00:01Sud Radio, le grand matin week-end, 6h10h, Jean-François Kéli.
00:07Il est 7h47, les titres de l'actualité.
00:10Laurent Nunez craint une journée à haut risque pour cette troisième mobilisation sociale dans toute la France.
00:16Le ministre de l'Intérieur annonce 70 000 policiers et gendarmes comme samedi dernier.
00:22Un dispositif exceptionnel intégrant 15 lanceurs d'eau, 26 véhicules blindés, ainsi que leur aide l'abri, la BRI et
00:31le GIGN.
00:32Le Conseil d'État donne raison au préfet de police de Paris, annule la décision du tribunal administratif.
00:38Le parcours allant de Bagnolet à Charenton est finalement autorisé à Paris.
00:44L'agence de notation Fitch maintient la note à plus de la France,
00:47mais abaisse sa perspective de stable à négative, relevant une détérioration de la situation budgétaire et des taux d'emprunt.
01:00Et à 7h48, Sud Radio vous explique, nous évoquons les mid-terms, la politique de Trump face à son destin.
01:10Romuald Siora, bonjour.
01:12Bonjour.
01:12Très heureux de vous avoir ce matin, directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des Etats-Unis de l'IRIS,
01:19auteur de lettres ouvertes à Trump d'un américain de papier paru aux éditions Point Nemo.
01:25Romuald Siora, première question, est-ce que Donald Trump risque gros avec ses élections qui ont déjà démarré,
01:33mais l'essentiel a lieu mardi ?
01:36Oui, bien évidemment qu'il joue gros, mais les élections de mi-mandat sont en principe des élections qui sont
01:41perdues par le pouvoir en place.
01:43Très peu de présidents ont conservé à la moitié de leur mandat, leur majorité.
01:47Donc Donald Trump aurait très bien pu, comme ses prédécesseurs, décider de s'asseoir sur ces élections
01:53et ne pas s'y engager comme il a pu le faire,
01:56et clamer ensuite que cela n'avait guère d'importance.
01:58Trump a rendu la chose différente lorsqu'il a dit « Lorsque vous voterez, imaginez que mon nom soit sur
02:04le bulletin de vote »,
02:05car pour lui, effectivement, cette élection est capitale.
02:08Lui, les personnes qui l'entourent aujourd'hui ont des objectifs très claires pour la politique intérieure et extérieure des
02:13Etats-Unis,
02:14et un congrès qui passerait côté démocrate entraverait toute leur stratégie
02:19et mettrait des bâtons dans les routes de leurs objectifs.
02:22Romuald Siora, vous avez raison, ce coup de projecteur, ce coup de zoom donné par Trump lui-même
02:27donne une importance à des élections qui, vous avez raison de le rappeler,
02:31classiquement sont perdues par les présidents, qu'ils soient démocrates ou républicains.
02:34Concrètement, si les démocrates reprennent cette chambre des représentants,
02:37qu'est-ce qu'ils peuvent bloquer ?
02:39Le budget fédéral, les dépenses militaires, la politique migratoire, ou rien ne change ?
02:44Comment ça se passe ?
02:45Si les démocrates, le plus probable, reprennent la chambre des représentants,
02:49ils peuvent effectivement tenter, je dis bien tenter, de bloquer plusieurs décisions présidentielles,
02:55mais le pouvoir aux Etats-Unis n'est pas dans la chambre basse,
02:58c'est-à-dire la chambre des représentants, l'équivalent en France de la chambre des députés,
03:02mais plutôt dans la chambre haute, le Sénat, qui est tout puissant.
03:05Si Trump conserve le Sénat, d'abord il pourra clamer victoire,
03:10et il pourra toujours contourner la chambre des représentants,
03:14essentiellement en gouvernant par décret.
03:16Par contre, si le Sénat bascule également côté démocrate,
03:20ce qui est une possibilité, même si nous n'en sommes pas certains à l'heure qu'il est,
03:24là ce serait évidemment catastrophique pour l'exécutif.
03:27Trump ne pourrait plus nommer de hauts fonctionnaires,
03:31il ne pourrait plus continuer ses expéditions à l'étranger,
03:34style la guerre en Iran,
03:36il ne devrait plus qu'avoir à répondre devant les sénateurs.
