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  • il y a 9 minutes
Avec Mayada Boulos, PDG de Havas Paris

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##INVITE_ECO_SAMEDI-2026-10-31##

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News
Transcription
00:03Et bonjour à vous Maya Daboulos, plaisir de vous accueillir ce matin, vous êtes PDG de Havas Paris,
00:11ancienne conseillère à la communication du Premier Ministre Jean Castex, auteur du livre
00:17autobiographique de Bonne Famille paru chez Grasset, l'interview éco fait un pas de côté ce matin avec vous,
00:24c'est une patronne française que nous recevons, vous acceptez cette qualification j'imagine,
00:30et vous dirigez un groupe de conseil très influent de renommée mondiale, tout d'abord j'aimerais que vous portiez,
00:36si vous le permettez, un regard sur ce que traverse ce pays à moins de 6 mois de l'élection
00:41présidentielle,
00:42manif à répétition de lycéens de syndicats de gilets jaunes avec leur lot de violences de pillages,
00:47Maya Daboulos, est-ce que la France est en crise profonde ?
00:50Vous savez, moi je suis d'origine égyptienne, et j'ai ce double regard sur la France,
00:56à la fois de l'intérieur et de l'extérieur.
00:58Quand on regarde en plan large, les manifestations, et même si on peut dire les émeutes,
01:04ne sont pas un phénomène nouveau en France, et si on regarde le verre à moitié plein,
01:09c'est aussi ce qui permet de redonner un élan à la démocratie.
01:12Moi ce que j'entends, c'est aussi des lycéens qui bloquent les écoles.
01:15Bloquer les écoles, ça veut dire s'intéresser à l'école.
01:17Et ça, c'est quelque chose de positif.
01:20Vous préférez voir le verre à moitié plein, c'est ce que vous nous dites ce matin,
01:23Maya Daboulos.
01:23Dans votre ouvrage, qui est une autobiographie de Bonne Famille,
01:28dont je conseille la lecture, c'est passionnant,
01:31vous évoquez une scène de gestion de crise avec Jean Castex,
01:35nous y sommes, avec Nicolas Revelle, son directeur de cabinet,
01:39ce sont les anti-vax qui défilent à l'époque,
01:42et vous, vous conseillez au Premier ministre de dire,
01:45on va leur faire changer d'opinion en grosso modo,
01:48on va prioriser les plus fragiles pour les distributions de doses de vaccins,
01:52et puis l'opinion se retourne avec cette histoire.
01:55J'ai envie de vous poser des questions,
01:56est-ce que dans cette séquence que nous vivons là aujourd'hui,
01:58il n'y a pas un problème de communication politique ?
02:01Sans doute.
02:02Après, moi je ne fais plus de politique depuis 4 ans,
02:04et c'est un peu facile de venir faire l'inspectrice des travaux finis.
02:07La politique, c'est difficile en fait,
02:09et donc je pense qu'il faut toujours aborder ces questions avec humilité,
02:12et ne pas oublier que derrière les politiques qui prennent des décisions,
02:16il y a aussi des hommes.
02:17On a parfois tendance à l'oublier,
02:18alors ce sont des hommes qui font des erreurs,
02:20mais ce sont des hommes et des femmes quand même,
02:22qui ont parfois la possibilité de faire des erreurs.
02:29Je pense en effet qu'il y a eu une première étape
02:33dans cette crise qui dure maintenant depuis plusieurs semaines,
02:36où quelque part, par la faute des pilleurs,
02:40on a répondu en fait uniquement en termes de sécurité.
02:43Au fond, les pilleurs ont volé les commerçants,
02:46mais ils ont aussi volé la parole des lycéens.
02:48Et c'est ça qu'il ne fallait pas entendre,
02:50et je pense qu'il ne faut pas oublier de répondre à ces deux aspects de la crise.
02:54La question de la sécurité, c'est évidemment essentiel,
02:57mais il ne faut pas oublier d'entendre les lycéens,
03:00qui manifestent pour dire quoi ?
03:02Pour dire qu'il n'y a pas de prof devant les élèves ?
03:04Pour dire que les toilettes sont insalubres ?
03:06Vous savez, moi je vous réponds là,
03:07aujourd'hui pas en tant que politique,
03:08mais en tant que mère de famille qui a des enfants scolarisés,
03:11notamment un lycéen.
03:12Oui, il y a un problème dans l'école française aujourd'hui.
03:14Avis partagé, Mayada Boulos.
