00:00France. RTL Matin, 7h, 9h30, c'est avec Céline Landreau.
00:07Et avec Marc-Olivier Fogiel à 8h17.
00:10Marc-Olivier, vous recevez ce matin un homme qui pourrait bien changer la vie de milliers de madames,
00:14de malades, du cancer du poumon. Cela fait 20 ans qu'il se bat contre cette maladie.
00:18Le professeur Nicolas Girard, chef du département d'oncologie médicale de l'Institut Curie,
00:24est donc votre invité ce matin.
00:25Bonjour professeur Nicolas Girard.
00:27Bonjour.
00:28Vous êtes l'un des plus grands spécialistes mondiaux du cancer des poumons.
00:32Et grâce à vous ce matin, et grâce à votre découverte présentée au Congrès de Madrid,
00:36certains de nos auditeurs atteints de ce cancer vont reprendre espoir.
00:40Pour commencer, pourquoi vous travaillez depuis tant d'années sur ce cancer si particulier ?
00:45Particulier, mais surtout très fréquent et puis extrêmement grave.
00:49C'est la première cause de décès par cancer dans notre pays aujourd'hui.
00:53Il y a 20 ans, quand j'ai pu commencer à travailler sur ce cancer, il y avait tout à
00:57faire.
00:57Et je pense que depuis, on a plutôt pas mal avancé.
01:00Comme vous dites, et notamment avec cette avancée majeure, on y vient, mais pour comprendre.
01:04Vous dites, ça fait 20 ans que vous travaillez sur ce cancer.
01:06Il y a 20 ans, un patient atteint d'un cancer du poumon, il lui restait combien de temps à
01:11vivre à peu près ?
01:11Et aujourd'hui, combien ? Déjà, quelle progression on a fait depuis 20 ans ?
01:15L'espérance de vie était de l'ordre de 8-9 mois pour la plupart des patients.
01:20Aujourd'hui, on est au moins à 3 fois ceux-là.
01:24On approche les 2 ans et pour une proportion de patients, on va guérir la maladie.
01:29Et on va pouvoir avoir une espérance de vie qui va être de plusieurs années, 5 ans, 7 ans, 10
01:35ans.
01:35On voit chaque jour la limite reculer.
01:39Incroyable ! Et notamment grâce à vous et à cette découverte majeure que vous avez présentée la semaine dernière
01:45au Congrès européen de cancérologie à Madrid.
01:48Cette étude, elle consiste en quoi pour ces gens qui ont un cancer qui devient résistant à leur premier traitement
01:54?
01:54Cette découverte, elle permet effectivement de proposer aux patients à nouveau de partir avec un traitement
02:00qui va leur éviter de faire de la chimiothérapie, qui est un traitement qui fonctionne mais qui est difficile.
02:05Et on va leur proposer un traitement par comprimé qui va être beaucoup plus efficace,
02:09qui va réduire de moitié les risques d'échec et qui va donc permettre de contrôler la maladie le plus
02:15longtemps possible.
02:15Donc ce que vous avez découvert, c'est vivre plus longtemps sans chimio ?
02:20Exactement ! Non seulement il faut des traitements efficaces,
02:22mais il faut également des traitements qui permettent aux patients de vivre normalement.
02:27La chimiothérapie, ça impose de venir à l'hôpital.
02:29Évidemment, il y a des effets secondaires, il y a de la fatigue
02:32et le traitement par comprimé permet d'éviter tout cela tout en étant plus efficace.
02:37Concrètement, votre découverte, elle consiste en quoi, professeur ?
02:40En fait, elle correspond dans un sous-groupe particulier de cancers du poumon
02:45à rechercher les interrupteurs de la maladie qui se sont allumés,
02:49qui ont conduit au développement du cancer.
02:51Ces interrupteurs, on peut les éteindre avec des traitements.
02:54Ces traitements par comprimé qu'on appelle les traitements ciblés.
02:57Et le problème, c'est que ces traitements ciblés, ils peuvent perdre de leur efficacité.
03:01D'autres interrupteurs peuvent s'allumer.
03:03Et donc, on va aller les chercher.
03:05Et spécifiquement chez les patients qui ont allumé ces interrupteurs particuliers,
03:09leur donner un deuxième traitement qui va les éteindre.
03:12Donc, on est tout le temps en train de s'adapter à l'évolution de la maladie.
03:16Et en faisant cela, on arrive finalement à contrôler les choses
03:20et à prolonger l'espérance de vie des patients.
03:23Il vous a fallu combien de temps pour travailler sur cette innovation majeure,
03:27vous et votre collègue ?