03:41Parce qu'il n'y a qu'une partie, Romuald de Surat, du Sénat,
03:44qui est renouvelée à cette occasion.
03:48La scène internationale, ça compte, c'est fondamental,
03:50même il y a ces deux guerres,
03:51celle dans laquelle est empêtré le président Trump au Moyen-Orient,
03:57et puis sa position vis-à-vis de Poutine,
04:00et la guerre en Ukraine,
04:01avec évidemment toute la dimension, on va dire, géostratégique,
04:07mais pas seulement, il y a le pétrole,
04:09il y a ces réserves de diesel que Poutine peut libérer.
04:14Trump là-dessus, les mis termes peuvent peser
04:17dans la suite des événements pour lui,
04:19en ce qui concerne ces deux conflits ?
04:21La suite, les mis termes, oui, je le répète,
04:24si le Sénat bascule côté démocrate,
04:26pourrait peser quant à la guerre en Iran.
04:29Si Donald Trump décidait de reprendre des bombardements,
04:32il aurait donc à répondre, une fois encore, devant le Sénat.
04:36Mais n'oublions pas une chose,
04:37même si mardi, le Congrès bascule dans son ensemble côté démocrate,
04:43ce nouveau Congrès élu n'entrera en fonction que vers la fin janvier.
04:47Donc Donald Trump aura encore quelques mois
04:50pour pouvoir faire ce qu'il veut,
04:52quelques mois avec les mains libres.
04:54Mais oui, logiquement, théoriquement,
04:56à terme, il ne pourra évidemment plus faire ce qu'il veut en Iran.
05:00Pour ce qui est de la Russie, c'est différent.
05:04Pour l'instant, les Etats-Unis ne sont pas engagés
05:07dans le conflit ukrainien, d'un côté comme de l'autre, évidemment.
05:11Et le deal sur le diesel, par exemple,
05:14n'est pas un accord d'alliance officielle.
05:16Donc le Président pourra encore,
05:18s'il le souhaite, faire ce genre de choses.
05:21Par contre, effectivement, une nouvelle fois,
05:22il devra répondre de ses actions devant le Sénat.
05:25N'oublions pas une autre chose concernant les pouvoirs aux Etats-Unis.
05:29Le sort de gravité du pouvoir, au contraire de la France,
05:33n'est pas à l'Élysée en France ou à la Maison-Blanche,
05:36mais le plus souvent au Congrès.
05:38Donc, une fois encore, un Congrès entièrement républicain
05:41serait pour Trump un handicap majeur.
05:44C'est pourquoi il s'apprête à contester des résultats.
05:47Encore un mot, il nous reste une minute.
05:49Muald Siora, vous êtes franco-américain, vous êtes un expert.
05:52Dans votre livre, vous êtes sévère à l'égard de Donald Trump.
05:56Vous avez déclaré, je crois que c'est dans le Figaro,
05:57que la démocratie américaine ne se relèverait jamais totalement
06:00de son passage au pouvoir.
06:03Vous dites qu'il a abîmé l'Amérique ?
06:06Oui, bien évidemment, Trump n'est pas le premier.
06:08Mais l'Amérique traverse une crise démocratique
06:10depuis déjà trois décennies.
06:12La deuxième présidence Trump aura accéléré le mouvement.
06:15Il est arrivé au pouvoir avec des personnes
06:17qui ont une vision très particulière
06:18de ce que doit être la démocratie.
06:20Les bastions de celle-ci sont attaquées depuis un an et demi.
06:23Et bien évidemment, celle-ci ne relèvera pas tout à fait
06:27du passage de Trump.
06:28Les Américains ont été habitués à avoir certaines libertés bafouées.
06:32Ce qui était anormal hier est devenu la normalité du jour.
06:37Et plus rien ne sera exactement comme avant.
06:39Merci à vous. Merci pour cet éclairage, Romuald Sciorra.
06:42Je rappelle, vous êtes directeur de l'Observatoire politique
06:44et géostratégique des Etats-Unis de l'IRIS.
06:47Vous êtes un expert et auteur de cette lettre ouverte à Trump
06:51d'un Américain de papier paru aux éditions Point Nemo.
06:55L'essentiel, ce sera donc ce vote mardi.
06:58Et nous serons particulièrement attentifs, vous nous l'avez dit,
07:02à ce qui va se passer au Sénat des Etats-Unis.