00:00Donc Charline, je rappelle pour ceux qui n'auraient toujours pas compris que vous avez entamé un tour de France
00:04qui s'arrête chaque semaine dans une commune différente, d'accord ?
00:07Cette fois, vous vous êtes rendue dans le village où a grandi Olivia Ruiz
00:10qui s'appelle Marseillette, 700 habitants.
00:14Marseillette qui n'a rien à voir avec Marseille.
00:16Mini Marseille.
00:17Non, c'est pas ça.
00:19Comme Barcelonette n'a rien à voir avec Barcelone.
00:22Vous voyez ?
00:23Comme une barrette n'a aucun rapport avec Raymond Barre.
00:27C'est juste à côté de Carcassonne.
00:30Ville située au cœur du...
00:32Rassemblement national.
00:34Oui, mais n'essayez pas de noyer le poisson, le département.
00:36De l'Aude, région occidentale.
00:38Ah bravo ! Je ne pensais pas que vous auriez la réponse.
00:41Si, on est même dans le Minervois.
00:44Ah voilà, pas loin de Corbière.
00:46On parle la même langue, vous et moi, je crois.
00:48On est content de se retrouver.
00:50Sonia, elle nous regarde bizarrement.
00:51Sonia, si vous n'aimez pas la géographie, n'en écoutez pas les autres.
00:54Merci.
00:55Alors, quand j'arrive dans une commune, moi je regarde comment les habitants votent.
00:58Et bien, aux dernières législatives, le RN a atteint 66% à Marseillette.
01:03Autant vous dire que moi qui me balade comme ça, avec mon gros micro France Inter,
01:08je me suis sentie un petit peu comme Sonia Mabrouk à la fête de l'Huma.
01:11Alors sur place, j'ai retrouvé l'enfant du pays, Olivia Ruiz.
01:14Et elle m'a donné rendez-vous au Café La Terrasse, qui trône sur la place du village.
01:18C'est le café que tenaient ses grands-parents.
01:20C'est là qu'elle a grandi.
01:21Tu vois, si tu te retournes, sur cette même place, il y a la mairie, il y a Radio Marseillette,
01:26il y a le café, il y a le monument historique qui est la tour du Télégraphe, la tour Chape
01:31derrière nous.
01:32Avec son horloge emblématique.
01:33Voilà, et ici tu es à l'église.
01:35Ah, tout est concentré ?
01:36Voilà, donc tu as quelque chose d'aussi rassurant qu'étouffant.
01:40Aussi rassurant qu'étouffant.
01:42Si notre daronne était un village, ce serait Marseillette.
01:45Alors, voyons le côté pratique.
01:47Pour visiter Marseillette, tu te poses au milieu de la place du village,
01:49tu fais un tour sur toi-même, tu as tout vu.
01:51Et pour les habitants, tu peux renouveler tes papiers d'identité,
01:55assister à la messe et avoir l'heure sans bouger de ta chaise au bar.
01:59Alors, quand la préfecture, elle serait bien emmerdée, elle,
02:02pour envoyer les manifestants défiler à la périphérie,
02:05parce que là-bas, tu tournes au coin de la rue, tu es déjà dans la périphérie.
02:08Alors, eux aussi, ils adoreraient manifester, bien sûr, le samedi, mais ils sont 700.
02:12Et donc là-bas, quand les syndicats comptent les manifestants,
02:14normalement, ça tombe pile sur le chiffre de la police.
02:16En plus, ils ont l'habitude des casseurs.
02:18On leur a déjà cassé tous les services publics.
02:21Et pas que d'ailleurs, les commerces aussi ont été cassés.
02:24Ils n'ont pas résisté aux grandes enseignes
02:25qui se sont installées dans la périphérie de Carcassonne.
02:28Jean-Claude, créateur de Radio Marseillette.
02:30Le problème, c'est qu'un village vieillit,
02:33comment font ces gens-là pour aller faire ses courses ?
02:36C'est ça le problème.
02:37Les transports, ils sont là deux, trois fois par jour, c'est tout.
02:40Si tu n'as pas un véhicule ou quelqu'un qui te charrie,
02:42tu ne peux pas aller faire tes courses.
02:43Et c'est ce qui est désolant dans ce village.
02:45À l'époque, c'est un village qui avait sept épiceries,
02:48qui avait trois boulangeries,
02:49qui avait deux mécanos.
02:50Et j'en oublie, il y avait beaucoup de commerce.
02:52Et tout ça a disparu.
02:53Il n'y a plus rien, plus rien.
02:55Donc, comme on était pile en face de la mairie de Marseillette,
02:57Jean-Claude a émis une petite doléance.
02:59On a un local là, que la mairie rembourse régulièrement,
03:02qui est vide depuis des années.
03:04On n'a pas de boulanger, on n'a rien.
03:06Et il faudrait que quelqu'un quitte à leur faire un loyer gratuit pendant un an
03:09pour qu'ils se lancent, les gens.
03:11Parce que ce qui les repousse, c'est un peu le prix du loyer.
03:14Ça serait bien si ce commerce ouvrait,
03:16qu'ils fassent épicerie, qu'ils fassent boulangerie,
03:19qu'ils fassent un peu de tout.
03:19Oui, une épicerie, boulangerie.
03:21Jean-Claude, on arrive.
03:23Une épicerie, boulangerie, charcuterie, dentiste, coiffeur, garagiste, par exemple.
03:27Oui, mon émission s'est reussie à faire passer...
03:29L'homme de ma vie.
03:30L'homme de ta vie, c'est ça ?
03:32Carrément.
03:33À Marseillette.
03:34Attends, viens, je t'emmène.
03:35Mon émission s'est reussie à faire passer des annonces immobilières.
03:38Vous voyez, pas que, comme Stéphane Plaza, mais sans la main au cul, Daphné.
03:42D'ailleurs, si beaucoup de jeunes rêvent de s'extirper de Marseillettes,
03:45d'autres comme Marina ont choisi de s'installer dans la région.
03:48On a déjà évoqué ici les néo-ruraux,
03:50mais ce n'est pas ici que vous allez voir des vélos cargos
03:52transportant des légumes oubliés ainsi que prunes et cerises.
03:55Les enfants, pas les fruits.
03:56Marina, elle est artisane, peintre en bâtiment.
03:58Elle a quitté Toulouse pour créer une entreprise
04:01exclusivement féminine dans le coin.
04:02Vous connaissez l'écoféminisme, mais pas le placo-féminisme.
04:07Recouvrir d'enduit tout le patriarcat.
04:08Ici, Marina a du boulot.
04:10L'avantage, c'est qu'ici, on a beaucoup de vieilles maisons,
04:12beaucoup de rénovations.
04:13Moi, c'est le cœur de mon métier.
04:14Et c'est vrai qu'on est vraiment riches en ça.
04:17Et il y a aussi ce rapport de confiance, de relationnel.
04:20Encore une fois, je reviens aux voisins.
04:21On peut aller chercher du beurre chez le voisin,
04:22mais on peut aussi lui demander est-ce que tu ne connais pas un peintre ?
04:25Je vois chez mes confrères ce qui marche, c'est Internet, la pub, les réseaux.
04:28Nous, ça marche aussi ici, mais ce qui marche le mieux chez nous,
04:31c'est le bouche à oreille, cette entraide qu'il y aurait entre les habitants.
04:33Et vous voyez qu'ici, à la radio, on ne tourne pas en boucle sur la jeunesse qui dégrade.
04:37Ici, on parle de la jeunesse qui rénove.
04:39Voilà, c'était Charline Vanhoenacker.