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  • il y a 9 minutes
Un nouveau samedi de mobilisation "à risque" se profile selon Emmanuel Macron, qui s'inquiète de "l'état d'ébullition" du pays à six mois de la présidentielle. Comment expliquer les fractures qui traversent la société ? Antoine Bristielle, directeur de l'Observatoire de l'opinion de la Fondation Jean-Jaurès et enseignant en sciences politiques à l'Ecole polytechnique, est l'invité de Céline Landreau dans RTL Matin.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Céline Landreau du 27 octobre 2026.

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Transcription
00:02RTL Matin, c'est Lille Landreau.
00:05L'invité d'RTL Matin maintenant.
00:06Les annonces du gouvernement hier n'auront pas suffi à désamorcer la crise avec les lycéens.
00:10Ils appellent à poursuivre la mobilisation, aux côtés notamment des gilets jaunes, de syndicats.
00:15Bonjour Antoine Bristiel.
00:17Bonjour.
00:17Vous êtes directeur de l'Observatoire de l'Opinion de la Fondation Jean Jaurès,
00:20enseignant en sciences politiques à l'école polytechnique
00:22et auteur des Entrepreneurs de la peur parue chez la TES.
00:26Remplacement annoncé de Parcoursup, des classes de 28 élèves maximum en seconde,
00:3015 000 places supplémentaires dans l'enseignement supérieur,
00:334 milliards d'euros de prêts aux régions pour rénover le bâti scolaire.
00:36Ces annonces, elles sont insuffisantes ou elles arrivent juste trop tard pour calmer la colère ?
00:41Alors, il y a eu des réponses.
00:44Il y a eu des réponses qui ont été faites de la part du gouvernement
00:46qui reprenaient certaines des revendications du mouvement lycéen.
00:50Mais quand on entend néanmoins les lycéens s'exprimer,
00:52les représentants des différents mouvements lycéens s'exprimer hier,
00:56c'est plutôt l'idée qu'il faudrait continuer la mobilisation,
01:00accentuer la pression sur le gouvernement et en obtenir davantage.
01:04La manière de faire, elle a pu surprendre Antoine Bristiel.
01:07Ces annonces, elles ont fuité via des influenceurs
01:10qui ont été convoqués par Matignon avant même les syndicats lycéens.
01:13On avait déjà vu ça ?
01:14Alors non, de mémoire, on n'avait pas vu ça.
01:17C'est vrai que c'est assez étonnant d'utiliser des influenceurs pour diffuser des messages.
01:22Ce que l'on perçoit, c'est qu'il y a une difficulté pour le gouvernement actuellement
01:25de pouvoir s'adresser à la jeunesse.
01:27Donc ils essayent de trouver des canaux différents pour pouvoir passer leur message.
01:31Mais est-ce que l'effet recherché s'est réalisé ?
01:35J'en suis pas certain.
01:36Un débat doit aussi avoir lieu à l'Assemblée cet après-midi
01:39sur l'avenir du processus d'orientation des lycéens.
01:41Au fond, est-ce que ce gouvernement a les moyens aujourd'hui
01:44de répondre aux angoisses sur l'avenir de cette génération, sa quête de sens ?
01:48C'est vrai que c'est là où certainement la mobilisation s'est déplacée ces dernières semaines.
01:53Parce qu'au départ, c'était sur des revendications extrêmement concrètes
01:56de la vie de tous les jours.
01:57Le fait d'avoir des chaises dans ces salles de classe,
02:01de ne pas avoir un plafond qui tombe sur la tête.
02:03Mais finalement, effectivement, il y a un déplacement des revendications
02:06sur quelque chose de beaucoup plus large
02:08et sur une inquiétude assez manifeste des jeunes
02:11de trouver leur place dans la société.
02:13Dans une tribune qu'on avait écrite avec le haut-commissaire au plan Clément Bonne,
02:18on disait que c'était une jeunesse en quête de place.
02:20Parce que justement, il y a cette difficulté pour la jeunesse actuelle
02:24de pouvoir s'insérer dans la société à un moment où les crises se multiplient.
