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  • il y a 5 minutes
Un immense espoir pour des millions de malades du cancer du poumon : un nouveau traitement pourrait leur permettre de vivre plus longtemps sans avoir recours à la chimiothérapie. Derrière cette avancée présentée dimanche au Congrès de la Société européenne d'oncologie médicale, le professeur français Nicolas Girard qui lutte depuis plus de vingt ans contre ce cancer. Nicolas Girard, chef du département d'oncologie médicale de l'Institut Curie, est l'invité de Marc-Olivier Fogiel dans RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 30 octobre 2026.

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Transcription
00:00France. RTL Matin, 7h, 9h30, c'est avec Céline Landreau.
00:07Et avec Marc-Olivier Fogiel à 8h17.
00:10Marc-Olivier, vous recevez ce matin un homme qui pourrait bien changer la vie de milliers de madames,
00:14de malades, du cancer du poumon. Cela fait 20 ans qu'il se bat contre cette maladie.
00:18Le professeur Nicolas Girard, chef du département d'oncologie médicale de l'Institut Curie,
00:24est donc votre invité ce matin.
00:25Bonjour professeur Nicolas Girard.
00:27Bonjour.
00:28Vous êtes l'un des plus grands spécialistes mondiaux du cancer des poumons.
00:32Et grâce à vous ce matin, et grâce à votre découverte présentée au Congrès de Madrid,
00:36certains de nos auditeurs atteints de ce cancer vont reprendre espoir.
00:40Pour commencer, pourquoi vous travaillez depuis tant d'années sur ce cancer si particulier ?
00:45Particulier, mais surtout très fréquent et puis extrêmement grave.
00:49C'est la première cause de décès par cancer dans notre pays aujourd'hui.
00:53Il y a 20 ans, quand j'ai pu commencer à travailler sur ce cancer, il y avait tout à
00:57faire.
00:57Et je pense que depuis, on a plutôt pas mal avancé.
01:00Comme vous dites, et notamment avec cette avancée majeure, on y vient, mais pour comprendre.
01:04Vous dites, ça fait 20 ans que vous travaillez sur ce cancer.
01:06Il y a 20 ans, un patient atteint d'un cancer du poumon, il lui restait combien de temps à
01:11vivre à peu près ?
01:11Et aujourd'hui, combien ? Déjà, quelle progression on a fait depuis 20 ans ?
01:15L'espérance de vie était de l'ordre de 8-9 mois pour la plupart des patients.
01:20Aujourd'hui, on est au moins à 3 fois ceux-là.
01:24On approche les 2 ans et pour une proportion de patients, on va guérir la maladie.
01:29Et on va pouvoir avoir une espérance de vie qui va être de plusieurs années, 5 ans, 7 ans, 10
01:35ans.
01:35On voit chaque jour la limite reculer.
01:39Incroyable ! Et notamment grâce à vous et à cette découverte majeure que vous avez présentée la semaine dernière
01:45au Congrès européen de cancérologie à Madrid.
01:48Cette étude, elle consiste en quoi pour ces gens qui ont un cancer qui devient résistant à leur premier traitement
01:54?
01:54Cette découverte, elle permet effectivement de proposer aux patients à nouveau de partir avec un traitement
02:00qui va leur éviter de faire de la chimiothérapie, qui est un traitement qui fonctionne mais qui est difficile.
02:05Et on va leur proposer un traitement par comprimé qui va être beaucoup plus efficace,
02:09qui va réduire de moitié les risques d'échec et qui va donc permettre de contrôler la maladie le plus
02:15longtemps possible.
02:15Donc ce que vous avez découvert, c'est vivre plus longtemps sans chimio ?
02:20Exactement ! Non seulement il faut des traitements efficaces,
02:22mais il faut également des traitements qui permettent aux patients de vivre normalement.
02:27La chimiothérapie, ça impose de venir à l'hôpital.
02:29Évidemment, il y a des effets secondaires, il y a de la fatigue
02:32et le traitement par comprimé permet d'éviter tout cela tout en étant plus efficace.
02:37Concrètement, votre découverte, elle consiste en quoi, professeur ?
02:40En fait, elle correspond dans un sous-groupe particulier de cancers du poumon
02:45à rechercher les interrupteurs de la maladie qui se sont allumés,
02:49qui ont conduit au développement du cancer.
02:51Ces interrupteurs, on peut les éteindre avec des traitements.
02:54Ces traitements par comprimé qu'on appelle les traitements ciblés.
02:57Et le problème, c'est que ces traitements ciblés, ils peuvent perdre de leur efficacité.
03:01D'autres interrupteurs peuvent s'allumer.
03:03Et donc, on va aller les chercher.
03:05Et spécifiquement chez les patients qui ont allumé ces interrupteurs particuliers,
03:09leur donner un deuxième traitement qui va les éteindre.
