Passer au playerPasser au contenu principal
Il a dit non à Steven Spielberg pour rester auprès de son fils. Avant de devenir l'un des romanciers français les plus lus au monde, Marc Levy a été secouriste à la Croix-Rouge dès 18 ans, a fondé une entreprise d'images de synthèse dans la Silicon Valley, posé des cloisons sur les chantiers puis cofondé un cabinet d'architecture. Dans ce premier épisode de Vertiges, le podcast du Point consacré aux décisions qui changent une vie, il revient sur trois choix fondateurs : renoncer à la médecine, tout recommencer après avoir perdu sa première société, et oser écrire un deuxième roman quand tout le monde lui prédisait l'échec. Il raconte aussi le dénigrement qui l'a poussé à quitter Paris pour Londres, sa vie dans l'Amérique de Trump, qui nourrit son nouveau roman, Les Évadés (Robert Laffont/Versilio).

§ #MarcLevy #Roman #littérature #StevenSpielberg

Suivez-nous sur :
Youtube : https://www.youtube.com/c/lepoint/
Facebook : https://www.facebook.com/lepoint.fr/
Twitter : https://twitter.com/LePoint
Instagram : https://www.instagram.com/lepointfr
Tik Tok : https://www.tiktok.com/@lepointfr
LinkedIn : https://www.linkedin.com/company/le-point/posts/
Bluesky : https://bsky.app/profile/lepoint.fr
Threads : https://www.threads.net/@lepointfr
WhatsApp : https://www.whatsapp.com/channel/0029VaDv82FL2ATwZXFPAK3c
www.lepoint.fr
§

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00J'ai jamais dit à mes parents, ils n'ont jamais su, ils ont toujours cru que j'avais ma
00:02licence.
00:03C'est moche, mais c'est comme ça.
00:04A 18 ans, il désincarcérait des blessés de la route.
00:07A 28 ans, il avait déjà fondé et perdu une entreprise.
00:11Il a ensuite travaillé sur des chantiers, cofondé un cabinet d'architecture,
00:15et puis écrit un premier roman au succès planétaire.
00:18Marc Lévy est aujourd'hui l'un des auteurs français les plus lus au monde.
00:23Trois décisions, trois vertiges, il va nous les raconter dans ce premier épisode de Vertiges,
00:29le podcast des décisions qui changent une vie.
00:33Bonjour Marc Lévy.
00:34Bonjour.
00:35Et merci d'avoir accepté de tourner avec nous ce premier épisode.
00:39Merci à vous de m'avoir invité.
00:40Merci.
00:41Alors, quand on a préparé cette séquence, on a un petit peu discuté,
00:45et vous m'avez dit cette chose très étrange,
00:48et vous m'avez dit, ce sont un peu mes choix qui me choisissent.
00:51Ça ne vous arrive jamais d'avoir un peu le vertige avant de prendre une décision ?
00:56Vous avez l'impression que les choses se font toujours de manière naturelle ?
01:00Non, non.
01:01Non, non, mais je peux mettre huit heures ou trois jours à me décider sur l'horaire d'un train
01:07à prendre, vous voyez.
01:09Dans les petites choses de la vie, les choix, parfois, je suis balance.
01:14Et donc, parfois, prendre des décisions sur où aller en vacances, dans quel restaurant aller, ça peut me prendre un
01:21temps fou.
01:21Les choses secondaires, finalement, peuvent vous prendre plus de temps ?
01:24C'est vrai que les grandes décisions qui ont changé mon parcours de vie,
01:29je les ai prises assez étonnamment sans vertige, plutôt avec excitation que vertige.
01:35Il y a une première décision dont vous vouliez parler, qui était votre décision d'entrer à la Croix-Rouge.
01:42Et cette décision est en fait la conséquence d'un autre choix qui est un renoncement, qui est le renoncement
01:51à devenir médecin.
01:52Est-ce que vous pouvez nous raconter à quel moment vous avez compris et décidé et accepté l'idée que
02:01vous ne seriez pas médecin ?
02:03La sélection en médecine se faisait par les maths, ce qui pour moi était quelque chose d'absurde.
02:10Moi, j'étais particulièrement nul en maths.
02:13J'étais hermétique au maths.
02:15Est-ce que c'est un vieux fond de dyslexie, une incompréhension à comprendre la langue, une entrée ratée dans
02:22la matière ?
02:23Mais j'étais non seulement hermétique au maths, mais je ne les comprenais pas, les mathématiques.
02:27Et donc là, vous rentrez à la Croix-Rouge. Est-ce que vous vous souvenez de la première personne que
02:31vous allez aider ?
02:33Oui, comme si c'était hier.
02:35Racontez-nous.
02:38J'ai fait ma première garde la nuit de mes 18 ans, parce qu'il fallait avoir légalement 18 ans.
02:45Et j'ai eu de la chance parce que dans le camion, il y avait beaucoup de médecins ou d
02:51'étudiants en médecine qui participaient à ces opérations,
02:55qui faisaient des heures supplémentaires.
02:58Et c'était une intervention porte-maillot sur le pont qui surplombe le périphérique, là où il y a la
03:07petite église à gauche.
03:08Et c'était une voiture qui avait renversé une mobilette.
03:15Et le garçon mobilette était amoché, mais pas en danger de mort.
03:22Et la personne qui l'avait percuté était absolument en état de choc.
03:28Vous voyez, d'avoir...
03:30Et la première intervention que j'ai faite, qui était, comme vous allez le voir, très héroïque,
03:35c'est que j'ai apporté une couverture aux blessés.
03:38Et c'est fou parce que je m'en souviens comme si c'était hier.
03:43Et il y a d'autres interventions comme ça qui vous ont marquées, auxquelles vous pensez encore aujourd'hui ?
03:48Il y en a une que vous pourriez nous raconter ?
03:49L'incendie du foyer de la Sonna-Cotra.
03:52Ça, c'était terrifiant.
03:55C'était quand ?
03:58Je ne pourrais plus vous donner la date.
04:04On tournait sur le département des Hauts-de-Seine et quelques municipalités nous mettaient à disposition des algécos,
04:12c'est-à-dire, vous voyez, les camins de chantier, qui étaient implantés en différents endroits
04:15et qui nous permettaient d'aller dormir sur des lits un peu comme les lits de camp de l'armée,
04:20ce qui nous évitait d'avoir retourné à Garches et donc d'être plus efficaces sur le terrain.
