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  • il y a 2 minutes
"Destins de Femmes" nous raconte les parcours des femmes extraordinaires qui tissent le lien de notre République.
Nous explorons des thèmes universels tels que la lutte pour l’Egalité des genres, la liberté d’expression, la diversité culturelle, le droit à disposer de son corps.
Emission tirée du livre de Valérie Perez-Ennouchi, "Destins de Femmes", sorti chez Ramsay, prix Edgard Faure 2021.
Une émission de Judith Beller.
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##DESTIN_DE_FEMMES-2026-10-31##
Transcription
00:00La Caisse d'épargne Ile-de-France, fière de soutenir toutes les femmes, vous présente
00:05Sud Radio, Parlons Femmes, Judith Belair.
00:09Amis auditrices, amis auditeurs, bienvenue dans Parlons Femmes sur Sud Radio.
00:12On ne vous présente plus la réalisatrice Lisa Azuelos, dont les films font partie de notre histoire.
00:16On se souvient trop très évidemment de LOL ou de Dalida.
00:19Bonjour Lisa, bienvenue.
00:20Bonjour.
00:21Alors vous nous venez aujourd'hui Lisa avec un autre type d'oeuvre, un livre autobiographique sur la plage abandonnée.
00:26C'est aux éditions Charleston dans la collection Paradis perdu.
00:28Et je dois l'avouer ma chère Lisa, ce livre a remué chez moi une sorte de nostalgie assez douce.
00:33Un très joli livre que je recommande.
00:35Sud Radio, Parlons Femmes, Judith Belair.
00:39Alors les questions Parlons Femmes ma chère Lisa pour commencer.
00:41Quelle femme selon vous incarne le courage sans compromis ?
00:50Je ne connais pas de femme qui ne fait pas de compromis, pardon mais...
00:54Il n'y en a pas une seule qui...
00:57D'abord, ce serait dommage de ne pas en faire.
01:00D'accord.
01:01Je pense.
01:05Donc il n'y en a pas en fait.
01:07Une femme fait toujours des compromis.
01:09C'est ce que vous racontez dans votre bouquin.
01:10Ne serait-ce qu'avec ses règles.
01:11Bah oui, c'est vrai.
01:13Ok.
01:14Est-ce qu'il y a un nom N-O-N qui a changé votre vie, Lisa Azuelos ?
01:21Je pense que j'ai envie de dire mon divorce, c'est un grand nom.
01:26C'est ça qui a changé ma vie.
01:28Mais il venait après un oui qui avait aussi changé ma vie, qui était mon mariage et le oui aux
01:34enfants.
01:36Non, le nom qui a changé ma vie, et j'en parle dans le livre, c'est quand j'ai
01:40dit non à ma mère.
01:41En fait, là, j'étais vraiment jeune, j'avais 12 ans.
01:44Et j'ai dit, je vais partir chez mon père.
01:46Et c'est ma décision, c'est pas moi qui ai été trimballée par une décision de justice.
01:50Et c'était pas simple de l'imposer en plus.
01:52Non, j'ai repris ma vie en main à ce moment-là.
01:55Très tôt, donc.
01:56C'est très, très tôt.
01:57Sur le coup, je pensais que j'étais déjà très vieille.
02:00Mais maintenant, je me rends compte que c'était très tôt.
02:03Est-ce que le pouvoir féminin, ça fait peur, selon vous ?
02:06En fait, à qui ?
02:08Bah, je sais pas. Aux hommes ?
02:10Ah !
02:12J'adore, c'est quelqu'un qui a interviewé une femme sur les réseaux,
02:15qui lui a dit si des hommes n'étaient plus là, qui vous protégerait ?
02:18Et elle a dit, mais de qui ?
02:19Mais de qui ?
02:19Bien sûr.
02:20Donc, c'est un peu pareil.
02:21Le pouvoir féminin, pour moi, c'est un pouvoir qui est relié plus à une puissance, en fait.
02:28Une puissance à la fois de guerrière et de guérisseuse.
02:32Et c'est le pouvoir qu'on a brûlé pendant le Moyen-Âge.
02:37À Salem.
02:38Il est resté là, le pouvoir des femmes.
02:40Et donc, il fait toujours peur ?
02:42En fait, ce qui fait peur, c'est pas les femmes, c'est le pouvoir de la vulnérabilité et du
02:47courage.
02:49C'est beau, ça, le pouvoir de la vulnérabilité.
02:50Oui, mais c'est pas de moi, alors je vais donc dire de qui c'est, puisque c'est comme
02:53ça que je l'ai appris.
