00:057h44 à l'invité d'RTL Matin maintenant. Bonjour Amir Reza Tofighi.
00:09Bonjour.
00:09Vous êtes le président des entrepreneurs, l'ex-CPME qui représente donc quelques 270 000 patrons de TPE et PME
00:16dans le pays.
00:17Nouvelle appel à une grande journée de mobilisation aujourd'hui, à la grève générale.
00:21Aussi nouvelle journée qui s'inscrit dans un climat social déjà très tendu depuis la mi-octobre.
00:25Est-ce que vous êtes inquiet, vous le représentant des petites et moyennes entreprises ce matin ?
00:31Inquiets, oui déjà inquiets parce qu'on a vu des débordements qui ont pu impacter très fortement les commerçants aujourd
00:36'hui.
00:37Et donc nous ce qu'on demande bien évidemment c'est que ces commerçants soient protégés.
00:41Ensuite bien évidemment inquiets aussi parce que ces revendications nous on les comprend aujourd'hui.
00:45On comprend que face à l'inflation, face à la hausse du prix de l'essence, il y ait des
00:49revendications sociales.
00:50Mais on voit aussi l'état des entreprises aujourd'hui.
00:52L'économie est à l'arrêt, les entreprises sont en difficulté et donc on ne voit pas comment les entreprises
00:57peuvent forcément répondre aux revendications des salariés.
01:00Alors vous avez parlé des commerces, des débordements, ces scènes de chaos observées notamment le 17 octobre dernier.
01:06Près de 2500 commerces et entreprises avaient été pillés, saccagés ce jour-là, quelques dizaines d'autres les samedis suivants.
01:12Certains ont déjà mis la clé sous la porte ou est-ce que les réponses de l'état pour les
01:15soutenir sont suffisantes pour l'instant ?
01:18Les réponses de l'état oui elles sont déjà très bien mais en fait parfois il y en a qui
01:22ont juste été finalement dégoûtés.
01:24Vous savez c'est parfois l'investissement de toute une vie qui disparaît donc c'est pas facile de vouloir
01:29après reprendre de zéro.
01:31Donc nous ce qu'on demande bien évidemment c'est que les commerçants soient protégés.
01:3570 000 policiers et gendarmes mobilisés aujourd'hui c'est suffisant par exemple à vos yeux ?
01:39Je ne sais pas vous dire mais en tout cas ce qui est important c'est de s'assurer que
01:42dans toutes les villes à chaque fois les cortèges se passent bien et que ces commerçants qui ont été agressés
01:48pour certains, qui pour certains ont tout perdu.
01:51Vous savez il y a une sorte de croyance qui est qu'à chaque fois on dit non mais l
01:53'assurance va payer.
01:54Non en fait l'assurance ne paie pas toujours.
01:55Moi j'ai beaucoup de commerçants qui me disent bah non l'assurance ne prendra pas en charge et donc
01:59il faut vraiment aujourd'hui que ces commerçants soient protégés parce qu'on en a marre qu'à chaque manifestation
02:03ou à chaque événement sportif, à chaque célébration, il y a cette sorte de rituel comme quoi on doit attaquer
02:08les commerçants.
02:08Au-delà des pillages, des saccages qu'on vient d'évoquer ces journées de mobilisation, ce sont aussi des centres
02:13-villes moins fréquentés, des commerces qui préfèrent parfois fermer à titre préventif, des touristes moins nombreux aussi.
02:20Il reste 7 week-ends avant Noël, période cruciale on le sait pour les commerces. C'est encore possible de
02:25sauver la fin d'année là ?
02:26Oui alors vous l'avez bien dit, au-delà du vandalisme il y a aussi toute la perte d'activité
02:30des commerces et sur la période de l'année qui est la plus importante pour les commerçants.
02:33Donc aujourd'hui si ça continue comme ça, si on a tous les week-ends encore des manifestations, ce qui
02:39est sûr c'est que l'impact va être terrible pour les magasins.
02:42Est-ce que vous craignez déjà un record de défaillance d'entreprise ?
