00:00Nous sommes avec Régine Delfour, vous l'avez compris, qui va être avec nous, Sabrina Medjeber,
00:04Richard Millet-Éric Nolot, qui est intervenu, vous l'avez reconnu sa voix,
00:08Mathias Leboeuf, je le remercie Mathias d'être avec nous, Thomas Bonnet, et voilà, j'ai cité tout le monde.
00:14On va faire un petit tour sur le terrain, parce que vous savez bien que c'est une révolution,
00:18c'est une révolution hors vacances scolaires, bien sûr, parce que pendant les vacances scolaires,
00:24on est chez papa, maman...
00:25Révolution en jour ouvré.
00:26Voilà, c'est un jour ouvré, on se repose le week-end, c'est la révolution RTD.
00:30Alors là, c'est la révolution RTD, donc là, a priori, c'est assez, comment dire, assez calme.
00:35Moi, je pense aux parents, je vous assure, je pense aux parents, et qui...
00:40Ça doit être bien dans certaines familles, le gosse qui dit, je vais bloquer papa.
00:47Bonne journée, mon fils.
00:48Voilà, va bloquer dehors.
00:51Bon, donc on va suivre évidemment ce qui se passe ce matin, a priori, c'est calme,
00:56et Tangred Guillotel va nous dire quand même les enjeux de cette journée et de cette reprise.
01:04Les lycéens toujours en colère, insatisfaits des annonces du gouvernement.
01:09Hier, Pierre Sourza, président de l'organisation Les Lycéens, a appelé à la reprise des blocus ce lundi.
01:16Non, on ne va pas tous reprendre les cours, parce que selon le président, il nous a entendus, mais en
01:21fait, non, il ne nous a pas entendus.
01:23C'est... ça, c'est son point de vue à lui.
01:25Maintenant, il y a aussi notre point de vue à nous.
01:27Et non, il ne nous a en fait presque rien donné.
01:30Donc nous, oui, bien sûr qu'on appelle aux blocus, et donc les lycées seront bloqués, et ce dès lundi,
01:36bien sûr.
01:37Plusieurs syndicats étudiants ont eux annoncé les blocus des lycées, mais aussi des universités, à partir de mardi.
01:43Les promesses du ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, sont jugées insuffisantes.
01:48Vendredi dernier, il avait pourtant adressé une lettre de deux pages aux lycéens.
01:52Un pays qui croit dans son avenir, croit dans sa jeunesse.
01:55Nous avons profondément confiance en vous, et nous n'avons qu'un seul objectif,
01:59vous permettre de progresser, de vous épanouir, et de devenir des citoyens libres et éclairés.
02:05Le Premier ministre a également demandé à Édouard Geffray de s'assurer que les 200 lycées,
02:10avec le plus de dysfonctionnements, soient accompagnés.
02:14Jeudi, une journée de mobilisation nationale est prévue.
02:17Les syndicats appellent les lycéens et les étudiants à rejoindre les travailleurs dans la rue,
02:21avant de nouvelles manifestations le week-end prochain.
02:24Richard Millet, vous qui avez été professeur, ce qui me frappe, moi, c'est le ton des lycéens.
02:28Je vous assure, ce ton, je le trouve vraiment, de certains, pas tous, bien sûr,
02:32mais un mélange d'arrogance, de jeunes gens insupportables,
02:37qui ont 15 ans, 16 ans, et qui parlent à des adultes,
02:41comment dire, et on l'a vu quand ils sont sortis de chez Laurent Nunez,
02:45mais comme si c'était leur égal.
02:47Ben non, en fait. Ben non.
02:50Un adolescent ne parle pas d'égal à égal avec un adulte, me semble-t-il.
02:55Un collégien, ben non, tu ne parles pas comme ça.
02:58Tu as déjà envie de... Alors, ça ne veut pas dire qu'on n'écoute pas les revendications,
03:02mais ce ton de parler d'égal à égal, alors, je dois être, effectivement, d'une autre génération.
