00:02RTL Matin, Céline Landreau.
00:057h44, l'invité d'RTL Matin. Bonjour Bruno Le Maire.
00:08Bonjour Céline Landreau.
00:08Ancien ministre de l'économie.
00:108,3 milliards de dollars, c'est le bénéfice net record de Total Energy au troisième trimestre,
00:15plus du double du bénéfice net du troisième trimestre l'an dernier.
00:18Vous applaudissez ce matin ou comme d'autres, vous appelez Total à partager ?
00:22Les deux. D'abord bravo à Total, c'est toujours bien quand une entreprise française réussit.
00:28Et ensuite, ça donne les moyens à Total de faire un certain nombre de choses pour nos concitoyens.
00:34D'abord pour les salariés de Total. Moi je crois à l'intéressement, à la participation.
00:38Quand une entreprise réussit, c'est les salariés qui doivent en bénéficier en priorité.
00:43Ensuite pour les automobilistes. Vous avez aujourd'hui un plafonnement grâce à Total.
00:47Il suffit de circuler en France pour voir les queues à la sortie des stations Total.
00:52Ce plafonnement, il prend fin fin janvier.
00:55Comme le prix du pétrole continuera à être très haut,
00:57Moi ce que je souhaite, c'est que Total poursuive le plafonnement du prix de l'essence et du prix
01:03du diesel à la pompe.
01:041,99€ pour l'essence et 2,25€ pour le diesel.
01:08Au-delà du 31 janvier prochain.
01:11Et puis peut-être que Total pourrait faire un effort au moment où il commence à faire froid.
01:15Vous l'avez annoncé tout à l'heure.
01:16Et au moment où beaucoup de nos compatriotes vont remplir leur cuve de fioul.
01:20Et vont avoir à payer 1 500, 2 000, parfois jusqu'à 3 000 euros.
01:23Total a annoncé qu'il ferait peut-être une remise de 200€ pour 1 000 litres.
01:29Il pourrait peut-être faire davantage.
01:34que ces 200€, je pense que ce sera un geste extraordinairement attendu par tous ceux qui remplissent aujourd'hui leur
01:39cuve de fioul.
01:39Mais on laisse Total décider de ça ?
01:41On est dans l'incantation, simplement, où on agit ?
01:44Vous savez qu'il y a des propositions pour taxer les super-profits, pour encadrer les marges.
01:48Vous vous dites simplement que c'est au bon vouloir de l'entreprise.
01:51Cette manie de la taxe, si on pouvait s'en débarrasser, je pense qu'on s'en porterait bien.
01:54L'objectif en France est de baisser les taxes, baisser les impôts, baisser les charges, par ajouter des taxes.
01:59Une taxe sur Total, ça va où ? Dans la poche du Trésor public.
02:02J'ai été ministre des Finances, je suis toujours très content.
02:04Et il n'en a pas besoin aujourd'hui, l'État ?
02:05Je pense que ceux qui en ont d'abord besoin, c'est de compatriotes.
02:08Qui n'arrivent plus à payer leur essence.
02:11A tous ces ouvriers, tous ces salariés, toutes ces professions indépendantes,
02:14qui habitent à 20, 30, 40, 50 kilomètres de leur usine ou de leur lieu de travail.
02:19Qui payent 150 ou 170 euros de plus par mois à cause du prix du diesel et à cause du
02:25prix de l'essence.
02:25Et nous devons dire la vérité à tous nos compatriotes.
02:28Il n'y a aucune chance pour que le prix du pétrole ou le prix du diesel baisse dans les
02:33années à venir.
02:34Donc qu'on les aide tout de suite, qu'on allège la souffrance des Français, ça, ça me paraît la
02:38priorité.
02:39C'est, je préfère qu'il y ait un engagement ferme de total, sur la base de ces bons résultats,
02:44plutôt qu'une nouvelle taxe.
02:45Vous avez parlé du contexte social, Bruno Le Maire.
02:48Explosif, on le sait, dans le pays, nouvel appel à la mobilisation demain contre la vie chère.
02:52Et face aux manifestants, un gouvernement qui répète qu'il n'a plus de marge de manœuvre budgétaire
02:57à regard du déficit public des près de 3600 milliards d'euros de dettes.