04:26C'était une nuit, on était quatre, on dormait dans cet algéco.
04:32Il n'y avait juste quatre litres de camp et un téléphone, il n'y avait pas d'eau.
04:38Moi, j'étais sorti avec un copain de garde pour aller faire pipi contre un arbre
04:43et on a entendu, pas une explosion, mais un craquement.
04:50Et on s'est retourné et à 20 mètres derrière nous, on a vu l'immeuble s'embraser.
04:59Et donc, on a tout de suite lancé un appel aux pompiers, on s'est précipité.
05:05Et comme c'était des immeubles qui avaient été construits par des ports,
05:13par des gens irresponsables et qui se foutaient de tout,
05:16puisqu'il y avait à l'intérieur, il y avait des gens, il y avait des immigrés.
05:21L'immeuble s'est embrassé, mais comme une boîte d'allumettes.
05:24Et nous, on était au pied de l'immeuble et avec nos copains, on ne pouvait rien faire.
05:30Et on hurlait aux gens de ne pas sauter par la fenêtre.
05:34Et ils sautaient quand même.
05:36Et ça, c'est absolument terrible.
05:39C'est l'image, enfin, le...
05:42Ça a été affreux, je crois que de mémoire, il y a eu 40 morts, si ma mémoire est bonne.
05:48Je me souviens, on avait fait une salle de triage.
05:52Les pompiers avaient réquisitionné un bar tabac qui faisait langue,
05:58à côté du boulevard Wilson, si ma mémoire est bonne.
06:03Et on triait les blessés.
06:05Et il y avait un cadavre de brûlée qui avait été installé sur le billard.
06:13Et c'était... ou sur des tables, enfin bref.
06:16Et c'était un morceau de charbon.
06:17Mais l'image des gens qui sautaient par la fenêtre et qui s'écrasaient à nos pieds.
06:23Et alors le truc de Tintin, où vous courez, où vous tendez une couverture...
06:27Ça ne marche pas.
06:28Ça ne marche pas, non ?
06:30Ça ne fonctionne pas, la couverture.
06:32Ça s'écrase.
06:32Ou alors il faut être 25, vous voyez, pour tenir la couverture.
06:35Mais sinon ça ne marche pas.
06:36Ça c'est un truc qui m'a vachement traumatisé.
06:39On pourrait imaginer que c'est le côté gore, le sang.
06:44Mais ce n'est pas du tout ça qui vous percute le plus.
06:47C'est l'humanité qui est parfois dans le drame et parfois dans le magnifique.
07:00Un de mes aînés, on va dire, quand on était appelé à 6 heures du matin, ils disaient très souvent,
07:07c'est le mort du petit matin.
07:11Le mort du petit matin, c'est parce qu'il y avait quelque chose qui revenait assez souvent.
07:13Vous avez un certain nombre de gens, de personnes âgées qui meurent dans leur sommeil.
07:18Et donc l'autre s'en rencontrerait.
07:22Et je me souviens, c'était à Courbevoie, je crois, où on est arrivé et une dame nous a ouvert
07:31la porte.
07:32Et elle était dans un état de panique terrible.
07:34Elle nous a dit, je n'arrive pas à réveiller mon mari.
07:38Et donc on est rentré dans la chambre et le mari était dans son lit.
07:41Et il était de toute évidence mort depuis plusieurs heures.
07:46Et mon chef d'antenne, alors que c'était une évidence, mon chef d'antenne nous a dit, mettez-le
07:55par terre, on va faire un massage cardiaque.
07:58Et on s'est un peu regardé et on a vu qu'il ne rigolait pas.
08:03Donc on a fait un massage cardiaque et il a fait sortir la dame.
08:12Et puis il nous a dit d'arrêter dès qu'elle est sortie de la pièce.
08:17Et il a regardé sa montre et au bout de trois minutes, on est sortis.
08:21Et il a dit à la dame, je suis désolé, on a tout fait, on ne peut pas le réveiller,
08:26c'est trop tard.
08:27Évidemment, dans le camion, on lui a demandé pourquoi, pourquoi faire un massage cardiaque.
08:33Et là, il nous a expliqué, il m'a dit, tu vois, si on avait dit à cette femme que
08:41son mari était mort pendant qu'elle dormait,
08:43tu lui infligeais la double peine, la mort de son mari et la culpabilité de ne pas s'en être
08:48rendu compte.
08:49Alors qu'en lui laissant entendre qu'elle a détecté le drame au bon moment et que nous, on est
08:56arrivé, qu'on a essayé
08:57et que c'est à cause de nous qu'il n'a pas pu l'animer, son deuil sera beaucoup
09:02moins douloureux.
09:04Et je me suis...
09:05En fait, vous voyez, c'est ça qui fait un bon médecin plus que les maths à mes yeux.
09:11Le médecin que vous n'avez jamais été, il vous manque parfois ou pas ?
09:15Non, je ne vis pas dans la nostalgie. Je pense qu'il y a... J'ai toujours... Alors c'est
09:21vrai que j'ai toujours voué un amour,
09:25parfois même peut-être excessif et irréfrénable, au monde des soignants. Parce que ce n'est pas que le médecin.
09:32Mais je sais que moi, il y en a, ils sont... Comment vous dire ? Ils sont groupis, des chanteurs
09:38et des...
09:38Moi, c'est par exemple les infirmiers, les infirmières, les aides-soignants.
09:41Parce que je trouve que c'est des métiers qui me fascinent. Je me souviens, je crois que c'est
09:46l'année dernière pour l'association d'enfants atteints du cancer.
09:52Je suis allé à Necker et il y avait les... Enfin, passé une journée, une matinée avec les enfants.
09:58Et moi, j'étais complètement groupi devant les infirmières. Je les regardais, mais j'étais groupi.
10:03J'avais une copine de Croix-Rouge qui est devenue infirmière en néonatalité.
10:10C'est un métier, mais c'est incroyable. Vous vous rendez compte ce que c'est que de mettre un
10:16cathéter ou d'intuber un bébé prématuré ?
10:20C'est une technicité, c'est un amour.
10:22À défaut de pouvoir être médecin, je me dis qu'il y a plein d'autres façons dans la vie
10:26d'être utile.