02:54C'est une femme que j'admire énormément, qui s'appelle Brené Brown, aux États-Unis, et qui a écrit
02:59Le pouvoir de la vulnérabilité.
03:01C'est vraiment intéressant comme concept, parce que c'est très juste.
03:04C'est aussi dans le Nouveau Testament, quand Jésus parle de l'agneau, qui est la plus grande force, en
03:10fait, parce que c'est un agneau et que faire du mal à un agneau, on sait que le mal,
03:14il est en soi et pas dans le vulnérable.
03:18Et ce patriarcat dont on entend tant parler, alors, selon vous, il existe ?
03:22Ce mot me fatigue, je n'en peux plus, en fait.
03:25OK.
03:25Voilà, c'est des chaussures de ski de Josiane Balasco, quand elle ne peut pas les enlever.
03:31OK, d'accord.
03:31Voilà, c'est ça l'image que j'ai du patriarcat aujourd'hui.
03:34Oui, d'accord.
03:35Donc, c'est un mot qu'on projette sur...
03:36C'est un mot où personne ne va savoir comment le définir.
03:41Le patriarcat, moi, je ne serais pas compte s'il nous protégeait.
03:46Pourquoi ? Enfin, pour moi, le patriarcat est censé nous protéger et le matriarcat est censé nous adoucir.
03:54Je ne sais pas, quelque chose comme ça.
03:56Mais là, c'est...
03:57Mais ça, c'est que des carcans.
03:58Vous, vous êtes sortis avec la force du poignet, c'est ce que vous racontez aussi dans votre livre, ça,
04:03Lise.
04:03Oui.
04:03Vraiment que c'était important, cette libération, de recommencer à respirer par vous-même, quoi.
04:08En fait, pour l'instant, j'en suis à part moi-même.
04:12Respirer, c'est l'art de vivre, en fait.
04:16D'accord.
04:16Puisqu'on vit entre le premier inspire et le dernier expire.
04:19C'est vrai.
04:20Donc, voilà.
04:21C'est vrai.
04:22Est-ce que vous auriez un souhait pour toutes les femmes du monde ?
04:24Qu'elles arrêtent de se sentir coupables.
04:27C'est un mon souhait.
04:28Ce sentiment de culpabilité permanente de la mère, de la fille, de la sœur, ce que vous racontez aussi.
04:33Maintenant, j'ai ma nouvelle phrase, ma fille habite à Marseille.
04:36Je dis, la bonne mère n'existe que sur le toit de l'église à Marseille.
04:39C'est très joli.
04:41C'est très joli.
04:43Il y a un truc que j'ai relevé dans votre bouquin.
04:45Il y a plein de choses que j'ai relevées.
04:47Mais c'est déjà la mère, la mère.
04:49En fait, vous avez choisi la mère, A-M-E-R.
04:52Vous avez refusé la mère.
04:54En fait, il y a un lien entre, pour vous, la mère, en tout cas votre mère, c'était quelque
05:00chose d'amer, justement.
05:01Et vous avez préféré le sucré, Saint-Tropez, et on peut dire presque les paillettes dans lesquelles votre père vous
05:09a plongé, finalement.
05:10pour sortir de cette amère de la mère.
05:12C'est très intéressant comme concept aussi.
05:14Parce que ça fait réfléchir sur ce positionnement de la relation mère-fille, qui peut être parfois...
05:19Mais c'est...
05:21Avant d'écrire ce livre, je ne pensais pas qu'autant de filles étaient concernées par des mères amères.
05:29Par une vie amère, pleine d'amertume, à cause de leur mère.
05:34Et je suis assez heureuse, du coup, d'avoir parlé de ça.
05:37Je trouve que ce n'est pas un sujet extraordinaire.
05:41Beaucoup de gens en ont parlé avant moi.
05:42Non, mais vous le dites joliment.
05:43Vous dites qu'il pourrait blâmer une enfant de préférer le sucré à la mère.
05:46Oui.
05:46C'est très joliment dit.
05:48À sa mère.
05:48Sur la plage abandonnée, le livre de Léza Azuelos.
05:52Sur la plage abandonnée.
05:54On était obligé.
05:55On est obligé.
05:57Coquillages et crustacés.
06:00Qu'il eût cru déplore la perte de l'été.
06:04Qui depuis s'en est allé.
06:06Sur la plage abandonnée de Léza Azuelos, aux éditions Charles Eston, dans la collection Paradis perdu.
06:13Il y a votre histoire dans ce livre, qui est touchante, vraiment.
06:16Et puis, quand on vous lit, on sent aussi le soleil sur la peau.
