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  • il y a 9 minutes
Manifestation du 17 octobre : plus de 1000 actions sont déjà déclarées partout en France. Lycéens, agriculteurs, étudiants : qui défilera ce samedi et pour quels mots d'ordre ? Huit ans après les ronds-points, les Gilets jaunes seront-ils de retour dans la rue ? Le journaliste Jean-Laurent Cassely, co-auteur de "Nous, les Français », est l'invité de Céline Landreau à 7h40 dans RTL Matin.
Regardez L'invité RTL de 7h40 avec Céline Landreau du 16 octobre 2026.

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Transcription
00:02RTL Matin, Céline Landreau.
00:057h44, l'invité d'RTL Matin.
00:07Un millier de manifestations, blocages ou rassemblements annoncés dans tout le pays sur une carte collaborative en ligne.
00:12250 actions envisagées par les autorités.
00:15L'ampleur de la mobilisation reste incertaine à la veille de ce 17 octobre de la colère.
00:20Mouvement né sur les réseaux sociaux où se rejoignent lycéens, gilets jaunes, agriculteurs appuyés notamment par des syndicats
00:26ou encore la France Insoumise pour dénoncer la vie chère.
00:30Bonjour Jean-Laurent Casselli.
00:31Bonjour.
00:31Vous êtes journaliste, essayiste, co-auteur de ce livre, Nous les Français, raconter la France comme les politiques ne le
00:37feront jamais.
00:37C'est aux éditions Robert Laffont.
00:39Qui seront les Français dans la rue demain ?
00:42Est-ce qu'on peut établir un profil type du manifestant du 17 octobre ?
00:45Oui, il y a quand même une inconnue à la fois, vous l'avez dit, sur le nombre d'actions,
00:49le type de mobilisation
00:50et puis les gens qui seront dans la rue.
00:52Il y aura encore probablement beaucoup de lycéens puisqu'en plus on sera déjà rentré dans les vacances scolaires de
00:58la Toussaint.
00:59Donc c'est important pour le mouvement lycéen de montrer qu'il est encore présent.
01:03Les appels à, selon l'expression consacrée, réunir jeunes et jaunes, jeunes et gilets jaunes ont été nombreux.
01:09Cette date du 17 octobre, on sait qu'elle est dans les tuyaux depuis le mois de septembre.
01:13On a un peu du mal à voir encore la convergence.
01:16Déjà parce que ce sont des populations un peu différentes, gilets jaunes et lycéens,
01:20qui ne sont pas dans les mêmes endroits du territoire, qui n'ont pas forcément les mêmes mots d'ordre.
01:23Vous parleriez d'un archipel de manifestants ?
01:26En tout cas, je pense qu'il y a une convergence de colères, ça c'est clair,
01:30qui se fixe sur des sujets très différents.
01:32Le carburant, on en parle encore une fois depuis la rentrée,
01:34pour les lycéens, l'état des lycées, parcours sup, etc.
01:38Mais de là, il y a probablement un sentiment commun également de déclassement plus profond.
01:43Mais est-ce que ça suffit pour agréger ces colères en un mouvement
01:46qui aura une cohérence sur le moyen et le long terme ?
01:49Surtout à quelques mois d'une élection présidentielle, je ne pense pas.
01:52Vous parliez de cette colère, d'un sentiment de ras-le-bol.
01:55Est-ce qu'on peut faire, selon vous, un parallèle avec 2018,
01:57lorsque les gilets jaunes ont commencé à investir les ronds-points ?
02:00Ou on est très loin de tout ça ?
02:01Non, parce qu'en 2018, personne n'attendait les ronds-points.
02:04C'est ça qui a tellement surpris les observateurs,
02:06y compris d'ailleurs les journalistes, pas juste le milieu politique, les syndicats.
02:09Tout le monde a été pris de court.
02:10Et en fait, c'est pour ça que je ne crois pas du tout à cette histoire,
02:13qu'on va rejouer les gilets jaunes.
02:14D'ailleurs, il y a un an, on parlait du mouvement Bloquons-Tout, en septembre dernier,
02:20qui finalement n'a pas bloqué grand-chose.