10:28Donc, c'est ce que j'essaie de faire.
10:30Mais chacun a sa façon.
10:33Deuxième choix dont vous vouliez parler, c'est le choix de redémarrer votre vie.
10:41Et c'est un choix que vous avez fait, pas une fois, vous l'avez fait plusieurs fois.
10:45C'est pas fini.
10:46Et c'est peut-être pas terminé, on y reviendra.
10:49Mais je crois que la première fois où les choses se sont manifestées de manière assez nette,
10:53vous étiez étudiant à Dauphine en troisième année, étudiant en informatique, je crois.
10:58Vous aviez fondé votre entreprise et on vous refuse un stage dans votre propre entreprise.
11:04Oui, c'est vrai.
11:05Et là, vous prenez des décisions radicales.
11:07Oui, oui, je dis à mes profs, au revoir.
11:10Donc, vous quittez la fac ?
11:11Je quitte la fac.
11:12Alors, ce qui m'embêtait, c'est qu'à l'époque, à Dauphine, Dauphine ne donnait pas de licence en
11:21fin de troisième année.
11:22On allait jusqu'au DEUG et après, il fallait aller à la fin de la quatrième année pour avoir sa
11:26maîtrise.
11:26Donc, en partant en fin de troisième année, je n'ai jamais dit à mes parents.
11:33Ils n'ont jamais su.
11:34Ils ont toujours cru que j'avais ma licence.
11:36C'est moche, mais c'est comme ça.
11:40Et donc, je suis parti.
11:41J'ai été passionné d'informatique dans un pays où le summum de la connaissance informatique, c'était Kobol et
11:48Fortran.
11:49Donc, ça n'allait pas très, très loin.
11:52Et je dirais qu'assez vite, un jeune geek, on savait deux fois plus que le prof qui lui enseignait
11:58l'informatique à l'école.
12:00Et donc là, vous partez pour la Californie ?
12:02Et là, je pars un peu en colère.
12:05Enfin, un peu en colère.
12:06Oui, un peu énervé quand même contre cette espèce de polytechnisation de la France, si vous voyez ce que je
12:14veux dire.
12:15Je n'ai rien contre polytechnique, mais dans les années 80, c'était quand même le summum du ciment intellectuel.
12:22Et donc, j'étais un peu énervé.
12:23Tiens, j'ai venu me faire des copains en disant ça.
12:26C'était purement revanchard.
12:28Mais non, non, mais j'étais un peu énervé, quoi.
12:31Parce que j'ai toujours eu cet amour assez profond de mon pays, de ses valeurs.
12:37Et donc, l'idée de devoir, comment vous dire, partir aux Etats-Unis pour faire ce qu'on aurait dû
12:46faire en France, ça m'énervait doublement.
12:48Mais je suis parti.
12:49On a créé cette société avec deux copains, qu'on ne fait jamais grand-chose tout seul.
12:56Et la société, on a créé un centre de recherche.
13:00On a fait plein de découvertes assez faibles.
13:04Pas moi, parce que je ne suis pas ingénieur, mais les ingénieurs qui travaillaient avec nous ont fait des découvertes
13:08incroyables.
13:08Et on a créé, on était l'équivalent de, je dis ça, on avait créé la première carte graphique
13:16qui permettait de faire des images de synthèse avec un ordinateur, un PC, pas avec un super ordinateur.
13:22Et on était le concurrent de Nvidia et d'une autre boîte à l'époque qui s'appelait Matrox.
13:26Quand je vois ce qu'Nvidia est devenu, et en fait, on est mort faute de capitaux.
13:31Parce que c'était un métier où il fallait faire de la recherche.
13:34Vous avez un nouvel actionnariat qui vous dit, finalement...
13:36Et on n'arrivait pas à trouver de capitaux auprès des banques.
13:40Parce que les banques en France, dans les années 80, il n'y avait pas un banquier qui comprenait l
13:45'avenir de l'informatique.
13:46Pour lui, ça lui semblait totalement abscons.
13:50Et les capitaux risques américains ne voulaient pas financer des Français.
13:54Parce qu'il y avait déjà une forme de...
13:56Donc les Français ne voulaient pas se financer eux-mêmes.
13:58Et les Américains ne voulaient pas financer des étrangers.
14:03Et finalement, on s'est fait bouffer par la Gardère, déjà.
14:10Et donc j'ai perdu le contrôle de ma boîte.
14:13Et je me suis retrouvé au chômage.
14:15Enfin, pas au chômage, parce que je n'avais pas re-au-chômage.
14:17Et alors là, semaine noire, on va dire.
14:21Incroyable.
14:22Vous perdez votre entreprise.
14:25Oui.
14:25Et votre fils naît.
14:28Oui.
14:29Ça crée semaine.
14:30C'est quand même une grosse semaine.
14:32Oui, chargée.
14:33Qu'est-ce qu'on se dit le soir quand on rentre chez soi ?
14:36Parce qu'on a quand même des sentiments mélangés dans cette affaire.
14:39Pas vraiment.
14:41En fait, je trouvais ça assez...
14:44Moi, je suis tombé gâteux de mon fils à la seconde où je l'ai eu dans mes bras.
14:48Mais vraiment à cette seconde.
14:50D'ailleurs, vous voyez, quand je vous parlais d'infirmière,
14:52dans les grands souvenirs de ma vie,
14:56la maman de mon fils avait dû avoir une césarienne.
15:00Et donc, elle était au bloc.
15:01Et moi, j'avais été très indiscipliné parce qu'on m'avait dit d'attendre en bas quand il l
15:05'avait monté.
15:06Et je n'avais pas du tout attendu.
15:07Ayant quand même eu quelques années à traîner dans les couloirs d'hôpitaux,
15:11je savais me diriger.
15:12Et donc, j'avais trouvé le moyen de me faufiler à la sortie du bloc
15:16pour être sûr que tout allait bien.
15:18Et l'infirmière, enfin, au bout d'un certain temps,
15:20l'infirmière sort avec mon fils dans les bras.
15:25Et elle me voit, elle me dit, mais qu'est-ce que vous faites là ?
15:27Et elle me regarde.
15:31Et je pense qu'elle a dû voir le kaléidoscope sur ma tête.
15:34Elle me dit, bon, ben, venez.