03:17Vous écrivez, je dirige une agence qui raconte des histoires,
03:20ça m'a surpris dans votre essai,
03:22dans un pays qui ne sait plus raconter la sienne,
03:25est-ce qu'il n'est pas un peu là le mal français aujourd'hui ?
03:28Une absence de récits ?
03:29C'est sûr, ça ne peut pas être que ça,
03:31mais je crois que l'absence de récits
03:33est quelque chose qui pèse sur les Français.
03:36Raconter des histoires, ça ne veut pas dire raconter des mensonges,
03:40pas du tout, au contraire.
03:41Moi je crois que la communication,
03:43et la communication politique est un métier très noble
03:46qui permet de remettre de la perspective.
03:48Les Français, et même tous les citoyens du monde,
03:51de manière générale, ont besoin qu'on leur parle d'eux,
03:53qu'on leur parle de leur pays.
03:54On ne peut pas, dans la perspective des élections présidentielles
03:58qui viennent dans quelques mois,
04:01uniquement promettre le sang et les larmes,
04:03ou même la sueur.
04:04Il faut donner envie, il faut faire rêver,
04:07pas mentir, mais faire rêver,
04:09donner à voir ce que serait le pays
04:11avec un beau projet présidentiel.
04:14Si je vous dis ça,
04:15c'est aussi parce qu'au fond,
04:18on a tendance à l'oublier.
04:19Peut-être que les politiques l'oublient
04:21parce qu'il y a un manque d'ancrage aujourd'hui.
04:23Je ne sais pas quelles sont les raisons profondes.
04:25Peut-être qu'aujourd'hui,
04:26les politiques ne sont plus aussi ancrées,
04:29autant sur le terrain qu'ils l'étaient autrefois.
04:31Peut-être qu'on est allé trop loin,
04:32par exemple, sur le non-cumul des mandats.
04:34Vous savez, autrefois, il y avait cette figure
04:35du député maire qui était adoré.
04:37Aujourd'hui, le maire est adoré.
04:38Il connaissait la vie des gens.
04:40Il connaissait la vie des gens,
04:41il connaissait les gens par leur prénom.
04:43Je donne quelques exemples, en effet,
04:45dans ce livre, même si ce n'est pas du tout
04:46un livre politique,
04:47mais d'un Jean Castex,
04:48qui était maire de Prades,
04:50et qui, au fond, est resté maire,
04:53même à Matignon,
04:54même en étant Premier ministre,
04:55parce qu'il s'intéressait
04:56aux préoccupations du quotidien.
04:59Et au fond, c'est ça, la politique.
05:00Il ferait un bon président.
05:01Je n'ai pas prévu de vous demander ça,
05:02mais il faut que vous en parlez, au fait,
05:04de Jean Castex.
05:04Écoutez, moi, je ne fais plus de politique aujourd'hui.
05:07Oui, je ne vais pas vous embêter avec ça.
05:07Ce qui est vrai,
05:08c'est que j'ai rencontré un homme
05:10qui est non seulement intéressé
05:12par la vie des gens,
05:12mais qui les aime profondément.
05:14Et c'est ça aussi que les Français
05:15ont envie d'avoir.
05:16Ce sont des politiques qui les aiment
05:18et qui s'intéressent vraiment à eux,
05:20et surtout,
05:21qui ont de la considération pour eux.
05:23Et avoir de la considération pour les gens,
05:25c'est aussi avoir un discours de vérité.
05:27Je pense qu'aujourd'hui,
05:29quand vous parliez d'avoir un récit
05:31pour la France, etc.,
05:32je pense que beaucoup de politiques
05:33ont tendance à infantiliser les Français.
05:35Moi, je pense que les Français
05:36sont un peuple éminemment politique.
05:39Et donc, extrêmement éveillés,
05:41par exemple,
05:41à ce qu'on appelle aujourd'hui
05:42les éléments de langage, etc.
05:43Pas du tout.
05:44Les Français n'en peuvent plus
05:46d'entendre des phrases toutes faites,
05:48des discours très marquettés.
05:49Ils ont besoin d'entendre
05:51des choses,
05:52des phrases qui viennent du cœur aussi.
05:54Alors, vous dites,
05:55ce n'est pas un livre politique,
05:56c'est vrai que c'est un livre très personnel,
05:58mais votre récit peut intéresser,
06:00notamment ceux qui manifestent aujourd'hui.
06:02Vous quittez le Caire,
06:04parce que vous êtes égyptienne.
06:05Tout à fait.
06:06Vous vivez au Caire.
06:07Oui, je grandis au Caire.