02:45Le mois dernier on parlait déjà de plus de 70 000 procédures collectives, c'est-à-dire des sauvegardes, des
02:50redressements judiciaires ou des liquidations.
02:52C'était plus qu'en 2008 au lendemain de la crise financière. On mesure la crise que traversent aujourd'hui
02:57les entreprises dans le pays ?
02:58Je crois qu'on ne le mesure pas assez. J'ai l'impression qu'on ne le dit pas assez
03:02et surtout que les gens ferment les yeux dessus.
03:05Est-ce que je crains un record ? Non, le record il est déjà là en fait aujourd'hui.
03:08Et c'est de pire en pire. Alors je ne vais pas faire de pessimisme mais la réalité aujourd'hui,
03:13on voit bien la croissance est à l'arrêt,
03:15le nombre de défaillances est record, le taux de chômage augmente.
03:18Donc il faut être bien conscient que les entreprises ont besoin d'être soutenues et il faut absolument que,
03:24et on pourra peut-être en parler mais sur le budget 2027, ne pas avoir encore une fois de nouveaux
03:28impôts sur les entreprises.
03:29On va en parler effectivement de ce budget, budget de l'Etat qui a été retoqué d'ailleurs on le
03:34rappelle à l'unanimité cette nuit à l'Assemblée.
03:36Dans ce contexte, vous avez entendu Amir Reza Tofighi, les manifestants qui dénoncent la vie chère dans les cortèges
03:41avec des témoignages qui se multiplient, français qui disent qu'ils n'y arrivent plus, qu'ils ne peuvent pas
03:45boucler les fins de mois
03:46avec entre autres un coût de l'énergie qui explose et des salaires qui ne suivent pas.
03:50Le gouvernement dit réfléchir à un coup de pouce du SMIC, à avancer aussi sa revalorisation sans attendre le 1er
03:56janvier.
03:57Vous représentant des patrons, vous êtes d'accord pour l'augmenter ce SMIC ?
04:01En fait déjà le SMIC, il y a une évolution naturelle avec l'inflation.
04:05Nous ce qu'on dit juste c'est attention parce qu'on nous demande une injonction contradictoire en fait.
04:11On nous demande d'augmenter les salaires et en même temps on augmente de 11 milliards le coût du travail
04:14sur le budget 2027.
04:16Comment vous voulez que les entreprises payent plus de charges patronales et en même temps augmentent les salaires ?
04:20Donc le risque aujourd'hui c'est quoi ?
04:21C'est que le SMIC va augmenter et du coup les salariés qui sont au SMIC vont voir leur salaire
04:24augmenter.
04:25Mais tous les salaires qui sont au-dessus du SMIC risquent de ne pas augmenter
04:28parce que les entreprises n'auront pas les moyens de suivre l'évolution du SMIC.
04:31Juste sur l'augmentation du SMIC, il y a la revalorisation automatique.
04:35S'il n'y a pas de coup de pouce ce sera à peine d'un pourcent, c'est ce
04:38qui est prévu par rapport à l'inflation.
04:40La CGT demande 10% de plus, 150 euros net donc d'augmentation, la CFDT 100 euros net.
04:45Vous, vous seriez prêt à aller jusqu'à combien ?
04:47Non mais déjà vous savez, en fait, s'il y a entre 1 et 1,5% là entre décembre
04:52et janvier, on aura eu 4% sur l'année.
04:55Parce qu'il y a eu une augmentation de 2,4% au 1er juin.
04:57Exactement.
04:58Lié à l'inflation directement, c'était mécanique.
05:00Exactement, lié à l'inflation mécanique.
05:02Aujourd'hui, c'est déjà beaucoup par rapport à la situation économique du pays.
05:06Maintenant, moi je comprends les revalorations des salariés.
05:08Mais il faut dire la vérité, tant qu'on ne résout pas le problème du coût du travail.
05:11Moi j'aimerais rappeler juste un point.
05:12Lorsque l'entreprise verse 100 euros de salaire, il n'en reste que 5 ans dans la poche du salarié.
05:16Il est là le vrai sujet.
05:18Il faut arrêter de penser que les entreprises ne payent pas assez.