06:20On sent l'odeur des pains, le bruit des cigales.
06:23On vit Saint-Tropez.
06:24Ce Saint-Tropez-ci qui n'est plus, qui était un petit village, que vous avez vu complètement grandir, éclater.
06:29Et que vous retrouvez d'ailleurs en hiver, quand les touristes le désertent.
06:33Et finalement, on a cette espèce de douceur, de poésie qu'il y a, qu'on n'attrape pas forcément
06:37quand on est un touriste de passage à Saint-Tropez.
06:40Donc, c'est aussi une ode à ce village qui est votre refuge.
06:44En fait, je pense qu'à aucun moment, on peut dire que ce Saint-Tropez-là n'a disparu.
06:50Et à aucun moment, on peut dire qu'il existe encore.
06:53C'est un peu comme nous.
06:54À aucun moment, on est le même.
06:56Et à aucun moment, on n'est pas le même.
06:59Voilà.
06:59C'est le propre du fait d'exister.
07:02C'est qu'on change avec...
07:03C'est l'histoire qu'on se raconte aussi, finalement.
07:05C'est l'histoire qu'on se raconte.
07:06Et c'est vrai que c'est facile de taper sur un endroit qui peut être aussi ridicule.
07:13En été, oui.
07:14En été, c'est ridicule.
07:16Mais en fait, c'est aussi parce que c'est ridicule que je l'aime autant.
07:20C'est que, vous savez, moi, j'ai beaucoup d'amour pour ce qu'on a appelé pendant un temps
07:25les cagoles.
07:26Et Saint-Tropez, c'est à la fois une cagole et une femme du monde.
07:31C'est à la fois un vieux pêcheur et puis un mec bourré.
07:38C'est aussi pour vous la dualité du pensionnat et de la vie chaude ensuite.
07:43C'est-à-dire que cette dualité que vous me racontez maintenant,
07:46c'est une dualité qui est inhérente à toute votre vie, en fait, les asuelos aussi.
07:49Parce que vous êtes...
07:50Donc, pour les auditeurs, vous avez été en pension.
07:53Votre mère vous a mis en pension très jeune.
07:55Et ça a été un abandon, en fait.
07:57En fait, c'est pas tant la pension.
08:00Parce qu'il peut probablement y avoir des pensions douces.
08:02Alors, avec Bétharam, on s'est rendu compte qu'il y en avait aussi des pas très douces.
08:06Moi, j'étais plutôt en Bétharam style.
08:09Et surtout, j'ai été placée dès mes six mois, en fait, en nourrice.
08:14Comme probablement au XVIIIe siècle.
08:16Je veux dire, il y a une époque, les mères n'élevaient pas leurs enfants.
08:19Ça ne se faisait pas.
08:20Et c'est très récent, finalement, que les mères soient, à ce point-là, engagées dans l'éducation des enfants,
08:29finalement.
08:30Et alors, cette position de mère, comment est-ce que vous l'avez trouvée, vous, justement ?
08:34Alors, vous le racontez un peu dans le bouquin, mais on a envie que vous le disiez avec vos mots.
08:39Vous avez fait exactement l'inverse, quoi, que Marie Laforêt, votre maman.
08:43Je crois qu'on se jure toujours qu'on ne fera pas comme nos parents.
08:46Il y a toujours un bout qui reste.
08:48Et il y a des endroits où on fait comme nos parents.
08:50Et il ne faut pas s'en vouloir de ces moments-là.
08:53Mais moi, j'ai la chance de penser que nos enfants nous choisissent.
08:59Et j'ai toujours reçu leur arrivée comme une gratitude, comme un cadeau, en fait.
09:05Et moi, quand on m'offre un cadeau, en général, je dis merci.
09:08C'est tout, quoi.
09:10Ce qui agréve, c'est que les choses sont simples quand on vous écoute, les insuels.
09:13Ah ouais ?
09:14Elles sont simples, c'est nous qui sommes compliqués.
09:17Ouais, c'est vrai.
09:18Alors, ce qui est intéressant, c'est que vous abordez aussi des thèmes universels dans ce bouquin que je rappelle
09:22sur la plage abandonnée.
09:24C'est les blessures de l'enfance et puis la reconstruction de soi qui passe forcément aussi par le pardon
09:31à un moment donné.
09:32Puisque vous avez pardonné à vos parents, on va parler de votre papa après.
09:35Mais votre mère, finalement, vous l'avez retrouvée aussi à un moment donné.
09:39Oui, mais c'est vrai que...
09:40Vous l'avez comprise, en tout cas.
