00:00Ça va, tout va !
00:03RTL Matin, c'est Lille Andro.
00:067h44 sur RTL, l'invité d'RTL Matin.
00:09Jusqu'à 37, 38 degrés attendus cette fin de semaine dans le sud,
00:12alors que le thermomètre va encore grimper.
00:14Le gouvernement présentera demain son plan d'aide aux agriculteurs
00:17après un été déjà marqué par la sécheresse et les canicules.
00:21Des agriculteurs qui veulent du concret, du rapide.
00:24Bonjour Patrick Bénézy.
00:25Bonjour.
00:26Et merci d'être avec nous.
00:27Vous êtes éleveur bovin dans le Cantal à Saint-Martin-sous-Vigouroux,
00:30très précisément, et président de la Fédération Nationale Bovine.
00:34Avant de s'arrêter sur ce que vous demandez au gouvernement,
00:36j'aimerais que vous nous aie dit à comprendre concrètement
00:38les conséquences de l'été qu'on vient de vivre dans votre ferme.
00:41Vous avez 120 charolaises.
00:42Un été trop chaud, trop sec, ça se traduit comment ?
00:46Ça se traduit par une absence de pousse, d'herbe, déjà au printemps,
00:49puisque la sécheresse a débuté dès le mois de mars.
00:52Et ensuite, les canicules ont pris le relais.
00:54Et l'herbe a littéralement grillé à partir du mois de juin.
00:59Et donc, même celle qui avait poussé a disparu sous l'effet du soleil.
01:02Et les températures n'ont jamais lâché, en fait.
01:04Et on le voit, ça va continuer au mois de septembre.
01:07Donc, c'est des quantités récoltées insuffisantes, déjà, dans un premier temps.
01:13Et puis, depuis le mois de juin, on donne les fourrages qui sont prévus pour l'hiver.
01:18Et c'est ces stocks fourragés qui étaient prévus pour l'hiver, qui, aujourd'hui, nous permettent de nourrir les
01:23animaux.
01:23Pour être très pédagogue, le fourrage, c'est la nourriture.
01:26Le fourrage, le foin, l'ensilage, est donné, aujourd'hui, en période estivale, alors que les animaux devraient pâturer.
01:32Donc, vous donnez, depuis le mois de juin, ce que vous avez, normalement, pour l'hiver.
01:37Il vous manque quoi, en fait ?
01:39Alors, aujourd'hui, moi, sur le moment de l'exploitation, c'est 50%.
01:41Je suis dans la moyenne, à peu près, de ce qui remonte de tous les territoires français,
01:45puisque l'ensemble du territoire français est touché.
01:48Et c'est ce que les préfets ont fait remonter, d'ailleurs, à Mme la Ministre.
01:51Oui, c'est le chiffre qu'a donné à Guy Genevard, 50% de prairies en moins, cette année.
01:54Donc, 50% de prairies.
01:55Il y a aussi du maïs en silage qui sert à nourrir le bétail.
01:59Mais, en tout cas, c'est le manque de fourrage.
02:01Et c'est sur ces bases-là qu'on s'appuie, effectivement, pour attendre un plan gouvernemental à la hauteur.
02:06En temps normal, votre exploitation, elle est autonome ?
02:08Elle est autonome.
02:09Vous produisez, vous permet de nourrir vos bêtes toute l'année ?
02:11Oui, elle est autonome.
02:12C'est le cas de la majorité des éleveurs sur le territoire français.
02:16Donc là, vous voyez qu'il en manque.
02:17Vous n'avez pas de réserve ?
02:19D'une année sur l'autre, on ne stocke pas ?
02:20Alors, très peu.
02:21Très peu.
02:22Il faudra certainement le faire, parce que ça coûte cher.
02:25Il faut des bâtiments pour pouvoir stocker.
02:27Certains éleveurs ont commencé à s'adapter à ce type de situation.
02:32Mais, en tout cas, c'est très difficile de stocker des valeurs comme 50% de pertes,
02:38comme nous le vivons aujourd'hui.
