00:00Entendre trois jeunes personnes, on est en 1970, je rêverais de savoir ce que sont devenus ces jeunes personnes.
00:05Peut-être d'ailleurs qu'elles nous écoutent.
00:07On est en 70, donc ça a 56 ans.
00:10Donc ils ont 80 ans.
00:11L'année de naissance.
00:12Ils ont 80 ans aujourd'hui.
00:14Et vous allez écouter, parce que c'est formidable, parce que rien n'a changé des revendications et du, comment
00:21dire, de la phraseologie de l'extrême gauche.
00:26Quand un ouvrier de travail tombe d'une échelle de se tuer, et ça on considère que c'est un
00:31accident du travail.
00:32Il y a quelqu'un qui vient constater la chose et on trouve que c'est tout à fait normal,
00:35bien que regrettable.
00:37La violence de la gauche prolétarienne, c'est une violence de masse.
00:40C'est ce qu'on appelle une action de partisan, parce qu'elle est expliquée par une large propagande, d
00:46'une part.
00:47D'autre part, parce que les méthodes qui sont employées, les masses peuvent s'en emparer.
00:51Oui, c'est la guerre, mais pas entre nous et le gouvernement, entre les masses et le régime actuel.
00:57Il est évident que la violence révolutionnaire effraye la bourgeoisie, puisque c'est elle qui se trouve être la cible
01:03de cette violence.
01:05L'ensemble du peuple français, par contre, n'est aucunement effrayé par cette violence.
01:09Vous avez sérieusement l'impression que l'ensemble du peuple français, comme vous dites, n'est pas effrayé par cette
01:13violence ?
01:14Si le peuple français est effrayé par quelque chose, c'est par ceux dont est capable le gouvernement, par les
01:18CRS qui occupent la rue 24h sur 24, par la loi anti-casseurs,
01:23et par la légalisation des accidents du travail, des assassinats d'ouvriers au profit de la rentabilité.
01:32Je pense qu'elles ne peuvent pas effrayer ce que vous appelez le français moyen dans la mesure où il
01:38n'existe pas.
01:39François, vous êtes membre de la gauche prolétarienne ?
01:41Non, je suis sympathisant de la gauche prolétarienne.
01:43Qu'est-ce qui vous attire dans cette organisation ?
01:45Ça ne m'attire pas, c'est pas un langage effectif.
01:46C'est un langage politique qu'il faut tenir.
01:47Je trouve que leur politique est juste.
01:49100 ans de parlementarisme n'ont jamais changé quoi que ce soit à l'histoire.
01:52Un régime parlementaire ne fera jamais bouger l'histoire.
01:54Oui, mais c'est une organisation qui applique des méthodes très violentes.
01:58La violence, c'est le pouvoir. La violence, c'est la répression.
02:01La violence, c'est les patrons dans les usines qui augmentent la rentabilité économique au détriment de la sécurité des
02:06ouvriers.
02:07Oui, mais on dit tout de même que la gauche prolétarienne applique des méthodes fascistes.
02:12Je viens de vous dire que le fascisme, c'est le pouvoir et c'est la répression à tous les
02:15niveaux, dans la vie, dans les usines, dans les facultés, dans les lycées, partout.
02:19Et vous pensez-vous que le meilleur moyen de défendre les ouvriers et les étudiants, c'est d'être membre
02:23de la gauche prolétarienne ?
02:25Je dis que la meilleure manière de faire de la politique juste au service des masses, à l'heure actuelle,
02:31c'est de travailler avec la gauche prolétarienne et de mener les actions avec la gauche prolétarienne.
02:35Je dis qu'à la violence bourgeoise, il faut répondre.
02:37Pour briser la manœuvre de la bourgeoisie, pour briser sa tentative d'encerclement et d'anéantissement du mouvement populaire, il
02:44faut intensifier la résistance.
02:46Le 27 mai, pour la bourgeoisie, ce sera la journée du procès de l'Odantèque.
02:51Pour tous les révolutionnaires, ce sera un jour de résistance.
02:54Ce sera le début d'une intensification de la résistance.
03:01C'est intéressant parce que le fond est le même, mais c'est un peu plus...
03:05La forme est un peu plus...
03:08C'est ce que j'essayais de dire tout à l'heure quand je citais Sartre et Beauvoir pour expliquer
03:11que le visage et le discours de la gauche n'avaient pas changé.
03:14Mais il y a quelque chose qui a changé par rapport à l'époque.
03:17C'est qu'en mai 68, on avait affaire à une révolution de lettrés.
03:21Aujourd'hui, on a affaire à une insurrection d'illettrés au sens propre du terme.
03:26En 68, Marcel Jouando disait « Rentrez chez vous, dans dix ans, vous serez tous notaires ».
03:32Aujourd'hui, on ne peut pas dire ça à la jeune génération qui bloque et qui saccage.
03:35Je veux revenir sur la première phrase ?
03:37Le seul horizon qu'on tend à leur proposer, comme je le disais l'autre jour, c'est soit la
03:41radicalité politico-militante ou alors le chômage.
03:44– Moi, je suis nostalgique, donc moi j'aime cette période-là.
03:49Et il y avait quand même une structure intellectuelle qu'on ne retrouve pas dans des porteurs de voile.
03:53– Vous aimez ce dialogue qu'on vient d'entendre ?
03:55– Oui, ça démarre sur les accidents de travail.
03:59Le capitalisme n'a pas réussi à apporter une solution à ça dans le BTP.
04:03Plus vous faites appel à des prestataires et plus les accidents de travail augmentent.
04:08– Il y aura des robots bientôt.
04:09– C'est une variante, justement.
04:10– Non, c'est un vrai sujet.
04:11– Il y aura des robots bientôt.
04:12– Regardez le nombre d'accidents de travail.
04:13– Il y avait aussi un élément de l'époque qui était important,
04:16c'est que les gens qu'on entend, ils allaient dans l'entreprise.
04:20C'est l'établi. Ils allaient dans les usines.
04:22Or, aujourd'hui, pardon, tous ces gens d'extrême-gauche, ils n'y vont pas.
04:25– Il n'y a pas d'usine déjà.
04:27– La gauche prolétariale, dans une phrase, elle a fini par rompre avec la violence
04:30et c'est autodissoute.
04:31L'extrême-gauche d'aujourd'hui, je ne suis pas sûr qu'elle soit proche de rompre avec la violence.
04:34– Bon.