09:41Votre émission s'appelle Parlons Vrai.
09:44Parlons Femmes, mais on est sur Sud Radio.
09:45Parlons Vrai, ça marche aussi.
09:47Parlons Vrai.
09:48Alors, votre émission s'appelle Parlons Femmes.
09:51Et on parle femmes parce qu'on parle vrai.
09:54Et je pense que c'est important, en tant que parent et en tant qu'enfant, de se parler vrai.
09:59Moi, mes parents, j'avais que ça à faire avec eux.
10:02Ils m'ont fait très peur jusqu'au jour où ils ne m'ont plus fait peur.
10:05Et en fait, c'est quand on a peur des gens qu'on ne leur parle pas.
10:08C'est vrai.
10:08Et moi, j'ai arrêté d'avoir peur d'eux puisque je suis devenue presque plus agressive qu'eux, en
10:12fait.
10:13J'ai adoré cette période de ma vie où j'ai été ultra agressive, ultra violente, ultra en colère.
10:19Donc, je me reconnais beaucoup dans l'agressivité et la colère des gens en général.
10:24J'adore ça, la colère.
10:25Mais il ne faut pas qu'elle nous brûle.
10:27Non, ça peut être un élément qui fait avancer plus rapidement, en fait.
10:31Mais on ne se fait jamais entendre avec la colère.
10:34On se fait entendre avec la vérité et la vulnérabilité.
10:37C'est vrai.
10:39Et cette reconstruction de soi, cette résilience, en fait, c'est un petit peu la clé, j'ai envie de
10:43dire, pour tout le monde.
10:44C'est-à-dire que quand il nous arrive quelque chose de grave, ok, c'est un constat.
10:47Mais après, qu'est-ce qu'on fait après, j'ai envie de dire ?
10:49Qu'est-ce qu'on en fait ?
10:50Ce n'est pas qu'est-ce qu'on fait après, c'est qu'est-ce qu'on fait avec.
10:52Voilà, c'est ça.
10:53C'est plus ça, en fait, le concept.
10:56C'est drôle, là, en ce moment, sur Netflix, il y a à l'est d'Éden, et ils parlent
11:00de ce concept dans la Bible.
11:02Tim Shell, c'est un mot en hébreu, qui veut dire ça.
11:04J'ai toujours le choix.
11:07Voilà.
11:08Quelles que soient les choses qui arrivent, on a toujours le choix.
11:11Et ce que tu vas choisir, c'est ça, ta vie.
11:13Ce n'est pas ce qu'ont décidé tes parents, ce n'est pas où tu es née, ce n
11:16'est pas tout ça.
11:18C'est le choix que tu avais et ce que tu as choisi.
11:21Et ce que tu as choisi, c'est important que ni tu t'enveuilles, ni que tu te sentes coupable,
11:26mais que tu l'assumes à tout moment, en fait.
11:28Et du coup, quand vous dites ça, vous parlez de vous, c'est-à-dire que tout ce que vous
11:31avez fait, vous assumez, vous n'en voulez pas ?
11:33Vous n'avez pas de culpabilité aujourd'hui, les azules ?
11:35Non, je n'ai vraiment pas de culpabilité.
11:38Je ne vois pas, mais je me suis sentie coupable.
11:41Ça a été un long chemin, quoi.
11:42Ouh là !
11:43C'est pour ça que tout ce que j'ai fait après dans mes films, c'est pour aider les
11:47femmes à ne pas se sentir coupables, puisque j'ai parlé de quelque chose que je connaissais, la culpabilité.
11:53Moi, à l'époque, je pensais que si...
11:54C'est des thèmes universels, parce que c'est vrai que quand on vous lit, quand on regarde vos films,
11:57on se sent toujours concernés d'une manière ou d'une autre, quand on est une femme, en tout cas.
12:00Clairement.
12:01Alors, ce que j'aime bien, c'est que les hommes aussi se sentent concernés, mais ils n'aiment pas
12:04le dire.
12:07C'est ça qu'on aime.
12:08Et Parlons Femmes, sur Sud Radio, on va revenir dans un instant, vous attaque la réalisatrice et auteure Lisa Azuelo.
12:13C'est son très joli livre, Sur la plage à abandonner, c'est aux éditions Charleston, dans la collection Paradis
12:18perdu.
12:18A tout de suite.
12:19La Caisse d'Épargne-Île-de-France, fière de soutenir toutes les femmes, vous présente Sud Radio, Parlons Femmes, Judith
12:27Belair.
12:28Parlons Femmes, sur Sud Radio, donne la parole à celles qui tracent leur route.