02:39Donc, ça fait des gros volumes de fourrage.
02:41Mais c'est certainement des mesures d'adaptation qu'il faudra mettre en place à l'avenir.
02:45Et vous n'êtes pas assuré pour ça ?
02:46Alors, il y a une partie assurantielle.
02:48Il y a aussi un fonds qui existe.
02:50Mais il marche très très mal, en Prairie notamment, puisqu'aujourd'hui, quand les remontées font état de 50%
02:58de pertes,
02:58on sait que les mécaniques indicielles, assurantielles ou les fonds qu'on a nous-mêmes constitués ne déclenchent pas correctement.
03:07Donc, c'est pour cela d'ailleurs qu'on attend, de la part de la ministre, que ce fonds de
03:11solidarité que nous avons constitué puisse déclencher.
03:13Donc, il vous manque, si on comprend bien, la moitié de la nourriture dont vous auriez besoin pour subvenir aux
03:18besoins de vos bêtes sur un an.
03:19Ça veut dire que vous allez devoir acheter.
03:21Vous allez pouvoir l'acheter où, le fourrage qui vous manque ?
03:24Parce que cet été, il ne s'est pas arrêté aux frontières de la France.
03:26C'est pareil à côté.
03:27Tout à fait.
03:28Donc, les achats ont déjà débuté dans les cours de ferme et dans les élevages.
03:32Donc, il y a certains agriculteurs qui ont des disponibilités de foin parce qu'ils n'avaient pas de bêtes
03:39ou moins de bêtes.
03:40Donc, il y a un marché là-dessus.
03:42Il y a également du maïs en silage qui était prévu pour faire du grain et qui est détourné, on
03:49va dire, pour aller sur le bétail en maïs en silage.
03:52Donc, il n'y a pas de problème de pénurie d'alimentation pour les bêtes ?
03:55Il n'y a pas de problème.
03:56Ça, on ne le sait pas.
03:57On pense, en tout cas, qu'on arrivera à trouver les solutions.
04:00On espère.
04:01Mais, en tout cas, il n'y a pas de comptabilisation, on va dire, de stock.
04:05Ça, on est un petit peu dans le flou quand même.
04:06Mais, nous, on pense qu'il peut y avoir des solutions à partir du moment où les éleveurs ont les
04:14moyens d'acheter.
04:14Les moyens, c'est ça que vous demandez à l'État.
04:17L'agriculture, c'est mon dossier numéro un de la rentrée, a déclaré Sébastien Lecornu, le Premier ministre, ce week
04:22-end.
04:22Ça, ça vous rassure un peu avant les annonces de demain ?
04:24Vous pensez que l'État va sortir le portefeuille pour vous ?
04:27Alors, ça nous rassure à condition que les annonces soient à la hauteur de ce qu'il faut.
04:30Et vous demandez quoi ? Combien ?
04:31Déjà, dans un premier temps, nous, on a estimé les pertes à autour de 5 milliards d'euros.
04:36Donc, c'est quand même assez énorme.
04:37Si on prend 50%, si on regarde la valeur des fourrages qu'il faut acheter, de suite, ça fait des
04:42chiffres très, très importants.
04:43Mais vous ne demandez pas à l'État de vous donner 5 milliards ?
04:46A l'État, ce type de soutien ?
04:48On demande déjà aux filières d'assumer des prix plus élevés vis-à-vis des agriculteurs.
04:53On a eu des prix qui, notamment en élevage, ont été baissés ces derniers temps.
04:58Par exemple, une vache a perdu une valeur de 300 euros, alors que le steak haché n'a pas perdu
05:03d'argent.
05:03Pardon, je ne voudrais pas être désagréable.
05:05Vous dites que les prix ont baissé.
05:07Mais il se trouve que moi, j'ai regardé hier le prix des génisses charolaises.
05:10C'est des charolaises que vous avez chez vous.
05:12Si je ne me trompe pas, on est à 7,40 euros.
05:14Le kilo de carcasse, c'est 30% de plus qu'en septembre 2023.