03:29Eh bien, on a découvert ces interrupteurs qui s'allumaient il y a presque 15 ans.
03:33Mais entre-temps, il a fallu découvrir de nouveaux médicaments
03:37qui permettent d'éteindre ces interrupteurs.
03:39Et puis ensuite, il faut les évaluer.
03:41Et tout cela a pris finalement beaucoup de temps.
03:44Concrètement toujours, grâce à cette découverte,
03:47quand les patients français notamment vont pouvoir en bénéficier ?
03:50Quand ces médicaments seront mis sur le marché ?
03:53Aujourd'hui, on a la preuve de l'efficacité.
03:55On sait qu'ensuite, il y a l'évaluation par les autorités européennes,
03:59par les agents français.
04:01Ça prend du temps.
04:02Oui, ça prend du temps.
04:03En France, on a la chance d'avoir des dispositifs
04:05qui permettent d'accéder plus tôt à l'innovation,
04:08ce qu'on appelle les accès précoces.
04:10Donc j'espère qu'il y aura un accès précoce pour cette stratégie.
04:14Mais on parle de quoi ? De mois ? D'années ? On parle de quoi ?
04:17Pour un accès précoce, on parle probablement de quelques mois.
04:21Pour l'accès officiel, ça prend souvent 18 mois, 2 ans.
04:26C'est vous qui avez découvert ça, chercheur français, on en est très fiers.
04:29Mais ces médicaments, ils seront mis sur le marché ?
04:32Ils seront fabriqués par des laboratoires étrangers, professeur ?
04:35Oui, ce médicament est issu de la recherche chinoise.
04:38Il est d'ailleurs commercialisé aujourd'hui en Chine.
04:42C'est un médicament qu'on a évalué au niveau international.
04:45Ça, c'est essentiel parce que la maladie peut être différente
04:48d'un endroit à l'autre et d'un patient à l'autre.
04:51Alors, une bonne semaine, j'allais dire, pour ceux qui sont atteints malheureusement
04:54de ce cancer des poumons.
04:55Il y a votre découverte incroyable, vous venez d'en parler.
04:57Puis il y a une autre découverte qui a été présentée à Madrid
05:00pour l'une des formes les plus agressives du cancer du poumon,
05:03celui à petites cellules.
05:05Et là encore, cette découverte va donner beaucoup d'espoir à ceux qui nous écoutent.
05:08La vôtre plus celle-là, c'est combien de pas en avant ?
05:12Dans le cancer bronchique à petites cellules, cancer fulgurant,
05:16en quelques mois, les patients peuvent être emportés par cette maladie.
05:19Et là, on a découvert le médicament de base,
05:23le médicament qu'on doit donner à tous les patients le plus tôt possible
05:26dans l'évolution de la maladie.
05:29Donc cette immunothérapie, là, il s'agit de stimuler les défenses du patient
05:33pour qu'elles prennent le relais pour détruire les cellules cancéreuses.
05:36Cette nouvelle découverte, cette deuxième,
05:38elle permet de prolonger l'espérance de vie de combien ?
05:41Puisque c'était un cancer fulgurant, les gens partaient très rapidement.
05:45Un doublement, un doublement des chances de survie chez les patients,
05:50c'est du jamais vu.
05:51Donc il y a des petites marches, mais il y a des marches qui sont encore plus hautes
05:55et celle-ci, elle vient d'être franchie d'un cancer bronchique à petites cellules.
05:58C'est vraiment une très bonne nouvelle pour ceux qui nous écoutent.
06:01Selon l'Institut National du Cancer, près de trois cancers du poumon sur quatre
06:04sont découverts à un stade avancé.
06:07Pourquoi si tard ? C'est là le problème ?
06:09Oui, c'est l'un des problèmes.
06:10Il n'y a pas de symptômes, il n'y a pas de signes spécifiques du cancer du poumon.
06:14Et c'est tout l'intérêt des programmes de dépistage qui sont en cours.
06:19Le dépistage, c'est quoi ?
06:20C'est pas empêcher le cancer du poumon de survenir,
06:22mais c'est plutôt le découvrir à un stade précoce,
06:25lorsqu'il est tout petit et qu'on peut l'opérer et le guérir définitivement.
06:29Il y a ces deux découvertes dont on vient de parler, la vôtre, la deuxième.
06:33On a beaucoup parlé également de vaccins personnalisables,
06:35notamment dans ce congrès de Madrid.
06:38Le mot fait rêver, un vaccin contre le cancer.
06:40C'est pour demain, ça ?