12:31Parlons vrai avec la réalisatrice de renom, Elisa Azuelo, désormais auteure, et son livre autobiographique sur la plage à abandonner,
12:37c'est aux éditions Charleston, dans la collection Paradis perdu.
12:41Alors, en disant, on va parler un peu de votre père, Judas Azuelo, qui était un homme d'affaires,
12:47qui aimait ce qui était séduisant, mondain, un peu séducteur, un peu prédateur aussi.
12:52Playboy.
12:53Ouais, Playboy.
12:54Voilà, comme ça se faisait à l'époque, avant MeToo, quoi.
12:57En fait, il est né en même temps que Hugh Hefner, à peu près.
12:59Donc, en fait, c'est Hugh Hefner, le mec qui a fondé le magazine Playboy et les Playmates.
13:06Et avant Hugh Hefner, ce que j'ai compris en voyant le documentaire, c'est qu'il n'y avait
13:10pas d'hommes.
13:11Ils n'avaient pas où se mettre s'ils n'étaient pas mariés.
13:14En fait, ça ne devenait pas un homme.
13:16Et Hugh Hefner a dit, ben non, ça peut être aussi un Playboy, un garçon qui joue.
13:20D'accord.
13:21Et donc, votre père, c'était un garçon qui jouait ?
13:22C'était un garçon qui jouait, qui jouait avec les femmes.
13:25En général, ils jouent tous ou avec leur zizi ou avec les femmes ou avec les deux.
13:29Ok, j'adore.
13:31Et alors, vous, c'est le début de votre réveil de conscience pour le droit des femmes, du coup, d
13:36'avoir un père pareil, en fait.
13:37Ah ben, mon père, ça a été mon plus grand maître féministe.
13:40C'est mon plus grand maître féministe.
13:41C'est vraiment...
13:42Vous pouvez sortir la phrase qu'il vous a dit sur Weinstein ?
13:44Ah, mais c'est ma phrase préférée.
13:45Je l'ai racontée à un humoriste.
13:47Il m'a dit, est-ce que je peux m'en servir un jour ?
13:49Ben, c'est une époque où il était très, très malade à l'article de la mort.
13:52Mais il continuait à lire le journal.
13:54Bon, je pense que ça lui faisait croire qu'il faisait encore partie de ce monde.
13:58En tout cas, des gens qui lisent le journal.
14:02Et il regarde un article comme ça.
14:04Et il y avait un article sur Harvey Weinstein.
14:06Et il me regarde.
14:07Il savait déjà que j'avais eu plusieurs combats féministes et tout ça.
14:10Et il me dit, ce malheureux Weinstein, avec sa vieille voix comme ça.
14:15Et je lui dis, mais papa, il te reste six mots par jour.
14:17C'est le président original en plus.
14:20Oui, c'est le patient zéro, quoi.
14:21En fait, c'est vraiment...
14:22C'est l'impatient zéro, quoi.
14:24Et je lui dis, mais c'est pas possible.
14:26Pourquoi tu me dis ça ?
14:27Et j'ai eu une énorme conversation que je relate dans le livre pour essayer de lui expliquer
14:31pourquoi le viol, c'est insupportable pour une femme.
14:34Je suis obligée d'expliquer ça à mon père.
14:35Parce que pour lui, le viol, c'est dans nos têtes, quoi.
14:38Je lui dis, ben non, on a un endroit où ça se passe.
14:41Et quand on ne veut pas, ça fait mal.
14:44Et puis, je n'ai pas réussi à le convaincre, vraiment.
14:48Et à un moment, je lui ai dit, mais enfin, papa, on n'est pas là pour vous.
14:52Parce que je ne savais plus quoi dire.
14:54J'avais plus d'arguments intelligents.
14:55Et là, il a eu la tête d'un enfant de 4 ans.
14:58Et il m'a répondu, mais enfin, si.
15:01Et là, j'ai tout compris, en fait.
15:03Ils ont ça en eux.
15:04Et c'est normal qu'ils aient ça en eux.
15:06Parce que nous accouchons aussi des garçons.
15:09Et nous sommes là pour eux.
15:11Et ils n'arrivent pas à switcher sur le fait qu'on ne sera pas toujours là pour eux, quoi.
15:15C'est aussi le rapport de la mère aux garçons, effectivement, originel, qui fait tout, en fait.
15:20C'est notre responsabilité d'élever des garçons qui ne deviennent pas des connards, en fait.
15:24Je suis bien d'accord.
15:26D'ailleurs, on aurait envie de dire, au lieu de dire à nos filles de faire attention,
15:30on aurait envie de dire aux garçons de se calmer un peu.