02:28Pour vous donner juste quelques chiffres,
02:30quand on était en 1982,
02:33vous aviez 75% des jeunes de moins de 25 ans qui travaillaient,
02:36qui avaient un emploi stable.
02:37Aujourd'hui, c'est plus que 43%.
02:39Et vous avez une multiplication comme ça des difficultés de la jeunesse
02:43de pouvoir s'insérer concrètement dans la société.
02:45Et du coup, un vrai pessimisme sur l'avenir.
02:49Et ça, effectivement, ça explique le fait que, désormais,
02:53les revendications ont muté assez largement
02:56par rapport à ce qu'elles étaient au départ.
02:58Et cette colère lycéenne, c'est plus la seule à s'exprimer.
03:00Les gilets jaunes appellent à la mobilisation encore samedi prochain,
03:03avant une autre journée de manifestation et de grève annoncée le 5 novembre.
03:06« C'est pas normal qu'à six mois d'une élection présidentielle,
03:09notre pays soit dans un tel état d'ébullition. »
03:11Ça, ce sont les mots d'Emmanuel Macron hier.
03:13Qu'est-ce qu'il a de si particulier,
03:15ce mouvement social qui s'est amorcé dans le pays ?
03:19Alors, en effet, c'est particulier d'avoir un mouvement social
03:22aussi massif et aussi multiforme, finalement,
03:26aussi proche d'une élection présidentielle.
03:27D'habitude, c'est plutôt quand on est dans un temps froid de la vie politique
03:31que, justement, il n'y a pas se déboucher d'une élection majeure
03:33quelques semaines ou quelques mois plus tard
03:35que l'on voit qu'il y a un mouvement social d'ampleur.
03:37Deuxième chose, c'est surtout quand on est...
03:39C'est des mouvements sociaux qui sont davantage défensifs.
03:41Quand il y a un projet de loi, quand il y a une mesure
03:43qui est annoncée par le gouvernement et qu'on a une opposition.
03:45Mais là, effectivement, on est dans un tel état de tension
03:48et d'inquiétude au sein de la société française
03:50que, finalement, on a une agrégation de ces inquiétudes et de ces peurs.
03:54Moi, c'est des chiffres qui m'ont vraiment frappé
03:56quand on a reçu les données des nouvelles vagues d'enquête
03:59au mois de septembre, même avant ces mobilisations.
04:02On voyait finalement que vous aviez 66% de la population française
04:06qui, en première émotion déclarée, disaient qu'ils étaient soit inquiets, soit angoissés.
04:12C'est une augmentation de 25 points en l'espace de 5 ans.
04:15Et ça se lie également à une volonté de transformation,
04:18soit radicale, soit en profondeur de la société,
04:21qui a également augmenté de manière considérable.
04:23Aujourd'hui, c'est 80% de la société française.
04:25En 2023, c'était 59%.
04:27Vous voyez ces évolutions qui montrent bien qu'on est vraiment,
04:30comme vous le disiez, dans un état d'ébullition au sein de la société
04:34et pas seulement sur le mouvement lycéen.
04:35Donc, il y a la peur de l'avenir des jeunes, notamment, on en a parlé.
04:38La peur de l'autre aussi, et parfois la peur aussi
04:41de ce que pourrait être le scénario de la prochaine présidentielle.
04:44Est-ce que c'est vraiment symptomatique de notre époque,
04:47cette peur, et surtout spécifique à notre pays, la France ?
04:50Alors, les niveaux de peur en France sont en effet particulièrement élevés
04:53et plus élevés que dans d'autres pays européens.
04:57Ce que l'on voit, c'est qu'aujourd'hui,
05:00on a la peur qui se mêle à une forme de colère.
05:03Et là, les effets politiques sont assez différents
05:05quand vous avez ces deux émotions qui se mêlent.
05:08Ça entraîne une demande beaucoup plus forte
05:10de transformation en profondeur de la société
05:13et ça pousse également vers des choix électoraux qui sont différents.
