00:04La guerre des mots avec vous, bonjour Mathias Léridon.
00:08Bonjour Jean-François.
00:09Résident de Tilder, notre rendez-vous du samedi pour décortiquer les mots qui font l'actualité.
00:14Vous êtes à distance ce matin, cher Mathias.
00:16L'actualité semble pousser tout le monde dans la même direction.
00:20Et vous, vous choisissez ce matin de nager à contre-courant.
00:25Et pour cause, parce que la semaine dernière des élections au Brésil, aux agences de notation en France, en passant
00:31par le Parlement européen,
00:33certains ont décidé de braver la marée.
00:36C'est toujours héroïque sur le papier, reste à savoir combien de temps ils tiendront.
00:40Premier compte au courant Mathias, celui de la vague électorale au Brésil donc.
00:45Et oui, dimanche dernier au Brésil, Lula a réussi un exploit inédit depuis la fin de la dictature militaire au
00:51Brésil,
00:51perdre le premier tour de l'élection présidentielle et remporter l'élection présidentielle au second tour.
00:58Pourtant, la vague était colossale.
01:00Millet en Argentine, Cast au Chili, l'Amérique latine vire à droite toutes.
01:04Et en face, un président sortant de 81 ans que tous les sondages donnaient battus.
01:09Et pour remonter le courant, son camp a créé en trois semaines l'armée de Lula sur WhatsApp.
01:15Plus de 10 millions de membres à qui l'on confie des missions.
01:18On a même vu des retraités en maillot jaune qui étaient postés aux arrêts de bus pour convaincre les indécis
01:23un par un.
01:24Et ce même dimanche soir en Serbie, c'est une autre vague qui a tout emporté, celle des étudiants.
01:29En quelques heures, ils ont balayé 14 ans de reine d'Alexandar Vucic et Mouskou perd l'un de ses
01:35derniers alliés en Europe.
01:37Mais briser la vague, Jean-François, ça ne veut pas dire maîtriser la navigation.
01:41Lula devra composer avec un parlement dominé par ses opposants.
01:44Les étudiants serbes, eux, qui ont gagné 100 chefs, ils doivent maintenant trouver un pour gouverner.
01:51Et les uns comme les autres ont remonté le courant.
01:53Il leur reste maintenant à ne pas s'essouffler.
01:55Le deuxième contre-courant, Mathias Léridon, celui des marchés financiers.
02:00Oui, alors vous me direz, Jean-François, les marchés, ça va, ça vient, on ne sait pas toujours pourquoi.
02:05Mais vendredi soir, tout le monde attendait le coup de sifflet de Moody's.
02:08Vous savez, c'est cet arbitre mondial qui juge la santé financière des États.
02:13Les experts pariaient tous sur une dégradation de la note française.
02:16Et contre toute attente, le coup près n'est pas tombé.
02:19Le gouvernement s'est empressé d'y voir un signe de confiance.
02:22Les médias, eux, ont proposé une lecture un peu plus cynique.
02:25La France est aujourd'hui tellement inflammable que Moody's a préféré éviter de jouer les pyromanes en pleine crise sociale.
02:33Moody's a donc nagé à contre-courant.
02:35Mais attention, ne crayons pas victoire trop tôt.
02:37C'est un sursis sous haute surveillance.
02:40Les conditions sont strictes.
02:41Votez un budget et calmez la rue.
02:44On n'est pas arrivé.
02:45Et pendant que les agences jouent la montre, les marchés, eux, ne font pas de sentiments.
02:48Depuis l'été, l'écart se creuse entre ce que paye l'Allemagne pour emprunter et ce que paye la
02:53France.
02:54C'est ce qu'on appelle le spread.
02:55Et il a un prix.
02:57Rien qu'en intérêt, notre dette nous coûte 79 milliards d'euros cette année.
03:01Et il nous coûtera plus de 100 milliards dès 2028.
03:04Une agence de notation peut donc retenir sa plume par prudence.
03:08Mais le marché, lui, finit toujours par présenter l'addition.
03:12Oui, après Moody's, c'est Fitch qui maintient la note à plus de la France.
03:15Mais abaisse la perspective.
03:18Mathias, dernier contre-courant, celui de l'Allier.
03:23L'Allier, oui.
03:24Jean-François, le Parlement européen a choisi de nager à contre-courant de son meilleur allié.
03:27Et le 22 octobre, à Strasbourg, il a décerné son prestigieux prix Sakharov à la Cour pénale internationale.
03:35C'est la plus haute distinction européenne pour les droits de l'homme.
03:38Décerné en son temps à Nelson Mandela ou à Alexei Navalny.
03:42Un sacré pied de nez puisque Washington venait tout juste d'inscrire la même Cour pénale internationale sur sa liste
03:48noire.
03:49Les Etats-Unis l'églige sans sourciller, la CPI doit renoncer à poursuivre tout Américain ou Allié.
03:55Et à partir du 9 avril, la CPI risque, elle, si elle n'accepte pas cet ultimatum, d'être coupée
04:01de tout le système bancaire et numérique américain.
04:05En clair, Washington veut bien de la justice internationale, à condition qu'elle s'arrête à ses frontières et serve
04:10ses intérêts.
04:11Et le fan club, si on peut dire, s'agrandit.
04:13Pour avoir osé viser Vladimir Poutine, 9 magistrats de la CPI ont été condamnés par coutumas à Moscou.
04:20Il faut reconnaître une chose à la CPI, elle a un talent rare pour réconcilier la Maison Blanche et le
04:24Kremlin.
04:25L'Europe a donc choisi de nager à contre-grand et de rappeler une évidence,
04:30on ne sort pas durablement d'une guerre en piétinant la justice.
04:33Malheureusement, Jean-François, un prix ne protège personne.
04:36Même si l'Europe dispose d'un bouclier juridique contre les sanctions américaines,
04:40il traîne dans les tiroirs de Bruxelles, freiné en douce par les Pays-Bas qui accueillent pourtant la cour pénale
04:46internationale.
04:47Or, l'échéance du 9 avril approche, l'Europe a donc moins de 6 mois pour transformer une médaille en
04:52bouclier.
04:53Allez, il faut conclure Mathias, il faut conclure, voilà pour le bain.
04:58Notre grand main de la semaine, tout le monde avait un pronostic,
05:00mais c'est la grande victoire du contre-courant entre Lula qui doit gouverner sans majorité,
05:05la France qui joue la montre avec ses créanciers, et l'Europe qui défie Washington.
05:10Une chose est sûre, le contre-courant, ça tient le temps de quelques brasses.
05:13Au-delà, même les plus costauds finissent par boire la tasse.
05:16Alors, avant que la prochaine vague ne nous emporte,
05:18et espérons que ça ne sera pas celle de la violence,
05:21bonne semaine à toutes et à tous !