15:33Parce que quand nos filles sortent en boîte de nuit, on flippe aujourd'hui.
15:36Mais en fait, finalement, si on élevait mieux nos garçons, on n'aurait pas cette angoisse, quoi.
15:40Vous savez, les statues grecques, elles ont des tout petits zizi.
15:43Parce que pour les Grecs...
15:45C'était considéré comme...
15:46C'était ça, la beauté.
15:47Non.
15:48Savoir se retenir pour un homme.
15:50Un homme, ça se retient, disait Camus.
15:52D'accord.
15:53Savoir retenir sa libido, son érection.
15:58C'est ça qui fait un homme.
16:00C'est pour ça que toutes les statues grecques ont des tout petits zizi.
16:02Alors qu'ils ont des énormes muscles.
16:05C'est vrai.
16:06Tu vois ?
16:06Donc, voilà, moi j'ai été chercher pourquoi.
16:09Et en fait, c'est ça qu'il faut qu'on inculque à nos enfants, à nos garçons.
16:13C'est être viril, c'est pas savoir bander, c'est savoir être accueilli.
16:18C'est ça, être viril.
16:20C'est bien résumé.
16:22Vous, pour continuer sur le rôle des femmes, vous en parlez dans votre livre aussi, Léza.
16:27Vous avez co-réalisé votre premier long-métrage avec votre ex-mari, Patrick Alessandra, ainsi soit-elle.
16:32Et votre nom, en fait, il vous a demandé de ne pas le mettre sur l'affiche en co-réalisation,
16:36en fait.
16:37Et vous avez accepté.
16:39En fait, c'est pas tout à fait ça.
16:40C'est-à-dire qu'il était le réalisateur et moi j'étais le coach des acteurs.
16:44Mais maintenant que je fais des films, je sais que diriger les acteurs fait partie du métier.
16:50C'est même la grosse partie.
16:51C'est même la base.
16:53A la limite, ne gérait que la caméra.
16:56Les acteurs, c'est vraiment le rôle du réel.
16:58Donc moi, j'avais le rôle de parler aux acteurs.
17:00Et je pense qu'il avait une vraie difficulté, en fait, à parler aux humains.
17:04Mon ex-mari, je ne lui en veux pas du tout, avec le recul.
17:08Il m'a même rendu service, en fait.
17:09J'ai fait un stage.
17:11Bon, comme beaucoup de stages très mal rémunérés, et souvent attribués aux femmes.
17:16Mais ça m'a permis de faire un film gratuitement, en fait.
17:19De me faire mes armes, de voir comment on pouvait parler aux acteurs, etc.
17:23Oui, mais c'est aussi un début de conscience de votre volonté de sortir du carcan et de faire votre
17:26route toute seule, quoi.
17:27Ah ben, quand j'ai vu que le film a été un flop incroyable...
17:31En plus, il ne l'a pas fait comme vous aviez envie.
17:33Évidemment, après, c'est le réalisateur qui a tous les droits.
17:36Donc moi, je n'avais plus le droit à la parole.
17:38Et en fait, à l'époque, j'étais déjà assez maltraitée, en fait, et pas heureuse dans ce mariage.
17:45Et je supportais tout, parce que je me disais, c'est normal, une femme doit être traitée comme ça.
17:48Moi, élevée par un mari, vous imaginez.
17:51Pour moi, c'était normal.
17:53Mais je n'ai pas supporté qu'il touche à une virgule de mon œuvre.
17:56Et c'est grâce à mon œuvre que j'ai reconnecté avec la femme qui voulait sortir la tête de
18:02l'eau.
18:02Que vous êtes, quoi.
18:03Que je suis.
18:04Mais je n'ai pas pu m'en rendre compte sur moi, puisque j'avais été trop maltraitée toute ma
18:08vie.
18:09Alors que sur mon œuvre, mon œuvre était fraîche, était vierge, en fait.
18:13Et je n'ai pas supporté qu'on la viole.
18:15Alors, du coup, vous avez poursuivi votre travail de scénariste derrière,
18:20et puis vous avez réalisé Comme tu es belle.
18:21Et là, c'est la vérité, en fait, qui sort de vous.
18:23Et donc, ça cartonne, quoi.
18:24C'est-à-dire que ce que vous disiez tout à l'heure est réel.
18:26Quand vous dites la vérité, ça fonctionne.
18:28C'est ça, le secret du carton.
18:30Et puis, c'est aussi ma réponse au film La Vérité, si je mens,
18:33qui ne parlait que des hommes.