06:42Oui, ces vaccins, c'est pour demain,
06:44parce qu'aujourd'hui, on sait les personnaliser,
06:46c'est-à-dire fabriquer un vaccin pour un patient donné
06:49à partir des caractéristiques de sa tumeur.
06:51Ce ne sont pas des vaccins qui sont identiques pour tous les patients.
06:55Ces vaccins permettent surtout d'éviter les rechutes,
06:58d'éviter les métastases,
06:59ce qui souvent conduit à une aggravation de la maladie chez les patients.
07:03Est-ce qu'un jour, professeur, on pourra en finir avec le cancer ?
07:06Le diagnostic du cancer, on est terrorisé.
07:09Est-ce que, finalement, demain, on peut penser qu'on va en guérir ?
07:12Je pense qu'on peut guérir aujourd'hui un grand nombre de cancers.
07:16Plus on va découvrir les cancers précocement,
07:18plus ça va être facile.
07:20Plus on va être dans une situation de prévention aussi du cancer
07:23et on va réduire l'incidence du cancer.
07:26La lutte contre le tabagisme, ça fait partie quand même
07:28des grandes politiques qui permettent de réduire l'incidence de ces cancers.
07:34Et puis, enfin, les nouveaux médicaments.
07:36L'innovation, c'est un vrai espoir pour tous les patients.
07:38Vous parlez de la lutte contre le tabagisme.
07:40Vous avez vu ce proposition de loi qui est soutenue par plusieurs parties
07:45qui attendent d'être examinées à l'Assemblée.
07:47En gros, interdire totalement le tabac à toute une génération,
07:51ceux qui sont nés après 2014.
07:54Vous soutenez cette proposition de loi ?
07:56Évidemment, on ne peut que la soutenir.
07:58Le tabac est responsable de nombreux cancers.
08:01En premier lieu, le cancer du poumon,
08:02mais il est impliqué dans plus d'une vingtaine de cancers différents,
08:05au-delà des effets nocifs sur la santé cardiovasculaire.
08:08Donc, on ne peut que soutenir une proposition comme celle-ci.
08:12À nos jeunes auditeurs, vous leur dites quoi ?
08:13Vous qui, toute la journée, êtes confrontés finalement à ces cancers du poumon terrible,
08:17à ces gens qui disparaissent malgré vos innovations.
08:19À nos jeunes auditeurs qui vous écoutent ce matin,
08:22vous leur dites quoi, professeur ?
08:23Je leur dis effectivement de ne pas rentrer dans le tabac.
08:27Je leur dis effectivement d'adopter une hygiène de vie qui est favorable.
08:34Ce qui compte, c'est justement cette santé globale
08:36que l'on va réussir finalement à proposer à toute une génération
08:40pour éviter d'être exposé à ce qui conduit au développement du cancer.
08:45Mais au-delà de ça, le cancer peut aussi se développer chez des non-fumeurs aujourd'hui.
08:49La pollution atmosphérique fait partie des facteurs de risque.
08:52Donc, il y a un environnement global finalement à contrôler au mieux
08:57pour réduire la survenue de ces maladies.
09:00On vous entend très clair ce matin, à un moment donné,
09:02où la France est quand même beaucoup dénigrée.
09:04On a des chercheurs français formidables en fait quand même.
09:07Oui, on a la chance d'être très attractifs en France
09:11pour l'innovation thérapeutique, l'évaluation des nouveaux médicaments.
09:15Il faut garder cette attractivité parce que non seulement on participe au progrès
09:20et ça c'est évidemment très satisfaisant,
09:22mais ça permet à des patients français d'accéder encore plus tôt à de nouveaux traitements.
09:27Avec l'intelligence artificielle, professeur, ça aide dans vos recherches ?
09:31Oui, l'intelligence artificielle permet effectivement d'aller plus vite.
09:34On sait que développer un médicament, ça prend des années.
09:37Avec l'intelligence artificielle, on va plus vite dans les premières étapes
09:40d'identification des candidats médicaments.
09:43Et puis l'intelligence artificielle, elle nous aide aussi à mieux prendre en charge nos patients
09:47en identifiant précocement les effets secondaires des médicaments, des complications.
09:52Donc oui.
09:53Ça nous a fait du bien de vous entendre ce matin, professeur Nicolas Gérard,
09:57donc l'un des plus grands spécialistes mondiaux du cancer.
10:00Merci à vous, vous étiez en ligne aux côtés de Mathieu Lopinot pour la liaison technique.
10:04Merci professeur.
10:05Merci.
10:06Merci Marc-Olivier effectivement pour cette note d'espoir ce matin.
10:09Merci.
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