03:07Ce n'est pas une question de génération, je pense que c'est une question de narcissisme.
03:09Ah, bien sûr.
03:10La société est basée sur le narcissisme, aujourd'hui.
03:13C'est-à-dire que c'est des petites bulles, vous voulez,
03:15ce que j'appelle des monades avec Leibniz, c'est-à-dire des gens qui fonctionnent en circuit fermé.
03:21Et donc, à partir du moment où vous avez cette idéologie qui est derrière,
03:25à savoir le refus d'une échelle, quelle qu'elle soit, échelle sociale, échelle de valeur,
03:29tu le disais tout à l'heure, il ne pouvait pas y avoir de premier,
03:32c'est parce qu'il y a sélection.
03:34Il ne va pas y avoir de sélection non plus.
03:36Donc, ces gens-là n'ont plus de distance par rapport aux adultes.
03:39Un adulte, au fond, mais c'est aussi la faute des adultes.
03:41Mais bien sûr.
03:42Parce que l'adulte, je suis d'accord.
03:43est un adolescent en puissance.
03:44Mais il ne rêve que d'une chose, c'est de retourner à l'adolescence.
03:49Mais voilà pourquoi vous êtes sur notre plateau.
03:51Pour dire des choses un peu intelligentes.
03:54Qui manquent tellement dans le débat public.
03:56Mais ce que vous dites est tellement intelligent et tellement juste.
03:59J'irai même plus loin.
04:00Il y a une infantilisation générale de la société.
04:04On ne parle plus de père de mère.
04:05On dit, oui, son papa a des problèmes.
04:08Oui, mais je suis d'accord avec vous.
04:09Moi, je ne vais pas dire mon papa en parlant de mon père.
04:11Mais je suis d'accord avec vous.
04:12Le mot papa et maman, je ne l'emploie jamais.
04:14Je dis, mon père et ma mère, je suis d'accord.
04:18Je suis d'accord.
04:19Comment vous voulez reprocher l'hubris à ces jeunes gens
04:21quand ils sont reçus par M. Nunez ?
04:25On reconnaît leur importance.
04:27Ils ne se sentent plus de joie, comme dirait l'autre.
04:29Mais je suis d'accord avec vous.
04:31Ils n'ont pas à être reçus par M. Nunez.
04:32Ils ont à être reçus par un fonctionnaire
04:35du ministère de l'Éducation nationale, point bas.
04:38Les parents qui sont responsables, effectivement.
04:40Il y a le Brune-Pivec qui les appelle des enfants
04:42et toute la classe politique qui les ont appelés des enfants
04:44au début des manifestations.
04:45C'est, en effet, une démonstration de l'inventilisation de cette jeunesse.
04:48Sabrina Medjabur.
04:49Qui, en effet, vit dans un monde absolument cotonneux,
04:53dans une société ultra-narcissisante.
04:54Et, en effet, si les adultes ne remplissent pas
04:56leur rôle de tiers-séparateurs,
04:58on se retrouve dans une sorte d'horizontalité
04:59des rapports entre générations.
05:01Je crois qu'on peut arrêter l'émission, maintenant.
05:02Mais non, mais oui, mais...
05:06C'est un sujet.
05:08Pourquoi, dans cette période si particulière,
05:10sommes-nous peut-être plus écoutés que les autres ?
05:12Parce qu'effectivement, nous refusons.
05:14Nous refusons, mais...
05:16Et les gens qui nous écoutent disent
05:18mais bien sûr.
05:19Mais vous refusez quoi ?
05:20Tu donnes la parole.
05:21J'ai vu sur d'autres chaînes,
05:23tu donnes la parole à des gosses,
05:25mais qui ont 15 ans, 16 ans,
05:27qui disent n'importe quoi,
05:28qui représentent qu'eux-mêmes.
05:30T'as envie de leur dire,
05:31mais arrête de dire des bêtises !