15:35Et on va dans une petite pièce à côté où elle allait laver le bébé.
15:40Et elle a fait un truc incroyable.
15:42Elle m'a dit, ouvrez votre chemise.
15:43Donc, j'ai ouvert ma chemise.
15:44Et elle me l'a mis sur la poitrine.
15:49C'est un des trucs les plus...
15:53Enfin, c'était incroyable ce qui s'est passé.
15:56Donc après, le soir,
15:59comment vous dire, c'était le roi lion, quoi.
16:01J'avais un fils et j'avais un enfant.
16:03Et tout le reste, c'est pas grave.
16:05Enfin, je veux dire, j'allais bouffer la forêt.
16:09Et justement, cette semaine-là, vous prenez une décision radicale
16:13que certains qualifient même un peu d'incompréhensible.
16:15ou décidez d'aller bosser sur des chantiers.
16:19Pourtant, vous avez eu une proposition de travail, d'ingénieur.
16:26Oui, mais qui est venue après, en fait.
16:28Je vais aller tout de suite travailler sur les chantiers
16:30parce qu'il y a une réalité.
16:32J'ai parlé au chômage.
16:33Il n'est pas question de demander de l'aide à mes parents.
16:37Et j'ai un enfant.
16:38Il faut lui acheter la nourriture.
16:41Donc, je suis allé travailler.
16:42J'avais un copain qui m'avait emmené là-dedans.
16:45Et on allait poser des cloisons.
16:47Parce que les cloisons, à cette époque...
16:49C'était du placo ?
16:50Oui, c'était des plaques de placo.
16:51Mais on était payé au matelinaire.
16:53D'accord.
16:54Donc, en fait, si vous bossiez 10 heures,
16:56vous gagnez bien votre vie.
16:59Mais donc, vous décidez d'aller poser des cloisons,
17:01poser du placo,
17:03alors qu'on vous a proposé un job
17:06qui correspond plus à votre profil, quand même.
17:09Oui, mais il y a une énorme satisfaction
17:12quand vous faites des travaux.
17:14Il n'y a pas plus concret que de faire des travaux.
17:16Quand vous arrivez sur une pièce où il n'y a rien
17:17et que vous repartez X jours après
17:20et qu'il y a un espace où les gens vont travailler ou vivre,
17:23c'est extrêmement satisfaisant.
17:25Et je sais que moi,
17:27c'est ce qui me satisfaisait beaucoup plus
17:29que le monde virtuel.
17:30J'aurais adoré être boulanger.
17:33C'est des métiers...
17:34Enfin, moi, c'est des métiers
17:35pour lesquels j'ai énormément d'admiration.
17:39Comment vous dire ?
17:40Je suis beaucoup...
17:41Je vais faire un mauvais jeu de mots.
17:44Mais j'admire beaucoup plus un boulanger
17:46que Luc Ferry, si vous voyez ce que je veux dire.
17:49Mais cette décision, ce choix...
17:51En gros, vous avez la possibilité d'avoir
17:53un boulot qui correspond à votre formation,
17:55à votre passé.
17:56Et pour autant, vous allez décider de poser des cloisons
17:58et ça va durer assez longtemps.
17:59Ça dure, je crois, un an, vous m'avez dit.
18:02Oui, non.
18:03On va poser des cloisons pendant plus que ça.
18:05Mais au bout d'un an,
18:06je m'aperçois quand même
18:09à quel point
18:09l'univers du chantier
18:13est désorganisé et désordonné.
18:16Et je vous parle de ça.
18:17On est en...
18:2091.
18:21Donc on ne peut pas dire encore
18:22que les chantiers sont informatisés.
18:24Et tout est désordonné.
18:26C'est-à-dire que les pertes sont énormes.
18:29Il y a très peu de corrélations
18:32entre la quantité de matériaux commandés
18:34et le vrai besoin du chantier.
18:36Donc soit il manque dix pots de peinture,
18:38soit il y en a dix de trop.
18:40Il n'y a pas le bon nombre d'ouvriers.
18:42Et je dis à cet ami
18:44avec lequel on travaille,
18:48et je lui ai dit
18:49« Mais tu sais que si on informatisait ça,
18:55mais on serait dix fois plus compétents que les autres. »
18:58Et donc on s'est mis à intégrer
19:02des logiciels de gestion de travaux de chantier.
19:04Et puis on a rencontré...
19:07Les chances de la vie,
19:09c'est la chance de rencontrer certaines personnes.
19:12Et on a rencontré une jeune femme
19:14qui était une élève architecte de rougerie,
19:16très talentueuse,
19:18elle s'appelle Manon,
19:19et qui travaille à l'époque
19:20sur l'un des premiers logiciels d'architecture,
19:24parce qu'il n'y en a pas à l'époque,
19:25qui s'appelle Architrion.
19:27On va voir Manon,
19:28et on lui parle,
19:28on lui dit « Viens travailler avec nous ».
19:30Et je me souviens toujours,
19:31j'ai dit à Manon,
19:33en me rendant compte,
19:34en lui disant de l'absurdité
19:35de ce que je lui disais,
19:36je disais « Si tu viens avec nous,
19:38dans cinq ans,
19:39on est le premier cabinet d'architecture
19:40de bureau de Paris. »
19:42Ce qui était grotesque.
19:44Et quand elle est repartie,
19:45je l'ai vue comme ça repartir,
19:46et comme l'équipe,
19:47je me suis dit
19:47« Mais elle a dû se dire
19:48qu'elle a perdu deux heures de sa vie,
19:50et jamais elle ne va venir nous voir. »
19:53Et le lendemain matin,
19:55le téléphone sonne,
19:56elle me dit « C'est Manon,
19:57je suis là lundi. »
19:59Quand on a discuté un petit peu hier
20:00sur cette séquence,
20:04vous avez dit
20:06qu'une des choses les plus compliquées,
20:08une des décisions les plus compliquées
20:09que vous avez eu à prendre
20:09a été d'écrire un deuxième livre.
20:12Avant de venir à cette décision-là,
20:15j'aimerais qu'on revienne
20:16sur le premier livre
20:18que vous avez écrit,
20:20qui a été acheté
20:21par Steven Spielberg,
20:23et un jour,
20:24vous recevez un coup de fil
20:27vous invitant
20:27à venir le rencontrer
20:29en Californie.
