00:02RTL Matin, c'est Lille Landreau.
00:05L'invité d'RTL Matin à 7h43, comment faire face ?
00:08C'est une journée spéciale sur RTL alors que cette question s'impose pour nombre d'entre vous
00:12face à la flambée des prix des carburants.
00:14Les oppositions, elles, rivalisent de propositions depuis des semaines
00:17pour tenter de faire baisser ces prix à la pompe.
00:19Bonjour Manuel Bonpin.
00:20Bonjour.
00:20Vous êtes le coordinateur national de la France Insoumise, député LFI des Bouches-du-Rhône.
00:24L'exécutif a déjà annoncé la prolongation des aides pour les agriculteurs,
00:28une partie des entreprises du BTP, les pêcheurs.
00:31Ils devraient annoncer de nouvelles aides aujourd'hui,
00:33mais excluent toujours de plafonner les prix que vous réclamez vous.
00:37Pourquoi vous n'arrivez pas à les convaincre ?
00:39J'ai l'impression que le gouvernement est enfermé dans une forme de déni,
00:43ne se rend pas compte que la situation qu'on est en train de vivre,
00:46elle est juste intenable et qu'il faut passer de mesures qui sont des mesures spécifiques
00:51et qui ont un très faible impact à des mesures globales.
00:54Regardez, même...
00:56Il y a un déni de réalité, c'est ça que vous êtes en train de dire ?
00:57J'ai l'impression qu'il y a un déni de réalité, ouais.
00:59En tout cas, je ne comprends pas sinon comment le gouvernement peut continuer à s'entêter
01:03sur des mesures qui concernent quelques centaines de milliers de personnes,
01:07alors que l'ensemble de la population est impacté.
01:10Quand le litre du carburant s'approche des 3 euros,
01:13tout le monde en mesure les conséquences dans sa vie quotidienne,
01:17et en particulier celles et ceux qui vivent dans des territoires
01:20dans lesquels il n'y a pas la possibilité de se déplacer en transport en commun,
01:23où la voiture est indispensable pour amener les enfants à l'école,
01:26pour aller faire les courses, pour aller au travail.
01:28Donc il faut changer de braquet en termes de mesures.
01:31Et j'observe que même l'Allemagne, par exemple,
01:34a dit ces derniers jours qu'il a envisagé de mettre en place
01:37une mesure de plafonnement des prix.
01:39Pourquoi ?
01:39Mais vous venez d'entendre le constat de François Langlais,
01:41cet argent-là, on ne l'a plus ?
01:42Oui, mais précisément, c'est précisément la raison pour laquelle
01:46on ne peut pas se contenter d'une mesure de baisse des taxes,
01:49et il faut avoir une mesure qui agit sur les marges et sur les prix.
01:52Parce que c'est ce que les gens...
01:53Vous proposez quoi, vous, concrètement, pour les auditeurs ?
01:55Je vais vous répondre, très simplement,
01:57mettre en place une mesure de blocage des prix, de fixation du prix.
02:00Il y a un article du Code du commerce
02:02qui permet de faire ça dans des situations extraordinaires et exceptionnelles,
02:05c'est ce qu'on connaît aujourd'hui.
02:07Pourquoi ?
02:08Parce que ça permet non seulement que l'État fasse une part de l'effort,
02:10c'est-à-dire ne gagne pas davantage de taxes que ce qu'elle gagnait avant,
02:14mais ça permet de mettre à contribution aussi les pétroliers.
02:16Parce que ce que personne ne dit,
02:18c'est que depuis le début de cette situation,
02:20les marges de l'extraction et du raffinage du pétrole,
02:23M. Langlais, je parle sous votre contrôle,
02:25elles ont été multipliées par 7,5.
02:27C'est-à-dire que depuis le début de l'année,
02:29vous n'avez pas la crise pour tout le monde.
02:32Vous avez des grandes entreprises multinationales du pétrole
02:34qui, elles, sont en train de faire un jackpot
02:36pendant que tout le monde est en train de galérer dans sa vie quotidienne.
02:38Donc, c'est ces personnes-là qu'il faut mettre à contribution.
02:40Donc, vous voulez bloquer, si on vous suit, les marges des raffineurs.
02:43Le problème, c'est qu'on n'est plus autonome en France pour le raffinage.
02:46Est-ce que vous ne craignez pas, dans ce cas,
02:47une pénurie sur le gasoil, notamment ?
02:48On en importe la moitié.
02:49Écoutez, c'est souvent l'argument qu'on emploie,
02:52mais en vérité, il n'est pas vérifié par les faits.