03:01Vous, à Bercy, vous feriez quoi aujourd'hui ?
03:03C'est vrai que les marges de manœuvre sont très limitées.
03:05Et elles sont très limitées parce que, depuis 2024, et cette fâcheuse dissolution, les déficits, la dette explose.
03:13Vous savez que nombre de nos compatriotes vous en tiennent en partie responsable.
03:17On avait encore un message tout à l'heure demain sur l'application RTL qui nous disait
03:20pourquoi vous l'invitez, c'est lui qui a creusé la dette.
03:22La dette, en 2023, a baissé.
03:25Elle a baissé en 2022, elle a baissé en 2021.
03:27Elle a explosé à partir de 2024.
03:29Lorsque j'étais ministre des Finances, les taux d'intérêt étaient à 1%.
03:32Ils sont à 5% aujourd'hui.
03:34La dernière année où j'étais ministre de l'économie, la croissance était à 2%.
03:39Aujourd'hui, nous sommes quasiment en récession.
03:41Alors, si je reprends la parole, c'est aussi pour rétablir un certain nombre de vérités.
03:45Et également...
03:46C'est injuste, ce qu'on vous fait porter aujourd'hui.
03:48Et ce n'est pas une question d'injustice, c'est une question de vérité.
03:50Le débat public gagnerait à s'appuyer sur des chiffres et sur des vérités.
03:54Je prends toute ma part de responsabilité lorsqu'il y a eu des choses qui ont été plus difficiles.
03:58Je revendique ce qui a été fait pour protéger les Français pendant le Covid,
04:02protéger les salariés et protéger les entreprises.
04:05Et je vous dis que si nous sommes dans la situation actuelle aujourd'hui,
04:08c'est qu'en 2024, entre le rétablissement des comptes et la dissolution,
04:13le choix politique qui a été fait, c'est la dissolution.
04:16Maintenant que nous en sommes là, ce qui compte, c'est de trouver des solutions pour nos compatriotes.
04:20Qu'est-ce que vous feriez aujourd'hui si vous étiez encore aux manettes ?
04:23Je pense qu'il y a un certain nombre de choses très immédiates qui peuvent être faites.
04:26Libérer l'intéressement, libérer la participation.
04:29Je pense que la question du SMIC se pose.
04:31Elle peut s'accompagner après de réflexions sur les allègements de charges
04:35pour qu'il n'y ait pas de trappe à bas salaire dans ton patronat technique.
04:37C'est-à-dire que vous l'augmenteriez de combien le SMIC, par exemple ?
04:39Ça, c'est à voir avec les partenaires sociaux.
04:41Rien de pire qu'une décision qui tombe d'en haut.
04:43L'ancien ministre qui arrive sur RTL le matin...
04:45Avec une décision, une proposition peut-être ?
04:46La proposition, c'est de rassembler les partenaires sociaux avec les chefs d'entreprise
04:51et dire qu'est-ce que nous pouvons faire pour le SMIC tout de suite,
04:53en évitant les trappes à bas salaire, en regardant les allègements de charges
04:57pour qu'ils soient moins pénalisants pour les entreprises,
05:02mais qu'il y ait immédiatement un signal que nous entendons la souffrance de ceux qui bossent et qui ne
05:07s'en sortent pas.
05:08Et puis après, sur le plus long terme, c'est l'endroit, la vraie solution, tout le monde le sait,
05:12c'est financer autrement notre protection sociale.
05:15Comment ? Vous demandez des efforts à qui, Bruno Le Maire ?
05:17Mais arrêtons de penser toujours, on va demander des efforts aux uns ou aux autres.
05:22Nous devons surtout...
05:22C'est quand même ce qu'il va falloir faire pour rétablir un peu les finances de l'État, non
05:25?
05:25Non, ce qu'il va falloir faire, c'est inventer un autre modèle.
05:28Inventer une autre France.
05:30Mais un nouveau modèle où tout le monde serait gagnant, c'est ça que vous dites ?
05:32C'est possible, ça, aujourd'hui ?
05:33Oui, un modèle où ceux qui bossent sont gagnants.
05:35Ceux qui bossent ?
05:35Ceux qui travaillent sont gagnants.