06:08Vous grandissez au Caire,
06:09et vous quittez le Caire
06:11dans des conditions difficiles,
06:13puisque vos parents connaissent la ruine,
06:15votre père décède,
06:18vous lui tenez la main
06:19jusqu'au dernier souffle,
06:21votre mère va vous suivre,
06:22c'est un personnage central de votre livre,
06:24un tempérament particulier,
06:26votre maman...
06:27Oui, si vous avez aimé
06:28Marthe Villalonga
06:28dans Un éléphant,
06:29ça trompe énormément,
06:30vous allez adorer ma mère.
06:31C'est exactement ça.
06:33En version chrétienne d'Orient.
06:34Vous connaissez, vous,
06:36oui, vous êtes copte d'origine,
06:39et vous connaissez
06:40La misère à Paris.
06:41En fait, la PDG d'Avas Paris
06:43a démarré dans La misère,
06:45à faire des petits boulots.
06:47Il y a même un épisode,
06:48vous n'insistez pas là-dessus,
06:49vous n'en faites pas un trophée,
06:50un totem,
06:51mais il y a un épisode raciste également,
06:52dans votre livre
06:53« Rentre chez toi, salle arabe »,
06:55vous dites un homme
06:56qui vous coince dans la rue.
06:59On peut, aujourd'hui,
07:00Maya Daboulos,
07:01partir de rien
07:02et s'élever dans la société ?
07:04C'est difficile,
07:05et je ne prétends pas
07:06en faire un exemple.
07:08Mais c'est vrai que moi,
07:09j'ai connu l'ascenseur social
07:10et le descendeur social.
07:12C'est-à-dire que j'ai connu la ruine,
07:13vous l'avez dit,
07:14et je suis arrivée en France
07:16à l'âge de 22 ans,
07:18sans le sou.
07:18En réalité,
07:19j'avais 300 euros
07:21en poche
07:21pour seul trésor.
07:22Et j'ai remonté la pente.
07:24Nous sommes en 2003.
07:25Nous sommes en 2003.
07:26Et ce qui est intéressant,
07:27quand on descend les escaliers
07:28et qu'on les reprend,
07:30c'est qu'on se rend compte
07:31que les escaliers existent.
07:32Alors,
07:32j'avais de la chance,
07:33je viens d'une famille
07:35cultivée
07:35qui m'a aussi
07:37donné,
07:38légué,
07:38transmis des fondamentaux,
07:40mais l'ascenseur social
07:42existe encore.
07:43Moi-même,
07:43personnellement,
07:44j'ai bénéficié
07:45de la méritocratie
07:49républicaine
07:49puisque j'ai fait des études
07:50et c'est l'école française
07:51et les grandes études,
07:54l'université française
07:56qui m'a permis
07:57de m'en sortir.
07:58Beaucoup de chance aussi.
07:59Donc,
08:00je ne prétends pas
08:00en faire un exemple,
08:01mais c'est vrai
08:02que j'ai aussi eu la chance
08:03de croiser des gens
08:04qui m'ont tendu la main
08:06et qui m'ont permis
08:08en fait
08:08de creuser mon chemin
08:11dans la société française.
08:13Il y a eu le drame
08:14de Trappes épouvantable,
08:16cette tuerie
08:16à caractère raciste,
08:18il y a eu cette mobilisation
08:19en hommage hier
08:20à Trappes et à la Verrière
08:21dans les Yvelines.
08:23Vous abordez quelque part
08:24rapidement la question religieuse,
08:25vous êtes chrétienne d'Orient,
08:26il faut le rappeler.
08:27Les coptes,
08:28c'est nous,
08:28vous dites,
08:28avec une pointe d'humour.
08:30Vous étiez là
08:31avant les Grecs,
08:31avant les Arabes,
08:32avant Nasser,
08:33je vous cite.
08:34Le fait religieux,
08:35vous pensez
08:36qu'il est pris de travers
08:37dans ce pays ?
08:38Moi,
08:39ce que je raconte
08:39dans ce livre,
08:40c'est l'observation
08:43de la montée
08:44du fait religieux
08:45en Égypte
08:45dans les années 80 et 90.
08:47Vous l'avez rappelé,
08:48moi je suis une chrétienne d'Orient
08:50qui grandit
08:50dans un pays musulman
08:51et qui voit
08:52au fur et à mesure
08:53que les années passent,
08:54les femmes se voiler
08:56et le voile
08:57et le fait religieux
08:58devenir envahissant
09:00dans la vie publique.
09:02Mais la situation
09:03ne s'applique pas du tout
09:04de la même manière
09:05à la France.
09:06Moi,
09:06ce que je raconte,
09:07c'est le point de vue
09:07d'une fillette
09:08qui regarde
09:09la rue du Caire.