20:30Est-ce que vous pouvez raconter
20:32ce rendez-vous
20:33et la décision
20:34qui en a découlé ?
20:36C'était à New York.
20:37C'était à New York.
20:38C'était à New York.
20:40Oui,
20:40après avoir acquis
20:41les droits
20:42du livre,
20:45Spielberg a...
20:46Dans la conversation,
20:47Spielberg m'a dit
20:48« Mais moi,
20:48je veux... »
20:50En gros,
20:51il a beaucoup d'humour
20:51et il est très humble
20:53et très gentil.
20:54Il m'a dit
20:54« Mais moi,
20:54j'ai besoin de la pré-vente,
20:56donc il faut que vous veniez
20:58me voir
20:59dans deux semaines
21:00dans mes bureaux
21:00à New York,
21:01parce qu'il faut qu'on discute
21:01du bouquin
21:02et de l'adaptation.
21:03Et je me pensais...
21:05Et donc,
21:05on est partis
21:06avec Susanna,
21:07qui est mon éditrice
21:09et agent
21:10depuis 26 ans.
21:11Et on est partis
21:12donc à New York.
21:14Alors bon,
21:16c'est hyper impressionnant
21:17quand même.
21:18Vous avez rencontré Spielberg.
21:20Qui reçoit où ?
21:22Et on le voit
21:23dans les bureaux
21:23de la DreamWorks
21:24à New York.
21:24Ça ressemble à quoi ?
21:26Les bureaux de la...
21:27Alors,
21:28ceux à New York
21:29n'ont rien à voir
21:29avec les bureaux
21:33à Los Angeles.
21:34À New York,
21:35ça ressemble...
21:35C'est un...
21:37Dans un immeuble en vert
21:38au sixième étage
21:40sur la sixième avenue.
21:42Au troisième étage
21:43sur la sixième avenue.
21:43C'est un grand plateau
21:44de bureau.
21:46C'est assez neutre
21:48sinon que dans le hall
21:49sont accrochés
21:51des cadres
21:52qui contiennent
21:53les affiches
21:54des films
21:55les plus incroyables
21:56que vous ayez vus.
21:57Et je me suis rentré
21:59avec ce nom
22:00elle est rentré
22:01dans le hall
22:04et elle nous a accueillis
22:07très gentiment
22:07l'opératrice.
22:08Elle nous a dit
22:09attendez,
22:09moi j'étais debout
22:10je regardais les affiches
22:11et à un moment
22:11on me tape sur la main
22:12et je me retourne
22:13et c'est Spielberg
22:14qui me dit
22:15bonjour Marc.
22:17Ça c'est un mode
22:17il y a des images
22:18comme ça dans la vie
22:19qu'on oubliera.
22:19Comme le moment
22:20où il nous a raccompagnés
22:21sur le trottoir.
22:23C'est-à-dire que
22:23c'est des leçons
22:27parce qu'il y a
22:27tellement de gens
22:28qui ont un boulard
22:29comme ça
22:29et qui vous reçoivent
22:31dans leur tour d'ivoire
22:33et qui se servent
22:34comme ça
22:35tout le décorum
22:35pour vous montrer
22:36à quel point
22:37ils ont réussi
22:37ils sont importants
22:40et c'est gros
22:40moi j'ai toujours
22:41une certaine compassion
22:42pour les gens
22:43qui se comportent
22:43comme ça
22:44parce que je me dis
22:44il y a quand même
22:45un truc de l'enfance
22:46qui ne part jamais
22:46et puis vous avez
22:48comme ça
22:48des grandes personnes
22:49c'est Spielberg
22:51il vous ramène
22:52jusqu'à votre taxi
22:53il vous ramène
22:54jusqu'à votre taxi
22:55mais il vous a fait
22:55une proposition avant
22:57on fait la réunion
22:58dans la
23:01on a passé
23:02trois heures
23:03ensemble
23:04et
23:06quand il me raccompagne
23:08justement
23:09au taxi
23:09il me dit
23:11je voudrais
23:12que vous veniez
23:13travailler
23:14à Los Angeles
23:15il vous propose
23:16d'être scénariste
23:17oui oui
23:19mais
23:20c'est
23:21c'est pas aussi
23:22cadré que scénariste
23:23il me dit
23:23j'ai envie
23:24c'est vrai qu'on avait
23:25échangé beaucoup d'idées
23:27et
23:27et
23:29le courant
23:30était vraiment bien passé
23:31et il m'a dit
23:32j'aurais que vous venez
23:32travailler avec moi
23:33chez moi
23:34à Los Angeles
23:36et
23:37et
23:38là vous réfléchissez
23:39oui
23:40assez peu de temps
23:41et je lui ai dit
23:42je peux pas
23:43et il m'a dit
23:44mais pourquoi
23:45assez peu de temps
23:45dans la conversation
23:46ouais non
23:47je crois que je l'ai rappelé
23:48j'ai appelé deux jours après
23:49un truc comme ça
23:50d'accord
23:50j'ai dit je peux pas
23:51et je lui ai dit je peux pas
23:52parce que je suis
23:54un papa divorcé
23:55et
23:55et je peux pas vivre
23:57loin de mon fils
23:58il faut que je sois là
24:00pour lui
24:01et il a été
24:02il m'a dit
24:02mais
24:02il m'a dit
24:03mais qu'est-ce que je vous comprends
24:05et ça s'est arrêté là
24:07donc vous avez dit non à Spielberg
24:09j'ai pas dit non à Spielberg
24:11genre
24:12j'ai dit non
24:13à une possibilité
24:15de carrière
24:15enfin de carrière
24:17qui aurait peut-être échoué
24:19mais j'ai dit non
24:20à une possibilité de vie
24:22parce que j'en avais choisi
24:23une autre
24:23qui était
24:24et j'ai jamais eu
24:25j'ai jamais eu
24:2610 secondes
24:26je me suis jamais même
24:27posé la question
24:28vous voyez
24:29de
24:31de savoir ce qui serait arrivé là-bas
24:33ça aurait été forcément moins bien
24:34que d'élever mon fils
24:35ça j'ai aucun doute
24:37vous m'avez dit
24:38hier
24:38qu'une des décisions difficiles
24:41que vous avez eu à prendre
24:41c'était d'écrire votre deuxième livre
24:44non j'ai pas dit difficile
24:45quand vous m'avez dit
24:47on dirait que vous avez jamais le vertige
24:49et je vous ai dit
24:50si si
24:50j'ai le vertige déjà sur un escabeau
24:53mais
24:54par exemple
24:56quand je me suis décidé
24:57à écrire le deuxième
24:58ça c'était vertigineux
24:59et pourquoi c'est vertigineux
25:01parce que
25:02quand votre premier bouquin
25:05a rencontré un public
25:07la majorité des gens
25:08mais la très grande majorité des gens
25:10vous disent que vous avez eu de la chance
25:13et tout le monde dans votre entourage
25:15à part un tout petit nombre de gens
25:17vous dit
25:18profite-en parce que ça se reproduira plus
25:20on vous dit que c'est un accident finalement
25:22on vous dit que c'est un coup de chance
25:25la méchanceté va pas jusqu'à vous dire
25:27que vous avez eu un accident