05:33Je n'ai pas l'impression.
05:34Et je ne vais pas citer de nom.
05:35Si, si.
05:35Moi, je ne suis pas d'accord avec vous.
05:37Oui, c'est pour ça que les gens parlent.
05:38Non, je ne partage pas votre...
05:41Comment dire ?
05:41Votre sentiment.
05:42Moi, je les trouve, au contraire,
05:43assez responsables.
05:45Alors, bien sûr qu'ils sont jetés
05:47sur des plateaux télé
05:48et qu'il y a un effet narcissique,
05:51mais on en est tous là,
05:53à la limite,
05:54de cet effet narcissique du plateau télé.
05:57Les lycéens, moi, je les ai trouvés
05:58plutôt, comment dire,
06:02représentatifs de ce qu'ils défendent.
06:05Et puis, encore une fois,
06:06je trouve que leurs revendications
06:08sont des revendications d'adhésion
06:10et de contrat social.
06:11Donc, je les trouve très responsables.
06:14Encore une fois,
06:15ce n'est pas des révolutionnaires du grand soir.
06:16C'est des gamins
06:18qui demandent à pouvoir étudier sereinement
06:21et qui mettent en question.
06:23Mathias, arrêtez de parler aux profs.
06:26Parlez aux profs.
06:27Parlez aux profs qui sont parfois dans des quartiers
06:29qui ne peuvent même pas faire cours
06:30tellement il y a de bordel.
06:32Et vous venez d'entendre ce discours-là.
06:34Il y a une...
06:35Attendez, attendez, attendez.
06:36Il y a une chose qu'ils veulent,
06:38ce n'est pas de sélection.
06:39Point.
06:40C'est la revendication unique.
06:42Ils ne veulent pas de sélection.
06:45Ils veulent...
06:46Le reste, c'est du...
06:49Vous caricaturez un peu.
06:50Je ne sais pas...
06:51Alors là, je ne caricature pas.
06:52C'est uniquement ça.
06:54Si demain, tu dis,
06:54il n'y a plus de sélection,
06:56tout s'arrête.
06:57Le problème de la sélection,
06:59quand on écoute les lycéens,
07:00c'est déjà l'entonnoir de Parcoursup
07:03et l'opacité de Parcoursup,
07:05premièrement.
07:06Et deuxièmement,
07:07ils ne veulent pas de sélection
07:08à l'entrée de l'université.
07:11Ce qui ne veut pas dire
07:12qu'il n'y a pas de sélection.
07:13À la sortie...
07:15Mais pourquoi le bac ?
07:16La sélection doit être...
07:18Mais ça n'a pas de sens.
07:19Mais si, ça a du sens.
07:20Mais pourquoi tu ne fais pas un bac ?
07:21Tout le monde ne peut pas
07:22faire des études supérieures.
07:24Donc, tu fais la sélection,
07:25c'est le bac.
07:26C'était ça, notre modèle.
07:27Mais vous avez raison.
07:28Tu fais un bac, très fort.
07:29Non, mais très bien.
07:30Mais à partir du moment
07:31où on a une classe d'âge
07:32qui a, je ne sais plus,
07:3490% du bac,
07:35c'est normal.
07:36C'est un sens sur la responsabilité.
07:37C'est normal pour lui
07:38qu'il demande à aller
07:38à l'université.
07:39Où est l'esprit de responsabilité
07:41quand ces jeunes gens
07:41bloquent en toute illégalité
07:44des lycées
07:44et que 5% de ces gamins
07:47empêchent les 95%
07:49qui veulent étudier ?
07:49Vous dites que c'est le droit
07:51à l'étude ?
07:51Non, ils interdisent
07:52aux autres d'étudier.
07:53Où est le sens de la responsabilité ?
07:54Vous êtes pour la loi du plus fort ?
07:56Vous êtes pour la loi de la rue ?
07:57Moi, je suis pour la loi de la République.