02:56Quand on a mis en place une mesure de blocage des prix
02:59pendant la guerre du Golfe dans les années 90,
03:01il n'y a pas eu de pénurie.
03:03En ce moment même...
03:04Il y a eu des grèves des pompis,
03:05ça n'a pas duré très longtemps parce qu'il y a eu des accords
03:06et on était, à l'époque, beaucoup plus autonome en raffinage
03:09qu'on ne l'est aujourd'hui.
03:09Ça, c'est vrai.
03:10D'ailleurs, il faudrait peut-être interroger
03:11pourquoi on a fermé des raffineries ces dernières années.
03:14Mais vous avez raison.
03:15Mais moi, je veux être précis sur un point.
03:17Il ne s'agit pas de contraindre les petits distributeurs.
03:20Il s'agit de bloquer le prix du gros, le prix en amont.
03:24Parce qu'évidemment, l'essentiel des marges,
03:26aujourd'hui, elles ne se font pas à la distribution.
03:28Elles se font à l'extraction
03:29et elles se font au moment du raffinage.
03:31Donc, la pénurie, pardon,
03:32mais en ce moment même,
03:33sur l'île de la Réunion, par exemple,
03:35dans les départements et territoires d'outre-mer,
03:37il y a des mesures de blocage du prix
03:39qui sont mises en place.
03:40Il y a des mesures de blocage,
03:41mais à la Réunion, puisque vous en parlez,
03:42ils subissent aussi l'augmentation des prix du carburant.
03:44Le gasoil a pris 8% en un mois à la Réunion.
03:46Bien sûr, madame.
03:47Mais si vous dites les choses jusqu'au bout,
03:50quel est le prix, aujourd'hui, du carburant à la Réunion ?
03:52C'est 30, 40, voire 50 centimes moins cher.
03:53C'est 1,68 pour le gasoil.
03:55Voilà.
03:55Pour le litre de gasoil,
03:57mais avec des prix comptes et un pouvoir d'achat
03:59qui n'est pas le même qu'ici.
04:00C'est vrai.
04:00Mais c'est la preuve que mettre en place
04:02des mesures de blocage,
04:03des mesures pour comment ça fonctionne à la Réunion chaque mois,
04:05le préfet fixe un prix au regard,
04:08évidemment aussi, de l'évolution des prix du marché.
04:10Il ne s'agit pas de dire qu'on n'en tient pas compte.
04:12Donc, les prix ont légèrement augmenté.
04:13Mais ils sont dans des proportions
04:14beaucoup moins importantes
04:16que ce qu'ils sont aujourd'hui dans l'hexagone.
04:17Vous avez parlé, vous,
04:18d'un état d'urgence sociale dans le pays.
04:21Qu'est-ce que recouvre cette expression ?
04:23Vous avez peur que ça explose demain ?
04:24Alors, d'abord,
04:25la proposition de Jean-Luc Mélenchon
04:27d'état d'urgence sociale,
04:28c'est de dire que,
04:29de la même manière qu'il existe un état d'urgence
04:31pour les questions de sécurité dans la Constitution,
04:33il devrait y avoir la possibilité
04:35de décréter un état d'urgence sociale
04:37quand on est dans une situation particulière
04:39et qui permettrait de débloquer
04:41de certaines nouvelles mesures
04:43qu'on pourrait mettre en place.
04:44Le blocage des prix,
04:45l'indexation des salaires sur l'inflation,
04:47l'augmentation du SMIC.
04:48Là, aujourd'hui,
04:49on devrait augmenter les salaires.
04:50Je n'étais pas d'accord avec tout ce qu'a dit
04:52M. Langlais tout à l'heure,
04:53notamment sur la question du pouvoir d'achat,
04:55parce que la vérité,
04:56c'est que si on prend les salaires
04:56ces dernières années,
04:58globalement,
04:59ils ont baissé
05:00si on les rapporte à l'inflation,
05:03c'est-à-dire à l'augmentation des prix.
05:04Donc, il faut un panel de mesures.
05:06Vous voulez augmenter le SMIC,
05:08le porter à 1 700 euros net,
05:09si je vous suis bien.
05:10C'était 1 600 euros net
05:11dans votre projet de contre-budget l'an dernier.
05:12Mais ça fait 100 euros de plus sur un an,
05:15ça, c'est beaucoup plus que l'inflation,
05:16par exemple.