25:29mais on vous dit que c'est impossible
25:33que ça se reproduise
25:34c'est
25:35vous voyez
25:37donc
25:38et
25:39donc j'avais pas été du tout préparé
25:41au succès du premier
25:43mais j'avais été bien préparé
25:44à ce que le deuxième marche pas du tout
25:46donc c'était
25:48je suis à Londres
25:49je suis tout seul avec mon garçon
25:51je connais assez peu de gens
25:52et
25:53et j'écris
25:54en me disant
25:55tous les gens du milieu
25:58vous voyez
25:58vous êtes dans le milieu automobile
25:59et vous êtes en train
26:00de faire les essais
26:01dans une voiture
26:02et tous les gens vous disent
26:03que la voiture va sortir
26:04au premier virage
26:05et que vous allez vous exploser
26:06dans le mur
26:08le matin
26:08vous êtes
26:09mais je m'en foutais
26:11j'y allais quand même
26:11parce qu'en fait
26:12je prenais plaisir à conduire
26:13donc je me rendais compte
26:14que finalement
26:15le résultat de la course
26:17m'apportait peu
26:18mais c'est peut-être ça
26:19qui m'a d'ailleurs
26:21aidé
26:21d'une manière générale
26:23à faire des choix
26:24sans m'en rendre compte
26:26c'est le plaisir
26:27de vivre l'aventure
26:30et puis après
26:31vous voyez
26:32le
26:34faire des choix
26:35sans m'en rendre compte
26:36c'est marrant
26:36que vous
26:37utilisiez cette expression
26:39vous avez parlé de Londres
26:40vous avez déménagé à Londres
26:42ça c'est un vrai choix
26:43c'est un vrai choix
26:45difficile à prendre
26:46non
26:47c'était pas du tout difficile
26:48j'étais
26:50j'étais
26:51donc
26:51Spielberg achète les droits
26:52de mon bouquin
26:53deux mois avant
26:54sa sortie officielle
26:55d'accord
26:55le bouquin sort
26:57en
26:5717 janvier
26:59au début
27:00c'est un conte de fées
27:01parce que
27:02le français
27:03qui a vendu son bouquin
27:04à Spielberg
27:05mais au mois de mars
27:08il s'en est écoulé
27:11300 000
27:12et là
27:13d'un seul coup
27:14comme dans
27:16les films d'horreur
27:17vous avez tous les zombies
27:18qui sortent de terre
27:19tous les méchants
27:21qui vous vouent
27:22une jalousie énorme
27:23c'est quoi ?
27:24c'est la critique ?
27:25c'est pas que la critique
27:27c'est vraiment
27:27votre entourage
27:28moi je me souviens par exemple
27:31d'un plateau
27:31sur ce plateau
27:33il y avait un libraire
27:34je m'en fous
27:34j'ai pas de
27:35c'est le libraire Collard
27:37qu'on a beaucoup vu à la TI
27:38et j'étais
27:39ils appelaient ça
27:39l'invité caché
27:42donc vous étiez en fait
27:43derrière les coulisses
27:44et puis au deuxième acte
27:45vous rentriez
27:45et pendant toute la première partie
27:48le libraire Collard
27:49explique
27:50il sait pas que c'est mon invité
27:51il explique
27:52que la librairie est en souffrance
27:53parce qu'il y a la concurrence
27:54des cassés
27:55à l'époque
27:55c'était des cassés de vidéos
27:56les DVD
27:57les CD
27:58les machins
27:58bon
28:00et puis
28:01on dit
28:02bah tiens voilà
28:02Marc Lévy
28:03son premier livre
28:04machin
28:04300 000 exemplaires
28:05et avant même
28:06que je me sois assis
28:08sur le plateau
28:11il me regarde comme ça
28:12avec un air très méchant
28:13et il dit
28:15au maître de cérémonie
28:17oui mais lui
28:17c'est pas un livre
28:18c'est un produit
28:20c'était ça
28:21l'état d'esprit
28:21vous voyez
28:22et je le cite pas lui
28:24pour faire
28:25ça justifie
28:26l'envie de partir
28:28non non
28:28c'est pas ça
28:29mon éditrice
28:30et cette méchanceté
28:31comme ça
28:31vous voyez ce que c'est
28:32que le bashing
28:33il va être
28:34mais très très très fort
28:36très violent
28:36et très
28:38et très
28:38comment vous dire
28:41très parisien
28:42mais vraiment très fort
28:43moi
28:44j'ai jamais eu
28:45comme je vous le disais
28:46j'ai jamais eu
28:46de problématique d'ego
28:47ni de narcisse
28:48je suis plutôt épicurien
28:50rien ne me rend plus heureux
28:51qu'une bonne assiette
28:51de charcuterie
28:52ou un poteau feu
28:53donc vous voyez
28:53les méchancetés
28:55des uns et des autres
28:56je m'en fiche
28:57sauf que
28:58un jour
28:59mon petit garçon
29:01rentre de l'école
29:01et je vois qu'il est
29:02vraiment pas bien
29:03mais pas bien
29:04genre avoir des larmes
29:05pas bien le ventre noué
29:07et je
29:08ça va
29:08il m'a
29:09deux heures
29:10de travail
29:11pour qu'il me lâche
29:12le morceau
29:13et au bout de deux heures
29:14il finit par me dire
29:17mon professeur
29:18à l'école
29:18m'a dit
29:19que tu n'étais pas
29:19un écrivain
29:22et là
29:22je me suis dit
29:24ça c'est pas possible
29:26c'est à dire que
29:27je voyais
29:27je sais pas
29:28comment on va dire
29:29j'ai ni violé une femme
29:30ni écrasé une vieille dame
29:32j'ai écrit un bouquin
29:33j'ai dit partout
29:34sur les plateaux de télé
29:35que je me prenais pas
29:36pour un écrivain
29:37je me souviens
29:39de m'être retrouvé
29:40par hasard
29:41dans un hôtel de vacances
29:43avec mon fils
29:44et il y avait
29:44un critique littéraire
29:48qui d'ailleurs
29:48officiait au point
29:49il avait sa page
29:50toutes les semaines
29:50dans le point
29:51dont j'étais devenu
29:52la bête noire
29:53et toutes les semaines
29:54il disait
29:54il s'était servi de mon nom
29:57comme d'une insulte
29:58vous voyez
29:58c'est à dire qu'il disait
30:01aujourd'hui je suis allé manger
30:02dans un restaurant
30:03c'était mauvais
30:03pas comme un roman
30:04de Marc Lévy
30:05mais c'était vraiment mauvais
30:08donc vous voyez
30:09vraiment
30:09c'était devenu son moto
30:13et je me souviens
30:14du regard
30:15de mon fils
30:16quand il a reconnu
30:17ce bonhomme
30:18alors qu'il avait 12 ans
30:19je me suis dit
30:20je veux pas vivre là dedans
30:22le ciel est bleu
30:24et il doit être bleu
30:24pour lui
30:25donc on est parti
30:26vivre à Londres
30:27vous êtes impulsif
30:27ou pas ?