05:17En l'occurrence, quand vous avez des Français qui sont inquiets
05:20et qui ont peur et qui sont en colère sur des sujets sociaux,
05:24ça augmente le vote pour Jean-Luc Mélenchon de 9 points
05:28et le vote pour Marine Le Pen de 10 points.
05:30Donc, c'est vraiment des effets politiques qui sont très marqués.
05:34Antoine Brissière, je rappelle que vous êtes directeur
05:35d'Observatoire de l'Opinion de la Fondation Jean Jaurès.
05:38On a donc le sentiment de ce pays toujours plus fracturé.
05:41On a de plus en plus de mal à débattre.
05:44On se détesterait tellement qu'on n'est plus capable d'entendre l'autre.
05:47C'est aussi ce que vous constatez, ça ?
05:49Alors, en effet, ce que l'on remarque, c'est ce qu'on appelle en sciences politiques
05:53une polarisation affective.
05:55La polarisation affective, ça ne veut pas forcément dire
05:57qu'on a des opinions plus radicales, plus tranchées,
06:00mais qu'on déteste de plus en plus les groupes sociaux
06:03qui ne pensent pas la même chose que soi
06:05et également que l'on se regroupe avec des personnes
06:07qui pensent exactement la même chose que soi.
06:09Et ça, effectivement, ce que l'on constate sur longue période,
06:12pas seulement aujourd'hui, mais sur les dernières années,
06:14voire sur les dernières décennies,
06:15c'est une augmentation de cette polarisation affective
06:18au sein de la société française.
06:20Et comment on en revient, de cette polarisation affective ?
06:24Comment on arrive à refaire l'union, nation, ensemble ?
06:28On sait que les événements aident parfois à ça.
06:31Le dernier grand moment de Concorde, c'est peut-être les Jeux Olympiques de Paris.
06:33Il n'y en a pas dans un horizon proche ?
06:36Alors, effectivement, c'est manifeste quand il y a ces grands moments de Concorde.
06:41Après, ce que l'on peut voir, c'est qu'il y a un attachement majeur des Français,
06:45quasiment unanime à la démocratie, par exemple.
06:47C'est-à-dire que le fait qu'il puisse y avoir une conflictualité au sein de la société,
06:51c'est-à-dire des opinions différentes qui puissent exister
06:54et qui puissent entrer en confrontation pacifique au moment d'une élection,
06:59ça, c'est sain au sein d'une démocratie.
07:01Il ne faudrait pas non plus fantasmer un passé
07:02où tous les Français auraient été unis, auraient pensé la même chose, etc.
07:05Le fait d'avoir des opinions différentes, c'est tout à fait normal et tout à fait sain en démocratie.
07:10Le point particulier de la situation actuelle,
07:12c'est que les phases d'élection ne réussissent pas à régler ces tensions-là.
07:16C'est-à-dire que normalement, ça doit être un grand moment cathartique,
07:18une élection où, justement, vous purgez les différents qui pouvaient y avoir dans la société
07:23et à la fin, vous avez une élection qui tranche la situation et qui permet d'avancer.
07:29Et si la présidentielle ne le permet pas, comment on va sortir de cette situation ?
07:33C'est là où, en effet, c'est compliqué et on ne peut pas forcément être optimiste sur l'avenir.
07:38Je pense qu'il y a une nécessité également, un appel aux représentants politiques de tous les camps,
07:43de comprendre justement que la société est diverse
07:46et qu'on n'a pas un grand camp qui dominerait la société et la vie politique
07:51et qu'il faut prendre aussi en compte les aspirations des personnes qui pensent différemment
07:55et prendre justement la France dans toute sa diversité d'opinions.
07:59Et ça, c'est absolument nécessaire dans les années à venir.
08:01Merci Antoine Bristel. Restez avec nous, s'il vous plaît.
08:03Merci à vous.
08:04Son antidote à lui, ce sont ses blagues.
08:06Philippe Cavréviart, dans un instant.
08:08J'étais en cul.
08:09Bonne journée.
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