09:11Évidemment
09:11que le fait religieux
09:14prend de la place
09:15et que moi,
09:15j'aspirais à une laïcité
09:17que j'ai connue
09:17par défaut,
09:18que j'ai connue
09:19par son absence
09:19et que je suis venue
09:21chercher en France aussi.
09:22Parce qu'au fond,
09:23pourquoi je viens en France,
09:24moi,
09:24à l'âge de 22 ans ?
09:25Pour trouver la laïcité,
09:27pour trouver la démocratie,
09:28pour trouver la liberté,
09:30notamment
09:30quand on est une femme.
09:32En France,
09:33la laïcité existe.
09:34Ça n'était pas le cas
09:36en Égypte
09:36et ça n'est toujours
09:37pas le cas en Égypte.
09:37Mais en France,
09:38elle existe.
09:39Il y a des lois
09:39qui protègent notamment
09:41les enfants
09:42à l'école
09:44de la pression sociale
09:47de se voiler,
09:48par exemple.
09:49Et je pense que
09:49c'est une très bonne chose.
09:50C'est une très bonne chose,
09:51vous dites.
09:51Maïa Daboulos,
09:52il va falloir conclure,
09:53malheureusement.
09:53Vous garderez bien
09:54une demi-heure
09:54ou une heure de plus.
09:56Mais je reviens
09:56avec plaisir,
09:57Jean-François.
09:57Avec plaisir.
09:58Il y a vraiment
10:00Saddam Hussein
10:00dans votre livre.
10:01Oui, tout à fait.
10:02Parce qu'au début de l'histoire,
10:03c'est pour l'anecdote,
10:05ça se passe chez votre père
10:06qui connaît Saddam Hussein,
10:07le raïs de l'Irak.
10:09Il en a été le biographe
10:11en fait,
10:11mais bien avant
10:12qu'il soit connu
10:14comme étant
10:15le dictateur sanguinaire
10:18dont on sait
10:19qu'il a été aujourd'hui.
10:21Mais je raconte
10:21en effet cette scène.
10:22C'est l'oncle Saddam.
10:23Alors,
10:24en Égypte,
10:25les enfants,
10:26par déférence,
10:27par politesse,
10:28appellent,
10:29y compris les étrangers,
10:30oncles et tantes
10:30dès lors qu'il s'agit d'adultes.
10:32Et je raconte cette scène
10:33où l'oncle Saddam
10:34est assis dans mon salon.
10:35Je suis sur ses genoux
10:36posé comme un vulgaire coussin
10:38et je lui prends les deux mains,
10:40le visage par les deux mains
10:42et je lui tourne le visage vers moi
10:44en lui disant
10:44ne t'inquiète pas,
10:45pourquoi tu ne me parles pas ?
10:46Ne sois pas timide.
10:47Tu peux me parler.
10:48Et il fout sa poche,
10:50il vous offre une montre
10:50qu'il offre à tout le monde.
10:52Tout à fait.
10:53Que j'ai toujours avec son visage
10:55en or gravé dedans.
10:56C'est complètement surréaliste.
10:58C'est extrêmement laid
10:58mais c'est vrai que c'est un objet
11:00que je garderai sans doute
11:01toute ma vie.
11:02Sapristi,
11:03vous êtes née de bonne famille,
11:04Maya Daboulos.
11:05Vous connaissez les puissants
11:06et vous avez tutoyé la pauvreté.
11:09Une seconde encore,
11:10il y a des raisons d'espérer
11:11dans ce pays qui manifeste ?
11:12Écoutez,
11:13moi,
11:13je termine ce livre
11:14en disant
11:15qu'en moi,
11:15il fait jour
11:16et que j'ai trouvé
11:17en France
11:18cette liberté.
11:19La France
11:20est un pays
11:21absolument magique.
11:22On le sait d'autant plus
11:23quand on a vécu à l'étranger
11:25qu'on le regarde
11:25depuis l'étranger.
11:26En France,
11:27il fait encore jour
11:28et il suffit d'ouvrir
11:29un petit peu les volets
11:29et de voir aussi
11:31à quel point
11:33notre pays est magnifique.
11:35C'est une belle conclusion,
11:36Maya Daboulos.
11:37Merci.
11:37De bonne famille
11:38chez Grasset,
11:39PDG de Havas Paris,
11:40s'il vous plaît.
11:41Merci d'être venu en studio
11:42ce matin.
11:43Merci à vous.
11:43Sur l'antenne de Sud Radio,
11:45après 9h à suivre,
11:45le débat.

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