30:30je suis impulsif
30:31hyper contrôlé
30:33non non mais
30:34quand je dis
30:35je suis impulsif
30:35c'est à dire que
30:37je me suis jamais levé
30:38pour aller casser la gueule
30:39à quelqu'un
30:40vous voyez
30:41et je vous dirais pas
30:43que ça m'est jamais arrivé
30:43d'en avoir envie
30:44mais ça vous arrive
30:45d'avoir des coups de tête
30:46pour répondre à votre question
30:49oui je suis impulsif
30:50vous voyez
30:50je vous disais
30:51que j'étais un papa seul
30:52j'étais jeune papa
30:53et j'ai un jour
30:55dans le regard
30:56de la mère de mon fils
30:58j'ai compris
30:59qu'elle m'aimait plus
31:00et j'ai fait ma valise
31:01le lendemain matin
31:03mais pas parce que
31:04moi j'avais une autre affaire
31:06je savais qu'elle m'aimait plus
31:07et ça servait absolument
31:08à rien de jouer
31:10vous voyez
31:11le Vincent François
31:13Paul et les autres
31:13c'était inutile
31:14mais vous vous l'avez mis encore ?
31:16j'étais fou d'elle
31:17mais je suis parti
31:18je savais que c'était fini
31:19et je savais que
31:20en plus j'allais être malheureux
31:21beaucoup plus longtemps
31:21que nécessaire
31:22donc c'était pas la peine
31:24donc ça oui
31:25de ce côté là
31:26alors je sais pas
31:27si c'est impulsif
31:28ou instinctif
31:29mais
31:31bon
31:31c'est comme ça
31:33aujourd'hui vous viez aux Etats-Unis
31:35ouais depuis 20 ans maintenant
31:36depuis 20 ans
31:37est-ce que vous vous êtes
31:39posé la question
31:40de savoir
31:40s'il fallait
31:42rester
31:43dans l'Amérique de Trump
31:44dans l'Amérique de Trump
31:45oui bien sûr
31:46mais comment vous dire
31:48comme un vulcanologue
31:49qui habite au pied d'un volcan
31:51se pose la question
31:52quand le volcan se réveille
31:53c'est quand même son métier
31:54alors oui on regarde la lave
31:56en se disant
31:56est-ce qu'il va
31:56est-ce qu'il va emporter
31:57ma maison et moi avec
31:58mais partir au moment
32:00où le volcan explose
32:01quand on a consacré sa vie
32:03à étudier les volcans
32:05là c'est un peu
32:06un renoncement quand même
32:08donc je pouvais pas
32:11donc l'Amérique de Trump
32:12vous inspire
32:13elle vous a inspiré
32:13pour les évader
32:14qu'on voit juste à côté de vous
32:16elle
32:17ah oui alors
32:17quand on dit inspire
32:18tout de suite
32:19il y a un côté
32:20elle me nourrit
32:21on va dire
32:22énormément de matière
32:24elle me donne
32:25beaucoup de matière
32:26c'est quand vous êtes romancier
32:29passionné par le monde
32:31dans lequel vous vivez
32:32vivre au coeur de l'ouragan
32:35d'une démocratie
32:37qui est prise d'assaut
32:40par des forces autocratiques
32:43qui sont diverses
32:44c'est ça qui est passionnant
32:45c'est que c'est pas juste
32:46c'est un ensemble de forces autocratiques
32:49qui veulent essayer
32:50de ronger l'Amérique
32:52donc il y a un espèce de combat
32:54contre la maladie
32:56vous voyez
32:56de la démocratie
32:57avec des forces qui résistent
32:59et c'est pas
33:01vous voyez
33:01un espèce de blitz
33:03qui a tout ravagé
33:04c'est vraiment ça
33:05et donc être au coeur de ça
33:06et voir
33:08les forces offensives
33:09qui sont à l'intérieur
33:10et qui veulent bouffer la bête
33:13et en même temps
33:14les forces qui sont là
33:15et qui veulent sauver l'animal
33:17c'est passionnant
33:19parce que
33:19et vous découvrez
33:20et puis ce qui est intéressant
33:21c'est d'assister aux mutations
33:25moi c'est ça
33:25qui me passionne le plus
33:26les
33:27comment vous dire
33:28les magas reconvertis
33:29sont incroyables
33:30pourquoi ?