05:38Ceux qui rentrent dans la vie active, ceux qui sont jeunes,
05:40ceux qui sont l'espoir de la nation, sont gagnants.
05:43Ça veut dire que ceux qui ne sont pas actifs, les retraités notamment, seraient perdants ?
05:47Ou dans votre monde idéal, tout le monde est gagnant ?
05:49Dans mon monde idéal, qui n'est pas un monde théorique,
05:54mais qui est un vrai choix politique,
05:57ma priorité absolue va vers ceux qui travaillent.
06:00Au détriment des retraités, par exemple ?
06:02Mais ce n'est pas au détriment des retraités,
06:04c'est notre intérêt à tous que ceux qui travaillent,
06:06ceux qui vont entrer dans la vie active, ceux qui sont nos enfants,
06:09ceux qui sont nos petits-enfants, puissent vivre correctement.
06:11Ce que j'ai proposé, c'est que la protection sociale,
06:13qui aujourd'hui est financée exclusivement sur le travail,
06:16avec des charges qui sont en train d'accabler ceux qui travaillent,
06:20et d'accabler les entrepreneurs,
06:22soit financés par une augmentation de la TVA,
06:24trois points,
06:25par la taxation de l'intelligence artificielle et des géants du numérique,
06:29qui aujourd'hui payent très peu d'impôts par rapport aux fortunes
06:32qui se font sur le consommateur français,
06:34et par la taxation des importations carbonées venues de Chine.
06:38Avec ça, vous pouvez redonner entre 200 et 250 euros par mois à ceux qui travaillent.
06:43Vous savez que l'augmentation de la TVA, c'est un point qui est souvent décrié,
06:47on dit que ça pénalise les foyers les plus modestes,
06:49ce n'est pas un impôt progressif.
06:50Mais c'est un débat qui est tout à fait légitime.
06:53Je rappelle que les biens de première nécessité ne sont pas taxés au taux supérieur de TVA,
06:57ils resteraient taxés à un taux très bas.
07:00On peut avoir d'autres produits de première nécessité,
07:02qu'ils soient aussi un taux de 5,5.
07:04Les loyers ne sont pas soumis à la TVA.
07:06Donc, ayons ce débat-là.
07:08La force de ma proposition, c'est qu'elle est très concrète,
07:11et qu'elle permet immédiatement de dire à ceux qui travaillent,
07:14vous pourrez vivre mieux de votre travail.
07:17Bruno Le Maire, on est à six mois de la présidentielle.
07:19Pour éviter ce que les sondages prédisent,
07:22un second tour entre le Rassemblement National et la France Insoumise,
07:24Gabriel Attal a plaidé mercredi pour l'organisation d'une grande primaire des démocrates.
07:29On l'a appris sur RTL ce matin, Emmanuel Macron y est favorable.
07:31Vous aussi ? Vous en seriez ?
07:33Tout ce qui permet de rassembler va dans la bonne direction.
07:36Mais je veux dissiper tout de suite une illusion.
07:38Si on pense que c'est une mécanique politique
07:40qui nous permettra de retrouver des électeurs,
07:42nous nous trompons.
07:43La seule chose qui permettra de desserrer les taux
07:45entre le Rassemblement National et LFI,
07:48c'est-à-dire pour moi deux visions de la France
07:51qui sont incompatibles avec l'idée que je me fais de la nation française.
07:55C'est la puissance de notre projet.
07:57C'est être capable de dire nos institutions ne marchent plus,
07:59il faut une nouvelle cinquième république.
08:02Notre modèle économique est en train de ravager ceux qui travaillent,
08:06salariés comme entrepreneurs, on le change.
08:08Notre modèle social dépense beaucoup trop
08:11et de manière beaucoup trop inefficace.
08:13Nous changeons notre modèle social.
08:14Quant à l'Europe, elle ne marche pas à 27,
08:17nous la refondons à 6.
08:18Voilà ce que j'appelle Notre-France
08:20et pour moi, c'est la seule manière
08:22de retrouver l'écoute de nos compatriotes.
08:25Merci Bruno Le Maire.
08:27Alex Vizorek, dans un instant, il est là.
08:30Bonne journée sur RTL.