05:1730% de plus en 3 ans ?
05:19Alors, il y a eu une inflation, effectivement.
05:21Mais depuis 6 mois, on a le prix du bétail qui a baissé de manière assez drastique.
05:26Et effectivement, sur ce type d'animaux, par exemple, on a perdu environ 300 euros.
05:31Mais on est toujours 30% au-dessus de ce que vous aviez il y a 3 ans ?
05:34Oui, mais après, les charges ont augmenté depuis 2023.
05:36On a eu une inflation extrêmement forte dans les charges opérationnelles sur nos élevages.
05:40Ça ne permet pas d'absorber un quelconque surcoût ?
05:43Donc, les surcoûts, voilà.
05:44C'est-à-dire qu'il nous faut un soutien.
05:46Il faut que les filières, que ce soit en viande, que ce soit en lait, soutiennent aussi les prix
05:51et stoppent les baisses qu'il y a eues et nous donnent un petit peu plus de tarifs.
05:56Ça, c'est la première chose.
05:58Donc, ça veut dire que vous espérez que la grande distribution accepte de faire monter les prix de la viande
06:02demain dans les rayons ?
06:03Alors, quand on a perdu, par exemple, 300 euros par vache ou 80 euros sur la tonne de lait,
06:11le consommateur n'a pas vu de baisse ces derniers mois sur son portefeuille.
06:16Donc, effectivement, là-dessus, il y a un sujet.
06:19Il en va aussi de l'intérêt des filières, puisque une vache qui partira à l'abattoir,
06:23si un éleveur ne peut pas la nourrir, elle ne fera plus de lait ni plus de veau.
06:27Il n'y aura plus de viande derrière.
06:28Elle part à l'abattoir qu'une fois.
06:30Donc, c'est aussi la responsabilité des filières.
06:32Et puis, il y a ce...
06:34Oui ?
06:34Patrick Benézy, ces étés-là, on le sait, ils risquent de se répéter.
06:37Je parle sous le contrôle de Louis Baudin.
06:40Je ne vous apprends rien en vous disant que les comptes publics sont dans le rouge.
06:42Vous n'allez pas pouvoir demander des prêts, des aides exceptionnelles tous les ans ?
06:46Qu'est-ce que vous allez mettre en place, vous, de votre côté, pour ne pas continuer à vivre sous
06:48perfusion ?
06:49Alors, déjà, dans un premier temps, nous souhaitons avoir accès aux fonds de solidarité que nous avons nous-mêmes constitués.
06:55C'est-à-dire que les éleveurs payent aujourd'hui l'activation, enfin, payent le financement.
07:02Mais si vous le videz cette année, vous ne l'aurez pas l'an prochain ?
07:04Alors, on ne l'aura pas l'an prochain.
07:05Déjà, passons déjà cette année.
07:07C'est-à-dire que nous, ce qu'on souhaite, c'est que ce fonds de solidarité soit mis à
07:10disposition des éleveurs le plus rapidement possible.
07:12Et qu'il y ait un soutien à la vache, c'est-à-dire à l'équivalent vache.
07:16Aujourd'hui, les ovins, c'est pareil, les chèvres également.
07:21Donc, pour ne pas complexifier, 7 moutons valent une vache en termes de fourrage.
07:28De consommation.
07:29Voilà. Donc, nous, on demande effectivement environ, entre les divers soutiens, y compris le fonds de solidarité, autour de 300
07:36euros par équivalent vache, en tout cas.
07:39Et ça, c'est pour passer déjà le cap.
07:43Alors, effectivement, l'adaptation dans les élevages, elle est nécessaire.
07:47Elle a déjà débuté et il faudra, effectivement, aller vers plus de stockage, plus de stockage de fourrage et une
07:54adaptation au niveau des semences, également, pour permettre de passer.
08:01Il y a, de toute façon, une adaptation qui a commencé, parce que c'est déjà en cours, mais qui
08:06devra continuer.
08:06Merci beaucoup, Patrick Benézy, président de la Fédération Nationale.