05:16Mais d'abord,
05:18c'était 1 600 euros
05:20déjà dans l'élection présidentielle de 2022,
05:22dans le programme de Jean-Luc Mélenchon,
05:24et que si on rapporte ça
05:25sur l'inflation depuis 5 ans,
05:27là, je peux vous dire
05:28qu'avec 1 700 euros net,
05:29on fait juste face à l'inflation.
05:32Aujourd'hui,
05:32je pense que vous conviendrez avec moi
05:34que vous ne pouvez pas vivre
05:35dans des bonnes conditions
05:36et dignement en France
05:37avec un SMIC au montant
05:39auquel il est aujourd'hui,
05:40c'est-à-dire faire 1 500 euros net.
05:41100 euros de plus pour le SMIC net
05:42par rapport à ce que vous proposiez l'an dernier.
05:45Est-ce qu'un an plus tard,
05:46les entreprises françaises
05:46ont les reins plus solides
05:48qu'il y a un an
05:48pour assumer une telle hausse ?
05:49Alors, ça, c'est la bonne question.
05:51C'est comment on fait en sorte...
05:52Non, mais c'est-à-dire
05:52comment on fait en sorte
05:53que cette augmentation,
05:54elle, soit tenable pour les entreprises.
05:56Là, il faut distinguer deux choses.
05:57Vous avez des grands groupes,
05:58des grandes entreprises
05:59qui, pardonnez-moi,
06:01mais ont versé cette année
06:02encore des records de dividendes
06:03et qui ont tout à fait
06:04les capacités financières
06:05d'absorber une augmentation du SMIC.
06:07Et vous avez des petites
06:08et des moyennes entreprises
06:08qui peuvent être
06:09dans des situations plus difficiles.
06:10Donc, moi, je suis pour
06:11qu'ils augmentent le SMIC,
06:12mais donc, je suis pour
06:13qu'on mette en place
06:13des mesures pour les aider.
06:15Par exemple, encadrer
06:16les délais de paiement,
06:17par exemple, rétablir
06:17des tarifs réglementés
06:18de l'électricité,
06:19par exemple, faire en sorte
06:21qu'on sait des commerçants
06:22qu'ils ne se retrouvent pas
06:23face à des loyers qui explosent
06:25et donc d'avoir des réglementations
06:26sur les loyers.
06:27Voilà, des choses qu'on fait
06:28pour faire en sorte
06:29que les charges,
06:30les vraies charges,
06:31pas, les cotisations,
06:32les vraies charges
06:32qui pèsent sur les entreprises,
06:34et bien, leur pèsent moins
06:35pour leur permettre
06:36de leur libérer des capacités,
06:38des marges de manœuvre
06:39pour pouvoir augmenter
06:40le SMIC et les salaires.
06:41Vous redoutez l'automne social,
06:42Manuel Bompard ?
06:44En tout cas, je pense
06:45que la situation
06:45est durablement impactée
06:47et que si le gouvernement
06:49n'est pas en capacité
06:50de comprendre
06:51et donc d'avoir des mesures
06:52qui sont des mesures globales
06:53et qui permettent à tout le monde
06:55d'avoir une situation
06:56qui soit un peu plus facile,
06:57oui, les choses,
06:58à mon avis,
06:59vont se terminer
07:00par des mobilisations puissantes
07:01et une forme d'explosion de colère
07:03parce que c'est tout simplement
07:04impossible, en fait,
07:05de continuer à vivre
07:06avec un carburant
07:08qui est à quasiment 3 euros litre.
07:10Je pense que vous avez montré
07:11un certain nombre de témoignages.
07:12C'est des gens
07:12qui vont arrêter
07:13de faire des choses
07:13qu'ils faisaient aujourd'hui.
07:15On parlait de clubs de football,
07:17par exemple,
07:17qui vont arrêter de se déplacer
07:18parce que ça coûte trop cher.
07:20Donc, les loisirs
07:21vont être impactés.
07:22Donc, d'aller voir sa famille
07:24pendant les moments
07:26où on a le week-end
07:27ou pendant les vacances scolaires,
07:28ça va être arrêté.
07:30Des choses très concrètes
07:31dans la vie quotidienne
07:32dont on a besoin
07:32et donc, si on ne peut plus les faire,
07:34évidemment,
07:34il va y avoir une colère
07:35qui va s'exprimer
07:36d'une manière ou d'une autre.
07:37Merci, Manuel.
07:38Merci à vous
07:39et bonne journée.
07:40Vous restez encore quelques instants.
07:41Allez, je reste.
07:42Je ne fais rien.
07:42Je ne fais rien.
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