02:22Donc je pense que si on s'attend à voir les ronds-points être peuplés à nouveau de manifestants,
02:27on risque de se tromper, même s'il y aura quelques images de gilets jaunes, comme avant j'allais dire.
02:31Je pense que le mouvement social est passé à autre chose,
02:33et qu'eux-mêmes sont peut-être un petit peu déçus du peu de débouchés politiques
02:37qu'a eu la révolte des gilets jaunes en 2018.
02:39On perçoit quand même une dimension anti-système, un rejet du pouvoir en place.
02:44Comment répondre à des revendications qui sont, vous l'avez dit, si variées ?
02:48Alors, pour le gouvernement, vous voulez dire...
02:51En fait, malheureusement pour eux, ce qui fait quand même aussi cohésion,
02:56c'est le rejet, effectivement, du gouvernement, de la fin du macronisme.
03:02Et de là, entre des lycéens dont on voit qu'ils sont en train de se politiser plutôt à gauche,
03:07avec le poids de la France insoumise sur le terrain,
03:10des mouvements peut-être d'agriculteurs, d'anciens gilets jaunes,
03:13des gens qui sont concernés par, disons, la France de la bagnole,
03:16je pense qu'il n'y aura pas forcément les mêmes débouchés politiques dans quelques mois.
03:20Ce que je veux dire, c'est que même s'ils seront dans la rue ou sur les ronds-points
03:23côte à côte demain,
03:25et unis finalement face à la police, avec des mots d'ordre qui se ressemblent,
03:30je ne pense pas qu'ils soient dans les mêmes environnements culturels
03:33et que leur vote sera le même et traduira la même colère.
03:36Vous avez dit unis face à la police, ça c'est quelque chose qui rapproche les jeunes et les jaunes,
03:42comme vous disiez tout à l'heure, ce sentiment d'être victime d'une répression policière ?
03:45Oui, d'ailleurs c'est relativement, entre guillemets, nouveau,
03:49parce que depuis les gilets jaunes, c'est vrai qu'il y a une France qui se pensait à l
03:56'abri de tout ça,
03:57qui s'est rendue compte qu'en fait, les manifestations sont aujourd'hui violentes,
04:01ça a laissé beaucoup de traces, de traces aussi physiques dans les leaders des gilets jaunes qu'on revoit souvent,
04:06il y a aussi Jérôme Rodriguez, des gens qui ont été vraiment blessés,
04:11donc ça c'est un peu le leitmotiv aujourd'hui des mouvements sociaux, des manifestations,
04:16avec je pense aussi la violence qui est réelle, qu'il ne faut pas du tout nier,
04:20mais qui masque aussi peut-être un mouvement d'ampleur que moi je trouve assez intéressant chez les lycéens,
04:25c'est que vous voyez beaucoup de lycéens très politisés à gauche, d'autres conservateurs,
04:28mais vous voyez aussi beaucoup de lycéens qui sont un peu entre les deux,
04:31et qui ont envie je pense d'exprimer leur voix sans basculer dans cette violence justement.
04:37Jean-Laurent Casselli, la mobilisation de demain, comme de nombreux témoignages,
04:40des reportages d'ailleurs qu'on peut entendre sur cette antenne,
04:43laissent apparaître régulièrement un sentiment général de déclassement.
04:46Vous en parlez dans Nous les Français,
04:48en constatant par exemple notre conversion à l'entrepreneuriat,
04:51avec ceux qui choisissent de faire du Airbnb par exemple pour avoir des compléments de revenus,
04:56un rempart au déclassement dites-vous,
04:58ça veut dire que c'est une angoisse qui est très profonde dans notre société intergénérationnelle aujourd'hui ?
05:02Oui, parce que c'est pour ça que ce n'est pas forcément utile d'opposer les jeunes aux moins
05:06jeunes,
05:07parce que les parents des lycéens, qui sont les générations des millénioses qui ont 40-50 ans maintenant,
05:12leurs grands-parents, les baby-boomers, sont aussi concernés par l'avenir de leurs jeunes.
05:17Les catégories moyennes françaises, c'était ça la grande leçon des gilets jaunes.