03:12Donc, on est tout le temps en train de s'adapter à l'évolution de la maladie.
03:16Et en faisant cela, on arrive finalement à contrôler les choses
03:20et à prolonger l'espérance de vie des patients.
03:23Il vous a fallu combien de temps pour travailler sur cette innovation majeure,
03:27vous et votre collègue ?
03:29Eh bien, on a découvert ces interrupteurs qui s'allumaient il y a presque 15 ans.
03:33Mais entre-temps, il a fallu découvrir de nouveaux médicaments
03:37qui permettent d'éteindre ces interrupteurs.
03:39Et puis ensuite, il faut les évaluer.
03:41Et tout cela a pris finalement beaucoup de temps.
03:44Concrètement toujours, grâce à cette découverte,
03:47quand les patients français notamment vont pouvoir en bénéficier ?
03:50Quand ces médicaments seront mis sur le marché ?
03:53Aujourd'hui, on a la preuve de l'efficacité.
03:55On sait qu'ensuite, il y a l'évaluation par les autorités européennes,
03:59par les agents français.
04:01Ça prend du temps.
04:02Oui, ça prend du temps.
04:03En France, on a la chance d'avoir des dispositifs
04:05qui permettent d'accéder plus tôt à l'innovation,
04:08ce qu'on appelle les accès précoces.
04:10Donc j'espère qu'il y aura un accès précoce pour cette stratégie.
04:14Mais on parle de quoi ? De mois ? D'années ? On parle de quoi ?
04:17Pour un accès précoce, on parle probablement de quelques mois.
04:21Pour l'accès officiel, ça prend souvent 18 mois, 2 ans.
04:26C'est vous qui avez découvert ça, chercheur français, on en est très fiers.
04:29Mais ces médicaments, ils seront mis sur le marché ?
04:32Ils seront fabriqués par des laboratoires étrangers, professeur ?
04:35Oui, ce médicament est issu de la recherche chinoise.
04:38Il est d'ailleurs commercialisé aujourd'hui en Chine.
04:42C'est un médicament qu'on a évalué au niveau international.
04:45Ça, c'est essentiel parce que la maladie peut être différente
04:48d'un endroit à l'autre et d'un patient à l'autre.
04:51Alors, une bonne semaine, j'allais dire, pour ceux qui sont atteints malheureusement
04:54de ce cancer des poumons.
04:55Il y a votre découverte incroyable, vous venez d'en parler.
04:57Puis il y a une autre découverte qui a été présentée à Madrid
05:00pour l'une des formes les plus agressives du cancer du poumon,
05:03celui à petites cellules.
05:05Et là encore, cette découverte va donner beaucoup d'espoir à ceux qui nous écoutent.
05:08La vôtre plus celle-là, c'est combien de pas en avant ?
05:12Dans le cancer bronchique à petites cellules, cancer fulgurant,
05:16en quelques mois, les patients peuvent être emportés par cette maladie.
05:19Et là, on a découvert le médicament de base,
05:23le médicament qu'on doit donner à tous les patients le plus tôt possible
05:26dans l'évolution de la maladie.
05:29Donc cette immunothérapie, là, il s'agit de stimuler les défenses du patient
05:33pour qu'elles prennent le relais pour détruire les cellules cancéreuses.
05:36Cette nouvelle découverte, cette deuxième,
05:38elle permet de prolonger l'espérance de vie de combien ?
05:41Puisque c'était un cancer fulgurant, les gens partaient très rapidement.
05:45Un doublement, un doublement des chances de survie chez les patients,
05:50c'est du jamais vu.
05:51Donc il y a des petites marches, mais il y a des marches qui sont encore plus hautes
05:55et celle-ci, elle vient d'être franchie d'un cancer bronchique à petites cellules.
05:58C'est vraiment une très bonne nouvelle pour ceux qui nous écoutent.
06:01Selon l'Institut National du Cancer, près de trois cancers du poumon sur quatre
06:04sont découverts à un stade avancé.
06:07Pourquoi si tard ? C'est là le problème ?
06:09Oui, c'est l'un des problèmes.
06:10Il n'y a pas de symptômes, il n'y a pas de signes spécifiques du cancer du poumon.
06:14Et c'est tout l'intérêt des programmes de dépistage qui sont en cours.
06:19Le dépistage, c'est quoi ?
06:20C'est pas empêcher le cancer du poumon de survenir,
06:22mais c'est plutôt le découvrir à un stade précoce,
06:25lorsqu'il est tout petit et qu'on peut l'opérer et le guérir définitivement.
06:29Il y a ces deux découvertes dont on vient de parler, la vôtre, la deuxième.
06:33On a beaucoup parlé également de vaccins personnalisables,
06:35notamment dans ce congrès de Madrid.
