes du deuil.
01:25On les connaît. Le déni, la colère, la tristesse, l'acceptation et tout ça.
01:29Et là, en fait, c'est ça qu'on essaye de mettre en avant.
01:32La convalescence d'un grand brûlé, c'est quelque chose qui est très long.
01:35Le lendemain, j'ai été contacté par l'association des brûlés suisses pour relayer le message et d'appeler à
01:41la sensibilisation.
01:42On a été plusieurs associations, plusieurs grands brûlés et on a passé trois jours à recueillir les messages de tout
01:48le monde.
01:49On a dû répondre à peu près 600 messages à 2-3.
01:51J'ai dû parler avec à peu près une trentaine de personnes d'entourage de victimes directes.
01:55J'ai eu beaucoup de gens qui m'ont décrit la brûlure de leurs proches et qui m'ont demandé
01:58d'estimer les chances de survie.
02:00Ça, je ne le fais pas. Je ne suis pas médecin et ils sont dans les meilleures mains dans lesquelles
02:04ils pourraient être.
02:05Nous, on essayait vraiment de les rassurer sur le fait qu'il y a un après qui existait.
02:08On a eu beaucoup d'entourages qui se demandaient comment ils allaient devoir leur annoncer qu'il y avait beaucoup
02:13de leurs amis qui étaient décédés dedans.
02:16À ça, on répond qu'il y a des gens dont c'est le métier d'apprendre ce genre de
02:18nouvelles.
02:19Ils vont vraiment avoir un sujet psychologique qui va être très important.
02:22La dynamique qu'il y a eu après cet accident, les centaines de messages qui venaient de gens qui n
02:26'avaient pas vécu cette catastrophe de près.
02:28Et ça a quand même eu pour effet, je trouve, de rassembler, comme souvent quand on vit une catastrophe,
02:32on voit ces effets de masse bienveillante. C'est très rassurant et je pense qu'ils vont avoir un grand
02:39soutien de vraiment plein de gens.
02:41Et ça aussi, ça peut aider.