18:34Et les femmes avaient un second rôle.
18:36Et moi, qui connaissais très bien cette communauté,
18:38je me disais, mais c'est quand même incroyable
18:40qu'il part un film pour parler de celles qui tiennent ensemble la communauté.
18:44C'est les femmes, autour des tables.
18:45Oui, parce que sans elles, tout s'effondrerait, bien sûr.
18:47Dans la cuisine, personne ne se retrouve autour de la table.
18:49Oui, c'est vrai.
18:51Et en fait, c'est aussi des histoires d'amour, d'amitié, de femmes, quoi.
18:54Parce que ça, c'est important pour vous de raconter ça aussi.
18:57Toujours.
18:58En général, c'est votre thème de prédilection.
19:03Maintenant, il y a beaucoup plus de femmes,
19:05il y a beaucoup plus de films, je veux dire, sur les femmes
19:08qu'à mon époque.
19:09Mais à mon époque, pour trouver un film...
19:11En fait, quand j'ai divorcé, je suis allée voir Vénus Beauté,
19:14qui était fait par une femme.
19:15Et le film m'a fait tellement de bien,
19:18mais tellement de bien,
19:19que je me suis dit, il faudra que moi aussi, je fasse un film
19:21pour que les femmes aillent bien.
19:22Et c'est comme T'es Belle.
19:24Et quand vous faites des films,
19:25est-ce que c'est pour que les gens aillent mieux, justement ?
19:27Oui, toujours.
19:28En fait, j'ai hésité entre psy et cinéaste à un moment.
19:31Et je me suis dit, mais si je fais des films
19:33et que les gens vont mieux après,
19:34je vais toucher beaucoup plus de monde
19:36que cinq personnes par jour, dans le meilleur des cas.
19:39Et en plus, d'ailleurs, à la base,
19:41vous êtes allée à Paris-Dauphine,
19:43vous alliez faire de la finance et tout.
19:44C'est quoi le moment où vous dites
19:46« Non, mais n'importe quoi, c'est pas ça que je vais faire ».
19:49C'est quand j'ai compris que...
19:52En fait, j'étais pas là pour...
19:55Je pouvais pas gagner de l'argent
19:56en faisant que de l'argent.
19:58Parce que j'allais devenir folle.
20:00Et puis c'est aussi quand tout le monde demandait
20:01« C'est quand le 1er septembre, quoi ».
20:04D'accord.
20:05Je me suis dit « Là, je peux pas travailler dans un bureau, en fait ».
20:07C'est clair.
20:08Et le fait d'être mère aussi,
20:10cette expérience que vous avez vécue, etc.,
20:13ça vous a fait forcément aborder
20:14l'éducation de vos enfants complètement autrement.
20:16Comment est-ce que vous avez fait
20:18pour gérer justement le fait d'être une mère présente
20:21avec un métier qui prend quand même énormément de temps
20:23et d'énergie, quoi ?
20:26J'ai dealé avec la culpabilité de mon absence.
20:29C'était ça, en fait, le gros challenge pour moi
20:31puisque ça me renvoyait directement aux absences de ma mère.
20:35Mais ma mère m'a quand même montré l'exemple
20:38dans le sens où elle a eu une splendide carrière
20:40grâce à ses absences.
20:44Donc, j'ai eu la chance d'être aidée à mon troisième enfant.
20:48D'abord, on est dans un pays, à l'époque,
20:50qui était merveilleux,
20:51où on pouvait mettre les enfants en crèche,
20:52où il y avait des aides de l'État,
20:55où le système fonctionnait, on va dire.
20:57Ce qui est moins le cas aujourd'hui.
20:59Ce qui est encore le cas par rapport aux autres pays,
21:03mais qui est beaucoup moins le cas
21:04que peut-être quand moi j'ai eu des petits-enfants.
21:08Et puis, c'était beaucoup plus sécure, en fait,
21:09dans les crèches et tout ça.
21:11Mais il n'y avait pas toutes ces histoires.
21:12Oui, voilà.
21:13Mais du coup, j'ai eu une aide
21:15qui m'a aidée à partir de mon troisième enfant à la maison
21:18et qui s'appelle Sadia
21:19et qui est devenue comme un membre de notre famille.
21:25Enfin, qui est un membre de notre famille.
21:27Et sans elle,
21:28je vais aller remercier à tous les génériques de mon film,
21:30de mes films en premier,
21:32parce que sans elle, je ne peux pas travailler.
21:34En fait, je n'aurais pas pu être le père qui gagne de l'argent.