06:38Le mot fait rêver, un vaccin contre le cancer.
06:40C'est pour demain, ça ?
06:42Oui, ces vaccins, c'est pour demain,
06:44parce qu'aujourd'hui, on sait les personnaliser,
06:46c'est-à-dire fabriquer un vaccin pour un patient donné
06:49à partir des caractéristiques de sa tumeur.
06:51Ce ne sont pas des vaccins qui sont identiques pour tous les patients.
06:55Ces vaccins permettent surtout d'éviter les rechutes,
06:58d'éviter les métastases,
06:59ce qui souvent conduit à une aggravation de la maladie chez les patients.
07:03Est-ce qu'un jour, professeur, on pourra en finir avec le cancer ?
07:06Le diagnostic du cancer, on est terrorisé.
07:09Est-ce que, finalement, demain, on peut penser qu'on va en guérir ?
07:12Je pense qu'on peut guérir aujourd'hui un grand nombre de cancers.
07:16Plus on va découvrir les cancers précocement,
07:18plus ça va être facile.
07:20Plus on va être dans une situation de prévention aussi du cancer
07:23et on va réduire l'incidence du cancer.
07:26La lutte contre le tabagisme, ça fait partie quand même
07:28des grandes politiques qui permettent de réduire l'incidence de ces cancers.
07:34Et puis, enfin, les nouveaux médicaments.
07:36L'innovation, c'est un vrai espoir pour tous les patients.
07:38Vous parlez de la lutte contre le tabagisme.
07:40Vous avez vu ce proposition de loi qui est soutenue par plusieurs parties
07:45qui attendent d'être examinées à l'Assemblée.
07:47En gros, interdire totalement le tabac à toute une génération,
07:51ceux qui sont nés après 2014.
07:54Vous soutenez cette proposition de loi ?
07:56Évidemment, on ne peut que la soutenir.
07:58Le tabac est responsable de nombreux cancers.
08:01En premier lieu, le cancer du poumon,
08:02mais il est impliqué dans plus d'une vingtaine de cancers différents,
08:05au-delà des effets nocifs sur la santé cardiovasculaire.
08:08Donc, on ne peut que soutenir une proposition comme celle-ci.
08:12À nos jeunes auditeurs, vous leur dites quoi ?
08:13Vous qui, toute la journée, êtes confrontés finalement à ces cancers du poumon terrible,
08:17à ces gens qui disparaissent malgré vos innovations.
08:19À nos jeunes auditeurs qui vous écoutent ce matin,
08:22vous leur dites quoi, professeur ?
08:23Je leur dis effectivement de ne pas rentrer dans le tabac.
08:27Je leur dis effectivement d'adopter une hygiène de vie qui est favorable.
08:34Ce qui compte, c'est justement cette santé globale
08:36que l'on va réussir finalement à proposer à toute une génération
08:40pour éviter d'être exposé à ce qui conduit au développement du cancer.
08:45Mais au-delà de ça, le cancer peut aussi se développer chez des non-fumeurs aujourd'hui.
08:49La pollution atmosphérique fait partie des facteurs de risque.
08:52Donc, il y a un environnement global finalement à contrôler au mieux
08:57pour réduire la survenue de ces maladies.
09:00On vous entend très clair ce matin, à un moment donné,
09:02où la France est quand même beaucoup dénigrée.
09:04On a des chercheurs français formidables en fait quand même.
09:07Oui, on a la chance d'être très attractifs en France
09:11pour l'innovation thérapeutique, l'évaluation des nouveaux médicaments.
09:15Il faut garder cette attractivité parce que non seulement on participe au progrès
09:20et ça c'est évidemment très satisfaisant,
09:22mais ça permet à des patients français d'accéder encore plus tôt à de nouveaux traitements.
09:27Avec l'intelligence artificielle, professeur, ça aide dans vos recherches ?
09:31Oui, l'intelligence artificielle permet effectivement d'aller plus vite.
09:34On sait que développer un médicament, ça prend des années.
09:37Avec l'intelligence artificielle, on va plus vite dans les premières étapes
09:40d'identification des candidats médicaments.
09:43Et puis l'intelligence artificielle, elle nous aide aussi à mieux prendre en charge nos patients
09:47en identifiant précocement les effets secondaires des médicaments, des complications.
09:52Donc oui.
09:53Ça nous a fait du bien de vous entendre ce matin, professeur Nicolas Gérard,
09:57donc l'un des plus grands spécialistes mondiaux du cancer.
10:00Merci à vous, vous étiez en ligne aux côtés de Mathieu Lopinot pour la liaison technique.
10:04Merci professeur.
10:05Merci.
10:06Merci Marc-Olivier effectivement pour cette note d'espoir ce matin.
10:09Merci.
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