33:31je les trouve assez admirables
33:33pour tout vous dire
33:34les magas reconvertis
33:35parce qu'il n'y a rien
33:36de plus difficile
33:37je trouve dans la vie
33:38que d'avoir le courage
33:40de dire
33:40je me suis trompé
33:41et vous avez beaucoup de gens
33:44les magas repentis alors plutôt
33:45non
33:45parce que dans le repenti
33:47il y a une forme de culpabilité
33:48or ce qui est intéressant
33:49c'est quelqu'un
33:50qui s'est sincèrement trompé
33:54et qui a la force
33:57de dire
33:58je me suis totalement trompé
33:59qu'est-ce que j'ai été con
34:00moi ça
34:01j'ai pas de la tendresse
34:03j'ai du respect pour ça
34:05mon deuxième fils
34:06fait un truc
34:07qui me rend fou
34:08d'admiration pour lui
34:10il a 16 ans
34:11et le week-end
34:12il va avec un de ses copains
34:14et une copine
34:15ils vont dans un square
34:16pardon
34:17de New York
34:18et ils ont un petit stand
34:20qui déploie
34:20et il y a une bannière
34:22et sur la bannière
34:23il y a écrit
34:24débattez avec nous
34:25de ce que vous voulez
34:28et il a 16 ans
34:29et lui
34:29il est convaincu
34:30qu'une des matières
34:32à introduire
34:33à l'école
34:34au collège
34:35et au lycée
34:36pour préserver
34:37la démocratie
34:38c'est le débat
34:40et c'est vrai
34:41que je trouve ça
34:43absolument essentiel
34:44quand en politique
34:46les gens s'insultent
34:47ils s'écoutent pas
34:48vous vous rendez compte
34:48d'imaginer
34:49pardon je vais être très direct
34:50vous vous rendez compte
34:51que dans ce pays
34:52qui est la France
34:54avec l'intelligence
34:55qu'il y a en France
34:56avec l'humanité
34:57qu'il y a en France
34:58avec tout ce dont
34:59le monde est admiratif
35:01de la France
35:01vous pouvez imaginer
35:02que les deux
35:03les deux personnes
35:04qui représentent
35:05la France au pouvoir
35:06c'est Mélenchon
35:07et Le Pen
35:08mais franchement
35:09moi quand je suis français
35:10je me dis
35:10mais c'est tout
35:11ce qu'on a trouvé
35:12et bien ça
35:13c'est le résultat
35:14de ça
35:14pour moi
35:15c'est une des conséquences
35:17de cette absolue incapacité
35:19à ne pas vouloir
35:21s'écouter
35:21et donc
35:22être sur le terrain
35:23et discuter
35:24avec les gens
35:25qui tout à coup
35:26ont changé d'avis
35:28ça vous intéresse
35:29mais c'est passionnant
35:30c'est une matière
35:31romanesque passionnante
35:32j'ai posé devant vous
35:33un petit pot
35:35dans lequel il y a
35:35des questions
35:36est-ce que vous pouvez
35:37en tirer une
35:38au hasard
35:39vous avez même
35:40le droit
35:40de prendre le temps
35:41de réfléchir
35:41et d'y répondre
35:46lisez nous la question
35:48qu'est-ce qui vous met
35:49en colère
35:50l'injustice
35:51et l'abus de pouvoir
35:53vous voyez
35:53vous parliez
35:54d'impulsivité
35:55c'est le seul
35:56ça vous réveille
35:57c'est le seul truc
35:58les abus de pouvoir
35:59mais de toutes sortes
36:00ça ça me rend dingue
36:01voir quelqu'un
36:02qui abuse de son pouvoir
36:03sur quelqu'un d'autre
36:04ça m'a toujours
36:06mis en colère
36:07rien de ce qu'on me fait
36:09ne me met en colère
36:10franchement
36:11je m'en fous
36:12mais voir
36:14quelqu'un
36:14qui maltraite
36:15quelqu'un
36:16ou qui abuse
36:16de son pouvoir
36:17ça ça me met
36:18dans une
36:19là c'est Hulk
36:20je deviens fou
36:21vous pouvez piocher
36:22une deuxième question
36:22oui
36:28un personnage de vos romans
36:30avec qui vous aimeriez dîner
36:32il y a Steelman
36:33parce que
36:34qui était dans
36:35si c'était à refaire
36:37et dans un sentiment
36:37plus fort que la peur
36:38parce qu'il était
36:39il a été inspiré
36:40par un vrai
36:41très grand journaliste
36:42du New York Times
36:43aux grandes heures
36:45du New York Times
36:47qui sont passées
36:49et qui s'appelait
36:51David Carr
36:52qui était un monsieur
36:53que j'admirais énormément
36:55un grand alcoolique
37:00qui a arrêté de boire
37:03du jour au lendemain
37:03parce que
37:04un matin
37:05il s'est rendu compte
37:06il était tellement amoureux
37:07de la vérité
37:08et un matin
37:10ayant encore plus bu
37:12que d'habitude
37:12où l'alcool
37:13ayant fait plus d'effet
37:14il s'est rendu compte
37:15qu'il n'arrivait plus
37:16à percevoir la vérité
37:18et par amour
37:19pour la vérité
37:20il a arrêté
37:20du jour au lendemain
37:21il a porté sur sa vie
37:22les stigmates
37:23de son alcoolisme
37:25toute sa vie
37:25et il est mort
37:26dans son bureau
37:26au New York Times
37:27donc il y a Steelman
37:29il y a Daldry
37:30parce que c'est le personnage
37:31masculin auquel
37:32je me suis le plus attaché
37:34côté femme
37:35il y en a un paquet
37:35je pense qu'il y a Anna
37:37Anna dans
37:38la librairie
37:39des livres interdits
37:42et Alice
37:44dans l'étrange voyage
37:45de monsieur Daldry
37:46Alice Mandelbury
37:46bon mais comme
37:48elle avait 18 ans
37:49dans les années 50
37:50c'est un peu
37:50c'est un peu compliqué
37:52merci Marc-Lénie
37:54merci à vous
37:54je rappelle que
37:55vous venez de publier
37:56Les Evadés
37:57aux éditions
37:58Robert Laffont
37:59et Versilio
38:00merci d'être venu
38:02nous parler
38:03de vos vertiges
38:04vous venez d'écouter
38:06Vertiges
38:06le podcast
38:07des décisions
38:08qui change une vie
38:09si vous avez aimé
38:10n'hésitez pas
38:11à nous suivre
38:12salut et à bientôt
38:13merci d'avoir regardé cette vidéo
38:15merci d'avoir regardé cette vidéo

Recommandations