21:38J'aurais dû rester une mère au foyer
21:40parce qu'on ne peut pas être au four et au moulin.
21:42Ce n'est pas vrai.
21:44C'est dur.
21:45Il faut une aide,
21:46que ce soit une aide de l'État,
21:47une aide à domicile,
21:48une aide financière,
21:49une nounou, ce que tu veux.
21:51Tu ne peux pas travailler quand tu as des enfants.
21:53Bah oui, mais tu ne peux pas travailler quand tu as des enfants.
21:55Et si tu ne fais que t'occuper des enfants,
21:57tu ne peux pas...
21:57Enfin, je veux dire,
21:59c'est un espèce d'oxymore
22:02qui ne t'amène pas à la vie.
22:05Et justement, le fait d'avoir...
22:06Parce que vous vous êtes rapprochée de votre mère,
22:08Marielle Forêt, avant qu'elle décède.
22:09Elle est décédée en 2019.
22:11Qu'est-ce qui vous a fait du bien, justement,
22:14dans ce rapprochement ?
22:15Et comment est-ce que vous vous êtes dit au revoir, en fait ?
22:18Sur le coup,
22:20j'ai détesté, en fait,
22:22parce que c'était une semaine,
22:23je me réjouissais,
22:24il y avait mes filles et elles.
22:25Donc, on a vraiment vécu
22:27un gynécé extraordinaire.
22:30Mais de temps en temps,
22:31elle disait,
22:32mon Dieu,
22:32ce qui sont tartes,
22:33tes enfants,
22:34enfin, des trucs aussi horribles que ça, quoi.
22:36Où elle s'engueulait avec mes gosses,
22:37en leur disant,
22:38vraiment,
22:38vous êtes des incultes,
22:39vous ne connaissez rien,
22:40vous ne pensez rien,
22:41vous pensez mal.
22:42Enfin, voilà.
22:43Et puis, tout à coup,
22:43elle était hyper mignonne.
22:44Elle disait,
22:44bon,
22:45qui veut que je fasse un gâteau au chocolat ?
22:47C'est pour ça que je me dis,
22:48bon,
22:48elle était peut-être un peu bipolaire,
22:50ou voilà.
22:51Et donc,
22:52sur le coup,
22:52j'étais frustrée
22:53parce que je m'attendais
22:54à ce que ce soit que
22:56bisounours
22:57et rose
22:58et mignon.
22:58Et de temps en temps,
22:59c'était insupportable
23:00et j'avais envie de la tuer
23:01de mes propres mains.
23:02Sauf que le fait
23:03d'avoir vécu ça,
23:05on ne nous l'enlèvera jamais.
23:07Mes filles ont vécu
23:08avec leur grand-mère,
23:09la grand-mère a vécu
23:10avec ses petites filles.
23:12Et ça,
23:13c'est de l'expérience.
23:14Et la vie,
23:14c'est que ça,
23:15de l'expérience.
23:15Ça vous amène là
23:16tout ce que vous avez vécu
23:17avec les uns ?
23:18Ça m'a tellement,
23:19tellement rassurée
23:21d'avoir pu vivre ça.
23:22Et je suis la seule
23:23qui a vécu ça,
23:24en fait.
23:25Mes frères et sœurs
23:26n'ont pas pu vivre ça.
23:28Merci beaucoup,
23:29les Azuelos.
23:29Merci beaucoup.
23:30Quel joli livre
23:30vous avez écrit,
23:31vraiment.
23:32Merci, vraiment.
23:33C'est sorti aux éditions
23:35Charleston
23:35dans la collection
23:36Paradis perdu.
23:36Je le recommande vraiment.
23:37Ça me touche infiniment.
23:39Et ça se lit facilement,
23:40rapidement
23:41et c'est un vrai bonheur.
23:42Merci beaucoup.
23:44Merci à toutes les éditions.
23:45C'est adorable.
23:46Avec plaisir.
23:47On dit juste au revoir
23:48aux auditeurs.
23:49Merci d'être fidèle
23:50à Parlons Femmes
23:50sur Sud Radio.
23:51On se retrouve demain
23:52à 19h pour cet excellent
23:53et samedi prochain,
23:5413h30,
23:54pour un nouveau Parlons Femmes.
23:55Bises à Marie
23:56qui réalise pour vous
23:57et à vous aussi d'ailleurs.
23:58Allez, bye.
23:59Sud Radio,
24:00Parlons Femmes,
24:02Judith Belair
24:02avec la Caisse d'épargne
24:04Île-de-France,
24:05fière de soutenir
24:06toutes les femmes.
24:07Sous-titrage Société Radio-Canada

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