05:20Le vrai sujet, c'est comment on fait pour qu'à la fin, l'État prélève moins sur le salaire.
05:25Et si on arrive à résoudre ce problème, vous verrez qu'il n'y aurait plus de sujets de poids
05:28d'achat.
05:29Il est là le vrai sujet.
05:30Alors on ne va pas le résoudre là sur un mois ou deux, sur un budget.
05:32Mais c'est à ça qu'il faut s'attaquer.
05:34Moi ce que je ne comprends pas, c'est les syndicats de salariés qui en parallèle demandent
05:36d'augmenter le coût du travail et demandent d'augmenter 10% les salaires.
05:39Vous savez, on ne sait pas faire de magie.
05:40Il n'y a pas de magie possible en fait.
05:42Vous dénoncez, vous l'avez un petit peu évoqué tout à l'heure,
05:44le gel des allègements de charges annoncés par le gouvernement
05:47et prévus dans le budget de la sécurité sociale.
05:49Pour être très pédagogue, ces allègements de charges seraient bloqués,
05:53ne suivraient donc pas la progression du SMIC
05:55et proportionnellement les cotisations patronales augmenteraient donc plus que prévues.
06:00Pour qu'on comprenne bien, ça représente quel surcoût pour une entreprise ça ?
06:03C'est 9 milliards d'euros le sujet.
06:05Alors je ne peux pas vous le dire par entreprise.
06:06A l'échelle du pays.
06:07Exactement.
06:07Parce que ça va dépendre des entreprises qui vont être plutôt sur des salaires proches du SMIC,
06:11plutôt sur des salaires élevés.
06:12Parce qu'on rappelle que ces allègements de charges sont proportionnels
06:15et plus élevés à mesure que les salaires sont bas en fait.
06:18Exactement. C'est pour soutenir l'emploi peu qualifié.
06:22Et aujourd'hui, ce sujet est crucial.
06:25Si on veut pouvoir augmenter les salaires demain,
06:27on ne peut pas en même temps nous augmenter le coût du travail
06:29et en même temps augmenter les salaires.
06:30Moi j'insiste vraiment parce que
06:32ceux qui font croire que les entreprises ont une sorte de caisse magique
06:36sur laquelle on peut augmenter les salaires,
06:37alors qu'on leur augmente leurs charges,
06:40ça ne marche pas en fait aujourd'hui.
06:40En fait vous nous décrivez une impasse.
06:42Exactement.
06:43On en sort comment, pardon ?
06:45C'est ce que je vous disais tout à l'heure.
06:46En fait, il faut avoir un discours de vérité en disant
06:48tant que le coût du travail ne baisse pas,
06:50on ne pourra pas durablement augmenter les salaires dans ce pays.
06:52Tant que l'État prélève la moitié du salaire...
06:55Mais vous savez que l'État, il doit aussi redresser des comptes publics,
06:57on le martèle à longueur de journée.
06:58Oui, mais on voit bien aussi qu'il y a deux façons de redresser les comptes publics.
07:03Soit on augmente les impôts,
07:05soit on crée la croissance qui permet d'avoir des nouvelles recettes fiscales.
07:07À force de mettre des impôts depuis deux ans,
07:10cette instabilité fiscale qui fait qu'à chaque fois qu'on a un budget,
07:12finalement le plus simple depuis deux ans, c'est de créer des nouveaux impôts,
07:15on a ralenti la croissance et maintenant il n'y a plus de croissance.
07:17Et donc quand même il n'y a plus de croissance, il n'y a plus assez de recettes fiscales.
07:20Et donc les entreprises ne payent moins d'impôts parce qu'elles ne gagnent plus d'argent.
07:23Et donc on est en train d'avoir un effet récessif.
07:25Donc nous ce qu'on dit c'est qu'il faut relancer la croissance
07:27et il faut que les salaires puissent suivre.
07:29Et donc pour ça, il faut baisser le coût du travail.
07:31Et là vous verrez qu'il n'y aura plus de problème du poids d'achat.
07:34Amir Reza Tofighi, patron des entrepreneurs, donc ex-CPME.
07:38Restez avec nous s'il vous plaît.