05:21Les gens qui travaillent, qui ont des revenus, ont aussi des problèmes de fin de mois,
05:26des problèmes pour maintenir aussi un niveau de vie qui n'est pas juste de l'ordre de la survie,
05:30mais qui est de l'ordre en fait de tout ce qu'on a mis dans le panier d'accession
05:34aux classes moyennes,
05:35c'est-à-dire la consommation, le fait d'avoir des loisirs, de pouvoir prendre des vacances.
05:39Et on voit que c'est tout ça qui est remis en question.
05:42C'est pour ça qu'en ce moment, on a des révoltes qui sont à la fois très matérielles.
05:45D'ailleurs, les mots d'ordre des étudiants sont assez matérialistes, ça concerne les bâtiments par exemple.
05:49Mais il y a aussi, je pense, quelque chose de plus de l'ordre du symbolique, voire peut-être de
05:53l'ordre de l'existentiel.
05:54On voit bien qu'avec Parcoursup, il y a aussi une inquiétude sur les débouchés, sur l'avenir du travail,
06:00dans une période aussi qui est bouleversée par l'IA, par l'intelligence artificielle.
06:04Et ça, tous les Français, ils entendent les médias en parler, ils ont conscience que c'est en train de
06:08leur tomber dessus.
06:09Donc je pense qu'encore une fois, pour répondre à votre question,
06:11le déclassement, c'est oui, c'est le signe qu'y compris les catégories d'âge ou socioprofessionnels
06:16qui se pensaient préserver, commencent à avoir peur pour leur avenir
06:21et commencent peut-être à avoir...
06:23Et c'est pour ça qu'elles ont, je pense, une sympathie pour le mouvement.
06:26On voit ses parents, par exemple, qui descendent dans la rue avec leurs enfants lycéens.
06:30Ça s'accompagne, on le disait, d'une défiance vis-à-vis de la classe politique,
06:34de ce qu'elle fait, des impôts notamment, des prélèvements fiscaux.
06:37C'est le fameux Nicolas Kippé qui a le sentiment de ne pas en avoir pour son argent.
06:39Il sera dans la rue, lui aussi, demain ?
06:42C'est une bonne question, Nicolas Kippé.
06:44Donc c'est ce stéréotype fictif de Français qui est essoré par les charges, les impôts,
06:50qu'on a vu plutôt dans la sphère média et de réseaux sociaux de droite et d'extrême droite.
06:56C'est devenu un signe de ralliement de tous les Français qui ont un peu ras-le-bol, effectivement, de
07:01la fiscalité.
07:04Mais je ne les vois pas trop à côté des gilets jaunes ou des mouvements lycéens.
07:09Encore une fois, je pense que ce n'est pas exactement les mêmes cultures politiques.
07:12Pour le dire clairement, le Nicolas Kippé, je le vois plus mettre un bulletin Marine Le Pen l'année prochaine
07:18qu'un bulletin Jean-Luc Mélenchon.
07:19Donc c'est pour ça, encore une fois, que je suis un peu en recul sur cette idée de convergence.
07:25Enfin, j'attends de voir, en tout cas.
07:27Avec nous, les Français, l'ambition affichée, c'était de raconter la France comme les politiques ne le feront pas.
07:30Vous leur avez raconté, à eux, le pays, les candidats à la présidentielle.
07:34Ils vous ont consulté depuis la parution ?
07:36Oui, on a eu quelques marques d'intérêt polies et sincères.
07:43De tous bords ?
07:45Alors, oui, pour le moment, je pense qu'on a surtout des échanges avec des équipes de candidats qui se
07:52disent
07:53Je ne crois pas qu'il faut dire que les politiques ne connaissent pas la France.
07:56Mais par contre, ils cherchent des points d'accroche.
07:58Des thématiques, par exemple le logement, c'est très important, la question du déclassement.
08:02Ils cherchent une grande thématique, mais ils cherchent aussi des petits sujets, des petits objets
08:07pour accrocher l'intérêt des Français.
08:09Et c'est à ça qu'on peut, entre guillemets, servir, je pense, dans ce livre.
08:13Nous, les Français, c'est chez Robert Laffont.
08:15Merci Jean-Laurent Casselli.
08:16Vous restez avec nous encore quelques minutes.
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